Catégorie : Livres
La foire des ténèbres par R. Bradbury
Fiche de La foire des ténèbres
Titre : La foire des ténèbres
Auteur : R. Bradbury
Date de parution : 1962
Traduction : R. Walters
Editeur : Denoël
Première page de La foire des ténèbres
« D’abord, on était en octobre, mois très spécial pour les petits garçons. Un mois très spécial, cela n’a rien d’exceptionnel, mais ça PEUT ÊTRE en bon ou en mauvais, comme disent les bonnes gens. Septembre, par exemple, c’est un mauvais mois : c’est la rentrée des classes. Mais août, c’est bon : l’école est encore fermée. Pour juin, il n’y a pas l’ombre d’un doute, c’est le mois le meilleur, celui où les portes des classes s’ouvrent et où septembre est encore à un million d’années de distance.
Mais prenons octobre. La rentrée, c’est déjà du passé, on commence à avoir la bride sur le cou, on trottine gentiment. On peut trouver le temps déjà de penser à la poubelle qu’on ira vider sur le porche du père Prickett et au bal masqué de l’Association chrétienne des jeunes gens, au dernier jour d’octobre, où ce serait amusant d’arriver en singe velu. Et vers le 20 du mois, quand tout prend une odeur de fumée, sous un ciel orangé et gris cendre au crépuscule, on se dit que la Toussaint et les Trépassés n’en finissent pas d’arriver, avec leurs pluies tombant en hallebardes et assourdissant les roulements du tonnerre. »
Extrait de : R. Bradbury. « La foire des ténèbres. »
La colonne de feu par R. Bradbury
Fiche de La colonne de feu
Titre : La colonne de feu
Auteur : R. Bradbury
Date de parution : 1975
Traduction : J. Legris
Editeur : Denoël
Première page de La colonne de feu
« Le rideau se lève sur une scène plongée dans l’obscurité. Çà et là, on distingue l’ombre portée de quelques tombeaux, sinon l’obscurité est totale. Parmi les tombes, il y a un cercueil. Il s’ouvre lentement. Une main apparaît. Après un long moment, un homme très pâle, vêtu d’un costume sombre, se dresse, à grand-peine, rendu à demi aveugle par le sommeil ou ce qui est plus profond que le sommeil. Il se palpe. Il sort du cercueil et regarde autour de lui, hébété.
LANTRY
Je suis mort… Non, je ne suis pas mort.
Il s’examine, incrédule.
LANTRY
Je suis ressuscité. Où, et quand, et pourquoi ?
Sa main effleure une pierre tombale.
LANTRY
Voyons… Landry? Oui… William Lantry. C’est mon nom ! Qu’est-ce que ça signifie ? Bon Dieu, si au moins quelqu’un pouvait me parler, m’expliquer ! (Il est au bord des larmes.)
Bruit de voix dans les coulisses. Il se dissimule dans l’obscurité.
Entrent deux hommes en salopette noire, un symbole du feu brodé sur la poitrine. Ils portent des pelles et un appareil bizarre, une sorte de laser. Pour des travailleurs manuels, leur tenue est impeccable.
SMITH
Dépêche-toi, Harry, c’est ici. »
Extrait de : R. Bradbury. « La colonne de feu. »
L’homme illustré par R. Bradbury
Fiche de L’homme illustré
Titre : L’homme illustré
Auteur : R. Bradbury
Date de parution : 1951
Traduction : C. Andronikof
Editeur : Gallimard
Première page de L’homme illustré
« C’est par un chaud après-midi de début septembre que je rencontrai l’Homme Illustré. J’en étais à la dernière étape d’un voyage à pied de quinze jours que je faisais dans le Wisconsin. Tard le soir, je fis halte pour manger un peu de porc froid, des haricots et un biscuit. Je m’apprêtais à m’étendre et à lire, quand l’Homme Illustré franchit le sommet de la colline et se tint un moment immobile contre le ciel.
Je ne savais pas alors qu’il était Illustré. Je vis seulement qu’il était de haute taille, qu’il avait dû être bien musclé, mais qu’actuellement, pour une raison ou pour une autre, il avait tendance à engraisser. Je me rappelle que ses bras étaient longs, ses mains épaisses ; mais son visage était comme celui d’un enfant, au-dessus d’un corps massif.
