Philip K. Dick à l’écran : les films et séries adaptés de son œuvre
Philip K. Dick est l’un des écrivains de science-fiction dont l’œuvre a le plus marqué le cinéma et la télévision. Pourtant, ses histoires ne sont pas toujours faciles à adapter : elles jouent avec la perception, la mémoire, l’identité et la frontière entre réalité et illusion.
Le succès de Blade Runner, sorti en 1982, a néanmoins ouvert la voie à de nombreuses adaptations. Depuis, plusieurs de ses romans et nouvelles ont été portés à l’écran, avec des résultats très différents. Certains films sont devenus des classiques de la science-fiction, tandis que d’autres sont restés beaucoup plus confidentiels.
Et contrairement à ce que l’on pourrait penser, les adaptations ne se limitent pas à Blade Runner. Total Recall, Minority Report, A Scanner Darkly, Paycheck, Planète hurlante ou encore Next viennent eux aussi de textes de Philip K. Dick. À la télévision, Le Maître du Haut Château et plusieurs nouvelles ont également donné naissance à des séries.
Voici donc les principales œuvres de Philip K. Dick adaptées au cinéma et à la télévision.
Les films adaptés de Philip K. Dick
Blade Runner — 1982
Œuvre originale : Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? (1968)
Réalisateur : Ridley Scott
Avec : Harrison Ford, Rutger Hauer, Sean Young
C’est évidemment l’adaptation la plus célèbre de Philip K. Dick.
Le film de Ridley Scott reprend l’idée centrale du roman : dans un futur marqué par les progrès technologiques, des androïdes presque identiques aux humains sont traqués par des policiers spécialisés.
Mais Blade Runner transforme profondément le matériau original. Le film abandonne une partie de la dimension satirique et philosophique du roman pour développer une atmosphère de film noir futuriste, devenue depuis emblématique.
Le résultat est devenu un classique du cinéma de science-fiction et a largement contribué à populariser l’esthétique cyberpunk.
Total Recall — 1990
Œuvre originale : la nouvelle Souvenirs à vendre (We Can Remember It for You Wholesale, 1966)
Réalisateur : Paul Verhoeven
Avec : Arnold Schwarzenegger, Sharon Stone
Voilà une adaptation qu’il était effectivement dommage de ne pas citer dans nos précédents articles.
Total Recall reprend une idée typiquement dickienne : peut-on faire confiance à ses propres souvenirs ?
Dans la nouvelle, un homme se rend dans une entreprise spécialisée dans l’implantation de souvenirs artificiels. Il souhaite se faire implanter le souvenir d’un voyage sur Mars. Mais l’opération fait surgir des éléments qui semblent indiquer que ses souvenirs pourraient être réels.
Le film de Paul Verhoeven développe considérablement cette prémisse et en fait un spectaculaire film d’action de science-fiction. L’esprit de Dick est toujours présent autour de la mémoire, de l’identité et de la réalité, mais le résultat est beaucoup plus hollywoodien que le texte original.
Planète hurlante — 1995
Œuvre originale : Deuxième variété (Second Variety, 1953)
Réalisateur : Christian Duguay
Avec : Peter Weller, Roy Dupuis
Avec Planète hurlante, on retrouve un Philip K. Dick plus proche de la science-fiction militaire.
L’histoire se déroule dans un futur où la guerre entre les humains et des machines autonomes a atteint un niveau particulièrement dangereux. Les machines sont capables de fabriquer des armes toujours plus perfectionnées et de prendre des apparences humaines.
Le film développe librement la nouvelle de Dick et en accentue la dimension horrifique et guerrière.
Confessions d’un barjo — 1992
Œuvre originale : Portrait de l’artiste en jeune fou (Confessions of a Crap Artist, 1975)
Réalisateur : Jérôme Boivin
Avec : Richard Bohringer, Romane Bohringer
C’est probablement l’une des adaptations les moins connues de Philip K. Dick.
Et surtout, elle montre que son œuvre ne se limite pas à la science-fiction.
Confessions of a Crap Artist est en effet un roman réaliste, centré sur les relations humaines, les tensions familiales et les obsessions de ses personnages. Jérôme Boivin en propose une adaptation française sous le titre Confessions d’un barjo.
Un film à découvrir pour ceux qui veulent voir une autre facette de l’écrivain.
Screamers — 1995
Œuvre originale : Deuxième variété
Réalisateur : Christian Duguay
Avec : Peter Weller
Planète hurlante est également connu sous son titre international Screamers.
Le film mérite donc d’être distingué ici non pas comme une seconde adaptation, mais comme le titre original du même film.
