Catégorie : Livres

 

Le jardin des silences par Mélanie Fazi

Fiche de Le jardin des silences

Titre : Le jardin des silences
Auteur : Mélanie Fazi
Date de parution : 2014
Editeur : Bragelonne

Sommaire de Le jardin des silences

  • Swan le bien nommé
  • L’arbre et les corneilles
  • Miroir de porcelaine
  • L’autre route
  • Les soeurs de la Tarasque
  • Le pollen de minuit
  • L’été dans la vallée
  • Le jardin des silences
  • Née du givre
  • Dragon caché
  • Un bal d’hiver
  • Trois renards

Première page de Swan le bien nommé

« Petite, les visites du Ferme-l’Œil m’intimidaient. Perché au bord de mon lit ou sur ma table de chevet, il racontait des histoires aussi prenantes que dérangeantes ou m’entraînait dans des promenades dont je ne savais ensuite si je les avais rêvées. Il les avait peut-être simplement semées dans ma tête en agitant son grand parapluie couvert d’images mouvantes. Au matin, il m’en restait des impressions tenaces. Des visions oniriques, des jeux de langage, des récits où princes et princesses triomphaient d’épreuves insensées.

Ses histoires étaient parfois cruelles. J’ai appris depuis que la vie sait l’être aussi.

Maintenant que les doigts me brûlent et que le silence me blesse la gorge, Ole Ferme-l’Œil est mon seul allié. Quand le monde bascule, c’est si rassurant de pouvoir compter sur quelqu’un qui pratique la logique des rêves et des contes.

Même sans son avertissement, j’aurais fini par quitter la maison. La tension devenait pesante. Quelque chose s’était cassé entre Papa et nous le jour où Marie-Anne s’était installée sous notre toit, prenant la place d’une mère dont nous n’avions pas fini d’apprivoiser l’absence. »

Extrait de : M. Fazi. « Le Jardin des silences. »

Fantômes d’épingles par Mélanie Fazi

Fiche de Fantômes d’épingles

Titre : Fantômes d’épingles
Auteur : Mélanie Fazi
Date de parution : 2008
Editeur : Bragelonne

Première page de Fantômes d’épingles

« Ma mère au téléphone, tout à l’heure. Une ten­sion palpable dès ses premiers mots. L’annonce est tombée très vite pour écourter une attente déjà pénible. Je n’ai pas compris tout de suite ce qu’elle me disait. Le sens, ça oui, mais pas les implications. Trop énormes à digérer d’un coup.

— Mathias est mort.

Je m’attendais à tout sauf à ça. Je n’avais pas pensé à lui depuis longtemps.

Ma mère m’annonçait la nouvelle avec une vibra­tion dans la voix, et moi, je ne savais que répondre. Lèvres scellées, cerveau tournant à vide. L’instant d’avant, je la sentais réticente à parler : tant qu’elle retenait ses mots, ça ne s’était pas encore produit. Ailleurs sans doute, mais pas dans ma bulle. On n’aime jamais prononcer les paroles qui changent la face du monde. »

Extrait de : M. Fazi. « Fantômes d’épingles. »

Arlis des forains par Mélanie Fazi

Fiche de Arlis des forains

Titre : Arlis des forains
Auteur : Mélanie Fazi
Date de parution : 2004
Editeur : Gallimard

Première page de Arlis des forains

« Quand les forains débarquaient en ville, il y avait toujours des gamins de mon âge pour venir traîner autour des caravanes. Le plus souvent, ils se tenaient à l’écart sans oser s’en approcher, comme s’ils craignaient qu’elles soient gardées par des bêtes sauvages. Ou parce que les forains, forcément, devaient être des gens bizarres. Pensez donc, ils n’avaient même pas de toit fixe ! Alors les gamins observaient notre petit manège et s’amusaient à deviner quelles seraient les attractions. Pour l’instant, tout restait possible : on pouvait se prendre à espérer monts et merveilles, de quoi occuper ces après-midi d’été interminables. Mais bientôt la fête serait installée, prête à les accueillir, forcément moins fabuleuse que celle dont ils avaient rêvé. L’arrivée des forains suscitait toujours une excitation unique, car c’était le moment où tout restait à faire. »

Extrait de : M. Fazi. « Arlis des forains. »

Suicide par imprudence par Yves et Ada Rémy

Fiche de Suicide par imprudence

Titre : Suicide par imprudence
Auteur : Yves et Ada Rémy
Date de parution : 1968
Editeur : Dystopia

Première page de Suicide par imprudence

« Le sergent von Nassau, des dragons de Lauterbronn, reçut l’ordre de se rendre à Marienbourg. Il glissa son billet de mission dans son gilet, salua sans un mot. Longtemps encore on eut le claquement de ses bottes noires dans les immenses couloirs dallés. Ayant rejoint ses quartiers, il fit ses préparatifs et mit la dernière main au harnachement de son cheval. Les instructions qu’il devait communiquer à la garnison de Marienbourg étaient gravées dans sa mémoire.

