Catégorie : Auteurs
Chris Burger
Présentation de Chris Burger :
Chris Burger, derrière cette signature à résonance anglo-saxonne — selon un usage alors fort en faveur chez nos maîtres artisans du roman d’aventures spatiales et policières —, se dissimule l’un de ces écrivains français qui ont prêté leur concours aux mythiques collections populaires des éditions du Fleuve Noir au cœur même des années soixante-dix. Si l’état civil officiel de l’homme garde encore une part de son mystère pour le chercheur contemporain, son passage sous la célèbre enseigne de la rue de Garancière n’en demeure pas moins gravé dans la mémoire des fervents amateurs d’anticipation.
C’est en l’an de grâce 1975 que le nom de Chris Burger fait son apparition au catalogue de l’éditeur, au sein de l’ambitieuse collection « Super-Luxe ». Il y signe tout d’abord Incubation (portant le numéro 6 de la sous-collection « Lendemains retrouvés »), un roman conjectural où la spéculation biologique et l’angoisse scientifique s’entrelacent avec une belle efficacité. La même année, l’auteur s’illustre dans le versant fantastique de cette même collection, la sous-série « Horizons de l’au-delà », en donnant à lire Le Sorcier (numéro 11), ouvrage où les frissons de l’épouvante et le macabre rivalisent avec les prestiges du mystère ésotérique.
Toutefois, c’est en l’an 1977 que Chris Burger rejoint le saint des saints de la science-fiction populaire : la collection « Fleuve Noir Anticipation ». Il y livre deux récits consécutifs qui témoignent des préoccupations sociologiques et technologiques de cette fin de décennie. Le premier, Quand elles viendront (numéro 788 de la collection, paru sous une couverture chamarrée), plonge le lecteur dans une tension dramatique où l’altérité et l’attente de l’inexpliqué bousculent les certitudes humaines. Quelques mois plus tard, la même année, paraît Le Temps des autres (numéro 806), une incursion fascinante dans les paradoxes de la chronologie, le décalage existentiel et les vertiges temporels qui hantaient tant les auteurs de cette génération.
Bien que sa production soit demeurée condensée sur cette brève période de l’histoire éditoriale — ne comptant que ces quatre opus —, Chris Burger demeure représentatif de cet âge d’or où l’artisanat du livre de poche offrait chaque mois aux jeunes et moins jeunes de merveilleux voyages vers les étoiles et l’inconnu.
Livres de Chris Burger :
Incubation (1975)
Le temps des autres (1977)
Quand elles viendront… (1977)
Pour en savoir plus sur Chris Burger :
La page Wikipédia sur C. Burger
La page Noosfere sur C. Burger
La page isfdb de C. Burger
Marcel Aymé

Présentation de Marcel Aymé :
Venu au monde le vingt-neuf mars de l’an 1902 dans la coquette cité bourguignonne de Joigny, ce fils d’un modeste maréchal-ferrant perdit sa mère dès sa deuxième année. Confié aux bons soins de ses grands-parents maternels à Villers-Robert, au cœur de la Franche-Comté, puis à une tante dévouée résidant à Dole, lMarcel Aymé s’imprégna profondément de la verte nature jurassienne, de ses patois savoureux et de ses antiques légendes paysannes. Après des études secondaires contrariées par les assauts de la funeste grippe espagnole et un service militaire accompli sous l’uniforme dans une Allemagne occupée, il gagna la capitale où il exerça mille petits métiers de fortune — se faisant tour à tour employé de banque, manœuvre, agent d’assurances, figurant de cinéma ou encore journaliste de fait-divers.
Contraint au repos par la maladie en 1925, il se tourna vers l’écriture sur les conseils avisés de sa sœur Camille. Dès lors, la gloire ne tarda guère : après Brûlebois (1926), il décrocha le prix Renaudot en 1929 grâce à La Table-aux-crevés, avant de connaître un triomphe populaire considérable en 1933 avec la truculente et fort gauloise Jument verte. Esprit farouchement indépendant, fuyant les coteries germano-pratines comme la peste — au point de refuser avec un flegme souverain les rubans de la Légion d’honneur tout comme un fauteuil à l’Académie Goncourt —, il brilla également sur les planches des théâtres des Boulevards avec des pièces corrosives telles que Clérambard, Lucienne et le Boucher ou La Tête des autres.
