Étiquette : La trilogie des Charmettes

 

L’antichambre de Mana par Eric Boisset

Fiche de L’antichambre de Mana

Titre : L’antichambre de Mana (tome 3 sur 3 – La trilogie des Charmettes)
Auteur : Eric Boisset
Date de parution : 2004
Editeur : Magnard

Première page de L’antichambre de Mana

« DEBOUT DANS L’EMBRASURE D’UNE FENÊTRE, au premier étage de son château de la Marqueterie, le baron Donatien contemplait avec émotion le spectacle des écuries baignées de brume et chapeautées de neige. Neuf heures venaient de sonner à l’horloge de la bibliothèque, et le soleil du matin éclairait de biais les bois de châtaigniers émergeant du brouillard. Il faisait encore très froid, ainsi qu’en attestait le scintillement du givre sur les halliers. Le baron en fut fort aise, car cela décuplait son plaisir de se trouver au chaud et au sec dans ses appartements. Tournant les talons, il revint vers la table chargée de journaux qui occupait le centre de la pièce. Il se trouvait dans un cabinet de travail haut de plafond, dont les lustres à pampilles de cristal se miraient dans des parquets à points de Hongrie beiges et bruns. L’ameublement était de style Régence, avec de discrètes touches baroques dans le motif chantourné des boiseries couvrant la partie inférieure des murs. Le baron se servit une tasse de thé, qu’il but debout tout en promenant un regard pensif sur l’indescriptible enchevêtrement de papiers jonchant le bureau.  »

Extrait de : E. Boisset. « La trilogie des Charmettes – L’antichambre de Mana. »

L’oeil du mainate par Eric Boisset

Fiche de L’oeil du mainate

Titre : L’oeil du mainate (tome 2 sur 3 – La trilogie des Charmettes)
Auteur : Eric Boisset
Date de parution : 2003
Editeur : Magnard

Première page de L’oeil du mainate

« CONFORTABLEMENT ALLONGÉE SUR SON LIT, Jeanne rêvait en regardant le plafond. Elle venait tout juste d’achever de ranger sa chambre, et le résultat était à la hauteur des efforts déployés. Plus de linge de corps éparpillé dans tous les coins, ni de piles de livres sur le billard en bois d’ébène transformé en bureau. Les bocaux de verre multicolores où elle rangeait ses bijoux de pacotille avaient retrouvé leur place sur la première tablette de l’étagère. Elle avait passé l’aspirateur entre les lames disjointes du parquet, donné un coup de chiffon aux arabesques de laiton du lit ouvragé et nettoyé également les vitres de l’aquarium tropical, qui en avaient bien besoin. Groupés en demi-cercle derrière la paroi de verre miroitante, les poissons exotiques écarquillaient des yeux incrédules : tout leur paraissait lumineux et net, comme après une opération de la cataracte ! Moulinex, roulé en boule aux pieds de sa petite maîtresse, ronronnait comme un moulin à légumes. Quant au mainate Childéric, il se dandinait nerveusement sur la corniche de l’armoire, furieux de ce qu’on ait chamboulé ses habitudes. C’était une nature inquiète, qui détestait le changement. »

Extrait de : E. Boisset. « La trilogie des Charmettes – L’oeil du mainate. »

Le secret de tante Eudoxie par Eric Boisset

Fiche de Le secret de tante Eudoxie

Titre : Le secret de tante Eudoxie (tome 1 sur 3 – La trilogie des Charmettes)
Auteur : Eric Boisset
Date de parution : 2003
Editeur : Magnard

Première page de Le secret de tante Eudoxie

« JEANNE ÉTAIT EN RETARD, elle pressa le pas. Il faisait encore nuit, et des flocons de neige tourbillonnaient dans la lumière des réverbères. Noël allait être blanc, quelle chance ! Tout à l’heure, à travers la vitre embuée du bus, elle avait pu admirer le scintillement magique des décorations dans les vitrines des magasins. Petits anges de sucre rose poudrés à frimas, branches de houx, guirlandes dorées ou argentées, boules de verre multicolores reflétant l’image déformée des choses. À présent, elle marchait tête nue dans le poudroiement blanc, heureuse de sentir sur son visage le point de chaleur succédant à la piqûre glacée de chaque flocon. De grosses comètes lui arrivaient parfois en plein dans les yeux, mais fondaient au contact de ses paupières, sans l’éborgner, un miracle ! Ou alors un gros bourdon mou lui atterrissait brusquement sur la langue, s’y dissolvant en cristaux grenus qu’elle avalait comme une cuillerée de sorbet en provenance des cieux. Quel jeu intéressant et plein de surprises ! Au fond, l’unique danger de l’exercice, c’était les réverbères qu’on pouvait emplafonner par distraction. »

Extrait de : E. Boisset. « La trilogie des Charmettes – Le secret de tante Eudoxie. »