Auteur/autrice : CH91

 

Le royaume des dieux par Nora K. Jemisin

Fiche de Le royaume des dieux

Titre : Le royaume des dieux (tome 3 sur 3 – L’héritage)
Auteur : Nora K. Jemisin
Date de parution : 2011
Traduction : A. Maillard
Editeur : Orbit

Première page de Le royaume des dieux

« Il n’y aura pas de ruses dans cette histoire. Je vous le dis de sorte que vous puissiez vous détendre. Vous écouterez plus attentivement si vous ne redoutez pas la suite, si vous n’attendez pas désespérément la chute. Vous n’atteindrez pas la fin en ne comprenant qu’à ce moment-là que je parlais à mon autre âme, ou qu’il s’agissait d’une berceuse inspirée de ma vie et composée pour le sale mioche à naître de je ne sais qui. Étant donné que je trouve ce genre d’attitude parfaitement fourbe, je me contenterai de narrer cette histoire comme je l’ai vécue.

Mais attendez, ceci n’est pas un vrai début. Le temps a beau être irritant, il produit de la structure. Devrais-je reformuler cette phrase d’une façon plus… mortelle ? Linéaire ? Dans l’ordre ? Vous autres avez besoin de contextualisation.

Le commencement. Il n’est pas toujours ce qu’il paraît être. La nature se compose d’une succession de cycles, de schémas, de répétitions — mais d’après ce que nous croyons, à propos de ce commencement je veux dire, il n’y avait que le Maelström, l’inconnaissable. »

Extrait de : N.K Jemisin. « Le Royaume des dieux – L’héritage. »

Les royaumes déchus par Nora K. Jemisin

Fiche de Les royaumes déchus

Titre : Les royaumes déchus (tome 2 sur 3 – L’héritage)
Auteur : Nora K. Jemisin
Date de parution : 2010
Traduction : A. Maillard
Editeur : Orbit

Première page de Les royaumes déchus

« Je me souviens que c’était le milieu de la matinée.

Le jardinage était l’activité à laquelle je préférais consacrer mes journées. Même si je devais me battre pour qu’on me laisse faire, parce que les terrasses de ma mère étaient célèbres à travers tout le pays, et qu’elle redoutait que je m’en occupe. Difficile de l’en blâmer ; mon père riait toujours lorsqu’il repensait au traitement que j’avais infligé au linge, la seule fois où j’avais tenté de le laver.

« Orie », disait-elle lorsque je cherchais à prouver mon autonomie, « ce n’est pas grave d’avoir besoin d’aide. Nous avons tous besoin les uns des autres par moments pour faire certaines choses. »

Le jardinage, cependant, ne comptait pas parmi celles-là. C’était le désherbage que ma mère craignait le plus, parce que les mauvaises herbes qui poussaient en Nimaro avaient la même forme que ses plantes les plus précieuses. La fougère-menteuse possédait des feuilles en forme d’éventail semblables à celles de la douce-colère ; l’aubépine rampante était couverte d’épines et piquait autant les doigts que l’ocherine. »

Extrait de : NK Jemisin. « Les Royaumes Déchus – L’héritage. »

Les cent mille royaumes par Nora K. Jemisin

Fiche de Les cent mille royaumes

Titre : Les cent mille royaumes (tome 1 sur 3 – L’héritage)
Auteur : Nora K. Jemisin
Date de parution : 2010
Traduction : A. Maillard
Editeur : Orbit

