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Opération « serrures carnivores » par Serge Brussolo

Fiche de Opération « serrures carnivores »
Titre : Opération « serrures carnivores » (Tome 4 sur 4 – Les soldats de goudron)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Opération « serrures carnivores »
« L’homme était vêtu comme un clergyman, d’un costume noir verdi par l’usure. Il portait aux pieds des Rangers de l’armée et ses mains étaient gantées de cuir. Il avait un visage osseux, dur, aux sourcils rasés, et ses cheveux tirés en arrière se nouaient sur sa nuque en chignon de toréador.
Pour l’heure, il faisait tournoyer au-dessus de sa tête un interminable chapelet formé de boules de chrome reliées entre elles par une corde à piano. L’arme sifflait comme une chaîne de vélo maniée par un voyou en pleine baston.
— Vivez-vous dans la crainte du Seigneur ? vociférait l’homme.
— Oui ! hurlaient les badauds rassemblés, dans la crainte du dieu inflexible qui nous punit pour notre bien !
Le chapelet de billes d’acier s’abattait alors sur leurs têtes et leurs épaules, leur faisant éclater les arcades sourcilières, les lèvres ou les joues. Sanglants, hagards, le visage constellé d’hématomes virant au noir, ils se dandinaient d’un pied sur l’autre sans chercher à esquiver les coups. Avec leurs figures martelées, ils ressemblaient à des boxeurs entamant la quinzième reprise d’un match particulièrement violent. »
Extrait de : S. Brussolo. « Opération serrures carnivores – Les soldats de goudron. »
Le rire du lance-flammes par Serge Brussolo

Fiche de Le rire du lance-flammes
Titre : Le rire du lance-flammes (Tome 3 sur 4 – Les soldats de goudron)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de Le rire du lance-flammes
« Le feu s’ébroue, boule de lumière aux prolongements aciculaires, hérisson de chaleur qui apprend à faire le gros dos. Les flammes ne crépitent pas encore. Elles ont des grignotements de dentier dévorant des gaufrettes, des piétinements d’insecte montant à l’assaut d’une feuille de papier. Cela bruit comme une charge de cafards fouaillant une étendue de limaille. C’est presque imperceptible, négligeable.
En fermant les yeux on croirait entendre gémir un billet de banque dans une main impatiente, fétichiste ou sacrilège (?). Oui, c’est exactement ça… Le feu a des plaintes de papier-monnaie qu’on froisse avec
lenteur jusqu’à lui faire perdre son amidon filigrané.
Tout à l’heure il sera plus ambitieux. Il craquera avec insolence, émettant des protestations de squelette savamment torturé par des bourreaux armés de casse-noisettes, et dont les phalanges éclatent une à une telles des cacahuètes martyrisées.
Plus tard, beaucoup plus tard, il ronflera, haletant sourdement comme un troupeau de locomotives chargeant flanc contre flanc, et qui roule en une transhumance ponctuée de coups de sifflet ou de hurlements de soupape congestionnée. »
Extrait de : S. Brussolo. « Le rire du lance flamme – Les soldats de goudron. »
Ambulance-cannibale non identifiée par Serge Brussolo
Fiche de Ambulance-cannibale non identifiée
Titre : Ambulance-cannibale non identifiée (Tome 2 sur 4 – Les soldats de goudron)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir
Première page de Ambulance-cannibale non identifiée
« La ville rendait le son creux que les pas du promeneur soulèvent habituellement en traversant un décor ou un champ de mines.
La cité faisait songer à ces bêtes empaillées, baudruches de cuir et de poils, simulacres de vie cousus sur un rembourrage, et qui prennent racine sur un socle de bois.
Jane ressentait tout cela en remontant le boulevard désert. De part et d’autre de la chaussée, les boutiques n’étaient plus que des cubes d’obscurité reflétant le paysage de la rue comme de gros aquariums emplis d’encre noire.
Du coin de l’œil, la jeune femme y suivait le déplacement de son image, s’observant comme on observe un suiveur dont on ne parvient pas encore à percer les intentions.
L’image avançait avec son visage boudeur au front haut, bombé, couronné de cheveux blonds taillés en brosse rêche. Le tricot de corps fatigué ne dissimulait rien du balancement des seins aux pointes érigées par le frottement continu du coton imprégné d’huile et de cambouis. Une inscription le barrait sur toute sa largeur : « Fédération Nationale des Chauffeurs d’Immeubles-Paquebots ». Jane eut un sourire amer. Tout cela appartenait déjà au passé. »
Extrait de : S. Brussolo. « Ambulance cannibale non identifiée – Les soldats de goudron. »
Les foetus d’acier par Serge Brussolo
Fiche de Les foetus d’acier
Titre : Les foetus d’acier (Tome 1 sur 4 – Les soldats de goudron)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1984
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les foetus d’acier
« Le pont surplombait la maison, la dominant comme une arche d’acier et de ciment. Pour quelque obscure raison, les architectes chargés d’établir le tracé de l’autoroute n’avaient pu obtenir des services de la municipalité l’autorisation de raser cette bicoque de brique rouge qui contrariait leur avance. Il avait fallu se résoudre à bâtir un dos d’âne qui l’enjambait, la dominant telle une voûte grise de temple païen. Ce toit courbe, que la ruée permanente des voitures faisait vibrer de toutes ses membrures, jetait son ombre gigantesque et rectiligne sur la villa, la privant à jamais de la lumière du soleil.
Lise avait fini par s’habituer à cette grisaille, ce petit jour hivernal qui la contraignait à allumer l’électricité à trois heures de l’après-midi. De même, son oreille s’était accoutumée au vrombissement de la voûte, et, lorsqu’elle levait les yeux, elle n’était pas loin de penser qu’un orage perpétuel grondait au sein de ce nuage de béton stationnaire qui lui bouchait le ciel et pesait sur le toit d’ardoise de la maison à la manière d’une parenthèse horizontale. »
Extrait de : S. Brussolo. « Les foetus d’acier – Les soldats de goudron. »
Docteur Squelette par Serge Brussolo

