Catégorie : Livres

 

Nouvelles Tome 1 par Théophile Gautier

Fiche de Nouvelles Tome 1

Titre : Nouvelles Tome 1
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution :
Editeur : Bibebook

Sommaire de Nouvelles Tome 1

  • La cafetière
  • Omphale ou la Tapisserie amoureuse
  • La morte amoureuse
  • L’âme de la maison
  • Une visite nocturne
  • Le petit chien de la marquise

Première page La cafetière

« L’année dernière, je fus invité, ainsi que deux de mes camarades d’atelier, Arrigo Cohic et Pedrino Borgnioli à passer quelques jours dans une terre au fond de la Normandie.

Le temps, qui, à notre départ, promettait d’être superbe, s’avisa de changer tout à coup, et il tomba tant de pluie, que les chemins creux où nous marchions étaient comme le lit d’un torrent.

Nous enfoncions dans la bourbe jusqu’aux genoux, une couche épaisse de terre grasse s’était attachée aux semelles de nos bottes, et par sa pesanteur ralentissait tellement nos pas que nous n’arrivâmes au lieu de notre destination qu’une heure après le coucher du soleil.

Nous étions harassés ; aussi, notre hôte, voyant les efforts que nous faisions pour comprimer nos bâillements et tenir les yeux ouverts, aussitôt que nous eûmes soupé, nous fit conduire chacun dans notre chambre.

La mienne était vaste ; je sentis, en y entrant, comme un frisson de fièvre, car il me sembla que j’entrais dans un monde nouveau. »

Extrait de : T. Gautier. « Nouvelles I. »

Nouvelles ironiques et fantastiques par Théophile Gautier

Fiche de Nouvelles ironiques et fantastiques

Titre : Nouvelles ironiques et fantastiques
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1833-1845
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Sommaire de Nouvelles ironiques et fantastiques

  • Le nid de rossignols
  • Le petit chien de la marquise
  • La toison d’or
  • L’âme de la maison
  • Une visite nocturne
  • L’oreiller d’une jeune fille

Première page de Le nid de rossignols

« Autour du château il y avait un beau parc.
Dans le parc il y avait des oiseaux de toutes sortes : rossignols, merles, fauvettes ; tous les oiseaux de la terre s’étaient donné rendez-vous dans le parc.
Au printemps, c’était un ramage à ne pas s’entendre ; chaque feuille cachait un nid, chaque arbre était un orchestre. Tous les petits musiciens emplumés faisaient assaut à qui mieux mieux. Les uns pépiaient, les autres roucoulaient ; ceux-ci faisaient des trilles et des cadences perlées, ceux-là découpaient des fioritures ou brodaient des points d’orgue : de véritables musiciens n’auraient pas si bien fait.
Mais dans le château il y avait deux belles cousines qui chantaient mieux à elles deux que tous les oiseaux du parc ; l’une s’appelait Fleurette et l’autre Isabeau. Toutes deux étaient belles, désirables et bien en point, et les dimanches, quand elles avaient leurs belles robes, si leurs blanches épaules n’eussent pas montré qu’elles étaient de véritables filles, on les aurait prises pour des anges ; il n’y manquait que les plumes. Quand elles chantaient, le vieux sire de Maulevrier, leur oncle, les tenait quelquefois par la main, de peur qu’il ne leur prît la fantaisie de s’envoler. »

Extrait de : T. Gautier. « Nouvelles ironiques et fantastiques. »

Nouvelles antiques et exotiques par Théophile Gautier

Fiche de Nouvelles antiques et exotiques

Titre : Nouvelles antiques et exotiques
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1837-1840
Editeur : Bibliothèque Numérique Romande

Sommaire de Nouvelles antiques et exotiques

  • La chaîne d’or
  • Le roi Candaule
  • La mille et deuxième nuit
  • Le pavillon sur l’eau
  • Une nuit de Cléopâtre

Première page de La chaîne d’or ou l’amant partagé

« Plangon la Milésienne fut en son temps une des femmes les plus à la mode d’Athènes. Il n’était bruit que d’elle dans la ville ; pontifes, archontes, généraux, satrapes, petits-maîtres, jeunes patriciens, fils de famille, tout le monde en raffolait. Sa beauté, semblable à celle d’Hélène aimée de Paris, excitait l’admiration et les désirs des vieillards moroses et regretteurs du temps passé. En effet, rien n’était plus beau que Plangon, et je ne sais pourquoi Vénus, qui fut jalouse de Psyché, ne l’a pas été de notre Milésienne. Peut-être les nombreuses couronnes de roses et de tilleul, les sacrifices de colombes et de moineaux, les libations de vin de Crète offerts par Plangon à la coquette déesse, ont-ils détourné son courroux et suspendu sa vengeance ; toujours est-il que personne n’eut de plus heureuses amours que Plangon la Milésienne, surnommée Pasiphile. »

Extrait de : T Gautier. « Nouvelles antiques et exotiques. »

Militona par Théophile Gautier

Fiche de Militona

Titre : Militona
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1847
Editeur : BnF

Première page de Militona

« Un lundi du mois de juin de 184… dia de toros, comme on dit en Espagne, un jeune homme de bonne mine, mais qui paraissait d’assez mauvaise humeur, se dirigeait vers une maison de la rue San Bernardo, dans la très noble et très héroïque cité de Madrid.

