Auteur/autrice : CH91
Déchirures par Cédric Sire

Fiche de Déchirures
Titre : Déchirures
Auteur : Cédric Sire
Date de parution : 2006
Editeur : Le pré aux clercs
Sommaire de Déchirures :
- Sister
- Nocturnes
- Nenia
- Stigmates
- Nenia
- Carnage
- Deathstars
- Chérubins
- Blood-road
Première page de Sister
« Candice ouvrit les yeux, le souffle court.
Elle avait encore rêvé de sa sœur.
Elle était allongée dans le noir, au milieu de la nuit étouffante, en ces instants incertains où les terreurs enfantines resurgissent pour vous serrer le cœur, ramenant les affres des souvenirs. Elle avait instinctivement écrasé ses poings contre sa bouche pour ne pas hurler, et ses phalanges étaient en sang.
— Juste un rêve… Juste un putain de rêve… murmura-t-elle aux ténèbres, pour s’en persuader.
Et pour cause. Cela faisait un an que Violaine était morte.
Un an que Candice pouvait enfin vivre correctement, sans la présence écrasante de sa sœur jumelle. Sans avoir à subir son horrible méchanceté jour après jour. »
Extrait de : C Sire. « Déchirures. »
Avec tes yeux par Cédric Sire

Fiche de Avec tes yeux
Titre : Avec tes yeux
Auteur : Cédric Sire
Date de parution : 2015
Editeur : Presses de la cité
Première page de Avec tes yeux
« Verts.
Ils sont verts.
Mêlés de vagues bleues.
Tels deux lagons. Ronds. Frémissants.
Ses yeux sont de cette couleur-là.
Brillants de terreur.
Mouillés par les larmes qui coulent à flots sur son visage couvert d’hématomes.
Il a voulu cette femme dès l’instant où il l’a croisée.
Il n’a cessé d’y penser depuis. Comptant les heures. Se préparant.
Quand il a découvert sa maison, isolée des autres, en bordure de forêt, il a compris que c’était un signe du destin.
Il fallait qu’il le fasse.
Encore une fois.
Pour cette femme-là. Ces yeux-là. Ce vert profond mêlé de bleu.
— Lisa, susurre-t-il à la silhouette ensanglantée, recroquevillée à ses pieds. Tu t’appelles Lisa, n’est-ce pas ? Inutile de crier. Personne ne t’entend. Tu ne peux pas empêcher ce qui va arriver… »
Extrait de : C Sire. « Avec tes yeux. »
Angemort par Cédric Sire

Fiche de Angemort
Titre : Angemort
Auteur : Cédric Sire
Date de parution : 2013
Editeur : Le pré aux clercs
Première page de Angemort
« La peau changea de main à nouveau.
Le vieux Noir, qui l’avait en sa possession, la vendit une fortune au collectionneur vêtu de cuir.
C’était une dépouille de jeune fille, d’assez petite taille, installée sur un mannequin d’osier qui lui conférait une nouvelle fois l’illusion de vie, gonflant ses formes étrangement sensuelles – hanches larges, ventre étroit, seins généreux – et, en outre, d’une pâleur exceptionnelle. Elle avait subi un traitement spécial, sans le moindre doute. Aucune peau humaine ne pouvait être si blanche. Celle-ci semblait irréelle, pareille à un morceau de tissu précieux, de la soie peut-être. De la soie blanche, faite pour imiter un corps féminin sans entrailles.
C’est tout à fait cela, irréelle, songea le Noir, qui répondait au nom de Francesco, et qui commençait à s’impatienter, tant ce foutu mannequin le mettait mal à l’aise.
Pour se donner du courage, il se dit que l’affaire serait conclue dans un instant. Il allait se débarrasser de cet horrible objet, et toucher une fortune en prime. »
Extrait de : C. Sire. « Angemort. »
La mort en tête par Cédric Sire

Fiche de La mort en tête
Titre : La mort en tête (tome 3 sur 3 – Eva Svärta)
Auteur : Cédric Sire
Date de parution : 2013
Editeur : Le pré aux clercs
Première page de La mort en tête
« Dorian Barbarossa filme le démon.Sur l’écran de sa caméra brillent les cierges disposés partout dans la pièce, incongrus sur les meubles Ikea, à côté des jouets et des piles de bandes dessinées. Le halo tremblotant de ces candélabres illumine une tapisserie verte délavée sur laquelle sont affichés plusieurs posters de Spiderman et de Superman.
Une chambre d’enfant.
C’est ici que le démon a élu domicile, et maintenant ils sont tous en enfer.
L’enfer pue l’encens, la sueur âcre. L’enfer est bruyant. Il y a les cris. Beaucoup de cris. Des secousses, des râles, des gémissements. Puis davantage de hurlements et de spasmes, de coups de pied au hasard. Ce sont des sons inhumains, changeants, tantôt rauques et fatigués, tantôt aigus et rageurs, perçants comme des dagues, et il en vient toujours d’autres, par vagues, par assauts successifs.
Le garçon sur le lit refuse de se calmer. Il tressaute, se tord, se noue, se déplie en vaines tentatives de se libérer de l’étreinte de son oncle et de sa tante, qui peinent à le maintenir allongé. »
Extrait de : C Sire. « La mort en tête – Eva Svärta. »
Le premier sang par Cédric Sire