Première page de Les cent mille royaumes

« Je ne suis plus celle que j’étais autrefois. Ce sont eux qui m’ont fait ça, ils m’ont ouvert la poitrine et arraché le cœur. Depuis je ne sais plus qui je suis.
Je dois faire l’effort de me souvenir.
Certaines histoires circulent à propos de la nuit de ma naissance. Elles racontent que ma mère aurait croisé les jambes en plein travail et lutté de toutes ses forces pour m’empêcher de venir au monde. Bien sûr je suis née quand même ; on ne s’oppose pas à la nature. Mais je ne suis pas surprise que ma mère ait essayé.
Ma mère était l’héritière des Arameris. Un jour, au cours d’un bal organisé pour la petite noblesse – le genre d’événement censé flatter l’amour-propre des invités –, mon père osa l’inviter à danser ; elle daigna accepter. Je me suis souvent demandé ce qu’il avait pu dire ou faire ce soir-là pour qu’elle tombe amoureuse de lui à ce point, au point de renoncer à sa condition pour vivre avec lui. Mais c’est le thème de toutes les histoires célèbres, n’est-ce pas ? Très romantique, en tout cas. Dans les histoires, ce genre de couple est heureux pour toujours. Sauf qu’elles ne racontent pas ce qu’il se passe lorsque la famille la plus puissante du monde est humiliée au passage. »

Extrait de : N.K Jemisin. « Les cent mille royaumes – L’héritage. »

La lune tueuse par Nora K. Jemisin

Fiche de La lune tueuse

Titre : La lune tueuse (tome 1 sur 2 – Dreamblood)
Auteur : Nora K. Jemisin
Date de parution : 2012
Traduction : P-P Durastanti
Editeur : Pygmalion

Première page de La lune tueuse

« Les barbares du Nord apprenaient aux enfants à craindre la Lune Rêveuse, affirmant qu’elle rendait fou. Il s’agissait d’un blasphème excusable. Certaines nuits, la bizarre clarté lunaire qui baignait tout Gujaareh dans des volutes huileuses couleur d’améthyste et d’aigue-marine prêtait aux masures basse caste raffinement et solidité ; les allées de briques en argile brute luisaient, comme enduites d’argent. Dans ses ombres étranges, un homme accroupi sur la corniche d’un édifice semblait un simple bas-relief devant le gris marbré du mur.
Dans cette contrée, un tel homme serait un prêtre bien décidé à accomplir le plus sacré de ses devoirs.
Ce prêtre bénéficiait d’autres atouts que les ombres pour se montrer furtif. Un entraînement poussé allégeait ses pieds sur la pierre, des pieds qu’il avait nus. Il allait peu vêtu, car il se fiait à son teint sombre pour le camoufler tandis qu’il se faufilait, guidé par les bruits de la cité. La plainte d’un nourrisson dans le logis de l’autre côté de la rue – il fit un pas. Des rires trois étages sous sa corniche – il se redressa en atteignant la fenêtre qu’il visait. »

Extrait de : N.K Jemisin. « Dreamblood – La lune tueuse. »

Le cycle de Gormenghast par Mervyn Peake

Fiche de Le cycle de Gormenghast

Titre : Le cycle de Gormenghast
Auteur : Mervyn Peake
Date de parution : 2018
Traduction :
Editeur : Omnibus

Sommaire de Le cycle de Gormenghast :

  • Titus d’enfer
  • Titus dans les ténèbres
  • Gormenghast
  • Titus errant

Nora K. Jemisin

Présentation de Nora K. Jemisin :

Née en 1972 dans la ville d’Iowa City, Nora K. Jemisin s’est imposée comme une figure de proue incontournable de ce que l’on nomme aujourd’hui la fantasy. Diplômée en psychologie, elle a longtemps exercé la noble profession de conseillère d’orientation avant de se consacrer pleinement à l’art romanesque. Et le monde des lettres ne peut que s’en féliciter, car son irruption dans notre cher cénacle de l’imaginaire fut rien de moins que fracassante.

Nora K. Jemisin a en effet accompli un tour de force dont les annales du genre se souviendront longtemps : elle fut le premier écrivain à se voir couronné par le si convoité prix Hugo du meilleur roman durant trois années consécutives, de 2016 à 2018 ! Cet exploit sans précédent lui fut décerné pour sa magistrale trilogie, Les Livres de la terre fracturée, qui regroupe La Cinquième Saison, La Porte de cristal et Les Cieux pétrifiés.

