Auteur/autrice : CH91
L’assassin de l’été par Gilbert Picard

Fiche de L’assassin de l’été
Titre : L’assassin de l’été
Auteur : Gilbert Picard
Date de parution : 1977
Editeur : Librairie des Champs-Elysées
Première page de L’assassin de l’été
« Les grandes migrations commençaient. Époque heureuse et pittoresque où la France prend un nouveau visage. Dès le matin, la gare de Lyon, — comme toutes les autres — avait été envahie par les vacanciers de Juillet en tenue estivale. Les hommes en short avec des jambes blanches et poilues, les femmes en pantalons aux couleurs criardes. Quant aux enfants, traînant des seaux de plage et des pelles, il leur arrivait bien Souvent et sans trop savoir pourquoi, de recevoir des gifles d’une mère passablement énervée par les inévitables petits problèmes du départ. Des chauffeurs de taxis en bras de chemise essayaient de se frayer un passage dans une circulation paralysée, en se livrant à un concert de klaxons. Ils dépochaient là où ils le pouvaient, et jamais où cela était prévu, les passagers et les bagages les plus hétéroclites : cannes à pêche, matériel de camping, paniers d’osier dans lesquels des chats apeurés miaulaient désespérément. »
Extrait de : G. Picard. « L’assassin de l’été. »
Un diagnostic de la mort par Ambrose Bierce

Fiche de Un diagnostic de la mort
Titre : Un diagnostic de la mort
Auteur : Ambrose Bierce
Date de parution : 1901
Traduction : Mais-Encore.fr
Editeur : Mais-Encore.fr
Un diagnostic de la mort — Ambrose Bierce
Un médecin scientifique et rationnel affronte l’irrationnel.
Traduction française : Mais-Encore.fr
📥 Télécharger le ZIP (ePub, PDF, Mobi)
Première page de Un diagnostic de la mort
« Je ne suis pas aussi superstitieux que certains de vos confrères — ces hommes de science, comme il vous plaît de vous faire appeler », dit Hawver, répondant à une accusation qui n’avait pas été formulée. « Certains d’entre vous — une infime minorité, je l’avoue — croient en l’immortalité de l’âme et en des apparitions qu’ils n’ont pas l’honnêteté d’appeler des fantômes. Pour ma part, je m’en tiens à la conviction que les vivants sont parfois vus là où ils ne sont pas, mais où ils ont été — là où ils ont vécu si longtemps, et peut-être si intensément, qu’ils ont laissé leur empreinte sur tout ce qui les entoure. Je sais, en vérité, que l’environnement d’une personne peut être à ce point imprégné par sa personnalité qu’il peut restituer, bien plus tard, son image aux yeux d’un tiers. Sans doute faut-il que la personnalité qui laisse l’empreinte soit d’un genre particulier, tout comme les yeux qui la perçoivent doivent être d’un genre particulier — les miens, par exemple. »
Extrait de : A. Bierce. « Un Diagnostic de la mort. »
L’étranger par Ambrose Bierce

Fiche de L’étranger
Titre : L’étranger
Auteur : Ambrose Bierce
Date de parution : 1909
Traduction : Mais-Encore.fr
Editeur : Mais-Encore.fr
L’Étranger — Ambrose Bierce
Ambiance Far-West, un mystérieux inconnu discute avec des voyageurs en plein désert.
Traduction française : Mais-Encore.fr
📥 Télécharger le ZIP (ePub, PDF, Mobi)
Première page de L’étranger
« Un homme sortit de l’obscurité pour entrer dans le petit cercle illuminé par notre feu de camp mourant et s’assit sur un rocher.
« Vous n’êtes pas les premiers à explorer cette région », dit-il gravement.
Personne ne contesta sa déclaration ; il était lui-même la preuve de sa véracité, car il ne faisait pas partie de notre groupe et devait se trouver quelque part à proximité lorsque nous avions campé. De plus, il devait avoir des compagnons non loin de là ; ce n’était pas un endroit où l’on pouvait vivre ou voyager seul. Depuis plus d’une semaine, nous n’avions vu, en dehors de nous-mêmes et de nos bêtes, que des créatures vivantes telles que des crotales et des crapauds cornus. »
Extrait de : A. Bierce. « L’Étranger. »
Mamie mémoire par Hervé Jaouen

