Auteur/autrice : CH91
Cycle du Professeur Manderpootz par Stanley G. Weinbaum
Fiche de Cycle du Professeur Manderpootz
Titre : Cycle du Professeur Manderpootz
Auteur : Stanley G. Weinbaum
Date de parution : 1935
Traduction : Mais-Encore.fr
Editeur : Mais-Encore.fr
Cycle du Professeur Manderpootz — Stanley G. Weinbaum
Nouvelles publiées en 1935, aujourd’hui dans le domaine public.
Traduction française : Mais-Encore.fr
📥 Télécharger le ZIP (ePub, PDF, Mobi)
Première page de Cycle du Professeur Manderpootz
« Je m’arrêtai en chemin vers l’aéroport de Staten Island pour passer un coup de téléphone. Ce fut sans doute une erreur, car sans cela, j’aurais probablement eu une chance d’y arriver à temps. Mais au bureau de la compagnie, on se montra aimable : « Nous retiendrons l’appareil cinq minutes pour vous », dit l’employé. « C’est le maximum que nous puissions faire. »
Je me précipitai donc à l’intérieur de mon taxi, et nous démarrâmes en trombe pour rejoindre le troisième niveau, traversant le pont de Staten Island à toute allure, comme une comète filant sur un arc-en-ciel d’acier. Je devais être à Moscou avant le soir — à vingt heures tapantes, pour être exact — pour l’ouverture des plis de l’appel d’offres du tunnel de l’Oural. Le gouvernement exigeait la présence physique d’un représentant de chaque entreprise soumissionnaire. La firme aurait pourtant dû y regarder à deux fois avant de m’envoyer, moi, Dixon Wells, même si la N. J. Wells Corporation est, pour ainsi dire, la propriété de mon père. J’ai la réputation — tout à fait injustifiée — d’être toujours en retard pour tout. Il se produit systématiquement quelque chose qui m’empêche d’arriver à l’heure. »
Extrait de : S.G Weinbaum. « Cycle du Professeur Manderpootz. »
La part de l’autre par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de La part de l’autre
Titre : La part de l’autre
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2001
Editeur : Le livre de poche
Première page de La part de l’autre
« Hitler regarda autour de lui. Des dizaines d’adolescents, oreilles cramoisies, mâchoire crispée, le corps tendu sur la pointe des pieds, les aisselles mouillées par l’affolement, écoutaient l’appariteur qui égrenait leur destin. Aucun ne faisait attention à lui. Personne n’avait remarqué l’énormité qu’on venait d’annoncer, la catastrophe qui venait de déchirer le hall de l’Académie des beaux-arts, la déflagration qui trouait l’univers : Adolf Hitler recalé.
Devant leur indifférence, Hitler en venait presque à douter d’avoir bien entendu. Je souffre. J’ai une épée glacée qui me déchire de la poitrine aux entrailles, je perds mon sang et personne ne s’en rend compte ? Personne ne voit le malheur qui me plombe ? Suis-je seul, sur cette terre, à vivre avec autant d’intensité
? Vivons-nous dans le même monde ?
L’appariteur avait fini la lecture des résultats. Il replia son papier et sourit dans le vide. Un grand type jaunâtre, sec comme un canif, des jambes et des bras raides, interminables, maladroits, presque indépendants du tronc et retenus par une attache incertaine. »
Extrait de : E-E Schmitt. « La Part De L’Autre. »
La femme au miroir par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de La femme au miroir
Titre : La femme au miroir
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2011
Editeur : Albin Michel
Première page de La femme au miroir
« – Je me sens différente, murmura-t-elle.
Personne ne prêtait attention à ses mots. Tandis que les matrones s’agitaient autour d’elle, celle-ci arrangeant un voile, celle-là une tresse, cette autre un ruban, alors que la mercière raccourcissait son jupon et que la veuve de l’arpenteur lui enfilait des chaussons brodés, la jeune fille immobile avait l’impression de devenir un objet, un objet passionnant certes, assez affriolant pour mobiliser la vigilance des voisines, un simple objet cependant.
Anne contempla le rayon de soleil qui, jailli de la fenêtre trapue, traversait la pièce en oblique. Elle sourit. La mansarde, dont ce jet d’or trouait la pénombre, ressemblait à un sous-bois surpris par l’aube, où les paniers de linge remplaçaient les fougères, les femmes les biches. Malgré les bavardages incessants, Anne écoutait le silence voler dans la chambre, un silence étrange, paisible, touffu, lequel venait de loin et délivrait un message sous les jacasseries des commères. »
Extrait de : E-E Schmitt. « La femme au miroir. »
L’homme qui voyait à travers les visages par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de L’homme qui voyait à travers les visages
Titre : L’homme qui voyait à travers les visages
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2016
Editeur : Albin Michel
Première page de L’homme qui voyait à travers les visages
« – Tu dors ?