Impostor — 2001
Œuvre originale : Imposteur (Impostor, 1953)
Réalisateur : Gary Fleder
Avec : Gary Sinise, Madeleine Stowe, Vincent D’Onofrio
Dans Impostor, Spencer Olham est accusé d’être un androïde envoyé pour détruire l’humanité.
Le problème est qu’il est lui-même convaincu d’être humain.
Cette idée permet au film de retrouver l’un des grands thèmes de Philip K. Dick : l’impossibilité de savoir avec certitude qui l’on est et quelle réalité nous entoure.
À noter que cette histoire a été adaptée très tôt à la télévision, avant de devenir un long métrage.
Minority Report — 2002
Œuvre originale : Rapport minoritaire (Minority Report, 1956)
Réalisateur : Steven Spielberg
Avec : Tom Cruise, Colin Farrell, Samantha Morton
Dans le futur, une police spécialisée peut arrêter les criminels avant qu’ils ne commettent leur crime.
Le film de Steven Spielberg transforme considérablement la nouvelle originale, mais conserve son interrogation centrale : peut-on condamner quelqu’un pour un crime qu’il n’a pas encore commis ?
Le résultat mélange thriller policier, science-fiction et réflexion sur le libre arbitre.
Minority Report est devenu l’une des adaptations de Dick les plus populaires auprès du grand public.
Paycheck — 2003
Œuvre originale : La clause du salaire (Paycheck, 1953)
Réalisateur : John Woo
Avec : Ben Affleck, Uma Thurman
Michael Jennings est un ingénieur qui travaille sur des projets secrets. Après chaque contrat, sa mémoire est effacée afin qu’il ne puisse révéler ce qu’il a découvert.
Mais après l’un de ses contrats, il accepte de renoncer à une énorme somme d’argent et reçoit à la place une série d’objets apparemment sans valeur.
Pourquoi a-t-il lui-même choisi de récupérer ces objets ?
Le film développe cette idée de mémoire effacée et de boucle temporelle, particulièrement adaptée à l’univers de Dick.
A Scanner Darkly — 2006
Œuvre originale : Substance mort (1977)
Réalisateur : Richard Linklater
Avec : Keanu Reeves, Robert Downey Jr., Woody Harrelson, Winona Ryder
A Scanner Darkly est probablement l’une des adaptations les plus proches de l’esprit de Philip K. Dick.
Le roman s’inspire notamment de la propre expérience de l’auteur et raconte une société ravagée par une drogue extrêmement dangereuse, la Substance D.
Richard Linklater choisit une technique d’animation rotoscopique qui donne au film une apparence étrange, presque irréelle.
C’est particulièrement pertinent pour une œuvre où les personnages ne savent plus très bien ce qui relève de la réalité, de la paranoïa ou de la perception altérée.
Next — 2007
Œuvre originale : L’Homme doré (The Golden Man, 1954)
Réalisateur : Lee Tamahori
Avec : Nicolas Cage, Julianne Moore, Jessica Biel
Le film est inspiré de la nouvelle L’Homme doré, mais s’en éloigne fortement.
Le personnage principal possède la capacité de voir plusieurs secondes dans son avenir immédiat et d’anticiper les conséquences de ses actions.
Le film transforme cette idée en thriller d’action, mais conserve cette fascination pour les futurs possibles et les choix qui pourraient modifier la réalité.
The Adjustment Bureau — 2011
Œuvre originale : Rajustement (Adjustment Team, 1954)
Réalisateur : George Nolfi
Avec : Matt Damon, Emily Blunt
David Norris découvre que sa vie semble contrôlée par une mystérieuse organisation.
Ces hommes surveillent les événements et veillent à ce que chacun respecte une sorte de plan préétabli.
Le film développe ainsi une autre idée profondément dickienne : et si notre libre arbitre n’était qu’une illusion ?
Radio Free Albemuth — 2010
Œuvre originale : Radio libre Albemuth (1985)
Réalisateur : John Alan Simon
Cette adaptation est beaucoup plus confidentielle que Blade Runner ou Total Recall.
Le roman appartient à la période tardive de Philip K. Dick et développe plusieurs de ses obsessions : pouvoir politique, religion, réalité alternative et forces mystérieuses qui semblent agir derrière le monde visible.
Le film constitue donc une curiosité particulièrement intéressante pour les lecteurs qui souhaitent découvrir les adaptations des œuvres tardives de Dick.
Passengers — 2016
Œuvre originale : la nouvelle Le Voyage gelé (The Frozen Journey, 1990)
Réalisateur : Morten Tyldum
Avec : Jennifer Lawrence, Chris Pratt
Le film Passengers est adapté de la nouvelle de Philip K. Dick The Frozen Journey.