Fiche de Le premier sang
Titre : Le premier sang (tome 2 sur 3 – Eva Svärta)
Auteur : Cédric Sire
Date de parution : 2013
Editeur : Le pré aux clercs
Première page de Le premier sang
« Une petite goutte de sang d’un rouge intense tomba sur le coin de son assiette. En frappant la porcelaine, elle dessina un minuscule soleil rouge, hypnotique.
Madeleine Reich ne comprit pas tout de suite ce qui se produisait. Elle dînait avec son mari Jonathan, à la grande table du salon, comme ils en avaient l’habitude tous les jours à vingt et une heures précises. Âgés de cinquante ans chacun, les Reich tenaient à leurs rituels quotidiens, dans tous les domaines – vraiment tous les domaines. Ce soir comme tous les soirs, Jonathan s’était chargé de commander le repas chez leur traiteur japonais préféré pendant qu’elle, comme toujours, s’occupait de mettre la table. Cela pouvait sembler tout bête, mais c’était le genre de détail qui revêtait pour elle une importance capitale. Elle avait choisi une belle nappe blanche brodée, et le service Empire en porcelaine de Limoges. Depuis qu’elle avait créé sa société et connu la fortune – et cela faisait déjà quinze ans –, Madeleine ne dînait plus que dans de la vaisselle hors de prix, et se servait uniquement de verres en cristal de luxe. Encore aujourd’hui, elle continuait de savourer ce plaisir, presque puéril, de faire partie des privilégiés. Des nantis. Elle savait que, si ses parents avaient encore été de ce monde, ils auraient été extraordinairement fiers d’elle. »
Extrait de : C. Sire. « Le premier sang – Eva Svärta. »
De fièvre et de sang par Cédric Sire

Fiche de De fièvre et de sang
Titre : De fièvre et de sang (tome 1 sur 3 – Eva Svärta)
Auteur : Cédric Sire
Date de parution : 2010
Editeur : Le pré aux clercs
Première page de De fièvre et de sang
« La fille s’appelait Éloïse Lombard, elle avait seize ans, et à présent elle savait qu’elle allait mourir. Il était évident que ses ravisseurs comptaient la tuer.
Quand ils l’avaient traînée de force ici, sans qu’elle ne puisse rien faire pour se défendre, quand ils lui avaient arraché ses vêtements un par un, jusqu’à ce qu’elle soit entièrement nue, et qu’ils l’avaient attachée à des sangles, solidement serrées autour de ses poignets et de ses chevilles, sur un matelas poisseux, elle avait encore cru qu’ils ne voulaient que la violer – et cette pensée était déjà insupportable –, mais au fond d’elle, là où l’âme ne se ment pas, elle le savait. Ses tripes le savaient. Ce qu’ils allaient lui faire quand ils reviendraient serait bien pire qu’un viol.
Elle avait vu les flaques écarlates, dans la cour de la ferme. C’était du sang, et il y en avait partout à cet endroit.
Ils avaient fait cela à d’autres filles avant elle.
Et bientôt – très bientôt – ce serait son tour.
Immobilisée et impuissante, Éloïse recommença à sangloter.
Pour la centième fois peut-être, elle essaya de tirer sur les sangles qui l’entravaient. Cela faisait mal, oui, quand la texture rigide de ces liens mordait dans sa peau, un peu plus mal à chaque traction. Pourtant Éloïse continuait, s’acharnait, s’arc-boutant sur le matelas avec l’énergie du désespoir. »
Extrait de : C. Sire. « De fièvre et de sang – Eva Svärta. »
Le jeu de l’ombre par Cédric Sire

Fiche de Le jeu de l’ombre
Titre : Le jeu de l’ombre (tome 2 sur 2 – Alexandre Vauvert)
Auteur : Cédric Sire
Date de parution : 2011
Editeur : Le pré aux clercs
Première page de Le jeu de l’ombre
« En avril, déjà, les nuits dans le Sud sont douces. Même à trois heures du matin, dans les espaces désertiques entre Montpellier et Carcassonne, la tiédeur persiste. Sous le ciel illuminé d’une poudre d’étoiles, les phares tracent une ligne droite au milieu des silhouettes torsadées des vignes et des pins parasols.
Juste ça. La vitesse, et l’oubli. L’Aston Martin remonte la route déserte, l’avale, telle une balle jaillie d’un pistolet de roulette russe, un engin de mort lancé dans la folle course avant le dernier impact. Malko Swann maintient son pied sur la pédale de l’accélérateur, siège en cuir incliné au maximum, bras tendus pour empoigner le volant à pleines mains, nuque en arrière, confortablement posée sur l’appuie-tête. Un sourire de défi plaqué sur son visage, il sent la musique – la merveilleuse musique – pulser dans ses veines, dans un sens et dans l’autre, un, deux, un, deux. À cause de la coke ou à cause de l’excitation, parce qu’il roule trop vite, bien trop vite. Pourquoi ? Pour défier la mort, ou simplement parce qu’il en éprouve le besoin, aussi loin qu’il s’en souvienne. Pour se prouver qu’il est en vie, pour se sentir en vie. Malko est comme ça, un accro aux sensations fortes, un drogué à l’adrénaline. Et sa musique est ainsi. Juste comme lui. Directe et entière, éclatante dans ses excès. »
Extrait de : C. Sire. « Le jeu de l’ombre – Alexandre Vauvert. »
L’enfant des cimetières par Cédric Sire