Dans cette fresque grandiose aux accents crépusculaires, la romancière nous dépeint l’univers impitoyable du Fixe, un continent ravagé par de cycliques et effroyables cataclysmes sismiques. L’on y suit la destinée poignante des orogènes, des êtres doués de la faculté stupéfiante de maîtriser les énergies telluriques, mais qui se voient tragiquement pourchassés, opprimés et asservis par le reste de la société. Mêlant avec une rare dextérité la rigueur conceptuelle de la science-fiction au souffle épique du merveilleux, Nora K. Jemisin y tisse une allégorie d’une vigueur exceptionnelle sur la ségrégation, les luttes de classes et les funestes dynamiques de pouvoir ; autant de thématiques résolument modernes, abordées avec une intelligence rare.

Son œuvre, où l’on se doit également de citer le fort beau cycle de L’Héritage des rois du sang, se distingue par une audace formelle et une acuité psychologique vertigineuses. Elle bouscule les conventions parfois sclérosées de la littérature d’évasion pour lui insuffler une sève nouvelle, âpre et profondément humaine.

Livres de Nora K. Jemisin :

Dreamblood :

L’héritage :

Livres de la terre fracturée :

Mass effect Andromeda :

Megalopes :

Lumières noires (2018)

Pour en savoir plus sur Nora K. Jemisin :

La page Wikipédia sur N. K. Jemisin
La page Noosfere sur N. K. Jemisin
La page isfdb de N. K. Jemisin

Mervyn Peake

Présentation de Mervyn Peake :

Né en 1911 à Kuling, dans la lointaine Chine, de parents missionnaires, Mervyn Peake s’est d’abord illustré comme un dessinateur et un peintre de grand talent. Son trait à la fois nerveux, grotesque et profondément poétique a merveilleusement servi les classiques de la littérature, depuis L’Île au trésor jusqu’à Alice au pays des merveilles. Mais si son coup de crayon force l’admiration, c’est bien par la plume qu’il a bâti son chef-d’œuvre absolu, une cathédrale de mots et de ténèbres : le monumental cycle de Gormenghast.

C’est sur cette fresque titanesque qu’il convient de nous attarder, car elle constitue un hapax dans les lettres britanniques. Entamée avec Titus d’Enfer (Titus Groan, paru en 1946), poursuivie par Gormenghast (1950) et achevée de manière crépusculaire avec Titus Errant (Titus Alone, 1959), cette trilogie nous plonge dans les méandres étouffants d’un château aux proportions démesurées.

Oubliez, cher ami, les elfes et les magiciens chers à Tolkien ! Chez Mervyn Peake, le fantastique ne naît point du merveilleux, mais de la folie des hommes et de la démesure des pierres. Le château de Gormenghast, véritable personnage principal de l’œuvre, est un labyrinthe de toits affaissés, de tours moussues et de couloirs oubliés. L’on y suit la destinée du jeune Titus, soixante-dix-septième comte de Groan, étouffé par des rituels absurdes et immémoriaux. Autour de lui gravite une cour des miracles fascinante et repoussante, peuplée de figures inoubliables, à l’instar de l’ambitieux et perfide Finelame (Steerpike), du taciturne M. Flay, ou encore de la redoutable cuisinière, le suintant M. Swelter. L’écriture de Mervyn Peake y est somptueuse, dense, sculptant les ombres et les lumières avec la précision d’un orfèvre macabre.

Hélas, le destin de ce brillant esprit fut entaché de tragédie. Frappé par une cruelle maladie neurologique (la maladie de Parkinson, murmurait-on dans les cercles bien informés) qui lui ravit peu à peu ses facultés artistiques, Mervyn Peake s’est éteint prématurément en 1968. Il laisse derrière lui une œuvre inclassable, qui s’élève comme un roc solitaire et majestueux dans le paysage littéraire de notre siècle.