Toutefois, il convient d’insister tout particulièrement sur la part prépondérante que tiennent le fantastique, le merveilleux et même la pure conjecture scientifique au sein de son œuvre abondante. Chez Marcel Aymé, l’irruption du surnaturel ne s’accompagne jamais des vapeurs gothiques d’antan ; le prodige s’invite en plein jour, avec le naturel le plus désarmant, dans le quotidien des petits-bourgeois parisiens ou des laboureurs comtois, agissant tel un révélateur acide des travers et des hypocrisies de notre société.
Comment ne pas évoquer en premier lieu ses immortels recueils de nouvelles, au premier rang desquels trône l’admirable Passe-muraille (1943) ? Dans le récit éponyme, le sieur Dutilleul, modeste rond-de-cuir au ministère de l’Enregistrement demeurant rue d’Orchampt, se découvre la faculté singulière de traverser les cloisons les plus épaisses sans en éprouver la moindre gêne. Mais ce même volume recèle de véritables joyaux de pure science-fiction et d’anticipation sociale ! Songeons à la vertigineuse nouvelle intitulée La Carte, où une administration tatillonne, poussant la logique du rationnement jusqu’à l’absurde, décrète que les citoyens « improductifs » — vieillards, artistes et écrivains — ne disposeront plus que de quelques jours d’existence par mois à coup de tickets de temps, tandis que les nantis s’achètent au marché noir des semaines supplémentaires. Songeons encore au Décret, étourdissante spéculation sur le voyage temporel où le gouvernement décide d’avancer brutalement le calendrier de dix-sept années pour échapper aux affres de la guerre, ou bien aux Sabines, qui met en scène une jeune personne dotée du don d’ubiquité se multipliant en des dizaines de milliers d’exemplaires à travers le globe.
Cette veine merveilleuse et spéculative irrigue pareillement ses autres recueils, du Nain (1934) à Derrière chez Martin (1938), en passant par En arrière (1950). On y croise un homme dont le corps ne se reflète plus qu’un jour sur deux, des citoyens frappés de métamorphoses saugrenues, ou encore, dans Fiançailles, le destin tragique d’un centaure égaré dans le monde moderne. Dans le domaine du roman, le fantastique déploie ses charmes avec La Belle Image (1941), où un brave père de famille voit soudainement son visage se muer en celui d’un séducteur de cinématographe, et culmine en 1943 avec le chef-d’œuvre du merveilleux rustique : La Vouivre. Dans ce récit envoûtant, l’auteur fait surgir des brumes de la Loue une créature féerique et immortelle, coiffée de son escarboucle étincelante et escortée d’une armée de vipères, dont la beauté sauvage vient troubler l’ordre immuable des campagnes.
Enfin, nul honnête homme ne saurait passer sous silence l’enchantement perpétuel des Contes du chat perché (publiés de 1934 à 1946), où les petites Delphine et Marinette conversent le plus sérieusement du monde avec un bœuf aspirant à la lecture, un loup repentant ou un cerf agile, ni oublier que sa dramaturgie sut aussi flirter avec l’anticipation scientifique, comme dans sa pièce Les Oiseaux de lune (1955), où le surveillant général d’un collège transforme les importuns en charmants volatiles.
Après avoir enchanté des générations de lecteurs par sa langue limpide, mêlant avec un art consommé le classicisme le plus pur aux trouvailles de l’argot, Marcel Aymé s’est éteint en son cher logis de la rue Norvins, à Paris, le quatorze octobre de l’an 1967. Il repose désormais au petit cimetière Saint-Vincent, au flanc de cette Butte qu’il a tant aimée, laissant le souvenir impérissable d’un enchanteur discret qui n’avait nul besoin de vaisseaux interstellaires pour nous faire voyager aux confins de l’étrange.
