Catégorie : Livres
Les mages de Sumer par M. Pagel

Fiche de Les mages de Sumer
Titre : Les mages de Sumer (Tome 1 sur 2 – Les immortels)
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 2006
Editeur : Le pré aux clercs
Première page de Les mages de Sumer
« La jeune chèvre sauvage aux pattes entravées poussa un bêlement strident quand la lame de bronze lui trancha la gorge d’un mouvement net et précis. Le sang gicla par saccades sur le rocher plat surélevé faisant office d’autel, moucheta d’écarlate le pagne et les sandales d’Eneresh – qui ne s’en soucia pas : les bras levés, les yeux fixés sur l’étoile d’Inanna, comme chaque soir première apparue au firmament, le prêtre chantait une prière en forme d’invocation fervente, et sa voix grave, rauque, ne cesserait de retentir qu’à l’ultime soubresaut du petit animal.
Deux pas en arrière, pour marquer son rang inférieur au sein du clergé et son état de cadet, Alad-gisheren se tenait dans la même position que lui et mêlait au sien un timbre plus haut perché, presque féminin. Ainsi les deux frères avaient-ils coutume d’invoquer conjointement la déesse lors de leurs cérémonies privées, hors du temple. »
Extrait de : M. Pagel. « Les mages de Sumer – Les immortels. »
Soleil pourpre, soleil noir par M. Pagel

Fiche de Soleil pourpre, soleil noir
Titre : Soleil pourpre, soleil noir (Tome 4 sur 4 – Les flammes de la nuit)
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Soleil pourpre, soleil noir
« Les neiges recouvraient Fuinör. Dans la contrée des semailles, de flocon en flocon, de gelée en gelée, le sol s’était vêtu d’une couche de glace interdisant tout travail de la terre. Serrés autour d’une cheminée où se consumaient quelques maigres tisons, les serfs attendaient au sein de leur chaumière le début de la saison des fleurs. Pour eux, cette période de cent jours où rien ne poussait était la pire. Leurs maigres réserves de grain, ce qu’avaient bien voulu leur laisser les nobles, permettaient à peine de cuire un pain par jour. Et les haillons qu’animait aux beaux jours un vent chaud ne semblaient aujourd’hui adhérer à leur corps que pour mieux les serrer dans un étau glacé. Bien sûr, pendant la saison des neiges ils ne s’épuisaient pas au travail. Mais il se trouvait parfois un chevalier pour venir le leur reprocher et, fort de ce prétexte, distribuer horions et coups d’épée. »
Extrait de : M. Pagel. « Soleil Pourpre, Soleil Noir – Les flammes de la nuit. »
Les cavaliers dorés par M. Pagel

Fiche de Les cavaliers dorés
Titre : Les cavaliers dorés (Tome 3 sur 4 – Les flammes de la nuit)
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les cavaliers dorés
« Le soleil violet brillait au-dessus du miroir, illuminant tout le pays de Fuinör – immense île circulaire, perdue au sein d’un océan sans limites aux eaux vermillon. C’était la saison des fleurs. Une multitude de bourgeons naissaient, gonflaient, explosaient pour libérer les feuilles rosées qui ne tarderaient pas à adopter le pourpre de leurs aînées, le pourpre de la grande forêt. Dans la contrée des semailles, les serfs s’activaient, creusant un sol à peine dégelé pour y planter les semences des prochaines récoltes. Déjà des chevaliers envoyés du château du roi étaient venus s’assurer qu’ils ne restaient pas inactifs. Lorsque l’ardeur du travail ne leur avait pas semblé suffisante, ils avaient distribué gaillardement horions et coups du plat de l’épée ; certains serfs prétendaient même avoir été frappés sans raison, pour le plaisir, mais nul ne les écoutait. Avec des discours comme ceux-là on finissait sur la roue. Après tout les nobles avaient droit de vie ou de mort sur le bas-peuple. Bien heureux ceux qui les offensaient et ne récoltaient que quelques bosses. »
Extrait de : M. Pagel. « Les Cavaliers Dorés – Les flammes de la nuit. »
Le fou par M. Pagel