Il prit congé des sous-officiers de sa compagnie. La plupart furent graves, ne pensant guère le revoir. Ainsi va la vie, un jour ou l’autre notre destin balance – l’un rencontre un boulet de canon, l’autre est stupéfié par la fièvre putride, le troisième fixe son dos dans la mire d’un rebelle, et Nassau recevait l’ordre de rallier Marienbourg. »

Extrait de : Y. et A. Rémy. « Suicide par imprudence. »

Les soldats de la mer par Yves et Ada Rémy

Fiche de Les soldats de la mer

Titre : Les soldats de la mer
Auteur : Yves et Ada Rémy
Date de parution : 1968
Editeur : Pocket

Sommaire de Les soldats de la mer

  • Suicide par imprudence
  • Celui qui se faisait appeler Schaeffer
  • Mort pitoyable d’un oupire
  • Mon lieutenant, ne prendrez-vous jamais vos quartiers d’hiver ?
  • Enfants perdus, perdus
  • La maison aux engoulevents
  • Les soldats de plomb de Niccolo Pasani
  • Verso d’ailleurs
  • Les artilleurs de Cat-valley
  • Olga mensonge
  • Les rogandins d’Argos
  • Le joueur de dames
  • Les dogues de Tchangoon
  • Chut ! Mon lieutenant
  • Dévouement posthume de Charles Tör
  • La seconde carrière du général Des fosses
  • Fondation

Première page de Suicide par imprudence

« LE sergent von Nassau, des dragons de Lauterbronn, reçut l’ordre de se rendre à Marienbourg. Il glissa son billet de mission dans son gilet, salua sans un mot. Longtemps encore on eut le claquement de ses bottes noires dans les immenses couloirs dallés. Ayant rejoint ses quartiers, il fit ses préparatifs et mit la dernière main au harnachement de son cheval. Les instructions qu’il devait communiquer à la garnison de Marienbourg étaient gravées dans sa mémoire.

Il prit congé des sous-officiers de sa compagnie. La plupart furent graves, ne pensant guère le revoir. Ainsi va la vie, un jour ou l’autre notre destin balance – l’un rencontre un boulet de canon, l’autre est stupéfié par la fièvre putride, le troisième fixe son dos dans la mire d’un rebelle, et Nassau recevait l’ordre de rallier Marienbourg. »

Extrait de : Y. et A. Rémy. « Les soldats de la mer. »

Le prophète et le vizir par Yves et Ada Rémy

Fiche de Le prophète et le vizir

Titre : Le prophète et le vizir
Auteur : Yves et Ada Rémy
Date de parution : 2012
Editeur : Dystopia

Sommaire de Le prophète et le vizir

  • L’ensemenceur
  • Les huit enfants du vizir Fares Ibn Meïmoun

Première page de L’ensemenceur

« En ces temps-là, Allah, le Bienfaiteur miséricordieux, accordait à ceux que la nature avait accablé d’infirmités et dont les facultés semblaient avoir été plus ou moins ébréchées, le plus subtil des dons, celui de la voyance.

Du golfe Persique à la mer Rouge, des côtes de l’Arabie Heureuse à celles de la Méditerranée, les hommes étaient persuadés que c’était le Très-Haut qui parlait par leur bouche lorsqu’il prenait fantaisie à ces êtres déshérités de marmonner une menace, un avertissement ou de donner un conseil.

Aussi était-il entendu qu’il y avait quelque raison d’obéir sans discuter à tous ces malheureux, pour peu qu’ils fussent goitreux, phocomèles, pieds-bots, androgynes ou affligés d’une quelconque monstruosité.

