Auteur/autrice : CH91

 

Le monde de Julia par Ugo Bellagamba et Jean Baret

Fiche de Le monde de Julia

Titre : Le monde de Julia
Auteur : Ugo Bellagamba et Jean Baret
Date de parution : 2023
Editeur : Mnémos

Première page de Le monde de Julia

« Julia se tenait assise, au sommet de la piste, à quelques centaines de mètres de la maison. De là-haut, elle pouvait embrasser un large panorama, avec le lac ocellé d’azur, dans son écrin de roches claires, et les pics enneigés qui ressemblaient à des gardes aux hallebardes blanches. Son regard enthousiaste glissait des pentes boisées de l’adret aux ombres allongées de l’ubac, puis remontait, comme un aigle fier et fou de vitesse, vers les nuées à la dérive. Julia cherchait encore la forme de son sujet, quand, d’une main assurée, machinalement, elle ouvrit son carnet à la bonne page et positionna la pointe de graphite à l’aveugle, au centre exact de la feuille vierge.

Là, sur la berge la plus proche du lac d’altitude, à droite d’un pierrier de faible amplitude, elle le vit enfin. Un rocher recouvert d’un panache de mousse verte, et voûté sur lui-même. Il semblait être là depuis le premier matin du monde. Sur la feuille du carnet, le crayon crissa dans une courbe douce, mais brisée par une excroissance oblongue, inélégante. »

Extrait de : U. Bellagamba + J. Baret. « Le Monde de Julia. »

La cité du soleil par Ugo Bellagamba

Fiche de La cité du soleil

Titre : La cité du soleil et autres récits héliotropes
Auteur : Ugo Bellagamba
Date de parution : 2003
Editeur : Bélial

Sommaire de La cité du soleil :

  • La cité du soleil
  • L’apopis républicain
  • Dernier filament pour Andromède

Première page de La cité du soleil

« Après avoir repoussé une mèche de cheveux châtains en arrière, Laura Firpo parcourut le hall du regard. Une première fois, très vite, glissant sur les silhouettes, puis plus lentement, fouillant avec méthode la marée de visages qui hantait l’espace vitrifié.

Paul n’était pas là. Pourtant, juste avant son départ de Lima, elle lui avait laissé un message, lui rappelant le jour et l’heure de son retour.

Après un mois de séparation…

Durant toute la descente de son vol sur Marignane, Laura avait imaginé leurs retrouvailles : Paul l’aurait attendue en sirotant un café, engoncé dans ce Burberry’s élimé qui lui venait de son grand-père italien. Il aurait été là, sa tasse de café dans une main, un bouquin dans l’autre, et l’esprit ailleurs, perdu dans des univers imaginaires. Mais, dès qu’elle aurait manifesté sa présence en le fixant avec ce regard teinté de reproche qu’il prétendait adorer, il aurait tout lâché pour l’enlacer… Une fois à Marseille, ils auraient déposé ses affaires chez elle, auraient fait l’amour, sans attendre. Puis, Paul l’aurait amenée au Vallon des Auffes, sur la basse corniche. »

Extrait de : U. Bellagamba. « La Cité du Soleil et autres récits héliotropes. »

L’origine des victoires par Ugo Bellagamba

Fiche de L’origine des victoires

Titre : L’origine des victoires
Auteur : Ugo Bellagamba
Date de parution : 2013
Editeur : Mémoires Millénaires

Première page de L’origine des victoires

« La vieille dame regarde le ciel.

Ce n’est pas difficile, son fauteuil ergonomique la maintient dans une position semi-allongée qui ne lui laisse que peu de choix : c’est soit les dalles grises du faux-plafond, soit le ciel qui se déroule lentement, comme un papier cadeau à l’azur froissé, à travers les grandes fenêtres du salon de la maison de retraite. Elle en est venue, avec le temps, à préférer lorsqu’il pleut, lorsqu’il tonne, là-bas, de l’autre côté du double vitrage mal nettoyé, et que le ciel descend si bas qu’il pourrait presque l’emporter loin de cette vie d’attente, d’éclats de voix perdues, de raclements de gorges flétries. Et puis, le ciel gris lui rappelle celui de l’aube de l’humanité, quand il fallait courir pour survivre. Dans ses souvenirs les plus lointains qui ont considérablement gagné en puissance, au point d’occulter tout ce qui se passe autour d’elle, le ciel a déjà été d’une autre couleur que bleu ou gris. Une fois, elle s’en souvient comme si c’était hier, il a été blanc, noyé d’une lumière si pure qu’elle en devenait douloureuse.