Il parut sentir ma présence, car il ne me regardait pas quand il prononça ses premières paroles : »
Extrait de : R. Bradbury. « L’homme Illustré. »
L’arbre d’halloween par R. Bradbury
Fiche de L’arbre d’halloween
Titre : L’arbre d’halloween
Auteur : R. Bradbury
Date de parution : 1972
Traduction : A. Dorémieux
Editeur : Seuil
Première page de L’arbre d’halloween
« C’est une petite ville au bord d’un petit fleuve et d’un petit lac dans un petit comté au nord d’un État du Midwest. Les prairies alentour ne suffisent pas à la dissimuler. Mais la bourgade n’est pas assez vaste pour empêcher de les voir, de humer leur odeur, de sentir leur présence. En ville il y a des arbres à foison, de l’herbe séchée par l’automne et des fleurs mortes à profusion, des tas de palissades qu’on escalade, de contre-allées où patiner. Un profond ravin la côtoie, gouffre où dégringoler en poussant des cris de putois. Et la ville est remplie d’une foule…
… de gamins.
Et c’est l’après-midi d’Halloween.
Toutes les portes se sont closes pour se protéger de l’air froid. »
Extrait de : R. Bradbury. « L’Arbre d’Halloween. »
Je chante le corps électrique par R. Bradbury
Fiche de Je chante le corps électrique
Titre : Je chante le corps électrique
Auteur : R. Bradbury
Date de parution : 1969
Traduction : J. Fillion
Editeur : Denoël
Sommaire de Je chante le corps électrique
- Retour au Kilimandjaro
- Les farouches incendiaires
- L’enfant de demain
- Femmes
- La prophétesse de basse-cour
- La seconde mort d’Abraham Lincoln
- Oui, nous nous rassemblerons au bord du fleuve
- Du printemps dans l’air ? …
- Barton appelle Barton
- L’interdit
- Je chante le corps électrique
- Le jour de la grande exhumation
- Tous les amis de Nicolas Nickleby sont mes amis
- Le costaud
- L’homme à la chemise bariolée
- Henry IX
- A la recherche de la cité perdue
- Christus Apollo
Première page de Retour au Kilimandjaro
« J’arrivai, à l’aube, au volant du camion. J’avais conduit toute la nuit ; en effet, incapable de fermer l’œil au motel, je m’étais dit qu’autant valait poursuivre ma route. Je parvins aux chaînes montagneuses et aux collines de Ketchum et de Sun Valley à l’instant même où le soleil se levait et me félicitai d’avoir roulé sans m’arrêter.
Je pénétrai dans la ville sans lever les yeux sur la colline. Je craignais, en la regardant, de commettre une erreur. Il était de toute importance de ne pas regarder la tombe. Du moins c’est ce que je ressentais. Et il me fallait me fier à mon intuition.
Je garai le camion devant un vieux saloon, fis un tour de ville, parlai à quelques personnes et humai l’air doux et pur. Je tombai sur un jeune chasseur, mais ce n’était pas le bon ; je le compris après m’être entretenu avec lui pendant quelques minutes. Je m’entretins ensuite avec un très vieil homme, mais lui non plus n’était pas le bon. Je rencontrai ensuite un chasseur dans la cinquantaine, et celui-là, c’était le bon. Il comprit, il perçut ce qu’était ma quête. »
Extrait de : R. Bradbury. « Je chante le corps électrique. »
Fahrenheit 451 par R. Bradbury
Fiche de Fahrenheit 451
Titre : Fahrenheit 451
Auteur : R. Bradbury
Date de parution : 1953
Traduction : H. Robillot
Editeur : Gallimard
Première page de Fahrenheit 451
« Le foyer et la salamandre
Le plaisir d’incendier !
Quel plaisir extraordinaire c’était de voir les choses se faire dévorer, de les voir noircir et se transformer.
Les poings serrés sur l’embout de cuivre, armé de ce python géant qui crachait son venin de pétrole sur le monde, il sentait le sang battre à ses tempes, et ses mains devenaient celles d’un prodigieux chef d’orchestre dirigeant toutes les symphonies en feu majeur pour abattre les guenilles et les ruines carbonisées de l’Histoire.
Son casque symbolique numéroté 451 sur sa tête massive, une flamme orange dans les yeux à la pensée de ce qui allait se produire, il actionna l’igniteur d’une chiquenaude et la maison décolla dans un feu vorace qui embrasa le ciel du soir de rouge, de jaune et de noir. »
Extrait de : R. Bradbury. « Fahrenheit 451. »
De la poussière à la chair par R. Bradbury
Fiche de De la poussière à la chair
Titre : De la poussière à la chair
Auteur : R. Bradbury
Date de parution : 2001
Traduction : P. Marcel
Editeur : Denoël
Première page de De la poussière à la chair
« LA BELLE EST VENUE
Dans le grenier où la pluie touchait doucement le toit, les jours de printemps, et où l’on pouvait sentir le manteau de neige dehors, à quelques centimètres de soi, les nuits de décembre, existait Mille fois Trisïeule. Elle ne vivait pas, pas plus qu’elle n’était morte à jamais, elle… existait.
Et à présent, devant la proximité du Grand Événement, l’avènement de la Grande Nuit, l’éruption imminente de la Grande Réunion, elle se devait de recevoir de la visite !