Livres de Marcel Aymé :
Aller retour (1927)
Brûlebois (1926)
Clérambard (1930)
Derrière chez Martin (1938)
Enjambées (1967)
Gustalin (1938)
La belle image (1941)
La jument verte (1933)
La rue sans nom (1930)
La table-aux-crevés (1929)
La vouivre (1945)
Le boeuf clandestin (1939)
Le chemin des écoliers (1946)
Le confort intellectuel (1949)
Le minotaure (1967)
Le moulin de la Sourdine (1936)
Le nain (1934)
Le passe-muraille (1941)
Le puits aux images (1932)
Le vin de Paris (1947)
Les bottes de sept lieues (1980)
Les contes du chat perché (1963)
Les tiroirs de l’inconnu (1960)
Maison basse (1935)
Nouvelles complètes (2002)
Travelingue (1941)
Uranus (1948)
Pour en savoir plus sur Marcel Aymé :
La page Wikipédia sur M. Aymé
La page Noosfere sur M. Aymé
La page isfdb de M. Aymé
Kate Wilhelm

Présentation de Kate Wilhelm :
Venue au monde le huit juin de l’an 1928 dans la cité industrielle de Toledo (ou Dayton, selon certaines gazettes), au cœur de l’État de l’Ohio, sous le patronyme de Katie Gertrude Meredith, la future femme de lettres passa ses jeunes années à Louisville, dans le Kentucky. Avant de vouer ses veilles au culte exclusif de l’écriture, cette esprit curieux et indépendant exerça mille petits métiers de la vie moderne, se faisant tour à tour mannequin, demoiselle du téléphone, commise de magasin ou encore employée au sein d’une compagnie d’assurances. Épouse en premières noces de Joseph Wilhelm en 1947, dont elle conserva le nom pour signer ses ouvrages, elle convola en justes noces, dès l’année 1963, avec l’illustre critique, nouvelliste et anthologiste Damon Knight.
Formant dès lors l’un des couples les plus féconds et les plus respectés de la République des lettres futuristes, ils animèrent avec une ferveur inlassable les fameuses rencontres de Milford, en Pennsylvanie, avant de participer à la fondation des célèbres ateliers d’écriture « Clarion » (Clarion Writers Workshop), véritable pépinière de talents où Kate Wilhelm prodigua son savoir et ses précieux conseils aux jeunes plumes durant plus de deux décennies.
Sur le plan strictement littéraire, c’est à l’automne de l’an 1956 qu’elle fit ses premières armes dans les revues spécialisées – que nos amis d’Amérique nomment pulps ou magazines –, en confiant son récit The Pint-Size Genie aux pages de Fantastic, bientôt suivi par l’accueil enthousiaste du grand John W. Campbell qui publia The Mile-Long Spaceship dans son vénérable Astounding Science Fiction en 1957. Dès lors, la romancière et nouvelliste ne cessa d’enrichir notre genre de prédilection d’une œuvre abondante, délaissant volontiers la quincaillerie spatiale au profit d’une spéculation résolument tournée vers les sciences humaines, les dérives écologiques et les arcanes de l’âme.
Parmi la quarantaine de romans et les innombrables nouvelles nés sous sa plume, l’amateur éclairé se doit de retenir tout particulièrement son chef-d’œuvre incontesté : l’admirable Hier, les oiseaux (Where Late the Sweet Birds Sang), paru en 1976 et traduit dès l’année suivante dans notre belle langue au sein de la prestigieuse collection « Présence du futur » des éditions Denoël. Couronné à très juste titre par les fameux prix Hugo et Locus en 1977, ce maître-livre dépeint une Terre ravagée par les pollutions et les pandémies, où l’humanité, frappée d’une funeste stérilité, tente de conjurer son extinction par le truchement du clonage. Avec une subtilité rare, l’auteur y explore le fossé vertigineux qui se creuse entre les fondateurs individualistes d’une vallée isolée et leur progéniture gémellaire, laquelle développe une conscience collective étrangère aux passions d’antan.
Il convient également de saluer sa magistrale incursion dans l’anticipation géopolitique et climatique avec Le Temps des genévriers (Juniper Time, 1979), ouvrage d’une brûlante acuité où une sécheresse apocalyptique jette les foules sur les routes de l’exode tandis que les grandes puissances s’affrontent autour de la station orbitale Alpha ; une fresque saisissante qui fut auréolée chez nous du prix Apollo en l’an 1981. Mentionnons encore, au rayon de ses livres traduits sous nos latitudes, Demain le silence (The Chosen, 1970), La Mémoire de l’ombre (A Sense of Shadow, 1981), Bonjour, chaos (Welcome, Chaos, 1983) ou La Couvée Huysman (Huysman’s Pets, 1986), où se mêlent manipulations génétiques et facultés télépathiques.