C’était un été. »

Extrait de : U. Bellagamba. « L’Origine des Victoires. »

Dictionnaire utopique par Ugo Bellagamba

Fiche de Dictionnaire utopique

Titre : Dictionnaire utopique de la science-fiction
Auteur : Ugo Bellagamba
Date de parution : 2023
Editeur : Bélial

Première page de Dictionnaire utopique

« J’ai toujours aimé les dictionnaires, surtout ceux qui parlent de science-fiction. Celui qui a marqué ma génération, et dont je garde jalousement un exemplaire aujourd’hui, même s’il peut paraître un peu obsolète, c’est Le Science-fictionnaire (1994) de Stan Barets. L’ouvrage se présente en deux tomes : le premier identifie, par ordre alphabétique, tous les auteurs de science-fiction connus à l’époque, avec une forte dominante anglo-saxonne ; le second, toujours par ordre alphabétique, présente les grands thèmes du genre, mais aussi certains de ses éléments structurels, tels que les prix et les collections. Je me suis beaucoup inspiré de ce second volume pour structurer mon propre dictionnaire. Je voudrais également rendre hommage, ici, au travail de Lorris Murail, avec Les Maîtres de la science-fiction (1993), dictionnaire alphabétique paru presque simultanément. Murail y fait une habile et passionnante présentation des grands auteurs, en les répartissant en deux époques, les anciens, « de Poe à Campbell », et les modernes, « de Campbell aux Cyberpunks », et en ajoutant, in fine, un dictionnaire qu’il qualifie de « complémentaire », contenant des auteurs qu’il n’avait pas pu évoquer dans les deux premières parties. »

Extrait de : U. Bellagamba. « Dictionnaire utopique de la science-fiction. »

Ugo Bellagamba

Présentation de Ugo Bellagamba :

Venu au monde le deux décembre de l’an 1972 dans la charmante cité de Nice, Ugo Bellagamba a tout d’abord consacré ses veilles à Thémis et à Clio. Après avoir brillamment soutenu, en l’an 2001, une thèse de doctorat dépeignant les mœurs et le rôle politique des avocats du barreau phocéen aux XVIIIe et XIXe siècles, il est devenu maître de conférences à l’université de sa ville natale, où il professe avec passion l’histoire du droit et des idées politiques. Par ailleurs, cet esprit curieux assume les nobles fonctions de délégué artistique au sein du grand salon international de Nantes, les fameuses « Utopiales ».

Toutefois, il convient d’insister tout particulièrement sur son œuvre féconde au sein des littératures de l’imaginaire, domaine dans lequel il fit ses premières armes à la fin de la décennie 1990 sous le pseudonyme anglo-saxon de « Michael Rheyss ». Chez Ugo Bellagamba, l’érudition de l’historien ne bride nullement la fantaisie du conteur ; bien au contraire, elle irrigue ses récits d’une réflexion profonde sur l’altérité, les systèmes politiques, l’utopie et les vertiges de l’uchronie.

En véritable orfèvre de la spéculation historique et futuriste, il s’est d’abord illustré dans l’exercice délicat du roman écrit à quatre mains, s’associant à son confrère Thomas Day pour donner naissance à deux fresques remarquées : L’École des assassins en 2002, où l’épopée spatiale côtoie les intrigues de pouvoir, suivi dès l’année 2003 par Le Double Corps du roi, une audacieuse réinvention des arcanes de notre monarchie.

Mais c’est en solitaire qu’il signera son chef-d’œuvre uchronique, l’admirable Tancrède, une uchronie, paru en 2009. Dans ce roman d’une tenue littéraire exemplaire – qui fut très justement couronné par le prix Rosny aîné ainsi que par le prix Utopiales européen en 2010 –, l’auteur nous transporte au temps tumultueux de la première croisade, infléchissant avec une maestria confondante le destin d’un chevalier normand épris d’idéal et de paix au cœur de l’Orient. Mentionnons également, au rayon de ses longs récits où le merveilleux se mêle aux siècles passés et futurs, L’Origine des Victoires (2013), une fresque envoûtante qui retrace, de la Rome antique jusqu’aux confins des étoiles, le combat secret de femmes lettrées et guerrières veillant sur la destinée humaine.

Néanmoins, l’amateur éclairé de conjectures ne saurait ignorer que Ugo Bellagamba excelle tout particulièrement dans le format exigeant de la nouvelle et du court roman – que d’aucuns nomment aujourd’hui novella. Sa plume ciselée y fait merveille, comme en témoignent L’Apopis républicain (1999), où l’ombre de Bonaparte rencontre les mystères de l’Égypte éternelle, La Cité du Soleil (2005), hommage vibrant aux songes de Tommaso Campanella, ou encore son éblouissant texte Chimères !, qui lui valut les honneurs conjoints du prix Rosny aîné et du prix Bob-Morane en cette même année 2005.