D’une des fenêtres de cette maison s’échappait un clapotis de piano qui augmenta d’une manière sensible le mécontentement peint sur les traits du jeune homme : il s’arrêta devant la porte comme hésitant à entrer ; mais cependant il prit une détermination violente, et surmontant sa répugnance, il souleva le marteau au fracas duquel répondit dans l’escalier le bruit de pas lourds et gauchement empressés du gallego qui venait ouvrir.

On aurait pu supposer qu’une affaire désagréable, un emprunt usuraire à contracter, une dette à solder, un sermon à subir de la part de quelque vieux parent grondeur amenait ce nuage sur la physionomie naturellement joyeuse de don Andrès de Salcedo.

Il n’en était rien. »

Extrait de : T. Gautier. « Militona. »

Ménagerie intime par Théophile Gautier

Fiche de Ménagerie intime

Titre : Ménagerie intime
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1869
Editeur : BnF

Première page de Ménagerie intime

« On a souvent fait notre caricature : habillé à la turque, accroupi sur des coussins, entouré de chats dont la familiarité ne craint pas de nous monter sur les épaules et même sur la tête. La caricature n’est que l’exagération de la vérité ; et nous devons avouer que nous avons eu de tout temps pour les chats en particulier, et pour les animaux en général, une tendresse de brahmane ou de vieille fille. Le grand Byron traînait toujours après lui une ménagerie, même en voyage, et il fit élever un tombeau avec une épitaphe en vers de sa composition, dans le parc de l’abbaye de Newstead, à son fidèle terre-neuve Boastwain. On ne saurait nous accuser d’imitation pour ce goût, car il se manifesta chez nous à un âge où nous ne connaissions pas encore notre alphabet.
Comme un homme d’esprit-prépare en ce moment une Histoire des animaux de lettres, nous écrivons ces notes dans lesquelles il pourra puiser, en ce qui concerne nos bêtes, des documents certains. »

Extrait de : T. Gautier. « Ménagerie intime. »

Mademoiselle de Maupin par Théophile Gautier

Fiche de Mademoiselle de Maupin

Titre : Mademoiselle de Maupin
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1878
Editeur : BnF

Première page de Mademoiselle de Maupin

« Tu te plains, mon cher ami, de la rareté de mes lettres. – Que veux-tu que je t’écrive, sinon que je me porte bien et que j’ai toujours la même affection pour toi ? – Ce sont choses que tu sais parfaitement, et qui sont si naturelles à l’âge que j’ai et avec les belles qualités qu’on te voit, qu’il y a presque du ridicule à faire parcourir cent lieues à une misérable feuille de papier pour ne rien dire de plus. – J’ai beau chercher, je n’ai rien qui vaille la peine d’être rapporté ; – ma vie est la plus unie du monde, et rien n’en vient couper la monotonie. Aujourd’hui amène demain comme hier avait amené aujourd’hui ; et, sans avoir la fatuité d’être prophète, je puis prédire hardiment le matin ce qui m’arrivera le soir. »

Extrait de : T. Gautier. « Mademoiselle de Maupin. »

Loin de Paris par Théophile Gautier

Fiche de Loin de Paris

Titre : Loin de Paris
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1865
Editeur : BnF

Sommaire de Loin de Paris

  • En Afrique
  • En Espagne – les courses royales à Madrid
  • En Grèce
  • Ce qu’on peut voir en six jours

Première page de En Afrique

« Le mois de juin venait de finir, et l’été, sourd aux appels des pantalons de nankin et des paletots de coutil, ne se décidait pas à faire son entrée. Las de l’attendre, nous résolûmes d’aller au-devant de lui ; car nous commencions à ressentir les atteintes d’une maladie bizarre à laquelle nous sommes sujet, et que nous, appellerons la maladie du bleu. Aucune nosographie n’en fait mention à notre connaissance. Elle se développe chez nous, après une saison pluvieuse, sous l’influence d’une atmosphère grise et attristée de brouillard ; nous tombons d’abord dans un dégoût de toutes choses, dans un marasme profond. Nos amis nous deviennent insupportables, les plus douces relations nous sont à charge, aucun livre ne nous amuse, nul spectacle ne nous distrait ; nous avons la nostalgie de l’azur : dans nos rêves, il nous semble être bercé par des vagues de saphir sous un ciel de turquoise. Nous sommes en proie à des hallucinations de cobalt, d’outremer et d’indigo ; et, comme dans la strophe de Byron, nous voyons s’élever, du bleu foncé de la mer vers le bleu foncé du ciel, des dentelures de villes éblouissantes de blancheur. »