Fiche de Docteur Squelette
Titre : Docteur Squelette (Tome 1 sur 1 – Les chroniques d’épouvante)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Docteur Squelette
« Jeanne roule sur le lit humide de sueur. La chambre n’est qu’un cube de chaleur solidifiée que transpercent les aiguilles incandescentes d’une lumière filtrant par les fentes des volets.
Le drap l’enveloppe, immense et pesant comme une voile de navire trempée. La jeune femme se débat, prisonnière de ce suaire géant trop grand pour elle, collant comme un piège.
À gauche le lit est froid. Sec. Marc n’est plus là. Il a probablement attendu que sa compagne s’endorme, terrassée par la chaleur pour se relever sans bruit et sortir…
Jeanne se redresse, le cœur battant.
Dehors c’est la fournaise de l’après-midi. Un souffle de lance-flammes qui remonte les rues et dessèche le crépi des façades, craquelant vernis et peintures.
Comment Marc a-t-il pu sortir et parcourir une fois de plus ces ruelles cent fois brûlées, ce désert urbain qui vous cuit la plante des pieds à travers l’épaisseur des semelles ?
Jeanne s’extirpe de la couche. Nue, moite, des rigoles au creux des reins, des gouttes salées fuyant des aisselles.
Il lui semble qu’elle voit Marc, titubant au long de la Calle Central, tête nue, sans chapeau, les cheveux décolorés, la peau rougie et trop sèche. »
Extrait de : S. Brussolo. « Docteur Squelette – Les chroniques d’épouvante. »
La cicatrice du chaos par Serge Brussolo