Comme souvent avec Dick, le point de départ repose sur une situation qui semble simple avant de révéler progressivement des éléments beaucoup plus troublants.
L’adaptation s’éloigne cependant fortement du texte original et développe sa propre histoire.
Les séries adaptées de Philip K. Dick
Le Maître du Haut Château — 2015-2019
Œuvre originale : Le Maître du Haut Château (1962)
Créateur : Frank Spotnitz
C’est probablement l’adaptation télévisée la plus ambitieuse de Philip K. Dick.
Le roman imagine un monde dans lequel les puissances de l’Axe ont remporté la Seconde Guerre mondiale. Les États-Unis sont désormais divisés entre les différentes puissances victorieuses.
La série reprend cette idée de départ, mais développe considérablement l’univers du roman et ses personnages.
Elle s’éloigne donc progressivement du livre pour construire sa propre histoire.
La série a été produite par Amazon et son pilote avait été particulièrement remarqué lors de son lancement.
Minority Report — 2015
Œuvre originale : Rapport minoritaire (Minority Report, 1956)
Après le film de Steven Spielberg, la nouvelle a également donné naissance à une série télévisée.
La série se déroule dans l’univers du film et reprend l’idée des individus capables de prévoir les crimes avant qu’ils ne soient commis.
Elle n’est donc pas une nouvelle adaptation directe de la nouvelle de Dick, mais plutôt une extension télévisuelle de l’univers créé pour le film.
Philip K. Dick’s Electric Dreams — 2017
Œuvres originales : plusieurs nouvelles de Philip K. Dick
Cette série anthologique est probablement la meilleure porte d’entrée audiovisuelle pour découvrir la diversité de l’œuvre de Dick.
Chaque épisode adapte une nouvelle différente.
Parmi les textes utilisés figurent notamment :
- Le Commutateur / The Commuter
- La Planète impossible / Impossible Planet
- Immunité / Immunity
- Vraie Vie / Exhibit Piece
- Être humain, c’est… / Human Is
- Sales Pitch
- et plusieurs autres nouvelles.
Amazon précisait lors du lancement de la série que les dix épisodes étaient chacun inspirés d’une nouvelle différente de Philip K. Dick.
La série est donc particulièrement intéressante pour les lecteurs qui veulent retrouver à l’écran les idées et les situations courtes qui ont fait la réputation de l’auteur.
Des adaptations à voir pour découvrir Philip K. Dick
Si vous ne connaissez pas encore Philip K. Dick, toutes ces adaptations ne constituent évidemment pas le même point d’entrée.
Pour découvrir le thème de l’identité et de l’humanité, Blade Runner reste incontournable.
Pour la mémoire et la réalité, Total Recall est un excellent choix.
Pour les dystopies politiques, Le Maître du Haut Château permet de découvrir une autre facette de son œuvre.
Pour retrouver le côté paranoïaque et métaphysique, A Scanner Darkly est probablement l’une des adaptations les plus intéressantes.
Et pour explorer la diversité de ses nouvelles, Philip K. Dick’s Electric Dreams est sans doute le choix le plus évident.
Conclusion
L’œuvre de Philip K. Dick possède une particularité assez rare : elle peut donner naissance à des films extrêmement différents les uns des autres.
Blade Runner est devenu un monument du cinéma de science-fiction. Total Recall a transformé une courte nouvelle en blockbuster. Minority Report a développé une réflexion sur le crime et le libre arbitre. A Scanner Darkly a privilégié l’étrangeté et la paranoïa. Le Maître du Haut Château a transformé une uchronie en vaste série télévisée.
Dans plusieurs cas, les adaptations prennent d’ailleurs de grandes libertés avec les textes originaux. C’est particulièrement visible avec Blade Runner, Total Recall ou Le Maître du Haut Château. Mais cela ne signifie pas nécessairement qu’elles trahissent Dick : elles montrent surtout à quel point ses idées peuvent servir de point de départ à des œuvres très différentes.
Et c’est peut-être là que réside la meilleure façon de découvrir Philip K. Dick à l’écran : ne pas chercher systématiquement à retrouver le livre, mais observer ce que chaque réalisateur fait de ses idées.
Après avoir lu ses romans et ses nouvelles, regarder leurs adaptations permet ainsi de prolonger l’expérience et de voir comment les obsessions de Dick — la réalité, la mémoire, l’identité, le libre arbitre et la frontière entre l’humain et l’artificiel — ont continué à influencer la science-fiction au cinéma et à la télévision.