Étiquette : auteur-Katz
La maîtresse de guerre par Gabriel Katz

Fiche de La maîtresse de guerre
Titre : La maîtresse de guerre
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2013
Editeur : Scrineo
Première page de La maîtresse de guerre
« Le village était en deuil. Devant une grande maison au toit couvert de neige, un groupe d’hommes se tenait en silence. Ils étaient tous là, malgré le froid, malgré le vent de la montagne qui soulevait des nuages de givre. Le meunier, le forgeron, le tanneur, le bûcheron et ses fils, les clercs, le marchand de fourrures, l’ébéniste, les trappeurs. Et même les gamins du village, qui se pressaient derrière leurs pères. Il ne manquait que Horn, le maître d’armes, et c’était lui qu’on attendait.
Quelqu’un lança à voix haute :
– Il ne viendra pas.
Il y eut des murmures d’approbation. Le jour déclinait déjà sur les crêtes, bientôt la route serait trop dangereuse pour chevaucher. Lorsque la nuit tombait sur les montagnes du Nordland, le pays appartenait aux loups et aux esprits des ténèbres.
Les villageois se dispersaient quand résonna le grondement sourd d’un galop sur la neige. C’était lui. Avec son manteau détrempé, son bonnet de laine, sa grande épée nordique. Sa barbe tressée était blanche de givre. »
Extrait de : G. Katz. « La Maîtresse de guerre. »
L’assassin de Pigalle par Gabriel Katz

Fiche de L’assassin de Pigalle
Titre : L’assassin de Pigalle
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2026
Editeur : City Editions
Première page de L’assassin de Pigalle
« Il y a des endroits comme ça, qui sont faits pour le crime. Un petit hôtel coincé entre deux immeubles, avec son enseigne qui grésille, sa façade lézardée, ses fenêtres opaques. La pluie et la crasse y ont laissé de longues traînées noires, comme des stigmates d’incendie. On se croirait presque dans un film, sauf qu’il y a trop de bruit, trop de lumières, trop de tout. Deux voitures, une camionnette de police, des agents en pèlerine. Dans la lueur des gyrophares, des grappes de curieux se bousculent, parce qu’il y a un mort et qu’on veut le voir.
Comme s’ils n’en avaient pas assez vu, des morts.
Max Weber leur laisserait volontiers sa place, mais il l’a voulue cette place, au lieu de choisir les bureaux, comme tout le monde le lui conseillait. Question de fierté, sans doute. »
Extrait de : G. Katz. « L’assassin de Pigalle. »
Dehors tu vas avoir si froid par Gabriel Katz

Fiche de Dehors tu vas avoir si froid
Titre : Dehors tu vas avoir si froid
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2024
Editeur : Editions du Masque
Première page de Dehors tu vas avoir si froid
« J’aime pas le foie gras. J’ai jamais aimé le foie gras. Ou alors il y a longtemps, quand ma mère en achetait pour Noël, en promo au Leclerc, sous vide, dans un torchon à carreaux 100% synthétique. C’est gras, le foie gras. Ça colle au palais, ça laisse une pellicule de graisse et une culpabilité terrible, comme si c’était moi qui la gavais, l’oie. Ce qui ne m’a pas empêché de tartiner des toasts toute la journée, parce que j’ai besoin de ce job, et qu’il y a pire. Comme le pauvre mec au rayon jouets qui étouffe dans son costume de Père Noël, ou la nana qui vend des huîtres à l’extérieur, dans le bon air des pots d’échappement, alors qu’il s’est remis à neiger. J’ai fait ça, moi aussi. J’ai tout fait. Et s’il faut choisir, j’aime autant déambuler avec mon plateau dans les allées du Monop, pour proposer mon foie gras industriel à des gens qui ne l’achèteront pas.
— Bonjour, madame ! Un petit toast ?
Mamie fronce les sourcils sous son bonnet de douche dégoulinant de neige fondue, comme si je lui proposais du shit. »
Extrait de : G. Katz. « Dehors tu vas avoir si froid. »
Avec des jouets par milliers par Gabriel Katz

Fiche de Avec des jouets par milliers
Titre : Avec des jouets par milliers
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2025
Editeur : Editions du Masque
Première page de Avec des jouets par milliers
« Ça peut toujours être pire. Même quand on croit que non. J’ai fait le Père Noël aux grands magasins, le contrôle des sacs à l’opéra, j’ai fait goûter du foie gras au Monop’, servi du vin chaud qui troue le bide et des churros à l’huile rance, agité une clochette pour l’Armée du salut, distribué des flyers en costume de poulet, et chaque fois, mais alors chaque fois, je me dis que ça ne peut pas être pire.
Ça peut.
Ce soir, je suis dans une boîte. Et ce n’est pas une façon de parler. Une vraie boîte en carton, un peu trop étroite pour mon costume de Père Noël, où j’ai du mal à me caser sans rentrer le menton, le nez dans les poils de ma fausse barbe. Et comme ce serait dommage de m’éviter le pire du pire, on m’a abandonné dans ma boîte depuis dix bonnes minutes, probablement au pied du sapin. »
Extrait de : G. Katz. « Avec des jouets par milliers. »
Au bout des doigts par Gabriel Katz

