Catégorie : Livres

 

Le pronostiqueur par Joël Houssin

Fiche de Le pronostiqueur

Titre : Le pronostiqueur
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le pronostiqueur

« Il s’était installé dans le bac de sa douche. Assis, la tête entre les genoux, il laissait l’eau brûlante ruisseler sur ses épaules. C’était sa manière matinale de gamberger, de ruminer sur la grisaille de son avenir.

Lorsque la morosité persistait, il poursuivait sa cure de liquide, mais à l’intérieur cette fois, et ce n’était plus de l’eau… Ces derniers temps, il était beurré deux soirs sur trois. Avec d’autant moins de remords qu’il s’était trouvé un compagnon de beuverie, ancien journaliste du quotidien Libération, ancien bâtisseur de barricades, militant gauchisant qui levait son verre en gueulant à tue-tête : « Tous beurrés dès huit heures ! Soutien aux viticulteurs ! »

Même Carole avait fini par se lasser. Elle s’était barrée sans un mot. Y avait pas besoin d’explication. N’importe quelle femme à sa place l’aurait plaqué bien avant.

Luc Gérin leva la tête. Le jet puissant lui cingla le visage. Quelle heure était-il ? Qu’importe… À cette minute, il aurait dû se trouver à Chantilly, au centre d’entraînement. Parmi ses collègues, jumelles vissées au-dessus du pif, supervisant les galops d’essais des participants à la course de dimanche. »

Extrait de : J. Houssin. « Le pronostiqueur. »

Le chasseur par Joël Houssin

Fiche de Le chasseur

Titre : Le chasseur
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le chasseur

«  Pourquoi la mer est rouge ? »

La question était mal formulée et Savant fronça les sourcils. Il se tourna vers Gogol, assis à sa droite. Il regardait les vaguelettes mourir à quelques centimètres de ses pieds nus.

« Tu baves encore ! Ton tee-shirt est trempé. »

Le regard de Gogol se troubla. Il ravala sa langue et ferma la bouche.

« Ta question était incorrecte. La mer n’est pas rouge. »

Les épaules de Gogol se voûtèrent. Il avait pris l’habitude, depuis quelque temps, de se tasser ainsi chaque fois que Savant lui adressait un reproche, comme s’il voulait s’enfoncer dans le sable de la plage. Il faudrait lui expliquer, doucement, pour qu’il abandonne cette manie, qu’il ne pouvait calquer son comportement sur celui des crabes.

« Fais un effort ! La mer n’est pas rouge. »

Gogol se redressa légèrement. Il fixa l’étendue d’eau, avec une curieuse lueur agressive dans ses yeux globuleux. Sa langue pointa de nouveau entre ses lèvres.

« Pourquoi la mer n’est pas rouge ?  »

Extrait de : J. Houssin. « Le chasseur. »

Le champion des mondes par Joël Houssin

Fiche de Le champion des mondes

Titre : Le champion des mondes
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le champion des mondes

« Les sept adolescents s’étaient introduits dans un des parkings du bloc ouvrier. Là, dans la fraîcheur et la pénombre du sous-sol, ils avaient peu de chance d’être dérangés.

Le plus petit et le plus jeune d’entre eux s’appelait Angus Saaron. C’était la première fois qu’il s’aventurait dans les Quartiers Nord de la Cité. Il n’avait malheureusement plus le choix. Dans le Quartier Sud, où il résidait, il ne parvenait plus à trouver d’adversaires. Trop connu, le p’tit crack aux cheveux en ailes de corbeau. Les mômes avaient encore des dollars, bien plus qu’ils n’en pouvaient réellement dépenser, mais ils ne voulaient plus les risquer contre Angus. Sa supériorité, ils la jugeaient rédhibitoire. Même en usant de diplomatie, en retardant volontairement l’issue des parties, il ne parvenait plus à intéresser les adversaires de sa génération. Pourtant, Angus n’était pas vraiment un passionné du Jeu. Il n’avait rien du joueur pathologique, comme quelques-uns de ses voisins qui, à treize ans déjà, avaient le regard enfiévré, le teint cireux et ces curieuses rides aux pointes affaissées qui leur sillonnaient le front. »

Extrait de : J. Houssin. « Le champion des mondes. »

Game over par Joël Houssin

Fiche de Game over

Titre : Game over
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de Game over

