Auteur/autrice : CH91

 

Gilbert Picard

Présentation de Gilbert Picard :

Né en novembre de l’année 1937, Gilbert Picard a, dans sa prime jeunesse, nourri l’ambition de devenir commissaire de police et s’est par conséquent engagé dans des études de droit. Cependant, au lieu de se présenter aux examens, l’appel de l’aventure et des mots se fit plus impérieux. C’est ainsi qu’il se tourna d’abord vers la noble profession de journaliste, métier qui aiguisa indubitablement son sens du récit haletant et de sa fine observation sociale.

S’il a amplement fréquenté les sentiers obscurs du roman policier et de l’espionnage, s’illustrant notamment à la Librairie des Champs-Élysées et au sein des Éditions du Masque, c’est véritablement dans l’anticipation et la science-fiction que son ingéniosité a trouvé un terrain d’expression fort singulier. Et, pour répondre à votre souhait précis, permettez-moi d’insister avec force sur cette facette de son œuvre !

Gilbert Picard fut, en effet, l’un de ces artisans prolifiques qui firent les beaux jours de la mythique collection « Anticipation » du célèbre Fleuve Noir. Dans les années 1970 et au-delà, cette collection incarnait par excellence la science-fiction populaire à la française, celle que l’on dévore le soir venu, avide de mystères spatiaux et de futurs dystopiques. Par sa plume, Gilbert Picard déploie une mécanique narrative redoutable. Ses romans d’anticipation nous projettent dans des futurs lointains ou des réalités alternatives, où la machinerie et la technocratie s’érigent souvent en maîtresses implacables, reflétant les craintes grandissantes de notre époque moderne.

Son style, toujours vif et direct, va à l’essentiel, happant le lecteur dès le premier chapitre pour ne le relâcher qu’au mot « fin ». Loin des froides abstractions de la science-fiction purement mathématique, l’anticipation selon Gilbert Picard fait la part belle à l’action frénétique, aux conspirations intergalactiques et aux héros jetés, bien souvent malgré eux, dans les méandres de mondes extra-terrestres hostiles.

Il serait donc tout à fait fâcheux de réduire son apport à un simple divertissement de kiosque ; ses textes spéculatifs sont le miroir de nos propres angoisses, adroitement transmutées sous le voile salvateur du voyage intersidéral.

Livres de Gilbert Picard :

Volcan des sirènes :

A quoi bon ressusciter ? (1985)
L’assassin de l’été (1977)
Le miroir du passé (1985)
Le Négus rouge (1987)
Le sacrificateur (1987)

Pour en savoir plus sur Gilbert Picard :

La page Wikipédia sur G. Picard
La page Noosfere sur G. Picard
La page isfdb de G. Picard

Jacques Mondoloni

Présentation de Jacques Mondoloni :

Né à Paris le 19 février 1941, le jeune Jacques Mondoloni a eu la bonne fortune, sur les bancs du lycée, de croiser la route d’un professeur de lettres qui n’était autre que l’illustre Jean-Louis Bory. C’est sous l’égide bienveillante de ce mentor qu’il fut encouragé à coucher ses premières idées sur le papier. Mais avant d’embrasser pleinement la carrière des lettres, Jacques Mondoloni s’est d’abord illustré dans les arts de l’image et du son. Ayant fréquenté l’école de cinéma de la rue de Vaugirard, il s’est essayé à la réalisation de courts-métrages avant d’exercer l’éprouvant métier de sonorisateur et régisseur pour des spectacles de variétés.

C’est à l’aube des années 1980 — une époque qui commençait tout juste à se défaire des oripeaux chatoyants de nos chères années 1970 — que Jacques Mondoloni fit une entrée fracassante dans la littérature par le biais de ce genre si noble et si foisonnant qu’est la science-fiction. Loin des bluettes spatiales, notre auteur s’empare des codes du récit spéculatif pour livrer des œuvres d’une grande acuité sociologique.

Son coup de maître demeure, sans conteste, Papa 1er, publié aux Éditions Denoël en 1983. Cette œuvre brillante et subversive lui valut d’ailleurs d’être couronné par le très convoité Grand Prix de la science-fiction française. Il y fait montre d’une prescience et d’une lucidité redoutables, distillant une science de la fiction véritablement savante. S’ensuivra une période extraordinairement féconde pour l’amateur d’anticipation que je suis, avec la publication d’ouvrages aux titres aussi évocateurs qu’intrigants. L’on se souviendra de Je suis une herbe (1982), de la redoutable dystopie des Goulags mous (1984), du formidable Carthage en Amérique (paru la même année au Fleuve Noir), ou encore des Idées solubles et des Vitrines du Ciel à la fin de la décennie.