Enfin, comment passer sous silence ses travaux d’essayiste au service de notre genre de prédilection ? Qu’il décrypte l’œuvre du maître américain Robert A. Heinlein dans Solutions non satisfaisantes (rédigé de concert avec le physicien Éric Picholle et auréolé du Grand Prix de l’Imaginaire en 2008) ou qu’il nous livre, en 2023, son précieux Dictionnaire utopique de la science-fiction aux éditions du Bélial’, cet honnête homme démontre sans relâche que la science-fiction demeure le plus merveilleux des laboratoires pour penser les sociétés de demain.

Livres de Ugo Bellagamba :

Dictionnaire utopique (2023)
L’école des assassins (2010)
L’origine des victoires (2013)
La cité du soleil (2003)
Le double corps du roi (2003)
Le monde de Julia (2023)
Quand il y aura des pommiers sur Mars (2010)
Tancrède (2009)

Pour en savoir plus sur Ugo Bellagamba :

La page Wikipédia sur U. Bellagamba
La page Noosfere sur U. Bellagamba
La page isfdb de U. Bellagamba

Les marais de la mort par Philippe Ébly

Fiche de Les marais de la mort

Titre : Les marais de la mort (tome 5 sur 5 – Les patrouilleurs de l’an 4003)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 1986
Editeur : Hachette

Première page de Les marais de la mort

« L’aventure commença par un petit cri bizarre à la foi aigu et bref, et à ce moment, il y avait à peu près seize heures que l’Épervier 7 avait quitté sa base. Ce cri, c’était une espèce de couinement, qui ne pouvait provenir que d’un jeune animal ou d’un ordinateur.
« Khaïï… Khaïï… »
Dogann se détourna légèrement pour observer l’écran de l’ordinateur, où un avertissement venait d’apparaître.
« FONCTIONNEMENT ANORMAL DU MOTEUR ! » Au-dessous de cette inscription, on voyait une série de chiffres et de symboles, que Dogann sembla comprendre sans aucune peine.
« Pas trop grave », dit-il simplement.
Il poussa deux boutons du tableau de bord, et on cessa de sentir la poussée des moteurs.
« Tu vas réparer ? »
Hina était une jeune Eurasienne aux grands yeux sombres – très jolie. Elle savait, en toute occasion, éviter les phrases inutiles. »

Extrait de : P. Ebly. « Les marais de la mort – Les patrouilleurs de l’an 4003. »

L’enlèvement du dieu blanc par Philippe Ébly

Fiche de L’enlèvement du dieu blanc

Titre : L’enlèvement du dieu blanc (tome 4 sur 5 – Les patrouilleurs de l’an 4003)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 1985
Editeur : Hachette

Première page de L’enlèvement du dieu blanc

«  C’est encore loin ? » demanda Hina.
Elle avait posé cette question d’une voix tranquille. Son visage et son attitude n’exprimaient ni impatience ni inquiétude. Elle restait d’ailleurs toujours calme, même si tout le monde s’énervait autour d’elle.
« Plus tellement », répondit Dogann.
Le garçon qui venait de parler était solide et bien bâti. C’était, à coup sûr, le plus robuste des quatre patrouilleurs. Au contraire d’Hina, il semblait indécis et plutôt inquiet. Il observa longuement le carrefour autour de lui, à la recherche d’un signe ou d’un repère quelconque. Puis il ajouta, à mi-voix :
« Non. Nous ne sommes plus loin, maintenant. »
On devinait qu’il ne connaissait pas du tout l’endroit et qu’il n’avait pas de plan de la ville, ou qu’il ne voulait pas s’en servir. Le ciel, d’un gris terne, était déjà sombre. Seules quelques étoiles étaient visibles.
« Vous cherchez quelque chose ? » dit une voix, tout près d’eux. »

Extrait de : P. Ebly. « L’enlèvement du dieu blanc – Les patrouilleurs de l’an 4003. »

La vallée des cyclopes par Philippe Ébly

Fiche de La vallée des cyclopes

Titre : La vallée des cyclopes (tome 3 sur 5 – Les patrouilleurs de l’an 4003)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 1984
Editeur : Hachette

