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Marcel Aymé

Présentation de Marcel Aymé :
Venu au monde le vingt-neuf mars de l’an 1902 dans la coquette cité bourguignonne de Joigny, ce fils d’un modeste maréchal-ferrant perdit sa mère dès sa deuxième année. Confié aux bons soins de ses grands-parents maternels à Villers-Robert, au cœur de la Franche-Comté, puis à une tante dévouée résidant à Dole, lMarcel Aymé s’imprégna profondément de la verte nature jurassienne, de ses patois savoureux et de ses antiques légendes paysannes. Après des études secondaires contrariées par les assauts de la funeste grippe espagnole et un service militaire accompli sous l’uniforme dans une Allemagne occupée, il gagna la capitale où il exerça mille petits métiers de fortune — se faisant tour à tour employé de banque, manœuvre, agent d’assurances, figurant de cinéma ou encore journaliste de fait-divers.
Contraint au repos par la maladie en 1925, il se tourna vers l’écriture sur les conseils avisés de sa sœur Camille. Dès lors, la gloire ne tarda guère : après Brûlebois (1926), il décrocha le prix Renaudot en 1929 grâce à La Table-aux-crevés, avant de connaître un triomphe populaire considérable en 1933 avec la truculente et fort gauloise Jument verte. Esprit farouchement indépendant, fuyant les coteries germano-pratines comme la peste — au point de refuser avec un flegme souverain les rubans de la Légion d’honneur tout comme un fauteuil à l’Académie Goncourt —, il brilla également sur les planches des théâtres des Boulevards avec des pièces corrosives telles que Clérambard, Lucienne et le Boucher ou La Tête des autres.
Toutefois, il convient d’insister tout particulièrement sur la part prépondérante que tiennent le fantastique, le merveilleux et même la pure conjecture scientifique au sein de son œuvre abondante. Chez Marcel Aymé, l’irruption du surnaturel ne s’accompagne jamais des vapeurs gothiques d’antan ; le prodige s’invite en plein jour, avec le naturel le plus désarmant, dans le quotidien des petits-bourgeois parisiens ou des laboureurs comtois, agissant tel un révélateur acide des travers et des hypocrisies de notre société.
Comment ne pas évoquer en premier lieu ses immortels recueils de nouvelles, au premier rang desquels trône l’admirable Passe-muraille (1943) ? Dans le récit éponyme, le sieur Dutilleul, modeste rond-de-cuir au ministère de l’Enregistrement demeurant rue d’Orchampt, se découvre la faculté singulière de traverser les cloisons les plus épaisses sans en éprouver la moindre gêne. Mais ce même volume recèle de véritables joyaux de pure science-fiction et d’anticipation sociale ! Songeons à la vertigineuse nouvelle intitulée La Carte, où une administration tatillonne, poussant la logique du rationnement jusqu’à l’absurde, décrète que les citoyens « improductifs » — vieillards, artistes et écrivains — ne disposeront plus que de quelques jours d’existence par mois à coup de tickets de temps, tandis que les nantis s’achètent au marché noir des semaines supplémentaires. Songeons encore au Décret, étourdissante spéculation sur le voyage temporel où le gouvernement décide d’avancer brutalement le calendrier de dix-sept années pour échapper aux affres de la guerre, ou bien aux Sabines, qui met en scène une jeune personne dotée du don d’ubiquité se multipliant en des dizaines de milliers d’exemplaires à travers le globe.
Cette veine merveilleuse et spéculative irrigue pareillement ses autres recueils, du Nain (1934) à Derrière chez Martin (1938), en passant par En arrière (1950). On y croise un homme dont le corps ne se reflète plus qu’un jour sur deux, des citoyens frappés de métamorphoses saugrenues, ou encore, dans Fiançailles, le destin tragique d’un centaure égaré dans le monde moderne. Dans le domaine du roman, le fantastique déploie ses charmes avec La Belle Image (1941), où un brave père de famille voit soudainement son visage se muer en celui d’un séducteur de cinématographe, et culmine en 1943 avec le chef-d’œuvre du merveilleux rustique : La Vouivre. Dans ce récit envoûtant, l’auteur fait surgir des brumes de la Loue une créature féerique et immortelle, coiffée de son escarboucle étincelante et escortée d’une armée de vipères, dont la beauté sauvage vient troubler l’ordre immuable des campagnes.
Enfin, nul honnête homme ne saurait passer sous silence l’enchantement perpétuel des Contes du chat perché (publiés de 1934 à 1946), où les petites Delphine et Marinette conversent le plus sérieusement du monde avec un bœuf aspirant à la lecture, un loup repentant ou un cerf agile, ni oublier que sa dramaturgie sut aussi flirter avec l’anticipation scientifique, comme dans sa pièce Les Oiseaux de lune (1955), où le surveillant général d’un collège transforme les importuns en charmants volatiles.
Après avoir enchanté des générations de lecteurs par sa langue limpide, mêlant avec un art consommé le classicisme le plus pur aux trouvailles de l’argot, Marcel Aymé s’est éteint en son cher logis de la rue Norvins, à Paris, le quatorze octobre de l’an 1967. Il repose désormais au petit cimetière Saint-Vincent, au flanc de cette Butte qu’il a tant aimée, laissant le souvenir impérissable d’un enchanteur discret qui n’avait nul besoin de vaisseaux interstellaires pour nous faire voyager aux confins de l’étrange.
Livres de Marcel Aymé :
Clérambard
Derrière chez Martin
Gustalin
La belle image
La jument verte
La rue sans nom
La table-aux-crevés
La vouivre
Le chemin des écoliers
Le confort intellectuel
Le moulin de la sourdine
Le nain
Le passe-muraille
Le vin de Paris
Les contes du chat perché
Travelingue
Uranus
Pour en savoir plus sur Marcel Aymé :
La page Wikipédia sur M. Aymé
La page Noosfere sur M. Aymé
La page isfdb de M. Aymé