« Prête ? J’arrive ! » appela Timothy d’une petite voix, sous une trappe qui tremblait. « Oui ? »
Silence. La momie égyptienne ne broncha pas.
Elle se dressait appuyée dans un coin sombre comme un antique prunier desséché, ou une planche à repasser roussie, abandonnée, mains et poignets ligotés sur son sein tari comme le lit d’un fleuve, captive du temps, ses yeux de simples fentes »
Extrait de : R. Bradbury. « De la poussière à la chair. »
Chroniques martiennes par R. Bradbury
Fiche de Chroniques martiennes
Titre : Chroniques martiennes
Auteur : R. Bradbury
Date de parution : 1950
Traduction : J. Chambon, H. Robillot
Editeur : Gallimard
Première page de Chroniques martiennes
« JANVIER 2030 – L’été de la fusée
À un moment donné c’était l’hiver en Ohio, avec ses portes fermées, ses fenêtres verrouillées, ses vitres masquées de givre, ses toits frangés de stalactites, les enfants qui skiaient sur les pentes, les ménagères engoncées dans leurs fourrures qui, tels de grands ours noirs, avançaient pesamment dans les rues verglacées.
Puis une longue vague de chaleur balaya la petite ville. Un raz de marée d’air brûlant ; comme si on avait laissé ouvert un four de boulanger. La vibration de fournaise passa sur les pavillons, les buissons, les enfants. Les glaçons se détachèrent, se brisèrent, se mirent à fondre. Portes et fenêtres s’ouvrirent à la volée. »
Extrait de : R. Bradbury. « Les chroniques martiennes. »
Celui qui attend par R. Bradbury
Fiche de Celui qui attend
Titre : Celui qui attend et autres nouvelles
Auteur : R. Bradbury
Date de parution : 1995
Traduction : J.-P. Harrisson, C. Andronikof, A. Dorémieux, H. Robillot, J. Fillion, R. Négrou
Editeur : Librio
Sommaire de Celui qui attend
- Celui qui attend
- La fusée
- La pierre tombale
- Août 2002, rencontre nocture
- Le jour de la grande exhumation
- Icare Montgolfier Wright
- Le petit assassin
- Un coup de tonnerre
Première page de Celui qui attend
« Je vis dans un puits. Je vis comme une fumée dans un puits, comme un souffle dans une gorge de pierre. Je ne bouge pas. Je ne fais rien, qu’attendre. Au-dessus de ma tête j’aperçois les froides étoiles de la nuit et les étoiles du matin – et je vois le soleil. Parfois je chante de vieux chants de ce monde au temps de sa jeunesse. Comment dire ce que je suis, quand je l’ignore ? J’attends, c’est tout. Je suis brume, clair de lune, et souvenir. Je suis triste et je suis vieux. Parfois je tombe vers le fond comme des gouttes de pluie. Alors des toiles d’araignée tressaillent à la surface de l’eau. J’attends dans le silence glacé ; un jour viendra où je n’attendrai plus.
En ce moment c’est le matin. J’entends un roulement de tonnerre. Je sens de loin l’odeur du feu. J’entends un craquement de métal. J’attends, j’écoute. »
Extrait de : R. Bradbury. « Celui qui attend. »
Bien après minuit par R. Bradbury
Fiche de Bien après minuit
Titre : Bien après minuit
Auteur : R. Bradbury
Date de parution : 1974
Traduction : R. Delouya
Editeur : Denoël
Sommaire de Bien après minuit
- Le flacon bleu
- Un printemps hors du temps
- Le perroquet qui avait connu papa
- L’homme brûlant
- Un morceau de bois
- Le messie
- G.B.S. modèle
- Boire en une fois : contre la fureur des foules
- Intermède au soleil
- A jamais la Terre
- Les miracles de Jamie
- Le jeu d’octobre
- Bien après minuit
- La tablette de chocolat
Première page de Le flacon bleu
« Les cadrans solaires n’étaient plus qu’un éboulis de cailloux blancs. Les oiseaux des airs volaient maintenant dans des ciels anciens de rocs et de sable, enterrés, leurs chants figés. Les fonds de la mer morte charriaient de la poussière qui inondait la terre lorsque le vent lui commandait de redonner vie à une vieille légende de déluge. Les cités étaient profondément enfouies sous des greniers de silence, de temps ensilé, de bassins et de fontaines de calme et de souvenir.
Mars était morte.
Surgissant de l’énorme quiétude, très loin, un bruit d’insecte grandit parmi les collines cannelle et se déplaça dans l’air flamboyant jusqu’à faire trembler la route et envoyer murmurer la poussière par le fond des vieilles cités. »
Extrait de : R. Bradbury. « Bien après minuit. »