Extrait de : T. Gautier. « Loin de Paris. »

Lettre à la présidente – Voyage en Italie 1850 par Théophile Gautier

Fiche de Lettre à la présidente – Voyage en Italie 1850

Titre : Lettre à la présidente – Voyage en Italie 1850
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1890
Editeur : BnF

Première page de Lettre à la présidente – Voyage en Italie 1850

« CETTE lettre ordurière, destinée à remplacer les saloperies dominicales, s’est bien fait attendre ; mais c’est la faute de l’ordure et non celle de l’auteur.
La pudicité règne en ces lieux solennels mais antiques, et j’ai le grand regret de ne pouvoir vous envoyer que des cochonneries breneuses et peu spermatiques. Je vais procéder par ordre de route :

A Genève, le gouvernement vous recommande, à la porte de la ville, devoir ci derrière ; ce qui est beaucoup, dans une ville protestante, où, pour humilier les catholiques, et leur montrer qu’ils ne sont que des payens sensuels, les femmes se rabotent le cul et les tétons avec la varlope de la modestie, selon la méthode américaine.

Nous avons fait tous nos efforts pour voir ces douze fesses prescrites par l’autorité, et nous n’en avons vu que quatre, sur la corde raide, séparées par un périnée plafonnant, et formant, sous la jupe de deux jeunes saltimbanques allemandes, deux culs rebondis, qui ne devaient pas être désagréables dans le tête à tête. »

Extrait de : T. Gautier. « Lettre à la présidente – Voyage en Italie, 1850. »

Les vacances du lundi par Théophile Gautier

Fiche de Les vacances du lundi

Titre : Les vacances du lundi
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1881
Editeur : BnF

Sommaire de Les vacances du lundi

  • Les Vosges
  • Vues de Savoie et de Suisse
  • La fête des vignerons à Vevey
  • Une visite dans la montagne
  • Voyage d’exploration sur la Meuse par le chaland la Beauté
  • Le mont Blanc
  • Le mont Cervin

Première page de Les Vosges

« Épinal n’a rien de bien pittoresque. On croirait aisément le contraire en regardant le charmant dessin que M. Bellel en a fait. Cette petite rivière coulant sur les sables d’un lit trop grand pour elle en été, bordée d’arbres élégants, à travers lesquels on aperçoit les maisons de la ville avec leurs hauts murs et leurs toits de tuiles à l’italienne, compose un premier plan dont l’artiste a tiré le meilleur parti. L’arche du pont termine bien la perspective, et le dôme ou, si ce mot est trop ambitieux, le clocheton de l’église en forme avec bonheur le point culminant. Par son imagerie légendaire, Épinal se rattache d’ailleurs à l’art. Jadis, des Byzantins, plus naïfs que ceux du mont Athos, y plaquaient de rouge, de bleu et de jaune les grossières gravures sur bois représentant la Madone de Lorette, le Juif errant, Saint Hubert et le Cerf miraculeux, Pyrame et Thisbé, les Quatre Fils Aymon, Geneviève de Brabant, et autres sujets éternellement populaires. Fasse le ciel que la civilisation n’amène pas la décadence dans cette industrie primitive en la voulant perfectionner ! Le progrès enlèverait tout caractère à ces images. »

Extrait de : T. Gautier. « Les Vacances du lundi. »

Les rouées innocents par Théophile Gautier

Fiche de Les rouées innocents

Titre : Les rouées innocents
Auteur : Théophile Gautier
Date de parution : 1863
Editeur : BnF

Première page de Les rouées innocents

« Plusieurs calèches, crottées jusqu’aux capotes, attelées de chevaux de poste fumants, arrivèrent à de petites distances l’une de l’autre, avec un grand tintamarre de coups de fouet et de grelots, devant la porte d’un des plus célèbres restaurateurs du Palais-Royal, vers six ou sept heures du soir, un jour qu’il y avait eu sur les rives de la Bièvre une de ces courses au clocher, entremêlées d’averses, où les gentlemen-riders auraient autant besoin de parapluies que de cravaches.

Il sortit des voitures quelques hommes, dont aucun n’était vieux, et quelques jeunes femmes à qui un goût sévère n’aurait guère pu reprocher autre chose que d’être trop bien mises et d’une élégance trop voyante, pour emprunter au style figuré des modistes et des couturières cette hypallage qui leur sert à désigner tout objet ou toute couleur qui attire l’œil.

La troupe joyeuse ou du moins turbulente s’engouffra dans l’escalier, et les passants attirés par ce fracas purent entendre, pendant quelques minutes, des éclats de voix et de rire qui les firent penser en soupirant aux voluptés sans nombre qu’allaient savourer ces fortunés mortels. Les postillons, mis en belle humeur par les cinq francs de guide qu’ils venaient de recevoir, s’en retournèrent en faisant le plus triomphant vacarme du monde par manière de remerciement. »

Extrait de : T. Gautier. « Les Roués innocents. »