Nouvelliste au talent maintes fois récompensé par le prestigieux prix Nebula – notamment pour ses récits Les Planificateurs (The Planners) en 1968, La Fille tombée du ciel (The Girl Who Fell into the Sky) en 1986 et À toi pour toujours, Anna (Forever Yours, Anna) en 1987 –, elle nous a laissé d’admirables recueils tels que Le Village (The Infinity Box), Quand Somerset rêvait (Somerset Dreams) et Écoute, écoute (Listen, Listen). Notons enfin que cet esprit éclectique sut également briller avec un égal bonheur dans le roman à énigme et le drame judiciaire, donnant vie aux enquêtes fort prisées de l’avocate Barbara Holloway ou du couple de détectives formé par Constance Leidl et Charlie Meiklejohn.
Après une existence bien remplie, dont les dernières décennies s’écoulèrent paisiblement dans la verdoyante cité d’Eugene, en Oregon, Kate Wilhelm s’est éteinte le huit mars de l’an 2018, à l’âge vénérable de quatre-vingt-neuf ans, rejoignant au panthéon de l’imaginaire son cher époux disparu en 2002.
Livres de Kate Wilhelm :
Demain le silence (1970)
Ecoute, écoute ! (1981)
Hier, les oiseaux (1976)
La couvée Huysman (1986)
La mémoire de l’ombre (1981)
Le temps des genévriers (1979)
Le village (1975)
Quand Somerset rêvait (1978)
Pour en savoir plus sur Kate Wilhelm :
La page Wikipédia sur K. Wilhelm
La page Noosfere sur K. Wilhelm
La page isfdb de K. Wilhelm
Ugo Bellagamba

Présentation de Ugo Bellagamba :
Venu au monde le deux décembre de l’an 1972 dans la charmante cité de Nice, Ugo Bellagamba a tout d’abord consacré ses veilles à Thémis et à Clio. Après avoir brillamment soutenu, en l’an 2001, une thèse de doctorat dépeignant les mœurs et le rôle politique des avocats du barreau phocéen aux XVIIIe et XIXe siècles, il est devenu maître de conférences à l’université de sa ville natale, où il professe avec passion l’histoire du droit et des idées politiques. Par ailleurs, cet esprit curieux assume les nobles fonctions de délégué artistique au sein du grand salon international de Nantes, les fameuses « Utopiales ».
Toutefois, il convient d’insister tout particulièrement sur son œuvre féconde au sein des littératures de l’imaginaire, domaine dans lequel il fit ses premières armes à la fin de la décennie 1990 sous le pseudonyme anglo-saxon de « Michael Rheyss ». Chez Ugo Bellagamba, l’érudition de l’historien ne bride nullement la fantaisie du conteur ; bien au contraire, elle irrigue ses récits d’une réflexion profonde sur l’altérité, les systèmes politiques, l’utopie et les vertiges de l’uchronie.
En véritable orfèvre de la spéculation historique et futuriste, il s’est d’abord illustré dans l’exercice délicat du roman écrit à quatre mains, s’associant à son confrère Thomas Day pour donner naissance à deux fresques remarquées : L’École des assassins en 2002, où l’épopée spatiale côtoie les intrigues de pouvoir, suivi dès l’année 2003 par Le Double Corps du roi, une audacieuse réinvention des arcanes de notre monarchie.
Mais c’est en solitaire qu’il signera son chef-d’œuvre uchronique, l’admirable Tancrède, une uchronie, paru en 2009. Dans ce roman d’une tenue littéraire exemplaire – qui fut très justement couronné par le prix Rosny aîné ainsi que par le prix Utopiales européen en 2010 –, l’auteur nous transporte au temps tumultueux de la première croisade, infléchissant avec une maestria confondante le destin d’un chevalier normand épris d’idéal et de paix au cœur de l’Orient. Mentionnons également, au rayon de ses longs récits où le merveilleux se mêle aux siècles passés et futurs, L’Origine des Victoires (2013), une fresque envoûtante qui retrace, de la Rome antique jusqu’aux confins des étoiles, le combat secret de femmes lettrées et guerrières veillant sur la destinée humaine.
Néanmoins, l’amateur éclairé de conjectures ne saurait ignorer que Ugo Bellagamba excelle tout particulièrement dans le format exigeant de la nouvelle et du court roman – que d’aucuns nomment aujourd’hui novella. Sa plume ciselée y fait merveille, comme en témoignent L’Apopis républicain (1999), où l’ombre de Bonaparte rencontre les mystères de l’Égypte éternelle, La Cité du Soleil (2005), hommage vibrant aux songes de Tommaso Campanella, ou encore son éblouissant texte Chimères !, qui lui valut les honneurs conjoints du prix Rosny aîné et du prix Bob-Morane en cette même année 2005.
