Catégorie : Livres
Maria par Pierre Pelot

Fiche de Maria
Titre : Maria
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2011
Editeur : Editions Héloïse d’Ormesson
Première page de Maria
« UN PEU DE BLANC DANS BEAUCOUP DE PLUIE, la méchante neige s’était mise à tomber en même temps que la nuit, à la sortie de la ville illuminée.
Des nœuds de fatigue s’étaient serrés plus durs entre ses épaules, les ankylosés et les crampes dans ses cuisses et mollets. Il avait failli s’arrêter sur une aire de stationnement, puis dans un café en bord de rue du premier village traversé, après Remiremont, mais il avait résisté, se disant qu’il touchait au but, qu’il ne lui restait guère plus d’une vingtaine de kilomètres – une vingtaine de kilomètres, après plus de 700 –, et il avait pris la voie rapide au flanc de la vallée qui filait presque droit à l’écart des villages.
La neige pourrie s’était épaissie. Les flocons plaqués au pare-brise tenaient une seconde avant de fondre. Cette averse voltigeuse l’avait surpris. C’était peut-être un peu tôt dans la saison. Il y avait encore beaucoup de feuilles aux arbres, jaunes et flamboyantes, pareilles à des flammes durcies. La neige, en principe, tombait après la chute des feuilles, non ? Il l’avait toujours cru, en tout cas. »
Extrait de : P. Pelot. « Maria. »
Mecanic jungle par Pierre Suragne

Fiche de Mecanic jungle
Titre : Mecanic jungle
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir
Première page de Mecanic jungle
« Dans le silence presque parfait, le ululement de la sirène monta. Un son aigu, criard, qui enflait progressivement. Le véhicule s’approchait à grande vitesse.
Sur les trottoirs mobiles, les passants tournèrent leurs regards vers la chaussée centrale. Ils avaient de longs visages pâles, des yeux plutôt vides, comme des masques figés qui ne reflétaient pas la moindre expression.
En quelques secondes, le hurlement de la sirène fut à son paroxysme. Jaillissant de derrière un coude de la chaussée, à cet endroit où étaient braqués les regards des passants, le motobil rouge comme une flamme fit son apparition. Parmi les passants aux pieds soudés sur les trottoirs mécaniques, certains eurent comme un geste de recul instinctif. Rien de bien appuyé. Une simple esquisse. »
Extrait de : P. Suragne. « Mecanic jungle. »
Mal Iergo le dernier par Pierre Suragne

Fiche de Mal Iergo le dernier
Titre : Mal Iergo le dernier
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1972
Editeur : Fleuve noir
Première page de Mal Iergo le dernier
« Tous les bouges de Targa se ressemblent. Ils ne sont pas des tavernes dans une ville, ils sont la ville entière. Les plus monstrueux sont sans nul doute ceux des anciens ports spatiaux. Mais il reste très peu de ports spatiaux sur Targa.
En revanche, on trouve encore d’innombrables villes-tavernes, sur les six continents. Galeuses, elles tachent la jungle, ou bien elles sont comme de sales excroissances sur le bord des fleuves, ou bien encore elles se dressent, telles de longs champignons plats, dans les déserts et les montagnes sèches.
À présent, les long-courriers réguliers évitent soigneusement Targa la Maudite. C’est ainsi depuis longtemps, il est vrai. C’est ainsi depuis la catastrophe, mais personne, dans les peuples galactiques, n’est assez vieux en âge pour se lever et dire : « J’ai vu, je vivais quand s’est produite la catastrophe ». Personne. La catastrophe a explosé il y a bien
longtemps. »
Extrait de : P. Suragne. « Mal Iergo le Dernier. »
Mais si les papillons trichent par P. Suragne