Fiche de Mamie mémoire
Titre : Mamie mémoire
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1999
Editeur : Gallimard
Première page de Mamie mémoire
« Quand j’y réfléchis bien, ce qui a précipité les événements, c’est un incendie. Oh ! rien à voir avec l’incendie d’Atlanta dans Autant en emporte le vent, un film que je ne me lasse pas de regarder en V.O. J’adore l’anglais. Pas étonnant, je tiens de maman. Elle est traductrice et travaille à la maison. Pratique d’avoir tout le temps sous la main quelqu’un pour vous expliquer les hiéroglyphes de la phonétique. Papa est prof de philo et ça nous donne un fameux couple de parents intellos. Ne nous plaignons pas. Papa a la philo discrète. Il ne la ramène pas à tout bout de champ. Je crois qu’il nous guette comme des proies, Guillaume et moi. Il attend qu’on soit mûrs pour nous injecter dans la cervelle des germes de pensées épineuses, un peu comme un savant fou qui se livre à des expériences pour obtenir des tomates bleues ou des poissons sans arêtes.
Mais voilà que je m’égare, déjà.
Reprenons au début. »
Extrait de : H. Jaouen. « Mamie mémoire. »
Les soeurs Gwenan par Hervé Jaouen

Fiche de Les soeurs Gwenan
Titre : Les soeurs Gwenan
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2010
Editeur : Presses de la cité
Première page de Les soeurs Gwenan
« Jabel et Maï-Yann savaient qu’elles s’appelaient Skouarnek, le nom de leur père, et elles apprendraient en grandissant qu’il était parti faire chemineau peu après leur naissance et qu’il était mort noyé du côté des marais de Redon, où il avait été enterré. Elles connaissaient leur mère uniquement sous le nom de Mamm. Elles ignoraient son nom de jeune fille, Gwenan, et de qui elle était née.
Quand on lutte pour survivre, le passé n’a aucune importance. Des pauvresses comme Jabel et Maï-Yann ne pouvaient considérer devant elles, avec un regard de myope, que leur futur très immédiat : le matin, s’inquiéter du bout de pain qu’elles mangeraient à midi ; à midi, s’inquiéter du bout de pain qu’elles mangeraient le soir ; et le soir, s’inquiéter du bout de pain à garder pour le lendemain matin. Seuls les riches – « les riches » : ceux qui ne meurent pas de faim, et non pas ceux qui disposent de magots cachés à l’intérieur de belles maisons impossibles à imaginer – pouvaient se payer le luxe de s’intéresser à leur généalogie, soit pour se flatter d’y trouver des célébrités, soit pour se vanter d’avoir donné une si belle branche, la leur, celle de la réussite, à partir d’un tronc pourri. Les gueux n’ont aucune raison d’aller chercher des raisons de se morfondre dans le fait d’avoir été engendrés par plus misérables qu’eux. »
Extrait de : H. Jaouen. « Les soeurs Gwenan. »
Les filles de Roz-Kelenn par Hervé Jaouen

Fiche de Les filles de Roz-Kelenn
Titre : Les filles de Roz-Kelenn
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2007
Editeur : Presses de la cité
Première page de Les filles de Roz-Kelenn
« Août 2002, Briec-de-l’Odet, Cornouaille…
Autrefois, le bedeau savait mesurer du glas, du sombre glas, cette lente, lente mélopée des coups sur le tambour de l’âme, en prélude à la montée au ciel des paroissiens estimables. Mais il savait aussi glisser dans le tempo, aux funérailles de mécréants revendiqués en transit sous la cloche juste à cause du qu’en-dira-t-on, un joli brin d’alacrité, histoire de leur savonner le toboggan des enfers. Ah ! ah ! c’est que du temps des bedeaux, ça ne rigolait pas ! Le tribunal de la foi ne laissait pas aux chrétiens de la vingt-cinquième heure le temps de refroidir : sitôt les paupières closes, les bougres étaient aiguillés vers les rôtissoires éternelles, sans possibilité d’appel au Jugement final. À l’humeur du glas, on distinguait tout de suite les élus des damnés. »
Extrait de : H. Jaouen. « Les filles de Roz-Kelenn. »
Les endetteurs par Hervé Jaouen

