Catégorie : Livres
La fille de Terre Deux par Joëlle Wintrebert

Fiche de La fille de Terre Deux
Titre : La fille de Terre Deux
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1987
Editeur : Flammarion
Première page de La fille de Terre Deux
« Zélie pressait ses doigts contre ses oreilles. Elle ne voulait plus entendre les éclats de voix qui provenaient de la chambre voisine. Elle rêvait d’effacer en même temps que le bruit cette ville sinistre où ils avaient emménagé quand sa mère avait changé de travail, effacer la nouvelle école où, au bout de deux trimestres, elle ne s’était fait aucun ami.
Si je disposais d’une gomme magique, grognait Zélie, je l’utiliserais sur moi. Fini, Zélie. Fini tous les problèmes.
Elle jeta un regard dégoûté à son reflet dans le miroir dédoré qui trônait au-dessus de la cheminée. Elle se reconnaissait à peine. Comment avait-elle pu grossir à ce point ? Pas de doute, on l’avait ensorcelée, on avait soufflé dans son corps comme dans un ballon.
Saisissant une épingle qui traînait sur le marbre de la cheminée, elle l’approcha de sa joue. Si je pique, se demandait-elle, vais-je exploser ? Une baudruche qui se dégonfle en sifflant ? Trop douillette pour tenter l’expérience, elle reposa l’épingle. »
Extrait de : J. Wintrebert. « La fille de terre deux. »
La créode par Joëlle Wintrebert
Fiche de La créode
Titre : La créode (et autres récits futurs)
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 2010
Editeur : Bélial
Sommaire de La créode
- La créode
- Hétéros et Thanatos
- Qui sème le temps récolte la tempête
- Le nirvâna des accalmeurs
- Le verbiage du Verbic
- Il ne faut pas jouer avec les enfants
- Et après ?
- La femme est l’avenir de l’homme
- La journée de la guerre
- Pur esprit
- Avatar
- La déesse noire et le diable blond
- Hydra
- Cendres
- Arthro
- Imago
- Alien bise
- La fiancée du roi
- Hurlegriffe
Première page de La créode
« Il rugit. C’était le dernier jeu inventé par les jeunes Ouqdar. Peu d’entre eux arrivaient à reproduire toute la gamme des sons
émis par leur animal fétiche. Damballah seul en maîtrisait toutes les modulations.
Il rugit et son cri se répercuta longtemps de miroir en miroir avant de se briser sur les parois rocheuses. L’acoustique était parfaite dans le cirque désert. Damballah aimait s’y installer dès l’aube. À cette heure, il pouvait chevaucher ses rêves sans risque d’être interrompu.
Damballah rugit encore une fois. Pour le plaisir ? C’était le cri du lion blessé et le jeune Ouqdar était presque trop convaincant. Les hurlements sont des soupapes qui permettent d’exhaler bien des souffrances… »
Extrait de : J. Wintrebert. « La Créode et autres récits futurs. »
Chromoville par Joëlle Wintrebert
Fiche de Chromoville
Titre : Chromoville
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1984
Editeur : J’ai lu
Première page de Chromoville
« Les ombres rampent dans la ruelle, s’agrippent aux murs de l’entrepôt, s’agglutinent sous les porches, effacent les signes, avalent la couleur. Ombre parmi les ombres, un petit garçon hasarde quelques pas sur le pavé graisseux qu’irradie encore une mauvaise lueur. Il lève les bras au ciel et salue son amie, la nuit.
Alors, trois démons se détachent des murs. Le trait de feu d’un fouet-lumière cisaille l’obscurité. L’enfant, sa joue creusée d’un fin sillon fumant, exhale un cri suraigu qu’une main puante étouffe. Sous ce bâillon trop étanche, le petit garçon suffoque et s’évanouit.
Un choc brutal le ranime.
Fin de la trêve. Il vient de heurter le sol d’une cave, l’un de ces lieux secrets et rituels où les malformés comme lui rencontrent tôt ou tard la violence.
Pénombre. Une bourrade le force à se relever. Un couteau lacère sa tunique sans ménager son corps. Honteux, l’enfant baisse les yeux sur sa nudité moquée, mais le pire est encore à venir. »
Extrait de : J. Wintrebert. « Chromoville. »
Bébé – miroir par Joëlle Wintrebert