Livres de Mervyn Peake :

Intégrales :

Pour en savoir plus sur Mervyn Peake :

La page Wikipédia sur M. Peake
La page Noosfere sur M. Peake
La page isfdb de M. Peake

Les fleurs du vide par Michael Swanwick

Fiche de Les fleurs du vide

Titre : Les fleurs du vide
Auteur : Michael Swanwick
Date de parution : 1987
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Denoël

Première page de Les fleurs du vide

« Elle ignorait qu’elle était morte.
Elle était, en fait, morte deux fois – la première par accident, mais la seconde était un suicide. Et maintenant, la firme dont elle était la propriété avait décidé qu’elle devait mourir une nouvelle fois, afin d’alimenter un million de vies gâchées au cours des quelques mois à venir.
Mais Rebelle Elizabeth Gavroche ne voulait rien savoir. La seule chose qu’elle savait, c’est que quelque chose clochait et que personne ne voulait rien lui en dire.
« Pourquoi suis-je ici ? » demanda-t-elle.
Le visage du médecin la dominait, menaçant. Un visage étroit, recouvert d’un masque démoniaque en peinture flugicielle rouge et verte qu’elle pouvait presque déchiffrer. Il arborait cet horrible sourire programmé censé être rassurant, avec les coins de la bouche qui repoussaient les joues comme deux petites balles bien rondes. Il lui adressa son rictus tête de mort et répondit : « Oh ! à votre place, je ne me tracasserais pas pour ça !  »

Extrait de : M. Swanwick. « Les fleurs du vide. »

Nuit noire, fille des déferlantes par Philip Reeve

Fiche de Nuit noire, fille des déferlantes

Titre : Nuit noire, fille des déferlantes (tome 1 sur 1 – Le monstre des abysses)
Auteur : Philip Reeve
Date de parution : 2021
Traduction : L. Rigoureau
Editeur : Gallimard

Première page de Nuit noire, fille des déferlantes

« Nuit Noire rêvait de la mer. Elle se voyait, telle une mouette, emportée par le vent nocturne, au-delà de la falaise, survoler les vagues dans la baie et s’éloigner à tire-d’aile vers l’ouest et ses profondeurs, là où le monde entier n’est que liquide. La houle brassait les eaux sur des milliers de kilomètres, et les reflets de la lune miroitaient sur la crête des vagues. Quand l’une d’elles montait trop haut et se brisait brièvement en écume, un léger froufrou rompait le silence par ailleurs total.
– Nuit, chuchotaient-elles, Nuit…
Un halo blanc attira soudain l’œil rêveur de la petite fille, qui constata que l’océan s’écartait devant un récif affleurant à sa surface. Des remous agitèrent les eaux, dont les murmures se transformèrent en rugissements.
– Nuit ! Nuit Noire !
Des geysers jaillirent, les vagues reculèrent, pareilles à des draps de marbre liquide dévoilant une vaste masse sombre qui, lentement, très lentement, émergeait des abysses… »

Extrait de : P. Reeve. « Le monstre des abysses – Nuit noire, fille des déferlantes. »

Le livre d’ailleurs par China Miéville et Keanu Reeves

Fiche de Le livre d’ailleurs

Titre : Le livre d’ailleurs
Auteur : China Miéville et Keanu Reeves
Date de parution : 2024
Traduction : N. Mège
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Le livre d’ailleurs

« Une salle, pleine de violence à venir. Alors dans un moche éclat blanc de LED. Un homme entre, s’assied entre les casiers métalliques. Il sort de sa sacoche un appareil sur lequel il lance des procédures. Il reste un moment seul, regard fixé sur son écran. Ses compagnons finissent par le rejoindre.

L’homme continue ses préparatifs. Chacun des autres soldats a ses propres rituels.

Deux rigolent ensemble à des blagues cochonnes. Deux autres vérifient leurs armes en silence, synchrones, concentrés. Un cinquième, torse nu, se lance dans une série de pompes claquées aux pieds de ses camarades. Le chef du détachement qui mène cette intervention nocturne arrive. Il scrute une carte avec autant d’application que s’il l’avait trouvée dans une tombe. Le premier soldat continue d’effectuer des diagnostics sur son scanner. »

Extrait de : K. Reeves + C. Miéville. « Le livre d’ailleurs. »