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Orchéron par Pierre Bordage

Fiche de Orchéron

Titre : Orchéron (Tome 2 sur 2 – Abzalon)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 1998
Editeur : J’ai lu

Première page de Orchéron

« Combien de temps ai-je passé à lire le journal du moncle Artien ? Des semaines, des mois ? Je n’ai parlé à personne de ma découverte, pas même à mon cher Elleo. Sans doute y a-t-il une part de lâcheté dans mon mutisme. Peut-être craignais-je que l’exhumation de ce document, qui nous raccroche à un passé à la fois si lointain et si proche, ne fasse que précipiter une transformation que je pressens douloureuse ? Notre monde, notre toujours « nouveau monde », repose sur un foisonnement de légendes d’où nous avons dégagé les sept sentiers de l’évolution. Or la révélation de la vérité historique – d’une simple facette de cette vérité, car le témoin privilégié de l’odyssée de l’Estérion n’avait des événements qu’une vision subjective, parcellaire – risquait à mon sens de saper nos fondations encore fragiles et de déchaîner la violence que je vois frémir dans le cœur de chacun.

J’ai parfois ri aux éclats lorsque j’ai comparé les descriptions du moncle Artien à notre propre vision de l’odyssée des maudits d’Ester. »

Extrait de : P. Bordage. « Orchéron – Abzalon. »

Abzalon par Pierre Bordage

Fiche de Abzalon

Titre : Abzalon (Tome 1 sur 2 – Abzalon)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 1998
Editeur : L’Atalante

Première page de Abzalon

« Je me suis longtemps interrogé sur l’opportunité de relater l’histoire des maudits d’Ester. Je me propose en l’occurrence de tenir le rôle de chroniqueur, ou d’historien, et la mémoire est un matériau malléable, volatil, dangereux, dont se servent trop souvent les conquérants et les fanatiques pour enfermer les populations dans des prisons ou dans des dogmes – je suis des mieux placés pour en parler, étant moi-même issu de l’Église monclale, l’une des religions les plus manipulatrices et meurtrières qu’aient connues Ester et ses deux satellites. Aujourd’hui je franchis le pas, estimant que les chances sont minces, pour ne pas dire inexistantes, que mes écrits soient un jour portés à la connaissance d’éventuels lecteurs. Au cours de ces dernières années, tant de sensations, tant d’émotions se sont accumulées dans mon cerveau et mon corps que je ressens le besoin pressant de me purger et que, comme je n’ai plus de larmes ni de sang à verser, l’encre est le seul liquide qui puisse encore s’écouler de mes plaies. Le mode écrit, tombé en désuétude depuis bien longtemps mais cultivé avec ferveur par l’Église monclale, ne me servira pas seulement d’exutoire. Il offre un double avantage sur les modes parlé et pensé en vogue sur Ester : il permet d’une part d’avoir des événements une vision pénétrante, ralentie par le geste, filtrée par ces tamis très fins que sont la mémoire cellulaire et le subconscient, il établit d’autre part une relation directe de soi à soi sans interférences parasites, en autoréférence, dans un état silencieux qui n’est pas sans évoquer la description des extases mystiques des Kroptes. »

Extrait de : P. Bordage. « Abzalon. »