Fiche de Bébé – miroir
Titre : Bébé – miroir (Tome 2 sur 2 – Les olympiades truquées)
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de Bébé – miroir
« Debout. Debout dans l’océan qui gronde et flagelle tes jambes. Bien campée sur tes pieds enfoncés dans le sable. Avec ta vie rouge dans tes veines. Avec ce flux et ce reflux tout en bas de ton ventre. Avec cette boule douloureuse, obstinée dans ta gorge, cette boule en lutte contre le cri enflé dans ta poitrine.
Tes bras s’écartent, comme pour décomprimer ton corps. Ton visage se convulse et le cri fuse enfin, pour ne finir qu’avec ton souffle.
Ce hurlement tenait ton être aussi tendu qu’un arc. Maintenant qu’il a décoché sa flèche, ton corps s’affaisse, recroquevillé sur
l’absolu de ce vide nouveau. Le goût salé de tes larmes se mêle sur tes lèvres à celui des embruns. Ta tête a rejoint tes genoux et, pour la première fois, tu cèdes. L’étreinte de la mer se referme sur toi.
L’eau est douce, âcre, et tu te mets à sangloter sans retenue.
Une aiguille s’enfonce dans ton bras. Le rythme sourd des percussions t’apaise. C’est bon de ne plus résister. C’est bon de s’abandonner, de s’endormir, délivré de soi-même. Tu es syntone, syntone, syntone. »
Extrait de : J. Wintrebert. « bébé miroir. »
Les olympiades truquées par Joëlle Wintrebert
Fiche de Les olympiades truquées
Titre : Les olympiades truquées (Tome 1 sur 2 – Les olympiades truquées)
Auteur : Joëlle Wintrebert
Date de parution : 1980
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les olympiades truquées
« Elle avait nagé longtemps avant de se hisser sur la margelle du bassin. Maintenant, bras et jambes écartés, elle s’abandonnait à l’étreinte solaire, laissant les doigts avides de l’astre fragmenter sa peau en mille et une parcelles picotantes où les cristaux de sel et les gouttelettes évaporées dessinaient des méandres crissants. Elle sentait sur elle la respiration haletante du vent, son haleine chaude prise au piège des duvets de son corps.
Elle se leva pour mieux embrasser la brise, prise de vertige, se mit à tituber telle une bacchante. D’étranges figures fuligineuses traversèrent ses yeux, fermés sur un tourbillon d’étoiles.
Habituée à ces éblouissements, elle attendit sans impatience que s’en dissipent les derniers symptômes pour se glisser dans l’eau. Il lui fallait prendre garde à ne pas se couper sur les coquillages qui tapissaient le ciment des parois. Le bassin n’était pas assez profond pour permettre à quiconque de plonger, mais il était assez large et long, et la mer ici canalisée était maintenue à la température très douce de vingt-cinq degrés. »
Extrait de : J. Wintrebert. « Les olympyades truquées. »
Vercingétorix et les mystères gaulois par Roger Facon et Jean-Marie Parent

Fiche de Vercingétorix et les mystères gaulois
Titre : Vercingétorix et les mystères gaulois
Auteur : Roger Facon et Jean-Marie Parent
Date de parution : 1983
Editeur : Robert Laffont
Première page de Vercingétorix et les mystères gaulois
« Il faut attendre le XIXe siècle pour voir Vercingétorix prendre place parmi les héros du peuple de France. Jusque-là on l’ignore superbement. Classiques et historiens d’avant la Révolution ne lui consacrent pas la moindre ligne. Pour ces derniers, l’histoire de notre pays ne commence-t-elle pas avec Mérovée à défaut du mystérieux Pharamond1 ?
Heureusement, Amédée Thierry vient réparer l’outrage. Il publie en 1828 une Histoire des Gaulois qui fait la part belle au fils de Celtill. Vercingétorix ne rate pas son entrée. Et c’est tant mieux.
Bien sûr, Michelet se fait tirer l’oreille pour parler de l’Arverne. Mais il est excusable. Vercingétorix fut l’élève, le protégé des druides et Michelet — victime des manipulations de l’impérialisme césarien — n’est pas tendre envers les druides. Il les dépeint, dans son Histoire de France, comme de grands organisateurs de sacrifices humains. Dans sa préface de 1869, on peut lire : « Dans les galeries solitaires des Archives où j’errai vingt années, dans ce profond silence, des murmures cependant venaient à mon oreille. »
Extrait de : R. Facon et J.M Parent. « Vercingétorix et les mystères gaulois. »
Le sabre des Zinjas par Roger Facon

Fiche de Par le sabre des Zinjas
Titre : Par le sabre des Zinjas
Auteur : Roger Facon
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Par le sabre des Zinjas
« L’horloge à eau du Premier Secteur indiquait que deux heures s’étaient écoulées depuis l’entrée en vigueur du couvre-feu.
Moko avançait comme un chat sur le chemin de ronde. De temps à autre il s’arrêtait, engageait la tête dans un créneau, se penchait pour observer le bas des murailles. Un brouillard givrant montait du Fleuve-Seine. Dans le ciel, •Dame Lune distillait une clarté laiteuse à l’intention des Dieux de l’Empire du Vent qui tenaient leur banquet nocturne.
L’île de la Félicité dormait mais les Chevaliers du Fleuve, les Samouraïs et les Moines Zinjas veillaient sur sa sécurité. Ils veillaient ainsi, de génération en génération, depuis des siècles…
Moko lâcha la poignée de son sabre. Il souffla doucement sur ses doigts engourdis et bleuis par le froid. Le jeune moine ne portait que la robe grise des Zinjas. Et ce n’était point la cordelette à un nœud des Novices passée autour de son cou qui risquait de lui servir de protection supplémentaire contre le froid hivernal ! Mais il n’en avait cure. »
Extrait de : R. Facon. « Par le sabre des Zinjas. »
Les serviteurs de la force par Roger Facon et Jean-Marie Parent