Fiche de Les endetteurs
Titre : Les endetteurs
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1994
Editeur : Stock
Première page de Les endetteurs
« Éliane F. était divorcée, avec trois enfants à charge.
Paul G. était divorcé, avec deux enfants à charge.
Éliane F. était infirmière à la Salpêtrière.
Paul G. était professeur de dessin dans un collège public du Sud-Est parisien.
Ils se rencontrèrent à la Maison communale du XIIIe arrondissement, où Paul G. donnait bénévolement des cours du soir d’aquarelle.
Les jeunes femmes n’étaient pas nombreuses. Éliane F. était encore séduisante, Paul G. encore bel homme, ils se plurent et bientôt se confièrent leurs misères.
Éliane F. avait divorcé d’un représentant de commerce, « beau gosse, beau parleur, bon vivant ». Trop bon vivant, trop expansif, trop terre à terre. D’une nature contemplative, secrète et plutôt romantique, Éliane F. ne désirait rien tant que s’asseoir au coin du feu – « façon de parler, parce qu’on n’avait pas de cheminée » – et regarder un film de ciné-club à la télévision, main dans la main avec son mari.
Mais lui « c’était le foot, la bombe, les copains, le resto, les virées en bagnole à fond la caisse histoire de défier les radars, les films de cul et les partouzes fantasmées – « il me traitait de sainte-nitouche ». »
Extrait de : H. Jaouen. « Les endetteurs. »
Les ciels de la baie d’Audierne par Hervé Jaouen

Fiche de Les ciels de la baie d’Audierne
Titre : Les ciels de la baie d’Audierne
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 2006
Editeur : Presses de la cité
Première page de Les ciels de la baie d’Audierne
« Je m’appelle Mélodie et dans quelques semaines j’aurai dix-huit ans. Mon anniversaire tombera pendant le procès de papa et maman. Quand je pense qu’ils risquent d’être condamnés à dix, douze ou peut-être quinze ans de prison, j’ai le cœur pris dans un étau.
Pour desserrer les mâchoires de cet étau, j’ai décidé de raconter ce qui nous est arrivé.
J’écris devant la fenêtre de ma chambre, chez mon grand-père, à Esquibien, face à la baie d’Audierne. Nous sommes en mars, le mois des premières tempêtes de printemps. Aujourd’hui, le ciel et la mer semblent fâchés. Le ciel est uniformément gris, boudeur, immobile, alors que la mer, agitée par une longue houle venue du large, est verte comme un lagon. Les vagues frangées de blanc pénètrent jusque dans le port. Dépassant de la digue, le mât d’un voilier qui fait route au moteur vers les pontons d’Audierne bat la mesure de cette gigue dansée aux quatre points cardinaux de l’Iroise. »
Extrait de : H. Jaouen. « Les ciels de la baie d’Audierne. »
Les chiens du sud par Hervé Jaouen

Fiche de Les chiens du sud
Titre : Les chiens du sud
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1987
Editeur : Denoël
Première page de Les chiens du sud
« Contre le grillage de son chenil puant, assis dans son fumier, le chien gueule. Il ne hurle pas à la mort. Il ne gémit pas. Il ne pleure pas. Il ne se plaint pas.
Il gueule. Tout simplement.
Deux aboiements brefs, sur deux tons. Régularité de métronome, mécanique animale.
Voï, voï…
Il veut sortir.
Il passe sa tête par un trou du grillage, qu’il agrandit.
Il porte maintenant une couronne d’épines et un jabot de dentelle rouillée. Il y a dans ses yeux toute la misère du monde.
Voï, voï…
Le chien dit :
— Vieux con, pourquoi m’as-tu abandonné ?
La ferme est en ruine. »
Extrait de : H. Jaouen. « Les chiens du sud. »
Les 12 chambres de Monsieur Hannibal par Hervé Jaouen

Fiche de Les 12 chambres de Monsieur Hannibal
Titre : Les 12 chambres de Monsieur Hannibal
Auteur : Hervé Jaouen
Date de parution : 1992
Editeur : Stock
Première page de Les 12 chambres de Monsieur Hannibal
« La tête du lion a épousé le creux de ma main et j’ai su pourquoi j’étais revenue. À cause de ce heurtoir sur cette porte, cette tête d’animal au bout de son pilon articulé, cette face lisse et matoise et cette crinière retroussée. Petite fille, ce lion me faisait peur, gardien des richesses et des maléfices de la maison de M. le Directeur. Il possédait un lion, il avait vécu en Afrique : nous l’appelions M. Hannibal, bien qu’il n’eût pas la stature du guerrier de Carthage. Au contraire, court sur pattes, large d’épaules, le poitrail gonflé comme celui d’un ramier qui parade, il avait le physique d’un de ces journaliers agricoles que l’on voyait assis, le soir, sous la treille de la mairie où ils jouaient aux dominos en parlant italien. Sa maison était celle de l’ogre où se trouvait emprisonnée l’Infante, surnom que nous donnions à sa femme, sans doute parce qu’elle portait de larges cols de dentelle – nous l’apercevions parfois dans le verger, ou sur le balcon qui surplombait le lac –, mais aussi peut-être en raison de sa solitude car le mot infante évoquait pour moi le plus doré des confinements. »
Extrait de : H. Jaouen. « Les 12 chambres de Monsieur Hannibal. »