Enfin, comment passer sous silence ses travaux d’essayiste au service de notre genre de prédilection ? Qu’il décrypte l’œuvre du maître américain Robert A. Heinlein dans Solutions non satisfaisantes (rédigé de concert avec le physicien Éric Picholle et auréolé du Grand Prix de l’Imaginaire en 2008) ou qu’il nous livre, en 2023, son précieux Dictionnaire utopique de la science-fiction aux éditions du Bélial’, cet honnête homme démontre sans relâche que la science-fiction demeure le plus merveilleux des laboratoires pour penser les sociétés de demain.
Livres de Ugo Bellagamba :
Dictionnaire utopique (2023)
L’école des assassins (2010)
L’origine des victoires (2013)
La cité du soleil (2003)
Le double corps du roi (2003)
Le monde de Julia (2023)
Quand il y aura des pommiers sur Mars (2010)
Tancrède (2009)
Pour en savoir plus sur Ugo Bellagamba :
La page Wikipédia sur U. Bellagamba
La page Noosfere sur U. Bellagamba
La page isfdb de U. Bellagamba
Georges Lebas

Présentation de Georges Lebas :
Venu au monde le douze janvier de l’an 1862 dans le fier port de Dieppe, au sein même de l’hôtel de la Gendarmerie où résidait son brave père, le jeune Georges Lebas fit ses humanités au collège Jehan-Ango. Esprit curieux de tout, taquinant la muse dès sa vingt-deuxième année, il embrassa avec ferveur la carrière du journalisme à Rouen avant de s’en revenir sur sa terre natale pour acquérir, en 1889, la feuille locale L’Impartial ainsi que son imprimerie. Figure incontournable de la vie dieppoise, édile dévoué, officier de l’Instruction publique et chevalier de la Légion d’honneur, il fut tout à la fois l’historien scrupuleux de sa cité, le président des « Amys du Vieux Dieppe » et l’heureux créateur du musée municipal qu’il installa avec goût dans l’antique château surplombant la Manche.
Pourtant, derrière la respectable façade de ce notable de la Troisième République – qui signa parfois ses nombreux ouvrages du pseudonyme de « Jean Mirval » – se dissimulait un conteur à l’imagination fertile, capable des plus vertigineuses conjectures. Il convient ici d’insister tout particulièrement sur son incursion majeure et saisissante dans le domaine du merveilleux scientifique : son admirable roman d’anticipation intitulé L’Heure perdue, livré en feuilleton aux lecteurs de la revue Le Correspondant durant l’été de l’an 1929.
Dans cette œuvre d’une remarquable tenue littéraire, qui n’est point sans évoquer les grandes fresques cataclysmiques d’un Rosny aîné ou l’angoisse sourde de la Présence de la mort de Charles-Ferdinand Ramuz, l’auteur met en scène une paisible bourgade normande soudainement frappée de stupeur. Seul un astronome amateur du nom de Vidal pressent l’effroyable vérité avant de défaillir à son oculaire : au cœur de la nuit, dans un fracas épouvantable, une force magnétique d’une puissance inouïe cloue au sol tous les objets métalliques, figeant net les horloges, les montres et les mécaniques, et interrompant toute communication télégraphique.
Le postulat conjectural développé par Georges Lebas glace le sang : frôlée par un astre errant, une planète vagabonde surgie de l’abîme, notre vieille Terre a été violemment arrachée à son orbite séculaire ! Dérivant désormais dans le vide intersidéral, loin des feux bienfaisants du Soleil, le globe subit d’affreux bouleversements climatiques, passant d’une chaleur étouffante au froid le plus glacial et mortel. En véritable homme de terrain habitué aux affaires publiques, l’auteur excelle à décrire, à l’échelle de ce microcosme provincial, la sidération des foules, les mouvements de panique et les efforts désespérés des édiles qui, épaulés par le savant astronome, tentent d’organiser la survie de leurs concitoyens face à l’inéluctable agonie du monde.
Après une existence bien remplie, vouée au bien commun, aux archives poussiéreuses et aux belles-lettres, Georges Lebas s’est éteint dans sa chère ville de Dieppe au mois de février 1934, laissant le souvenir d’un parfait honnête homme qui sut, le temps d’un récit visionnaire, confronter la quiétude du terroir normand à l’effroi des espaces infinis.