Fiche de Les serviteurs de la force
Titre : Les serviteurs de la force
Auteur : Roger Facon et Jean-Marie Parent
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les serviteurs de la force
« La pluie tombait sans interruption depuis le lever du jour. Une pluie fine et froide qui perçait les vêtements, qui glaçait les os.
A perte de vue la plaine dépliait sa cape grisâtre.
Roi flatta l’encolure du chachir et le puissant animal frémit. Ses six pattes s’arrachaient nerveusement de la glaise avec des bruits de succion. Lorsqu’une bande dure, crayeuse, succéda au bourbier dans lequel ils pataugeaient depuis des heures, le chachir retrouva une allure souple et élégante. Ses naseaux fumèrent plus intensément. Le cavalier lâcha les rênes de sa monture pour s’emparer de l’octam qui cliquetait dans ses fontes. Le chagrin du ciel persistait. L’offrande sonore à Eternel le Vieux s’imposait.
Trois fois, Roi respira profondément en hommage au dieu du Vent, au dieu de la Pluie et au dieu des Semailles, puis ses doigts coururent sur les cordes tendues à l’extrême de l’octam, instrument triangulire et trapu. Les oreilles du chachir se dressèrent.
L’équidé était sensible aux offrandes sonores. »
Extrait de : R. Facon + J.M Parent. « Les serviteurs de la force. »
Les compagnons de la lune blême par Roger Facon
Fiche de Les compagnons de la lune blême
Titre : Les compagnons de la lune blême
Auteur : Roger Facon
Date de parution : 1992
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les compagnons de la lune blême
« Brian Wilson fit un bond de côté. Le side-ski qui dévalait Jamaica Street l’effleura en faisant gicler la neige. Dans son habitacle plexiblindé le Nanti ricanait, heureux du bon tour qu’il venait de jouer à une canaille de passant, à un pouilleux de marcheur.
— La peste soit avec toi ! jura Brian. Que des bubons te poussent sous les aisselles avant ce soir ! Et puisses-tu chier aussi tes entrailles !
Les Nantis étaient d’une arrogance sans pareille. Ils quittaient de plus en plus souvent leurs résidences fortifiées. Ils multipliaient les incursions dans les quartiers populaires. A Douvres, certains d’entre eux allaient même jusqu’à dîner aux chandelles sur le port ! Brian les avait de ses yeux vus. Ils faisaient installer leurs bulles antivirales en bordure de quai et 7 bâfraient en regardant les navires. Ils mangeaient, rotaient, se curaient les dents sous la protection de cordons d’hommes d’armes. Ils se soulageaient dans des urinais en or massif ou faisaient usage de chaises percées en bois précieux délicatement sculpté, serti d’impressionnants cabochons. Avant de quitter le quai, ils faisaient jeter les reliefs de leur repas et battaient des mains en regardant des dizaines de pauvres hères plonger dans l’eau glacée, faire quelques brasses vers un pilon ou une carcasse de volaille avant de couler à pic. »
Extrait de : R. Facon. « Les compagnons de la lune blême. »
Le lion des Flandres par Roger Facon

Fiche de Le lion des Flandres
Titre : Le lion des Flandres
Auteur : Roger Facon
Date de parution : 2013
Editeur : L’Archipel
Première page de Le lion des Flandres
« L’inspecteur de police Roland Frémont n’était pas très à l’aise. Il portait en pleine semaine son costume du dimanche et ses souliers vernis. Le col de sa chemise blanche était trop serré et trop amidonné. Mais c’était surtout voyager en première classe qui lui restait en travers de la gorge.
— Douai ! Ici Douai ! criait une voix nasillarde. Les passagers du train Lille-Paris sont priés de rejoindre leur compartiment. Départ dans moins de trois minutes, s’il vous plaît. Les travaux de réparation de la voie 2 sont terminés. Nous prions nos aimables voyageurs de bien vouloir nous excuser pour ce contretemps… Douai ! Ici Douai !
Une demi-heure de retard. Des visages fatigués, des bâillements étouffés, des effluves de lavande et de patchouli. Trois hommes, deux femmes dans le compartiment de première classe avec Frémont. Heureusement, la secrétaire du commissaire central de Lille lui avait réservé une place côté fenêtre. Il pouvait somnoler sans gêner personne ou regarder défiler le paysage, quand les aiguilleurs ne les dirigeaient pas sur une mauvaise voie. »
Extrait de : R. Facon. « Le lion des flandres. »