« NOM : PRESTON
PRENOMS : PAUL, MILTON, JOHN.
AGE : 39 ans.
EMPLOYEUR : LLOYD’S BANK
 
Paul Preston quitte le pub. Il ne se sent guère mieux qu’en y entrant. Au contraire. Il a, jusqu’ici, compensé son désarroi par une envie pressante d’uriner et le sentiment qu’un double café à l’italienne lui éclaircirait les idées. Ces deux désirs satisfaits, il est maintenant tout à fait malade. Tout va mal. Dans quelques secondes, si ce foutu quartier de Londres ne s’arrête pas de tanguer, il va dégueuler en pleine rue, s’asseoir au bord du trottoir, vidé de toutes forces, et attendre que les flics viennent le ramasser.
Encore un effort, Preston ! Un tout petit effort…
Ce sont les propres paroles de son chef de service. Il les rabâche à longueur de journée avec ce putain de sourire ironique au coin de la bouche. Il doit se sentir, ce fumier, à l’abri des licenciements.
En approchant de sa voiture, Preston paraît réagir. Son regard glisse sur la carrosserie de la Jag VV 2, une « Spécial Sport » en série limitée. Quelle connerie d’avoir acheté cette bagnole ! Le conflit chez British Leyland dure depuis trois mois. Les usines sont bloquées et les chaînes arrêtées. Le secteur le plus durement touché est évidemment celui des pièces détachées. Les rois du marché noir tiennent le haut du pavé. Pas difficile d’imaginer avec quel genre d’empressement ils doivent accueillir les propriétaires de Jag VV 2… »

Extrait de : J. Houssin. « Game Over. »

City par Joël Houssin

Fiche de City

Titre : City
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1983
Editeur : Fleuve noir

Première page de City

« Un cinquième de part – soit près de trente maxipions – et de la moisissure partout. Aliments, meubles, murs, tout est recouvert de mousse blanche et verte. Trois semaines maintenant que Victoria est vissée au Marvel. Elle ne paraît pas sur le point d’en sortir. Jamais, apparemment, la société n’avait publié une cassette aussi sophistiquée. L’avertissement, au dos du boîtier, ressemblait à un condensé publicitaire pour film d’épouvante. La rituelle interdiction aux mineurs et aux malades cardiaques était suivie de quelques lignes explicatives sur le jeu et ses difficultés.

LA SOLUTION SE TROUVE DANS L’ŒIL DE LA MORT.
CHERCHEZ-LA.
MAIS PRENEZ VOS PRÉCAUTIONS.
LA MORT VOUS GUETTE.

Victoria était une véritable championne du Marvel. Elle ne jeta qu’un regard distrait sur l’énigme avant de se brancher sur l’appareil. »

Extrait de : J. Houssin. « City. »

Blue par Joël Houssin

Fiche de Blue

Titre : Blue
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1982
Editeur : Fleuve noir

Première page de Blue

« Starlette commençait à me débecter. Je comprenais maintenant pourquoi Blue l’avait larguée. J’aurais dû me douter. Et moi, bonne pomme, quand je l’avais vue, toute seule sur ses roulettes, au milieu de la piste du Trocade, j’avais rien trouvé de mieux que de lui proposer la botte. L’occase, le pigeon inespéré, elle avait plongé à pieds joints, me faisant croire, poussant le vice qu’elle avait grossier, que j’avais tout juste la pointure pour la mériter. C’est sans doute de l’avoir aperçue si souvent aux côtés de Blue qui m’avait trompé. La régulière du chef, évidemment elle en jetait à l’époque. Saboulé brillance, sa chevelure noire interminable qui flottait comme l’étendard des Patineurs quand elle dévalait, l’œil souligné velours, les toboggans du Champ de Mars. J’aurais parié qu’un envieux, sur un coup de folie, aurait pu décapiter Blue pour cette gonzesse. »

Extrait de : J. Houssin. « Blue. »

Banlieues rouges par Joël Houssin

Fiche de Banlieues rouges

Titre : Banlieues rouges
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1989
Editeur : Opta

Sommaire de Banlieues rouges

  • Fumez Coke : en guise de préface… par R. Wlasikov
  • Toucher vaginal par J.-P. Hubert
  • Je m’appelle Simon et je vis dans un cube par D. Douay
  • Exzone Z par J.-P. Andrevon
  • Le monde du A par P. Goy
  • Et voir mourir tous les vampires du quartier de jade par D. Walther
  • L’ouvre-boîte par C. Léourier
  • Relais en forêt par S. A. Airelle
  • Multicolore par J. Houssin
  • Terrain de jeu par R. Gaillard
  • Supplice sylvestre par J. Le Clerc de la Herverie
  • Les derniers jours de mai par C. Vilà
  • Les Seigneurs chimériques des stades hallucinés par R. Durand
  • Le super-marché par D. Roffet

Argentine par Joël Houssin

Fiche de Argentine

Titre : Argentine
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1989
Editeur : Denoël

Première page de Argentine

« On pouvait sûrement se passer d’aspirine… Sûrement.