Fiche de L’enfant des cimetières
Titre : L’enfant des cimetières (tome 1 sur 2 – Alexandre Vauvert)
Auteur : Cédric Sire
Date de parution : 2009
Editeur : Pocket
Première page de L’enfant des cimetières
« Souvent, il fait le même rêve.
Un rêve de nuages noirs, si noirs qu’ils ressemblent à d’immenses ombres vivantes, se regroupant au-dessus de la mer. Il en vient de partout. Des ténèbres veloutées remplacent le ciel, effacent la lune ronde, s’étalent à perte de vue, jusqu’à ce que le monde soit plongé dans une obscurité profonde.
Sur la côte, alors que s’étend la noirceur, les animaux ont déjà regagné leurs terriers. Les hommes se barricadent à leur tour, pour échapper à la tempête qui s’annonce.
La mer se froisse, rugit.
Les vagues se soulèvent au large, là où nul navire ne vogue.
Là où nul œil humain ne pourrait être témoin de son arrivée.
Une silhouette féminine crève la surface des eaux – dans un jaillissement d’embruns – et s’élève dans les airs.
Elle monte jusqu’au cœur de l’orage, lumineuse, seulement vêtue d’une robe d’écume qui scintille de diamants. Avec sa chevelure déployée et son rire mélangé à la fureur des éléments, elle chevauche les nuages noirs qu’elle a invoqués pour couvrir son escapade. »
Extrait de : C. Sire. « L’enfant des Cimetières – Alexandre Vauvert. »
Pièces détachées par Gérard Delteil

Fiche de Pièces détachées
Titre : Pièces détachées
Auteur : Gérard Delteil
Date de parution : 1992
Editeur : Fayard
Première page de Pièces détachées
« On a beau être plus ou moins blasé, il y a des jours où on a vraiment envie de vomir. J’avais déjà, avant cette affaire, un point de vue assez peu optimiste sur la nature humaine, mais cette fois je crois bien avoir été définitivement vacciné. Nous en voyons de toutes sortes à la Brigade criminelle, pourtant je peux vous dire que lorsque nous avons bouclé ce dossier, je n’étais pas le seul à avoir la nausée. Mais mieux vaut vous raconter l’histoire depuis le début.
Au moment où a été découvert le corps du docteur Pellegrin, nous nous trouvions à Garges-lès-Gonesse, où un petit dealer s’était fait trancher la gorge : on l’avait trouvé baignant dans son sang, dans un escalier d’une HLM de La Muette. Les sixcollègues du commissariat local avaient toutes les peines du monde à écarter les curieux de toutes les couleurs qui se pressaient devant l’immeuble. Les mômes du quartier défilaient l’un derrière l’autre en racontant qu’ils habitaient le bâtiment, pour convaincre le gardien en uniforme placé devant la porte de les laisser monter. »
Extrait de : G. Delteil. « Pièces détachées. »
Les écoeurés par Gérard Delteil

Fiche de Les écoeurés
Titre : Les écoeurés
Auteur : Gérard Delteil
Date de parution : 2019
Editeur : Seuil
Première page de Les écoeurés
« — Vous avez une voiture, lieutenant Devers ?
— Je viens d’en louer une à la gare.
— Parfait, donc vous avez un gilet jaune. C’est obligatoire.
— Possible, mais je ne l’ai pas encore utilisé. Je suppose qu’il est dans le coffre.
— C’est l’occasion. Vous allez le sortir et l’enfiler. Pas dans ce bureau, bien entendu. Vous irez faire un tour du côté du rond-point du Mouchoir-Rouge dès cet après-midi et vous vous débrouillerez pour sympathiser avec les autochtones. Je veux un rapport quotidien.
Alain Devers, qui avait plutôt l’apparence d’un étudiant que d’un policier, afficha une mine perplexe.
— Je vois de quoi vous voulez parler, monsieur le commissaire. Mais n’est-ce pas plutôt le travail de la DGSI d’infiltrer les manifestations publiques ?
Le commissaire Berjac, un cinquantenaire au visage émacié, avait l’air fatigué. Il se renversa dans son fauteuil en écartant les mains, en signe d’impuissance. »
Extrait de : G. Delteil. « Les Écœurés. »