Fiche de La cicatrice du chaos
Titre : La cicatrice du chaos (Tome 3 sur 3 – Les brigades du chaos)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1997
Editeur : Fleuve noir
Première page de La cicatrice du chaos
« Mathias Faning avait peur des ballons de baudruche. Chaque fois qu’il en voyait un flotter au bout d’une ficelle, il ne pouvait s’empêcher de frissonner de terreur. Peu de gens encore admettaient le danger, car il y avait dans cette image de la mort quelque chose d’extravagant, de paradoxal, qui allait à l’encontre de tous leurs souvenirs d’enfance. Et pourtant Faning savait qu’il avait raison.
En ce moment même, étendu sur la moquette faisant face à la baie vitrée de son appartement, il scrutait la nuit avec l’attention soutenue d’une sentinelle sondant les ténèbres. C’était toujours à cette heure qu’ils se manifestaient, quand la fatigue vous alourdissait les paupières, vous contraignant à fermer les yeux. Il fallait alors redoubler de vigilance, se raidir contre l’assoupissement, ou sinon… »
Extrait de : S. Brussolo. « La cicatrice du chaos – Les brigades du chaos. »
Promenade du bistouri par Serge Brussolo
Fiche de Promenade du bistouri
Titre : Promenade du bistouri (Tome 2 sur 3 – Les brigades du chaos)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1995
Editeur : Fleuve noir
Première page de Promenade du bistouri
« Mathias Faning travaille à la morgue de Los Angeles, au service nécro-vidéo. Toute sa science consiste à extraire de la mémoire résiduelle des morts les dernières images enregistrées par leur conscience au moment du meurtre, et à en tirer le portrait de leur assassin. Sa femme, adepte du RubOut, une drogue qui efface les souvenirs, ne lui adresse presque plus la parole et s’efforce d’atteindre l’amnésie totale pour refaire sa vie.
Koban Ullreider, lui, n’a jamais faim, jamais froid, et ne dort pas davantage. C’est un psychopathe rapatrié des colonies martiennes, et dont le système nerveux n’enregistre aucune information tactile.
Endoctriné par son père, un ancien prédicateur de la colonie martienne, il exerce le « métier » de psycho-killer, et éventre les femmes pour leur greffer des organes de son invention. Son but : les transformer en anges de l’Apocalypse et utiliser cette brigade du chaos pour faire pleuvoir sur la nouvelle Babylone le châtiment annoncé de toute éternité par les Écritures. »
Extrait de : S. Brussolo. « Promenade du bistouri – Les brigades du chaos. »
Profession : cadavre par Serge Brussolo
Fiche de Profession : cadavre
Titre : Profession : cadavre (Tome 1 sur 3 – Les brigades du chaos)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1995
Editeur : Fleuve noir
Première page de Profession : cadavre
« Elle s’appelait Sarah, elle avait vingt-cinq ans. Elle était grande et mince avec de longs cheveux noirs que la transpiration du sommeil collait à ses épaules.
Elle s’agitait au creux du lit, s’entortillant dans les draps.
Presque toutes les nuits, depuis son accident, elle revivait la même scène jusqu’à ce que l’angoisse devienne trop forte et la ramène à la réalité dans une grande suffocation qui la faisait soudain se dresser au milieu de la literie trempée.
En ce moment, elle était suspendue au bout de la corde, les genoux frottant la pierre du mur, à trente mètres au-dessus du trottoir. Elle essayait de ne pas penser au vide, au crampon fiché dans la façade de l’immeuble, et dont toute sa vie dépendait. Les doigts crispés sur le pinceau, elle dessinait la bouche d’une grand-mère souriante en maudissant le soleil californien qui provoquait une dessiccation trop rapide de la peinture.
Oui, elle peignait cette bouche un peu fripée tandis que la fenêtre, à dix mètres au-dessus d’elle, s’ouvrait en grinçant. Elle savait qu’une main armée d’un couteau allait sortir dans une seconde pour
sectionner le filin auquel elle était suspendue. »
Extrait de : S. Brussolo. « Profession : cadavre – Les brigades du chaos. »
L’ombre des gnomes par Serge Brussolo
Fiche de L’ombre des gnomes
Titre : L’ombre des gnomes (Tome 2 sur 2 – Les animaux funèbres)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de L’ombre des gnomes
« — La ville devient folle ! murmura une fois de plus le lieutenant Manuel Corco.
L’odeur fade du cadavre flottait dans l’appartement comme un relent de fleurs pourrissantes. Le policier jeta un bref coup d’œil au corps de Bombicho. L’ancien juge reposait sur le sol, entièrement nu, le ventre criblé de courtes tiges d’aciers qui ressemblaient à des carreaux d’arbalète.
Oui, la ville devenait folle. Tout avait commencé avec Bagazo, le croque-mort, qui, une nuit, avait découvert une bande de singes à l’intérieur du cimetière. Des singes dont la principale occupation consistait à déterrer les défunts et… à les manger.
Le lieutenant chassa une mouche d’un revers de main agacé. Peu de temps après, les singes s’étaient mis à envahir la cité, déféquant sur les toits des voitures et s’accouplant en public. Il s’agissait d’animaux étranges, n’appartenant à aucune espèce connue. Probablement des bâtards, dépourvus de pelage, et à la peau affreusement rose.
Corco souleva sa casquette pour s’éponger le front. Mathias Gregori Mikofsky, le journaliste scientifique, venait d’entrer dans le salon. C’était un colosse enveloppé de mauvaise graisse, au crâne chauve et dont la lèvre supérieure s’ornait d’une moustache hypertrophiée masquant complètement sa bouche. »
Extrait de : S. Brussolo. « Les animaux funèbres – L’ombre des gnomes. »
Les animaux funèbres par Serge Brussolo

Fiche de Les animaux funèbres
Titre : Les animaux funèbres (Tome 1 sur 2 – Les animaux funèbres)
Auteur : Serge Brussolo
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les animaux funèbres
« — Yeye… Eja. Yemanja… Mère des poissons et mère des eaux. Yeye… Eja.
Le halètement montait dans le brouillard de poussière au-dessus des toits du bidonville, véritable psalmodie de machine à vapeur purgeant son trop-plein d’énergie par mille soupapes.
— Yeye… Eja…
Le lieutenant Corco ferma les yeux et se cramponna au volant poisseux comme si la voiture de patrouille allait soudain disparaître, engloutie par le fleuve de goudron amolli coulant entre les deux rives de l’avenue San Emilio.
La psalmodie s’échappant de l’église spirite pénétrait en lui par tous ses orifices naturels et enflait sous sa calotte crânienne à la manière d’une montgolfière. Son cerveau n’était déjà plus qu’une boule de chewing-gum mille fois mâché, un de ces gros chewing-gums américains bleuâtres qui vous emplissent un peu plus la bouche à chaque mastication et semblent gonfler sur votre langue tel un levain plastifié, comme si on les avait secrètement programmés pour décupler leur volume, obstruer votre gorge et vous condamner à l’étouffement. »
Extrait de : S. Brussolo. « Les animaux funèbres. »