Jacques Mondoloni, voyez-vous, puise dans nos inquiétudes contemporaines pour forger des futurs possibles, souvent grinçants. S’il a par la suite tourné sa plume avec un égal talent vers le « roman noir » et les intrigues policières à l’ambiance corse, son empreinte dans le paysage de la science-fiction française demeure indélébile. Homme de transmission, il a d’ailleurs dispensé son savoir lors de multiples ateliers d’écriture et cours de journalisme.

Livres de Jacques Mondoloni :

Les goulags mous :

Il faut partir, Quilichini (1984)
Je suis une herbe (1982)
Le jeu du petit Poucet (1994)
Papa 1er (1983)
Quand la mer monte (2002)
Richard coeur de lièvre (1993)

Pour en savoir plus sur Jacques Mondoloni :

La page Wikipédia sur J. Mondoloni
La page Noosfere sur J. Mondoloni
La page isfdb de J. Mondoloni

Justine Niogret

Présentation de Justine Niogret :

Née à la toute fin de notre présente décennie — les registres hésitent entre l’année 1978 et 1979 —, Justine Niogret a très tôt nourri une authentique passion pour un Moyen Âge rude et sans fard, trouvant son inspiration davantage du côté des brumes celtiques et scandinaves que dans les manuels d’histoire classiques. Ayant même, murmure-t-on, résidé un temps aux lisières de la mystérieuse forêt de Brocéliande, elle a su faire de ce terreau fertile la matière d’une œuvre à la vigueur exceptionnelle.

C’est en l’an 2009 qu’elle fait une entrée véritablement fracassante dans le monde des lettres avec son premier roman, Chien du heaume. Loin des afféteries et des délicates enluminures que l’on associe parfois au merveilleux, elle y brosse le portrait d’une mercenaire en quête de son véritable nom, dans un monde boueux, martial et sanglant. Sa prose s’y révèle singulièrement physique : l’on y sent l’acier, la sueur et la tourbe ! Ce coup de maître lui valut d’ailleurs d’être couronnée par le prestigieux Grand Prix de l’Imaginaire l’année suivante. Elle n’a pas manqué de prolonger cet univers d’une noirceur sublime avec Mordre le bouclier, asseyant définitivement sa réputation.

Cependant, refusant avec une louable obstination de se laisser enfermer dans le carcan du roman médiéval, Justine Niogret a brillamment démontré l’étendue de son talent en s’aventurant sur d’autres sentiers. Elle a exploré les terres désolées de l’anticipation post-apocalyptique avec Gueule de truie, renouvelant son style avec une audace formelle fort remarquée. Plus récemment, elle a su nous glacer le sang avec la tragédie de l’expédition Franklin dans Quand on eut mangé le dernier chien (2023), avant de s’atteler, l’année dernière seulement, à une figure mythique de l’Ouest américain avec Calamity Jane, un homme comme un autre.

Il convient d’ajouter à ce brillant portrait que notre romancière, qui serait par ailleurs une fort habile forgerone à ses heures perdues, exerce également le noble métier de traductrice, permettant ainsi aux lecteurs francophones de découvrir maints chefs-d’œuvre étrangers.

Livres de Justine Niogret :

Chien du heaume :

Bayuk (2022)
Coeurs de rouille (2013)
Gueule de truie (2013)
Le syndrome du varan (2018)
Mordred (2013)
Quand on eut mangé le dernier chien (2023)

Pour en savoir plus sur Justine Niogret :

La page Wikipédia sur J. Niogret
La page Noosfere sur J. Niogret
La page isfdb de J. Niogret

Leigh Bardugo

Présentation de Leigh Bardugo :

Née au printemps de l’année 1975 sous les cieux chargés d’histoire de Jérusalem, la jeune Leigh Bardugo grandit toutefois sous le soleil clément de la Californie, à Los Angeles, choyée par ses grands-parents. C’est sur les bancs prestigieux de l’Université Yale qu’elle parfait son instruction, y forgeant un esprit vif qui la mènera d’abord vers le journalisme littéraire, la rédaction publicitaire, et même, chose fort curieuse, vers l’art subtil du maquillage pour les effets spéciaux.