Ce matin-là, le Démolisseur tenait une frite d’enfer. Cramponné à son marteau-piqueur, il déchirait mon crâne avec une application hystérique. Un tout p’tit mec, le Démolisseur. Sec et nerveux, la moustache gominée, le même tricot de corps depuis… Avait-il seulement porté autre chose ? Et avec ça atrocement ponctuel, une qualité tout aussi démodée que son look. Jamais une minute de retard. Pas le moindre jour de repos.

Ce que j’exigeais des autres, je pouvais, je devais me l’imposer. Les cancrelats étaient prêts à s’engouffrer dans la plus petite faille. Friands de tripes molles et de cervelles fatiguées, les immondes bestioles n’allaient pas mettre trois jours pour me vider…

Seigneur, ça n’allait donc jamais s’arrêter ?

Je tournai la tête et fixai le poster lacéré d’Angelo Razzaguardi. L’impact des fléchettes lui avait grêlé le visage comme une méchante vérole. Je lâchai un soupir désabusé et refermai un instant les yeux. »

Extrait de : J. Houssin. « Argentine. »

Angel felina par Joël Houssin

Fiche de Angel felina

Titre : Angel felina
Auteur : Joël Houssin
Date de parution : 1981
Editeur : Fleuve noir

Première page de Angel felina

« Le type au blouson râpé commença par se racler la gorge, à toussoter légèrement comme s’il allait entrer dans le premier acte d’un opéra lyrique.

— Je marchais depuis deux heures quand j’ai aperçu ce bar de la rue de Buci. Je savais pas bien s’il était encore ouvert ou non. Il y avait de la lumière mais il était tard. J’ai quand même poussé la porte. Le barman nettoyait un verre et une femme d’une quarantaine d’années fumait une cigarette derrière le bar. C’était la seule cliente, à part moi. Je me suis installé à deux tabourets d’elle et j’ai commandé une bière. J’ai demandé aussi si je pouvais manger quelque chose. Le barman m’a regardé comme si un chapelet de furoncles me poussait sur la frite et la fille s’est marrée. J’ai tout de même compris à quel genre de bar j’avais affaire quand la blonde est descendue de son perchoir pour venir vers moi. « Vous m’offrez un glass ? » qu’elle a fait. C’était un de ces bars de poche qu’on appelle « américains » et qu’on trouve un peu partout dans Paris ouverts jusqu’à quatre, cinq heures du matin. Avec de l’alcool et des poules. »

Extrait de : J. Houssin. « Angel Felina. »

Dans le ventre de la bête… par David Rome

Fiche de Dans le ventre de la bête…

Titre : Dans le ventre de la bête… (Tome 6 sur 6 – SCUM)
Auteur : David Rome
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Dans le ventre de la bête…

« Le commissariat de la 87e Rue, face au Grand Réservoir de Central Park, reçut le premier appel.

Le téléphone sonnait sans interruption depuis le début de la soirée. C’était une de ces sales nuits où toutes les putains, tous les travestis, les violeurs, les dealers, détrousseurs de tout poil semblaient avoir donné rendez-vous au reste de l’humanité. Un samedi soir humide, chaud et poisseux comme New York en connaissait trop depuis quelques semaines. Une de ces soirées où le métier de flic prenait des dimensions cosmiques.

Il y avait eu dix-sept appels pour agressions entre vingt heures trente et vingt et une heures. Trente minutes pour un record. Le hululement sinistre des voitures de police crevait la nuit épaisse, rebondissait en échos discordants sur le glacis des buildings.

L’inspecteur Motta releva sa casquette et s’épongea le front d’un revers de manche. En temps ordinaire, il ne bossait ni le samedi ni le dimanche. »

Extrait de : D. Rome. « SCUM – Dans le ventre de la bête… »