Fiche de Mais si les papillons trichent
Titre : Mais si les papillons trichent
Auteur : Pierre Suragne
Date de parution : 1974
Editeur : Fleuve noir
Première page de Mais si les papillons trichent
« Price s’éveilla, mais demeura allongé sur le lit, paupières closes. Longtemps, il écouta la fatigue qui roulait dans son corps, glissait en vague molle au long de ses muscles. Cette nouvelle marque de somnifère qu’il utilisait depuis quelque temps était réellement efficace…, peut-être trop. Il se dit, pour la centième fois, qu’il serait judicieux d’en changer encore, et de rendre visite à un conseiller-psycho. Dans toute la gamme de ces somnifères, il devait certainement exister une marque idéale. Une marque pour lui, Price.
Paupières closes, il écouta l’extérieur, laissant vagabonder ses idées au hasard. Aux rives du sommeil, il s’extirpait lentement des vagues lourdes. Tout autour de lui, c’était le calme parfait. »
Extrait de : P. Suragne. « Mais si les papillons trichent. »
Loin en amont du ciel par Pierre Pelot

Fiche de Loin en amont du ciel
Titre : Loin en amont du ciel
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2023
Editeur : Gallimard
Première page de Loin en amont du ciel
« Le soir éclos dans les tréfonds des collines « Aux Arcs » s’insinuait depuis peu, sans hâte, à travers les rideaux de pluie. Alors, le jour commença de décliner, palpitant dans les moires des averses en bourrasques.
Trois coups de feu claquèrent, quatre possiblement, une courte salve loin dans les crachis de pluie. Deux fusils, pour le moins.
Le cavalier eut un léger mouvement de la main de rêne d’appui, sous la toile enduite de la longue pèlerine. Les oreilles droites de sa monture réagirent brièvement. Il écouta, retenant son souffle, mais poursuivit, sans vraiment ralentir, dans cette méchante trouée pénétrée d’eau. Les fers des sabots piochaient dans les pierres roulantes.
Trois – ou quatre ? – coups de fusils. Quelque part au-delà des murs de pluie et de feuilles.
S’ils avaient été réellement tirés. Réellement entendus. »
Extrait de : P. Pelot. « Loin en amont du ciel. »
Les promeneuses sur le bord du chemin par Pierre Pelot

Fiche de Les promeneuses sur le bord du chemin
Titre : Les promeneuses sur le bord du chemin
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2009
Editeur : Milady
Première page de Les promeneuses sur le bord du chemin
« Au premier coup de sonnette il sursauta.
Il était effondré dans ce fauteuil crapaud aux accoudoirs de cuir râpé et aux coutures défaites. La bouteille coincée entre ses cuisses, le verre aux trois quarts plein dans la main droite. Sa grande taille et surtout cette position qui le tassait en une volumineuse et compacte masse faisaient paraître le fauteuil anormalement petit et étroit.
Au deuxième coup de sonnette, et au troisième qui suivit presque instantanément, il ne broncha pas d’un poil. Pas un frisson.
Le soleil à présent commençait de descendre vers le soir et frôlait la cime des arbres en ligne, là-bas, à deux ou trois cents mètres, peut-être moins, à l’ouest du grand jardin. Les ombres s’étaient considérablement allongées à la surface du gazon brûlé par ce qui semblait être désormais une éternelle canicule. La lumière avait quelque chose de lourd, une pesanteur, une consistance de brume dense, cuivrée, se glissant inéluctablement par les baies coulissantes. À l’intérieur, les ombres enchevêtrées en un treillis hirsute occupaient une bonne moitié de l’espace. »
Extrait de : P. Pelot. « Les promeneuses sur le bord du chemin. »
Les pieds dans la tête par Pierre Pelot

Fiche de Les pieds dans la tête
Titre : Les pieds dans la tête
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1982
Editeur : Calmann-Lévy
Première page de Les pieds dans la tête
« APRÈS le départ des contrôleurs de l’assurance Thom-Phil, deux clients, que Diph Bilbee ne connaissait pas, poussèrent la porte du magasin. Ils étaient les bienvenus…
Diph et les jeunes gens parlèrent de bandes dessinées (ce procédé de narration alliant graphisme et texte, complètement tombé en désuétude) pendant plus d’une heure ; ils envisagèrent des possibilités d’échanges, les deux jeunes se révélèrent des amateurs plus qu’éclairés – à les entendre, ils possédaient en commun une multitude d’albums et même des numéros doubles de journaux en bon état, de magazines hebdomadaires pour la jeunesse des années soixante-dix. Ils achetèrent un album de Jeleu, ainsi qu’un autre signé Druillet, dépourvu de couverture mais authentifié. Ils s’en allèrent sur la promesse de revenir bientôt avec une cargaison de numéros doubles… »
Extrait de : P. Pelot. « Les pieds dans la tête. »
Les jardins d’éden par Pierre Pelot