Mais c’est bien la littérature de l’imaginaire qui va lui conférer ses véritables lettres de noblesse. En 2012, elle fait une entrée remarquée dans ce que l’on coutume d’appeler la littérature pour la jeunesse, avec son roman Grisha (parfois sous-titré L’Orpheline de la chronologie ou Shadow and Bone dans son idiome natal). Ce récit inaugural pose les fondations grandioses de son œuvre : un univers d’une richesse foisonnante, puisant son inspiration non point dans les sempiternelles légendes arthuriennes, mais dans les brumes, les superstitions et les fastes rudes de la Russie tsariste des siècles passés.

Dans ce monde, que les exégètes modernes se plaisent à nommer le « Grishaverse », la magie n’est pas qualifiée d’enchantement, mais de « Petite Science ». On y suit les tourments d’Alina Starkov, jeune cartographe jetée dans la tourmente d’une guerre manichéenne face au ténébreux et fascinant Darkling. Leigh Bardugo ne s’est pas arrêtée en si bon chemin, puisqu’elle a su habilement étendre sa fresque avec la duologie Six of Crows. Récit d’un casse audacieux mené par une bande de vauriens magnifiques dans les bas-fonds de la cité marchande de Ketterdam, cette œuvre rocambolesque et sombre a définitivement assis sa réputation de conteuse hors pair. Son univers a d’ailleurs connu tout récemment les honneurs du petit écran, par le truchement de ces fameuses plateformes de diffusion qui font les beaux jours de notre époque.

Il convient également de souligner que Leigh Bardugo n’a pas craint de s’affranchir des carcans de la littérature pour adolescents. Avec La Neuvième Maison (paru en 2019), elle signe un roman fantastique résolument destiné à un public adulte. Elle y dépeint, avec une noirceur et un cynisme jubilatoires, les arcanes occultes et les sociétés secrètes de son alma mater, la fière Université Yale.

Son style, ample, romanesque et ménageant de formidables coups de théâtre, s’inscrit dans la grande tradition des feuilletonistes d’antan, tout en apportant une modernité et une acuité psychologique des plus réjouissantes.

Livres de Leigh Bardugo :

Alex Stern :

Univers Grisha :

Grisha :

Six of crows :

King fo scars :

Le chant des ronces (2017)
Le familier (2024)
Wonder Woman : Warbringer (2017)

Pour en savoir plus sur Leigh Bardugo :

La page Wikipédia sur L. Bardugo
La page Noosfere sur L. Bardugo
La page isfdb de L. Bardugo

Lumières noires par Nora K. Jemisin

Fiche de Lumières noires

Titre : Lumières noires
Auteur : Nora K. Jemisin
Date de parution : 2018
Traduction : M. Charrier
Editeur : J’ai lu

Sommaire de Lumières noires :

  • Ceux qui restent et qui luttent
  • Grandeur naissante
  • La sorcière de la terre rouge
  • L’alchimista
  • Le moteur à efffluent
  • Nuages dragons
  • La fille de Troie
  • Major de promotion
  • Le remplaçant du conteneur
  • Les épouses du ciel
  • Les évaluateurs
  • Vigilambule
  • La danseuse de l’ascenseur
  • Cuisine des mémoires
  • Avide de pierre
  • Les berges de la Lex
  • Le narcomancien
  • Henôsis
  • Trop d’hiers, manque de demains
  • Métro
  • Probabilités non nulles
  • Pécheurs, saints, spectres et dragons… – la cité engloutie sous les eaux immobiles

Première page de Ceux qui restent et qui luttent

« C’est la Fête des Bons Oiseaux dans la cité d’Um-Helat ! Une coutume locale, idiote et sans fondement, comme le sont tant de coutumes locales, belle cependant pour ces raisons mêmes. Elle n’a pas grand-chose à voir avec les oiseaux – ce qui amuse les habitants car, là encore, il en va souvent ainsi des coutumes locales. Ce jour n’en est pas moins dévolu au vol et à ses battements légers. Des oriflammes de soie rouge éclatante palpitent aux fenêtres ; des drones bourdonnants délicats – fabriqués en prévision de la fête et ne volant qu’à cette occasion – flottent au vent, enchevêtrements de fils de cuivre et de verre duveteux. Jusqu’aux voitures des monorails qui traînent dans leur sillage les plumes de flamants stylisées attachées à leur toit, elles aussi composées de verre duveteux, car les flamants véritables ne volent pas à la vitesse du son. »