Le monde sous le Croissant était plein de ces histoires édifiantes qu’on se racontait le soir, autour des feux de bouses de chameau. »

Extrait de : Y. et A. Rémy. « Le Prophète et le Vizir. »

Le mont 84 par Yves et Ada Rémy

Fiche de Le mont 84

Titre : Le mont 84
Auteur : Yves et Ada Rémy
Date de parution : 2015
Editeur : Dystopia

Première page de Le mont 84

« On ne sait rien de cet enfant, sinon qu’il était caché parmi le fouillis de fougères, d’icaquiers et d’épines noires, dans le ravin qui borde la Rampe-Sisyphe taillée dans l’âpre flanc du mont Argos. Ses sentiments, ses mobiles restent ignorés, les circonstances qui le conduisirent à son geste sont inconnues.
Il est certain qu’il entendit d’abord le bruit d’un moteur. En se redressant légèrement, il dut regarder passer au-dessus de lui, lent, lourd de menaces, le véhicule à six roues. Assis sur les bancs du plateau arrière, les quatre gardes aux profils glacés et rigides tenaient les canons courts de leurs pistolets-mitrailleurs d’assaut dressés à la hauteur de leurs casquettes grises. Comme la voiture disparaissait dans le lacet suivant, il put entendre le bruit déplorable des chaussures traînées, des cliquetis et des heurts métalliques qui approchaient. »

Extrait de : Y. et A. Rémy. « Le Mont 84. »

La maison du cygne par Yves et Ada Rémy

Fiche de La maison du cygne

Titre : La maison du cygne
Auteur : Yves et Ada Rémy
Date de parution : 1978
Editeur : Pocket

Première page de La maison du cygne

« Le cygne règne sur les eaux à tous les titres qui fondent un empire de paix : la grandeur, la majesté, la douceur. Avec des puissances, des forces, du courage et la volonté de n’en pas abuser et de ne les employer que pour sa défense, il sait combattre et vaincre sans jamais attaquer.
Roi paisible des oiseaux d’eau il brave les tyrans de l’air ; il attend l’aigle sans le provoquer, sans le craindre ; il repousse ses assauts en opposant à ses armes la résistance de ses plumes et les coups précipités d’une aile vigoureuse qui lui sert d’égide et souvent la victoire couronne ses efforts. Au reste il n’a que ce fier ennemi ; tous les autres oiseaux de guerre le respectent et il est en paix avec toute la nature ; il vit en ami plutôt qu’en roi au milieu des nombreuses peuplades des oiseaux aquatiques qui toutes semblent se ranger sous sa loi ; il n’est que le chef, le premier habitant d’une république tranquille, où les citoyens n’ont rien à craindre d’un maître qui ne demande qu’autant qu’il leur accorde, et ne veut que calme et liberté. »

Extrait de : Y. et A. Rémy. « La maison du cygne. »

Pour une poignée de nanars par M. Pagel

Fiche de Pour une poignée de nanars

Titre : Pour une poignée de nanars
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 2018
Editeur : Les moutons électriques

Première page de Pour une poignée de nanars

« Non, les nanars n’ont rien à voir avec les anars. D’après d’éminents spécialistes, le mot viendrait du redoublement de la deuxième syllabe du mot argotique panard, issu de panet : chiffon, loque. Nanar désignait une vieillerie sans valeur. L’origine du mot n’a toutefois que peu d’importance : aujourd’hui, pour tous les cinéphiles, un nanar, c’est un mauvais film.
Pour tous ? Non : pas pour Michel Pagel. Dans cet ouvrage, il se fend de chroniques inénarrables, tirées de la défunte liste de diffusion nanar, et ayant pour ambition de donner envie de voir des films dont pas un n’a été critiqué dans Télérama. Ces chroniques ont été retravaillées en profondeur pour les rendre lisibles à qui n’a pas eu la chance de les recevoir à l’époque dans sa boîte aux lettres, tout en conservant leur principale qualité : la spontanéité. »

Extrait de : M. Pagel. « Pour une poignée de nanars. »

Pour une poignée d’Helix Pomatias par M. Pagel

Fiche de Pour une poignée d’Helix Pomatias

Titre : Pour une poignée d’Helix Pomatias
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de Pour une poignée d’Helix Pomatias

« Comme d’habitude, j’étais sous la douche lorsque le téléphone sonna. Je m’aspergeai vivement pour chasser le savon qui me recouvrait et reposai le pommeau au fond du bac. Quand je me redressai, mon crâne fit un bruit harmonieux contre la tablette de céramique où aurait dû se trouver ma savonnette.

Je mis le pied sur le carrelage humide de la salle de bains en me frottant vigoureusement la tête. Je me rendis alors compte que j’avais oublié de rincer le shampooing. Une brûlure désagréable envahit mes yeux et je fermai les paupières. Ce fut sans doute pour cela que je ne remarquai pas la savonnette que j’avais laissée traîner par terre. Posant le pied dessus, je partis en arrière et me retrouvai sur les fesses après avoir exécuté un splendide saut périlleux.

La journée commençait mal. »

Extrait de : M. Pagel. « Pour une poignée d’Helix Pomatias !. »