Fiche de Les jardins d’éden
Titre : Les jardins d’éden
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 2020
Editeur : Gallimard
Première page de Les jardins d’éden
« Bien entendu tu es content d’être sorti du fracas. Sauf que tu en traînes toujours des lambeaux avec toi, que l’échappée prend son temps, la garce, qu’on dirait bien n’en avoir jamais vraiment fini avec elle, au fond.
La bécasse de l’accueil leva de ses mots fléchés un œil qu’elle figea sur lui, le laissant venir à elle dans l’entrebâillement de sa paupière, sans trembler d’un cil.
La porte à tambour antédiluvienne émettait toujours le même soupir hoquetant, au démarrage. Seuil franchi, il s’était retrouvé tout net une bonne poignée d’années en arrière. Coincé dans la grimace d’un autre présent.
— Salut, Jip, dit la bécasse.
Paulette. Pareille à elle-même, irrémédiablement inaltérée, femme tronc derrière son meuble, dans un de ses immuables pulls à col roulé plus ou moins lâches – seul accommodement aux saisons – qu’elle portait indifféremment par canicule et neige de décembre, clim ou pas clim. »
Extrait de : P. Pelot. « Les jardins d’Eden. »
Les îles du vacarme par Pierre Pelot

Fiche de Les îles du vacarme
Titre : Les îles du vacarme
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1981
Editeur : Bragelonne
Première page de Les îles du vacarme
« Comment un homme normal aurait-il pu raisonnablement aimer Lorane ?
Ce n’était pas la première fois qu’il se posait la question ; en fait, il se l’était posée aussitôt après l’avoir rencontrée. Dans les mois qui suivirent, elle devint une sorte de leitmotiv qui ne manquait jamais de s’imposer à lui, tous les jours, tôt ou tard, lui vrillant le crâne et interrompant le cours ordinaire de ses pensées… Il s’en était accommodé. Et n’avait toujours pas trouvé de réponse satisfaisante.
Peut-être était-ce mieux, finalement ? Une réponse satisfaisante ne signifierait-elle pas la fin de quelque chose ? Encore une question à laquelle Dylan Dancer Moab, le Veilleur, ne voulait surtout pas apporter l’ombre d’une réponse. Rien qui aurait pu clarifier le problème. Surtout pas… »
Extrait de : P. Pelot. « Les Îles du vacarme. »
Les étoiles ensevelies par Pierre Pelot

Fiche de Les étoiles ensevelies
Titre : Les étoiles ensevelies
Auteur : Pierre Pelot
Date de parution : 1972
Editeur : Editions de l’amitié
Première page de Les étoiles ensevelies
« Le bonhomme sifflait entre ses dents un bout de mélodie infatigablement répété, toujours le même ; il se composait pour ce sifflotement une mine très sérieuse, en totale opposition avec l’allégresse du petit refrain sautillant. Du coin de l’œil, Antonio apercevait les joues mal rasées du bonhomme, alternativement gonflées et dégonflées, tremblotantes, suivant le rythme.
La route était mauvaise, crevassée par le gel, engoncée entre deux immenses étendues planes qu’une haie, ou un bosquet étriqué, parfois, tentaient de relever d’une écrasante monotonie. De temps à autre, également, la tache d’une bande de terre labourée, avec le bourreau mécanique dessus, et une poignée de silhouettes humaines lâchées en grappe. Il arrivait qu’un cheval rude ou un bœuf, remplaçât le tracteur, que l’homme fût seul aux mancherons de la charrue, mais c’était rare. Antonio avait compté dix tracteurs pour un bœuf ou un cheval. »
Extrait de : P. Pelot. « Les étoiles ensevelies. »