Extrait de : N.K Jemisin. « Lumières noires. »

Genèse de la cité par Nora K. Jemisin

Fiche de Genèse de la cité

Titre : Genèse de la cité (tome 1 sur 2 – Mégapoles)
Auteur : Nora K. Jemisin
Date de parution : 2019
Traduction : M. Charrier
Editeur : J’ai lu

Première page de Genèse de la cité

« Je chante la cité.

Putain de cité. Planté sur le toit d’un immeuble où je n’habite pas, j’ouvre les bras, je contracte les muscles du ventre et je pousse des hurlements sans queue ni tête devant le site de construction qui me bouche la vue. En fait, je chante pour le paysage citadin au-delà. La cité comprendra.

Le jour se lève. Mon jean est gluant, soit à cause de l’humidité de l’aube, soit parce que je ne l’ai pas lavé depuis des semaines. J’ai de quoi me payer une lessive avec séchage, mais pas de pantalon de rechange à porter en attendant. Je vais peut-être plutôt claquer ma monnaie en m’en achetant un au Goodwill2 du coin… mais pas maintenant. Pas avant d’en avoir terminé avec les AAAAaaaaAAAAaaaa (inspiration) aaaaAAAAaaaaaa et leur écho, que me renvoie la moindre façade d’immeuble environnante. Dans ma tête, un orchestre joue l’« Hymne à la joie » sur un rythme syncopé de Busta Rhymes3. Ma voix fait juste le lien.

Ta gueule, bordel ! braille quelqu’un. Je tire donc ma révérence et sors de scène. »

Extrait de : N.K Jemisin. « Genèse de la cité – Mégapoles. »

Initiation par Nora K. Jemisin et Mac Walters

Fiche de Initiation

Titre : Initiation (tome 2 sur 2 – Mass Effect Andromeda)
Auteur : Nora K. Jemisin et Mac Walters
Date de parution : 2017
Traduction : C. Jouanneau
Editeur : Milady

Première page de Initiation

« — Il y a toujours un moment où l’environnement familier bascule dans l’étrange, récita Cora en contemplant l’agitation qui régnait sur l’aire d’appontage de Tamayo Point. Observe ta main : tu finiras par déceler les subtils changements de texture, la pousse des ongles, l’atténuation des cicatrices, l’étrangeté d’avoir cinq doigts au lieu de trois.

Jamais, à la connaissance de Cora, les paroles de Sarissa Theris n’avaient sonné plus juste. À cet instant même, Cora aurait dû se trouver en terrain connu : débarquer dans une station similaire lui était arrivé maintes et maintes fois quand elle appartenait à son ex-unité de l’Alliance, sans parler des allers et retours à bord du cargo familial. Ce n’était d’ailleurs pas son premier transit sur Tamayo Point, point de départ des voyages galactiques depuis le système Solaire, mais elle n’en gardait presque aucun souvenir : tous les astroports finissaient par se ressembler, à la longue. Une foule toujours pressée, bruissant et s’agitant d’invariable manière… Pourtant, bizarrement, celle du jour avait quelque chose de spécial. Familière et étrange à la fois. »

Extrait de : N.K Jemisin + M. Walters. « Initiation – Mass Effect Andromeda. »

Les cieux pétrifiés par Nora K. Jemisin

Fiche de Les cieux pétrifiés

Titre : Les cieux pétrifiés (tome 3 sur 3 – Les livres de la terre fracturée)
Auteur : Nora K. Jemisin
Date de parution : 2017
Traduction : M. Charrier
Editeur : J’ai lu

Première page de Les cieux pétrifiés

« Le temps ne va pas tarder à manquer, mon amour. Je te propose d’en finir avec le commencement du monde. Tu es d’accord ? Tu es d’accord. Bon. Allons-y.