À la voix qui me parle, je voudrais crier « non » mais je me tais en gardant mes paupières closes. Prononcer un mot m’arracherait au rêve qui m’enchante.
Dans une clairière éclaboussée de lumière, un vieillard à barbe crayeuse vient de m’offrir un iris et m’indique du doigt un cheval. À ma grande surprise, je saute sur son dos fauve – j’ignorais que je pouvais monter à cru ; j’ignorais même que je savais monter – puis je promets à l’ancêtre d’accomplir la mission qu’il m’a confiée. Il sourit et ses fines lèvres en s’écartant déclenchent des chants d’oiseaux. Le soleil brille.
– Dort-il ?
J’attends quelques secondes. Si la pause dure, je vais poursuivre mon objectif et gagner le château. Tendu, les rênes en main, j’ai conscience d’être suspendu entre deux mondes, l’un concret où mes mollets pressent le poitrail chaud d’un alezan, l’autre abstrait où j’ai à peine risqué mes yeux fermés et une oreille distraite. Face à moi, le druide penche la tête contre son épaule, déçu que je ne m’élance pas. Oh, comme la voix me contrarie, cette voix qui me paralyse, cette voix qui, si elle insistait, me catapulterait ailleurs ! »
Extrait de : E-E Schmitt. « L’homme qui voyait à travers les visages. »
L’évangile selon Pilate par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de L’évangile selon Pilate
Titre : L’évangile selon Pilate
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2000
Editeur : Le livre de poche
Première page de L’évangile selon Pilate
« Je hais Jérusalem. L’air qu’on y respire n’est pas de l’air mais un poison qui rend fou. Tout devient excessif dans ce dédale de rues qui ne sont pas conçues pour se diriger mais pour se perdre, sur ces chaussées où l’on se cogne au lieu de circuler, parmi ce fracas de langues qui arrivent de tout l’Orient et qu’on ne parle que pour ne pas s’entendre. On crie trop dehors, on chuchote trop dedans. On ne respecte l’ordre romain que parce qu’on l’exècre. La ville pue l’hypocrisie et les passions contenues. Même le soleil, au-dessus de ces remparts, a des airs de traître. Tu ne peux pas croire que c’est le même astre qui brille sur Rome et rôde sur Jérusalem. Celui de Rome produit de la lumière, celui de Jérusalem attise l’ombre : il crée des coins où l’on complote, des allées où les voleurs s’enfuient, des temples où le Romain n’est pas autorisé à poser le pied. Un soleil qui éclaire contre un soleil qui obscurcit, voilà ce que j’ai troqué lorsque j’ai accepté d’être le préfet de Judée. »
Extrait de : E-E Schmitt. « L’Evangile selon Pilate. »
Journal d’un amour perdu par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Journal d’un amour perdu
Titre : Journal d’un amour perdu
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2019
Editeur : Albin Michel
Première page de Journal d’un amour perdu
« Maman est morte ce matin et c’est la première fois qu’elle me fait de la peine.
Ce soir, brisé d’avoir tant pleuré, je n’ai pas l’impression qu’elle m’a quitté, plutôt la crainte de l’avoir abandonnée. Je m’inquiète… Où se trouve-t-elle ? A-t-elle besoin de moi ?
Je voudrais courir jusqu’à ce lieu inconnu qu’elle découvre, la soutenir, chasser son effroi, enlacer son épaule, caler sa main au creux de mon coude puis lui chuchoter à l’oreille : « Ça va d’aller. » Peut-être s’esclafferait-elle – elle riait quand j’imitais les gens de Charleroi. « Ça va d’aller ! » Depuis cinquante-six ans, sitôt que, réunis, nous marchions côte à côte, nous nous sentions forts, sereins, au centre d’un univers dont les paysages s’organisaient sous nos pas. Maman m’éclairait, je l’éclairais, nous rayonnions, invincibles, et les ténèbres s’écartaient, repoussées par notre flamme. Après la vie, nous aurions apprivoisé la mort ensemble, non ?