Fiche de Au bout des doigts
Titre : Au bout des doigts
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2018
Editeur : Fayard
Première page de Au bout des doigts
« Je n’aime pas la foule. Je n’ai jamais aimé la foule. Je ne suis pas de ceux qui s’entassent dans les stades ou s’agglutinent en terrasse, pour cuire au soleil dans les relents de sueur et de pots d’échappement. Ni de ceux qui s’infligent la gare du Nord à la pire heure de la journée, mais on ne peut pas toujours passer entre les mailles. Paris est une ville étrange, oscillant sans cesse entre paradis et enfer, et pour peu qu’on en maîtrise les rouages, on s’en sort plutôt bien. Il faut connaître les détours, les passages, les ruelles. Éviter le flot. Échapper aux grands axes. Surveiller sa montre. Ne pas accepter de rendez-vous chez son psy à l’heure où la banlieue s’engouffre en masse dans les trains du soir. Tout ça pour qu’un freudien aux jambes croisées, impassible comme un bonze, approuve mes constats d’échec d’un hochement de tête. Je me demande vraiment pourquoi je perds mon temps avec ce type.
Quant à prendre un taxi, c’est le meilleur moyen de passer une heure dans les embouteillages, pour cinquante euros sur fond de Radio Nostalgie. C’est au-delà de mes forces. Je préfère encore le métro, vingt minutes de lutte pour l’oxygène dans les haleines de cigarette froide. »
Extrait de : G. Katz. « Au bout des doigts. »
Le serment de l’orage par Gabriel Katz

Fiche de Le serment de l’orage
Titre : Le serment de l’orage (tome 1 sur 1 – Le serment de l’orage)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2019
Editeur : BigBang
Première page de Le serment de l’orage
« Ils étaient sept. Sept chevaliers sous un ciel d’orage, leurs boucliers luisant sous l’averse, leurs capes claquant dans la bourrasque. Un éclair déchira le ciel, illuminant la scène comme en plein jour, distordant leurs ombres sur le sol détrempé. Un cheval se cabra dans un hennissement, mais son cavalier le maîtrisa d’une main de fer. Au pied de la falaise, la mer rugissait sous le vent.
Trempé jusqu’aux os, le petit berger se tapit dans le buisson où il avait trouvé refuge. Il retint son souffle comme si ces hommes pouvaient l’entendre, à quelques mètres de là, sous leurs heaumes de métal. Une peur irraisonnée le tenaillait. Ces chevaliers sans suite, sans écuyers et sans bannières étaient comme des fantômes, revenus d’entre les morts pour célébrer la tempête.
En cercle, silencieux, immobiles, ils attendaient. Puis l’un d’eux prit la parole. Il n’avait pas de visage, juste un heaume cabossé ruisselant sous la pluie. Et un surcot noir sur une cotte de mailles, des gantelets de fer, une lourde épée bâtarde. Sa voix résonna, caverneuse, étouffée par le casque et les rafales de vent. Il parla longtemps, par phrases hachées et sèches, tandis que la pluie s’intensifiait. »
Extrait de : G. Katz. « Le serment de l’orage – Le serment de l’orage. »
Les terres de cristal par Gabriel Katz

Fiche de Les terres de cristal
Titre : Les terres de cristal (tome 3 sur 3 – Le puits des mémoires)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2013
Editeur : Scrineo
Première page de Les terres de cristal
« Le monde à nouveau n’était plus que ténèbres. Une obscurité insondable, moite et suffocante, et l’air si rare que chaque bouffée paraissait être la dernière. À tâtons, Olen chercha la paroi de sa prison roulante, dont le bois crissa sous ses ongles. Un goût amer, presque acide, lui monta aux lèvres, tandis qu’il luttait contre le sommeil. Sa mémoire meurtrie lui renvoyait des bribes de rêves enfiévrés, des rêves de fuite éperdue, de femmes nues, de guerre et de tempêtes. Des images furtives de chevauchées glaciales, de villages en feu. Un délire insensé, peuplé de visages inconnus, où il se réveillait prince, acclamé par la foule, croulant sous l’or, le pouvoir et les honneurs.
Soudain, les cahots cessèrent. Ses yeux se fermaient comme si une vague de plomb coulait sur ses paupières, mais il refusa de s’endormir. Cette scène, il l’avait déjà vécue ; les dernières secousses, le silence, puis l’ouverture sur le ciel, le froid de la montagne, le chemin sinueux vers la vallée d’Helion. Dans quelques minutes, il en était sûr, des coups sourds résonneraient dans la boîte, une brèche s’ouvrirait dans le bois, une planche se casserait pour laisser apparaître les visages hagards de ses compagnons de route. »
Extrait de : G. Katz. « Le Puits des mémoires – Les Terres de Cristal. »
Le fils de la Lune par Gabriel Katz