Livres de Georges Lebas :
L’heure perdue (1929)
Pour en savoir plus sur Georges Lebas :
La page Wikipédia sur G. Lebas
La page Noosfere sur G. Lebas
La page isfdb de G. Lebas
Giuseppe Lipparini

Présentation de Giuseppe Lipparini :
Venu au monde le deux septembre de l’an 1877 dans l’illustre et savante cité de Bologne, Giuseppe Lipparini fut le digne élève des maîtres Giosuè Carducci et Enrico Panzacchi. Tour à tour poète d’obédience néoclassique, critique littéraire redouté, journaliste prolifique pour le Resto del Carlino ou le Corriere della Sera – dissimulant parfois sa plume sous les pseudonymes malicieux de « Calandrino » ou « Peppino il Superuomo » –, il occupa également avec une grande distinction la chaire d’histoire de l’art à l’Académie des beaux-arts de sa ville natale.
Toutefois, il convient d’insister tout particulièrement sur son incursion magistrale dans les terres de l’imaginaire : son remarquable roman intitulé Le Maître du temps (Il signore del tempo). D’abord livré en feuilleton dès 1902 avant d’être assemblé en volume en 1904, puis traduit dans notre belle langue dès l’année 1909 par les soins de Madame Félicie Roussille au sein de la revue Les Annales politiques et littéraires, cet ouvrage fait figure de véritable pierre angulaire de la proto-science-fiction italienne.
Dans ce récit d’une audace folle, qui n’est point sans rappeler les spéculations de notre Camille Flammarion, Monsieur Lipparini met en scène le professeur Antonio Schwarz, un astronome d’outre-Rhin qui dévoile à la communauté savante une découverte prodigieuse : le « chronoscope » (ou procédé photographique temporel). Grâce à la captation de mystérieux rayons, cet appareil permet d’impressionner sur des plaques sensibles les événements du passé et de scruter les siècles révolus. Mais hélas ! comme bien souvent lorsque l’homme s’aventure à défier les lois immuables de la nature et de la chronologie, cette invention mirifique déchaîne les passions les plus funestes, mêlant intrigues sentimentales, jalousies académiques et drames policiers, jusqu’à conduire le savant à une inéluctable tragédie.
Après une existence entièrement vouée au culte des belles-lettres, à la défense de la langue latine et à l’enseignement, Giuseppe Lipparini s’est éteint dans sa chère ville de Bologne le cinq mars de l’an 1951, laissant à la postérité le souvenir d’un humaniste complet qui sut, le temps d’un livre visionnaire, ouvrir une fascinante lucarne sur les abîmes de l’espace-temps.
Livres de Giuseppe Lipparini :
Le maître du temps (1909)
Pour en savoir plus sur Giuseppe Lipparini :
La page Wikipédia sur G. Lipparini
La page Noosfere sur G. Lipparini
La page isfdb de G. Lipparini
Philip Goy
Présentation de Philip Goy :
Venu au monde le sept novembre de l’an 1941 dans la commune de Charvieu, Philippe Goy mène de front une brillante carrière de physicien émérite au sein de notre vénérable Centre national de la recherche scientifique et une passion assidue pour l’art photographique, qu’il exerce sous son véritable patronyme. Cependant, c’est sous le malicieux pseudo-pseudonyme de « Philip Goy » que ce savant s’en vient charmer et troubler les amateurs d’anticipation et de récits conjecturaux.
Dès le milieu de la décennie qui nous occupe, ce polygraphe virtuose a su s’imposer comme une plume majeure de la science-fiction à la française, brossant des univers d’une rigueur scientifique remarquable, toujours teintés d’une poésie savante. Il convient de saluer tout particulièrement son ouvrage Le père éternel, paru en 1974 aux prestigieuses éditions Denoël. Mais c’est incontestablement avec Le livre/machine, publié l’année suivante dans la célèbre collection « Présence du futur », qu’il a conquis la gloire. Cette œuvre avant-gardiste fut d’ailleurs couronnée du Grand Prix de l’Imaginaire du meilleur roman francophone en 1976, une distinction amplement méritée !
Insistons sur cette fibre spéculative qui ne cesse d’irriguer sa prose : l’auteur excelle tout autant dans le format plus bref de la nouvelle. Sa fameuse contribution Retour à la Terre, définitif, insérée dans la non moins célèbre anthologie de son confrère Jean-Pierre Andrevon, lui a d’ailleurs valu d’être honoré par le prix de la meilleure nouvelle lors de la convention de Limoges en 1977. Mentionnons également le recueil Vers la révolution paru en cette même année, dans lequel Philip Goy démontre une maestria narrative qui n’appartient qu’aux plus grands romanciers de l’imaginaire.