Fiche de Le fou
Titre : Le fou (Tome 2 sur 4 – Les flammes de la nuit)
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le fou
« Le vent s’était levé dès l’aube, chassant du ciel pourpre quelques inoffensifs nuages. C’était la saison des fruits, dans la dixième année du soleil indigo ; au bord de la mer il pleuvait rarement.
Les vagues se dressaient au gré du souffle tiède, hautes murailles grenat, frangées d’écume, semblant vouloir conquérir la terre pour s’y briser l’instant d’après. Guerrières impuissantes et obstinées, elles s’abattaient avec fracas sur le sable de la crique puis s’en venaient y mourir dans un dernier sanglot.
Debout à la frontière du sable sec et du sable mouillé, un jeune homme brun immobile regardait la mer. Chaque jour que faisaient les Dieux, il venait ici. Chaque jour il était venu, depuis qu’il avait appris à marcher – ou peu s’en fallait. Parfois il ne s’attardait guère, mais sa contemplation pouvait tout aussi bien durer des heures, surtout si la marée montait. Et quand, plus forte ou plus hardie que ses sœurs, une vague menaçait de reculer les limites du domaine marin, il faisait un pas en arrière, voire un petit saut assez comique si par extraordinaire il se trouvait surpris. »
Extrait de : M. Pagel. « Le Fou – Les flammes de la nuit. »
Rowena par M. Pagel

Fiche de Rowena
Titre : Première époque : Rowena (Tome 1 sur 4 – Les flammes de la nuit)
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1986
Editeur : Fleuve noir
Première page de Rowena
« Dix années le soleil jaune avait brillé sur le pays de Fuinör.
Dix années de rêve le bleu du ciel s’était reflété dans l’océan, dont déferlaient les vagues sur des plages aux sables dorés. Dix années d’espoir le cœur des forêts avait été marqué d’un vert profond. Dix années d’amour, au château du roi, le teint des gentes dames s’était orné de rose.
Dix années de haine le sang des blessés avait coulé rouge vif.
Lorsque parut la dernière aube de la décennie, l’enchanteur arriva au seuil de la contrée du miroir.
Il avait quitté son domaine forestier depuis de longues journées pour accomplir ce pèlerinage à la nature, au miroir, comme il le faisait tous les dix ans, chaque fois que changeait le soleil. »
Extrait de : M. Pagel. « Rowena – Les flammes de la nuit. »
Le refuge de l’agneau par M. Pagel

Fiche de Le refuge de l’agneau
Titre : Le refuge de l’agneau (Tome 2 sur 2 – Les Antipodes)
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1991
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le refuge de l’agneau
« — Pardonnez-moi, mon père, parce que j’ai péché…
La petite pièce baignait dans la pénombre que distillait le soleil derrière les volets clos. Aux murs étaient suspendus la photographie d’un couple d’âge moyen, celle d’un jeune homme moustachu au regard dur, et une grande croix de bois sur laquelle agonisait pour l’éternité un christ chromé. L’ameublement possédait une qualité Spartiate, strictement utilitaire : un lit, une petite table de chevet, une armoire, une simple chaise de paille. Pas d’étagères, pas de bibelots, pas de miroir, pas de fauteuil, pas d’affiche pour couvrir le papier peint démodé, et un seul livre en vue : la Bible, serrée entre les mains tremblantes de la jeune femme agenouillée à même la moquette rugueuse. »
Extrait de : M. Pagel. « Le refuge de l’agneau – Les Antipodes. »
L’antre du serpent par M. Pagel

Fiche de L’antre du serpent
Titre : L’antre du serpent (Tome 1 sur 2 – Les Antipodes)
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’antre du serpent
« Au centre de la place, sur le pourtour de la fontaine, quatre poissons de pierre crachaient un filet d’eau régulier. Leur carcasse écaillée, moussue, se mariait parfaitement avec les pierres sombres, parfois disjointes, de la vieille basilique – sa massive silhouette de construction romane, sa grand-porte gardée par des statues de saints décapitées et son clocher, pinacle d’ardoise qui dominait le village.
Bien qu’il fût officiellement levé depuis plus d’une heure, le soleil ne parvenait pas encore à dissiper la chape obscure de la nuit. La fraîcheur de l’air matinal faisait frissonner les fidèles emmitouflés qui, seuls ou en famille, se dirigeaient vers la petite porte latérale de l’église où ils allaient entendre le premier office de ce dimanche de Toussaint. »
Extrait de : M. Pagel. « L’Antre du serpent – Les Antipodes. »
Désirs cruels par M. Pagel