Première page de La vallée des cyclopes

«  Pourquoi nous a-t-on fait venir ici ? » demanda Xoni.
Le garçon qui venait de parler portait l’uniforme bleu de la Police de l’Espace, avec un galon d’or à chaque manche. Ses cheveux blonds coupés court et ses yeux bleus très clairs lui donnaient l’air assez jeune, et les gens s’étonnaient souvent qu’il eût déjà ce premier galon. Et pourtant, Xoni avait passé toutes les épreuves nécessaires — une à une, et en travaillant dur — comme tous les autres aspirants.
« Sais pas ! répondit Hina. Personne ne m’a rien dit… On va sans doute nous parler de notre prochaine mission, A part ça, je ne sais rien. Vraiment rien. »
Hina était une Eurasienne — très jolie, avec de grands yeux sombres et de lourds cheveux noirs. Elle portait le même uniforme que son compagnon, et tous deux arboraient l’écusson rouge et blanc des Patrouilleurs de l’Espace. La lettre et le chiffre imprimés en bleu sur cet écusson — E. 7 — montraient qu’ils appartenaient, l’un comme l’autre, à l’équipage de l’Epervier 7. Elle laissa passer quelques secondes, puis demanda :
« Et toi ? Tu as une idée ? »
Xoni eut un geste d’incertitude. »

Extrait de : P. Ebly. « Les Patrouilleurs de l’An 4003 – La Vallée des Cyclopes. »

Au pouvoir des corsaires par Philippe Ébly

Fiche de Au pouvoir des corsaires

Titre : Au pouvoir des corsaires (tome 2 sur 5 – Les patrouilleurs de l’an 4003)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 1984
Editeur : Hachette

Première page de Au pouvoir des corsaires

«  Qu’est-ce que tu fais ? » demanda Katia.
Il y avait presque une heure que Xoni n’avait plus ouvert la bouche, ce qui semblait plutôt anormal. Il était assis dans le fauteuil du pilote — c’était sa place préférée — et au moment où Katia lui parlait, il était plongé dans des calculs compliqués, avec un bloc-notes et une carte du ciel sur les genoux.
« Tu n’as pas besoin de faire le point, dit encore Katia. Nous sommes en pilotage automatique… Alors, à quoi servent-ils, tous tes calculs ? Et pour commencer, qu’est-ce que tu fabriques ? »
Tous deux se trouvaient à bord de l’Epervier 7. A la fin du XXe siècle, on aurait dit que cet engin était une « soucoupe volante ». En l’an 4003, on l’appelait plus simplement une « vedette spatiale du type E ». Vus du dehors, ces Eperviers avaient à peu près la forme d’une énorme lentille, et le poste de pilotage se trouvait juste au centre de la face supérieure, bien protégé par une coupole de plexiglas. Ces vedettes étaient rapides et maniables, capables de décoller à la verticale et de se poser n’importe où — au milieu d’un lac, s’il le fallait. Elles pouvaient jouer le rôle de long-courriers dans l’espace, ou voler très longtemps à basse altitude. »

Extrait de : P. Ebly. « Les Patrouilleurs de l’An 4003 – Au Pouvoir des Corsaires. »

La forêt des castors par Philippe Ébly

Fiche de La forêt des castors

Titre : La forêt des castors (tome 1 sur 5 – Les patrouilleurs de l’an 4003)
Auteur : Philippe Ébly
Date de parution : 1984
Editeur : Hachette

Première page de La forêt des castors

« On y voyait à peine à quinze pas. Au-delà, le brouillard noyait tout le marais dans une grisaille menaçante. Xoni se retourna lentement, en observant chaque détail autour de lui. Il savait que sa vie allait se jouer tout entière dans les minutes à venir. Il écoutait en même temps, sans rien entendre que le bourdonnement des libellules géantes, et par moments le vol rapide d’une guêpe d’eau. Et pourtant, le spont était là, prêt à l’attaque, sans doute à la limite du brouillard.
Bien entendu, la Bête avait un nom scientifique, assez compliqué, que personne n’employait jamais. On l’appelait « le spont » depuis si longtemps, qu’à présent, c’était devenu son seul nom. Xoni flaira l’air avec attention, en cherchant à reconnaître l’odeur du monstre. Mais non… Il n’y avait que la senteur des fleurs sauvages, et celle de l’herbe à demi pourrie. Alors, le garçon se rappela qu’il devait plutôt cacher sa propre odeur. Il se baissa, prit quelques poignées de boue et, sans bruit, en enduisit ses vêtements — il ne portait qu’une salopette de toile rude, car le temps était chaud. Il frotta l’étoffe longuement, pour qu’elle s’imprègne bien d’eau et de terre, puis il se frotta aussi les cheveux. Il savait que l’odeur de la vase n’attirait pas le spont. »

Extrait de : P. Ebly. « Les Patrouilleurs de l’An 4003 – La Forêt des Castors. »