Livres de Philip Goy :
Le père éternel (1974)
Vers la révolution (1977)
Pour en savoir plus sur Philip Goy :
La page Wikipédia sur P. Goy
La page Noosfere sur P. Goy
La page isfdb de P. Goy
Philippe Ébly

Présentation de Philippe Ébly :
Venu au monde le vingt-neuf juillet de l’an 1920 dans la belle cité de Liège, sous le patronyme de Jacques Gouzou, cet homme d’une grande distinction s’est d’abord illustré dans l’industrie métallurgique avant de céder à l’appel des lettres. C’est sous le pseudonyme de Philippe Ébly – judicieusement emprunté à un paisible village de la province belge de Luxembourg – qu’il s’est imposé comme l’un des plus grands pourvoyeurs de récits d’anticipation et de merveilleux scientifique.
Publié au sein de la célèbre collection de la Bibliothèque verte par les éditions Hachette dès l’aube de notre décennie 1970, Philippe Ébly a su, avec une virtuosité narrative remarquable, acclimater la science-fiction aux attentes de la jeunesse. Comment ne point évoquer sa série maîtresse, Les Conquérants de l’impossible, inaugurée en 1971 avec l’ouvrage Destination Uruapan ? Les jeunes lecteurs se passionnent sans réserve pour les pérégrinations temporelles et les vertiges spatiaux du jeune Serge, bientôt rejoint par le vaillant Xolotl et l’intrépide Thibaut, jeune duc de l’an de grâce 1187.
Cet infatigable conteur ne s’est point arrêté en si bon chemin. Sa plume féconde a également enfanté le cycle des Évadés du temps, dont la parution débuta en 1977, ainsi que la série des Patrouilleurs de l’an 4003, élargissant sans cesse les horizons d’une génération avide de découvertes. Avec un style toujours limpide, dénué de toute vulgarité, et un sens inné du suspense, il aura initié d’innombrables collégiens aux paradoxes temporels et aux mystères des univers parallèles. Philippe Ébly s’éteindra bien plus tard, au mois de mars 2014, laissant en héritage une œuvre des plus foisonnantes.
Livres de Philippe Ébly :
Les conquérants de l’impossible :
- Destination Uruapan (1971)
- Celui qui revenait de loin (1972)
- L’éclair qui effaçait tout (1972)
- L’évadé de l’an II (1973)
- Pour sauver le diamant noir (1973)
- … et les martiens invitèrent les hommes (1974)
- Le navire qui remontait le temps (1974)
- La ville qui n’existait pas (1975)
- La voûte invisible (1976)
- L’île surgie de la mer (1977)
- Le robot qui vivait sa vie (1978)
- S.O.S Léonard de Vinci (1979)
- Le naufragé des étoiles (1980)
- Le matin des dinosaures (1982)
- La grande peur de l’an 2117 (1983)
- 2159 – La fin des temps troublés (1985)
- Les parias de l’an 2187 (1986)
- L’ordinateur qui semait le désordre (1988)
- Mission sans retour (1996)
- Le prisonnier de l’eau (2007)
Les évadés du temps :
- Les trois portes (1977)
- Le voyageur de l’au-delà (1978)
- Volontaires pour l’inconnu (1980)
- Un frère au fond des siècles (1981)
- Chasse au tigre en Corrèze (1983)
- Le monstre aux deux têtes
- Descente au pays sans nom (1985)
- Objectif : Nulle part
- Les dix jours impossibles (1988)
Les patrouilleurs de l’an 4003 :
- La forêt des castors (1984)
- Au pouvoir des corsaires (1984)
- La vallée des cyclopes (1984)
- L’enlèvement du dieu blanc (1985)
- Les marais de la mort (1986)
Pour en savoir plus sur Philippe Ébly :
La page Wikipédia sur P. Ébly
La page Noosfere sur P. Ébly
La page isfdb de P. Ébly
Laurent Whale

Présentation de Laurent Whale :
Venu au monde au cours de l’année 1960 dans la riante cité balnéaire de Torquay, sur les côtes d’outre-Manche, Laurent Whale, un homme de lettres d’ascendance franco-britannique, a d’abord fait profession de traducteur, prêtant sa plume pour transposer dans notre belle langue les écrits de ses confrères anglo-saxons. Toutefois, le démon de la création romanesque ne tarda point à s’emparer de lui.