Fiche de Désirs cruels
Titre : Désirs cruels (Tome 4 sur 8 – La comédie inhumaine)
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir
Première page de Désirs cruels
« La voleuse fit son apparition près du mur d’enceinte de la propriété aux environs de vingt-deux heures. Elle escalada aisément les vieilles pierres et se laissa glisser de l’autre côté, pliant les genoux pour se recevoir en souplesse sur la terre meuble. Elle entra alors dans le champ de la première caméra.
Courbée en deux, elle commença à traverser le terrain laissé à l’abandon, en direction de la villa. Les hautes herbes et les touffes d’épineux frôlaient sans la ralentir ses jambes gainées de noir.
La propriété était entièrement plongée dans l’obscurité, comme si ceux qui vivaient là avaient eu l’habitude de se coucher tôt. C’était une grande bâtisse à deux étages, sans doute construite au siècle dernier par des bourgeois aux goûts pompiers. »
Extrait de : M. Pagel. « Désirs Cruels – La comédie inhumaine. »
Le diable à quatre par M. Pagel

Fiche de Le diable à quatre
Titre : Le diable à quatre (Tome 3 sur 8 – La comédie inhumaine)
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le diable à quatre
« Les tours de la cathédrale se découpaient sur le ciel sombre, à demi masquées par la brume. Trois heures du matin. L’heure creuse, même pour les quais de la Seine. La fraîcheur de l’air hivernal décourageait les promeneurs : désormais le confort primait le romantisme. Il n’était plus de mise de s’enlacer dans l’ombre de Notre-Dame de Paris ; les sirènes accompagnant au loin la lueur des gyrophares remplaçaient rossignols et lucioles ; le firmament couvert de nuages n’abritait ni étoiles ni clair de lune, et Victor Hugo était mort.
Robert Pantière marchait lentement le long du quai, frôlant presque les boîtes closes des bouquinistes. Du coin de l’œil, il observait son jeune compagnon. Grand et mince, presque émacié, Gauthier avait un physique de poète tuberculeux du siècle dernier. La nuit ne suffisait pas à dissimuler la pâleur de son visage glabre aux yeux fardés. »
Extrait de : M. Pagel. « Le diable à quatre – La comédie inhumaine. »
Sylvana par M. Pagel

Fiche de Sylvana
Titre : Sylvana (Tome 1 sur 8 – La comédie inhumaine)
Auteur : Michel Pagel
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir
Première page de Sylvana
« Le village s’appelle La Rougemûrière. C’est un nom étrange. Une feuille jaunie volette au gré de la brise et vient se poser sur la terre encore sèche du chemin. L’été est mort. Il flotte dans l’air le parfum des fruits tardifs, celui de l’herbe à lapins que la vieille Andrée vient de couper à la faucille, et l’odeur qu’abandonnent dans leur sillage les animaux domestiques. Le ciel est encore clair, sans nuages, mais l’été est mort. Il s’est enfui sans pluie, sans fraîcheur, sans que personne ne s’en aperçoive, laissant sa place à la douceur automnale.
Le chemin ressemble à tous les sentiers de campagne où circulent des machines agricoles : un terre-plein bosselé, encadré par deux ornières au fond desquelles s’inscrivent les dessins larges des pneus. La mauvaise herbe y prolifère, en petites touffes. Autrefois il menait à la maison en ruine, celle qui était devenue la maison des Parisiens, et puis la maison Sauvage. Le chemin n’a pas changé, lui, mais la maison est vide, depuis hier. »
Extrait de : M. Pagel. « Sylvana – La comédie inhumaine. »