C’est tout de même étrange. Mes souvenirs évoquent des insectes fossilisés dans l’ambre, vies figées depuis longtemps éteintes, rarement intactes. Il n’en subsiste souvent qu’une patte, quelques écailles tombées des ailes, un morceau du métathorax – fragments qui seuls permettent de reconstituer le tout, restes brouillés, fondus par des fêlures sales erratiques. En affûtant mon regard pour scruter ma mémoire, les yeux plissés, je distingue des visages et des événements qui devraient avoir un sens à mes yeux et qui en ont un… sans l’avoir. C’est bien moi qui ai été témoin de tout cela, et pourtant, ce n’est pas moi.

Dans mes souvenirs, j’étais un autre être, comme le Fixe était un autre monde. Alors et maintenant. Vous et toi.

Alors. Ce continent est trois continents – quoique occupant presque la même position que celui qui s’appellera un jour le Fixe. L’enchaînement des Saisons finira par créer davantage de glace aux pôles, le niveau de la mer par baisser, vos « Arctique » et « Antarctique » par devenir plus vastes et plus froids. Mais alors…

… me fait maintenant l’effet de maintenant quand je l’évoque, voilà ce que je veux dire en parlant d’étrangeté… »

Extrait de : N.K Jemisin. « Les Cieux pétrifiés – Les livres de la terre fracturée. »

La porte de cristal par Nora K. Jemisin

Fiche de La porte de cristal

Titre : La porte de cristal (tome 2 sur 3 – Les livres de la terre fracturée)
Auteur : Nora K. Jemisin
Date de parution : 2016
Traduction : M. Charrier
Editeur : J’ai lu

Première page de La porte de cristal

« Hum. Non. Je ne raconte pas comme il faut.Après tout, chacun est à la fois lui-même et d’autres. Ce sont les relations d’une créature qui cisèlent sa forme ultime. Je suis moi et vous. Damaya était elle-même, plus la famille qui l’avait rejetée, plus les gens du Fulcrum qui l’avaient ciselée jusqu’à en faire une lame aiguisée. Syénite était Albâtre et Innon et les malheureux habitants d’Allia et de Meov, les comms disparues. Vous êtes maintenant Tirimo et les gens qui parcourent les routes couvertes de cendre et vos enfants morts… et l’enfant vivante qu’il vous reste. Que vous récupérerez.

Je ne vous apprends rien. Après tout, vous êtes Essun. Vous savez déjà de quoi il retourne. Pas vrai ?

Passons à Nassun. Elle a tout juste huit ans lors de la fin du monde.

Nul ne sait ce qui a traversé l’esprit de la fillette quand elle est rentrée à la maison un après-midi, après sa matinée d’apprentissage, pour découvrir son petit frère mort par terre, dans la salle commune, et son père planté près du corps. Il est possible d’imaginer ce qu’elle a fait, pensé, éprouvé. Il est possible de spéculer. Il ne l’est pas de savoir. Peut-être cela vaut-il mieux. »

Extrait de : N.K Jemisin. « Les livres de la Terre fracturée – La porte de cristal. »

La cinquième saison par Nora K. Jemisin

Fiche de La cinquième saison

Titre : La cinquième saison (tome 1 sur 3 – Les livres de la terre fracturée)
Auteur : Nora K. Jemisin
Date de parution : 2015
Traduction : M. Charrier
Editeur : J’ai lu

Première page de La cinquième saison

« Commençons par la fin du monde – pourquoi pas ? On en termine avec ça, et on passe à quelque chose de plus intéressant.

D’abord, une fin personnelle. Une pensée lui tournera dans la tête encore et encore, les jours suivants, quand elle s’imaginera la mort de son fils en essayant de trouver un sens à ce qui en est aussi foncièrement dépourvu. Elle posera une couverture sur le petit corps brisé d’Uche – sans lui cacher le visage, parce qu’il a peur du noir – et elle s’assiéra à côté de lui, engourdie, indifférente au monde qui, dehors, touche à sa fin. Il l’a déjà atteinte en elle, et ce n’est pas la première fois qu’il en arrive là, ni dehors ni en elle. Elle a l’expérience de ce genre de choses.

Voici ce qu’elle pense, à ce moment-là et plus tard : Au moins, il était libre.

Quasi-question que sa facette perdue et sidérée arrive parfois à produire, obtenant toujours la même réponse de sa facette amère et lasse :

Non. Pas vraiment. Pas avant. Maintenant, oui. »

Extrait de : NK Jemisin. « La cinquième saison – Les livres de la terre fracturée. »