Fiche de Le fils de la Lune
Titre : Le fils de la Lune (tome 2 sur 3 – Le puits des mémoires)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2012
Editeur : Scrineo
Première page de Le fils de la Lune
« Il y eut un craquement, une déchirure. Un grondement sourd qui montait des ténèbres. Une secousse. Un roulement étouffé, menaçant. Et le monde se mit à trembler ; une force invisible le frappait à l’aveugle, comme un marteau de guerre. Il n’y avait plus de haut, plus de bas, plus de ciel ni de terre. Le sol, secoué de soubresauts, montait à la verticale avant de retomber, dans un fracas de fin du monde. L’univers roulait sur lui-même.
– Karib !
Deux yeux hébétés s’ouvrirent sur la violente lueur d’un éclair. L’obscurité revint aussitôt, mais le spectre de la scène restait imprimé : une cale de navire secouée par la tempête, de lourdes caisses qui glissaient de bout en bout comme des graviers sous le vent. Des sacs, des bottes, des bouteilles, des écuelles, littéralement arrachés du sol, rebondissaient contre la coque. »
Extrait de : G. Katz. « Le Puits des Memoires – le Fils de la Lune. »
La traque par Gabriel Katz

Fiche de La traque
Titre : La traque (tome 1 sur 3 – Le puits des mémoires)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2012
Editeur : Scrineo
Première page de La traque
« Au commencement étaient les ténèbres. Un monde où n’existaient ni le temps, ni la faim, ni la soif. Peut-être était-ce cela, la mort, une éternité dans un néant si étroit que l’on ne pouvait s’y tenir que recroquevillé, comme un enfant à naître. L’air était rare, moite, chargé d’une écœurante odeur de bois humide. Il avait fallu s’accoutumer à respirer lentement, calmement, à petites bouffées. Lutter contre l’engourdissement et les nausées. Cesser de crier, de s’étouffer, de céder à une affreuse impression de noyade. Les premiers temps, de véritables crises de terreur prenaient au ventre ; au réveil c’était de nouveau les ténèbres, parcourues de grincements, de craquements, de bruits sourds.
Mais un jour une faille s’était ouverte dans le bois. Une infime percée de lumière, comme un coup de couteau dans l’obscurité. Il avait fallu réapprendre à ouvrir et à fermer les yeux. On distinguait les veines du bois, les brins de paille humide qui tapissaient le sol, et ses propres mains, avec leurs veines, leurs ongles, leurs petites blessures, leur grain de peau. »
Extrait de : G. Katz. « Le Puits des mémoires – La Traque. »
La guerre des couronnes par Gabriel Katz

Fiche de La guerre des couronnes
Titre : La guerre des couronnes (tome 2 sur 2 – Excaliber)
Auteur : Gabriel Katz
Date de parution : 2025
Editeur : Scrineo
Première page de La guerre des couronnes
« L’aube, enfin. Une aube grise, délavée, furtive, comme si le temps refusait encore de s’écouler. Les heures de la nuit avaient été trop longues. Trop lourdes. Dans l’odeur humide des feux éteints, il avait fallu attendre. S’asseoir sur le rempart éboulé, scruter les ténèbres, tendre l’oreille au moindre bruit. Se laisser aller à l’espoir que tout cela n’était qu’une illusion, que le jour se lèverait sur un paysage désert. Rien n’était pire que l’attente. Mais l’horizon renaissait à la cime des arbres, traçant une ligne sombre sur le ciel endormi.
Pas un bruit.
Serrant les poings sur le manche de sa hache de guerre, le guetteur plissa les yeux en direction des collines. L’ennemi était là, quelque part, dans ce mélange de brume et d’obscurité. La nuit se retirait lentement, emportée par le vent, laissant apparaître les silhouettes des guerriers alignés au pied du mur. Ils se battraient là, sur la plaine, dos à cette enceinte qu’ils n’auraient jamais cru voir assiégée un jour. Ce fort avait été imprenable autrefois, quand il était occupé par les légions romaines, à présent il n’en restait que des ruines, des tours éventrées, des bâtiments transformés en bergeries. Vu de loin, il pouvait encore passer pour une place forte, mais il n’était plus qu’un village aux constructions anarchiques. »
Extrait de : G. Katz. « Excaliber – La guerre des couronnes. »