Je ne supporte pas qu’elle meure seule, même si on meurt toujours seul. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Journal d’un amour perdu. »
Madame Pylinska et le secret de Chopin par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Madame Pylinska et le secret de Chopin
Titre : Madame Pylinska et le secret de Chopin (tome 8 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2018
Editeur : Albin Michel
Première page de Madame Pylinska et le secret de Chopin
« Dans la maison de mon enfance vivait un intrus. À l’extérieur, tout le monde croyait que la famille Schmitt comptait quatre membres – deux parents, deux rejetons –, alors que cinq personnes habitaient notre domicile. L’intrus occupait le salon en permanence ; il y dormait, il y veillait, râleur, immobile, importun.
Accaparés par leurs tâches, les adultes l’ignoraient, sauf parfois ma mère qui, agacée, intervenait afin qu’il restât propre. Ma sœur seule entretenait une relation avec le fâcheux en le réveillant chaque jour vers midi, ce à quoi il réagissait bruyamment. Moi, je le haïssais ; ses grondements, son air lugubre, sa carrure austère, son aspect renfermé me rebutaient ; le soir, au fond de mon lit, je priais souvent pour son départ. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Madame Pylinska et le secret de Chopin – Le cycle de l’invisible. »
Félix et la source invisible par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Félix et la source invisible
Titre : Félix et la source invisible (tome 7 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2019
Editeur : Albin Michel
Première page de Félix et la source invisible
« – Tu ne remarques pas que ta mère est morte ?
Mon oncle désignait Maman devant l’évier, grande, droite, trop pâle, qui finissait d’essuyer la vaisselle en déposant une assiette au sommet de la pile.
– Morte ? murmurai-je.
– Morte !
De sa voix caverneuse, l’oncle avait répété le mot si violemment que celui-ci, plus lourd qu’un corbeau, emplit la cuisine, heurta les meubles, rebondit sur les murs, cogna le plafond puis s’enfuit par la fenêtre pour s’attaquer aux voisins ; guttural, strident, éraillé, le son se fragmenta en échos dans la cour.
Sous le vacillement de l’ampoule, le silence se rétablit.
Le croassement n’avait pas touché Maman, laquelle, absorbée, entreprenait maintenant de compter ses soucoupes. »
Extrait de : E. Schmitt. « Félix et la source invisible – Le cycle de l’invisible. »
Les deux messieurs de Bruxelles par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Les deux messieurs de Bruxelles
Titre : Les deux messieurs de Bruxelles (tome 6 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2012
Editeur : Albin Michel
Première page de Les deux messieurs de Bruxelles
« Le jour où un trentenaire en costume bleu sonna à son palier en lui demandant si elle était bien la Geneviève Grenier, née Piastre, qui avait épousé Édouard Grenier cinquante-cinq ans plus tôt, le 13 avril après-midi, à la cathédrale Sainte-Gudule, elle faillit claquer la porte en ripostant qu’elle ne participait à aucun jeu télévisé. Or, soucieuse de ne blesser personne, à son habitude elle retint les pensées qui lui traversaient la tête et murmura simplement :
— Oui.
Enchanté par la réponse, le costume bleu se présenta comme maître Demeulemeester, notaire, et lui apprit qu’elle était l’unique ayant droit de monsieur Jean Daemens. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Les deux messieurs de Bruxelles – Le cycle de l’invisible. »
Le sumo qui ne pouvait pas grossir par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Le sumo qui ne pouvait pas grossir
Titre : Le sumo qui ne pouvait pas grossir (tome 5 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2009
Editeur : Albin Michel
Première page de Le sumo qui ne pouvait pas grossir
« Alors que j’étais maigre, long, plat, Shomintsu s’exclamait en passant devant moi :
— Je vois un gros en toi.
Exaspérant ! De face, j’avais l’air d’une peau de hareng séchée sur du bois d’allumette ; de profil… on ne pouvait pas me voir de profil, je n’avais été conçu qu’en deux dimensions, pas en trois ; tel un dessin, je manquais de relief.
— Je vois un gros en toi.
Les premiers jours, je n’avais pas répliqué parce que je me méfie de moi : il m’arrive souvent de penser que les gens m’agressent en paroles, en grimaces, en gestes, puis de découvrir mon erreur, j’ai interprété, déformé, voire rêvé. Paranoïa, je crois, on appelle ce genre d’illusion à répétition, oui, je fais de la paranoïa, en plus de l’allergie.
— Jun, calme-toi, tu te massacres, me sermonnai-je. Ce vieux bancal n’a pas pu dire ça. »
Extrait de : E.E Schmitt. « Le Sumo qui ne pouvait pas grossir – Le cycle de l’invisible. »