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Hanns Heinz Ewers

Présentation de Hanns Heinz Ewers :

Né le trois novembre de l’an 1871 au sein de la ville rhénane de Düsseldorf, Hanns Heinz Ewers, enfant d’un peintre officiel de la cour et d’une mère traductrice, grandit dans un milieu où le goût des arts et des lettres tenait lieu de premier sacerdoce. Après de solides études de droit entreprises à Berlin puis à Bonn — couronnées d’un doctorat —, le jeune homme délaisse bien vite le barreau pour mener l’existence tumultueuse et tapageuse d’un parfait dandy fin-de-siècle. Poète, satiriste, auteur pour les cabarets d’avant-garde berlinois, il s’impose d’emblée comme un esthète cosmopolite et un globe-trotteur infatigable, parcourant les mers vers l’Amérique, l’Inde, Haïti et l’Afrique, fasciné par les drogues, l’occultisme, l’hypnose et les manifestations de la transe religieuse ou psychique.

C’est précisément dans le domaine du fantastique noir, du macabre et de l’érotisme pervers que Hanns Heinz Ewers bâtit son œuvre maîtresse, marquée par le sceau d’Edgar Poe et d’Oscar Wilde. Il s’illustre d’abord par de stupéfiants recueils de nouvelles, au premier rang desquels figurent L’Épouvante (Das Grauen, 1907) et Cauchemars (Nachtmahr, 1922). C’est là que l’on trouve son texte le plus fameux, la terrifiante nouvelle intitulée L’Araignée (Die Spinne, 1908), où un étudiant se trouve fasciné et inexorablement poussé au suicide, par une force psychique et mimétique indicible, par une énigmatique silhouette féminine postée à la fenêtre d’en face.

Mais son titre de gloire demeure assurément sa trilogie romanesque mettant en scène son double littéraire, Frank Braun, sorte de surhomme cynique, explorateur de l’abject et de la sensualité interdite. Le cycle s’ouvre avec L’Apprenti sorcier (Der Zauberlehrling, 1907), où Braun manipule les esprits crédules de paysans italiens jusqu’à déclencher une hystérie sanglante. Le chef-d’œuvre absolu survient en l’an 1911 avec Mandragore (Alraune) : le docteur Braun y féconde artificiellement une prostituée avec le sperme d’un assassin guillotiné, réactivant le mythe de la mandragore pour donner naissance à une femme fatale, créature sans âme et démoniaque, séduisant et anéantissant tous ceux qui l’approchent. Cet ouvrage à l’érotisme sulfureux, situé aux frontières de la science-fiction biologique et du conte noir, connaîtra un retentissement immense et plusieurs adaptations cinématographiques de renom. Le cycle s’achève en 1920 avec Vampire (Vampir), où Frank Braun s’abandonne à l’hématophagie sur fond de conspirations internationales en pleine Première Guerre mondiale.

Pionnier du septième art balbutiant, Hanns Heinz Ewers apporte également son concours à l’écriture du célèbre film fantastique L’Étudiant de Prague (Der Student von Prag, 1913), archétype du cinéma expressionniste abordant le thème du pacte avec le Malin et du double maléfique.

Toutefois, la destinée politique de cet esprit orgueilleux et épris de provocation prit un tournant des plus funestes et ambigus. Emporté par un nationalisme exacerbé, il se rapproche un temps du parti national-socialiste au début des années trente et consacre même, à la demande d’Hitler, un roman de propagande au militant Horst Wessel (1932). Mais ses mœurs scandaleuses, son individualisme forcené, son penchant pour les philosophies décadentes et ses positions trop peu orthodoxes lui valent la rancœur féroce des idéologues du régime, en particulier d’Alfred Rosenberg. Dès 1934, son œuvre est frappée d’interdiction, ses livres sont retirés des rayons et brûlés. Tombé en disgrâce totale, il met à profit les dernières années de sa vie pour obtenir des visas et aider plusieurs de ses amis israélites à fuir l’Allemagne nazie.

Rongé par la tuberculose et isolé, Hanns Heinz Ewers s’éteint en son appartement berlinois le douze juin de l’an 1943, à l’âge de soixante-et-onze ans. Longtemps frappé d’opprobre par les vicissitudes de l’Histoire, il a depuis lors été redécouvert et réédité avec ferveur par nos amateurs de curiosités morbides et de décadence germanique.

Livres de Hanns Heinz Ewers :

Dans l’épouvante
L’araignée
Mandragore

Pour en savoir plus sur Hanns Heinz Ewers :

La page Wikipédia sur H. H. Ewers
La page Noosfere sur H. H. Ewers
La page isfdb de H. H. Ewers