Il s’est ainsi imposé comme un maître du récit d’aventures et d’anticipation, alliant avec une redoutable efficacité un sens aigu de l’intrigue à l’humour pince-sans-rire hérité de ses racines insulaires. Parmi les fleurons de son abondante bibliographie, le bédéphile et l’amateur de science-fiction averti retiendront tout particulièrement Les Pilleurs d’âmes, une œuvre d’une grande vigueur narrative qui lui valut d’ailleurs d’être couronné par le très convoité prix Rosny aîné en 2011. L’on se doit également de citer le formidable Le Chant des glaces, ainsi que ses audacieux romans policiers d’anticipation, tel Les Étoiles s’en balancent, où il met en scène avec une truculence rare des enquêtes interstellaires au rythme échevelé.
Non content d’arpenter les lointaines galaxies, Laurent Whale n’hésite pas à s’aventurer dans l’uchronie ou le roman d’espionnage mâtiné d’extravagances, comme en témoigne le réjouissant Goodbye Gandhi. Qu’il s’agisse d’épopées spatiales ou de mystères insondables, son style franc et sans fioritures s’inscrit dans la plus pure tradition des grands feuilletonistes de jadis.
Livres de Laurent Whale :
Le clan Costa :
- Les étoiles s’en balancent (2011)
- Les damnés de l’asphalte (2013)
- Par la mer et les nuages (2018)
Les rats de poussière :
- Goodbye Billy (2014)
- Le manuscrit Robinson (2015)
- Le réseau Mermoz (2017)
Le chant des psychomorphes (2006)
Les pierres du rêve (2007)
Les pilleurs d’âme (2010)
Skeleton coast (2021)
Pour en savoir plus sur Laurent Whale :
La page Wikipédia sur L. Whale
La page Noosfere sur L. Whale
La page isfdb de L. Whale
Jean-Pierre Hubert

Présentation de Jean-Pierre Hubert :
Venu au monde le vingt-cinq mai 1941 dans la belle cité de Strasbourg, Jean-Pierre Hubert a partagé sa vie entre les nobles devoirs de l’enseignement et les fulgurances de la création romanesque. C’est d’ailleurs dans la paisible commune de Wissembourg qu’il a dispensé son savoir de longues années durant, et c’est en ces mêmes lieux qu’il s’est éteint au printemps de l’an 2006.
Maître incontesté de la science-fiction à la française, Jean-Pierre Hubert a fait les beaux jours de l’édition dès la décennie 1970 avec des ouvrages comme Planète à trois temps (1975). Son œuvre, d’une richesse foisonnante et d’une grande acuité psychologique, fut couronnée des plus hautes distinctions. L’on songe notamment au prestigieux Grand Prix de l’Imaginaire, qu’il remporta à deux reprises, ainsi qu’au prix Rosny aîné, dont il fut honoré par quatre fois ! Son roman Le Champ du rêveur, paru en 1983 aux éditions Denoël, demeure une pièce maîtresse que tout amateur se doit de posséder dans sa bibliothèque, au même titre que ses redoutables Faiseurs d’orages (1984) ou encore Ombromanies (1985).
Il convient d’ajouter que ce brillant esprit ne s’est point cantonné aux seules contrées interstellaires. Il s’est également exercé dans la littérature policière, unissant parfois sa plume à celle de son confrère Christian Vilà sous l’habile pseudonyme de « Jean-Christian Viluber ». En outre, ce talentueux polygraphe a su charmer un public plus jeune, en signant des récits remarquables tels que Le Bleu des mondes (1997) ou l’étonnant Sa majesté des clones (2002).
Livres de Jean-Pierre Hubert :
Cocktail (1988)
Couples de scorpions (1980)
Je suis la Mort (1998)
Le champ du rêveur (1983)
Les cendres de Ligna (2000)
Les faiseurs d’orages (1984)
Les sonneurs noirs (2004)
Mort à l’étouffée (1978)
Ombromanies (1985)
Planète à trois temps (1975)
Sa majesté des clones (2002)
Scènes de guerre civile (1982)
Sur les pistes de Scar (2005)
Pour en savoir plus sur Jean-Pierre Hubert :
La page Wikipédia sur J.-P. Hubert
La page Noosfere sur J.-P. Hubert
La page isfdb de J.-P. Hubert