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Marquée au corps par Margaret Atwood

Fiche de Marquée au corps
Titre : Marquée au corps
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 1981
Traduction : H. Filion
Editeur : Quinze
Première page de Marquée au corps
« C’est comme ça que je suis arrivée ici, dit Rennie.
C’était le lendemain du départ de Jake. Je revins à pied à la maison vers les dix-sept heures. J’étais allée au marché et je portais un cabas ainsi que mon sac à main. Il y avait moins à porter depuis le départ de Jake et c’était mieux ainsi parce que les muscles de mon épaule gauche me faisaient mal ; j’avais laissé tomber les exercices. Les arbres de la rue avaient changé de couleur, des feuilles jaunes et brunes tombaient sur le trottoir et je me disais : Bah ! tout n’est pas perdu, je suis encore en vie.
Mon voisin immédiat, un vieux Chinois dont j’ignorais le nom, nettoyait son parterre. Le mien avait été pavé de façon à y garer une voiture. »
Extrait de : M. Atwood. « Marquée au Corps. »
Le tueur aveugle par Margaret Atwood

Fiche de Le tueur aveugle
Titre : Le tueur aveugle
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 2000
Traduction : M. Albaret-Maatsch
Editeur : Robert Laffont
Première page de Le tueur aveugle
« Dix jours après la fin de la guerre, ma sœur Laura se jeta d’un pont au volant d’une voiture. Le pont était en réfection : elle continua tout droit, malgré le panneau Danger. La voiture décrivit une chute de trente mètres dans le ravin, s’écrasa sur la cime des arbres couverts de feuilles nouvelles et prit feu avant de poursuivre sa chute jusqu’au petit cours d’eau tout au fond. Des éléments du pont s’abattirent dessus. Hormis des débris calcinés, il ne resta pas grand-chose de ma sœur.
J’appris l’accident par un policier la voiture m’appartenait et la plaque d’immatriculation leur avait permis de remonter jusqu’à moi. Il s’exprimait sur un ton respectueux – il avait certainement reconnu le nom de Richard. »
Extrait de : M. Atwood. « Le Tueur Aveugle. »
Lady Oracle par Margaret Atwood

Fiche de Lady Oracle
Titre : Lady Oracle
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 1976
Traduction : M. Piccand
Editeur : Le livre de poche
Première page de Lady Oracle
« J’avais planifié soigneusement ma mort ; pas comme ma vie, dont les méandres défiaient mes faibles tentatives de contrôle. Ma vie avait tendance à s’éparpiller, à s’avachir, à dessiner autant de volutes et de festons qu’un cadre de miroir baroque, car je suivais la ligne de moindre résistance. Je voulais que ma mort, par contraste, soit nette et simple, sans exagération, même un peu sévère, comme une église de quakers ou la petite robe noire toute simple portée avec un seul rang de perles, si vantée par les magazines de mes quinze ans. Pas de trompettes, pas de porte-voix, pas de paillettes, pas d’inconsistances, cette fois. Le truc consistait à disparaître sans laisser d’autre trace derrière moi que l’ombre d’un cadavre, une ombre que tous prendraient pour une solide réalité. À première vue, je croyais avoir réussi. »
Extrait de : M. Atwood. « Lady Oracle. »
La voleuse d’hommes par Margaret Atwood

Fiche de La voleuse d’hommes
Titre : La voleuse d’hommes
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 1993
Traduction : A. Rabinovitch
Editeur : Le livre de poche
Première page de La voleuse d’hommes
« L’histoire de Zenia devrait commencer au moment où elle est apparue. Sans doute en un lieu éloigné dans le temps et l’espace, pense Tony ; un lieu meurtri et tout enchevêtré. Une gravure européenne, peinte à la main, couleur ocre avec un soleil poussiéreux et beaucoup de buissons au feuillage épais, aux vieilles racines tordues, derrière lesquels, à l’abri des broussailles d’où dépasse simplement une botte ou une main inerte, se déroulerait un événement ordinaire, mais horrifiant.
Du moins est-ce l’impression que Tony a gardée. Mais tant de choses ont été effacées, tant de plaies cicatrisées, tant d’images délibérément embrouillées, qu’elle n’est plus certaine de savoir lequel des récits de Zenia correspondait à la vérité sur sa vie. »
Extrait de : M. Atwood. « La voleuse d’homme. »
La vie avant l’homme par Margaret Atwood

Fiche de La vie avant l’homme
Titre : La vie avant l’homme
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 1979
Traduction : M. Véron
Editeur : Robert Laffont
Première page de La vie avant l’homme
« Je ne sais pas comment je devrais vivre. Je ne sais pas comment on devrait vivre. Je sais seulement comment je vis. Je vis comme un escargot privé de sa coquille. Et ce n’est pas un moyen de gagner de l’argent.
Je veux qu’on me rende ma coquille, j’ai mis assez longtemps à la fabriquer. Tu l’as emportée, où que tu sois désormais. Tu as bien su me l’ôter. Je veux une coquille comme une robe à sequins, faite de piécettes argentées et de dollars se chevauchant comme les écailles d’une armadille. L’arme à gauche. Imperméable ; comme un ciré breton.
Je voudrais bien n’avoir pas à penser à toi. Tu as voulu m’impressionner ; eh bien je ne suis pas impressionnée, seulement écœurée. C’était dégoûtant de faire cela. Et puéril. Et idiot. Comme de fracasser une poupée dans un moment de fureur, mais toi, c’est ta tête que tu as fracassée. »
Extrait de : M. Atwood. « La vie avant l’homme. »
L’oeuf de Barbe-bleue par Margaret Atwood

Fiche de L’oeuf de Barbe-bleue
Titre : L’oeuf de Barbe-bleue
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 1983
Traduction : H. Filion
Editeur : Libre expression
Sommaire de L’oeuf de Barbe-bleue
- Quelques épisodes importants dans la vie de ma mère
- L’ouragan Hazel
- Loulou ; ou la vie domestique du langage
- Vilaine chatte
- Betty
- L’oeuf de Barbe-bleue
- Le chant printanier des grenouilles
- Les ibis rouges
- Le jardin de sel
- La mange-péchés
- Le lever du soleil
- Suite sous-terrienne
Première page de L’ouragan Hazel
« L’été de mes quatorze ans, nous vivions dans une cabane d’une seule pièce, sur une concession de terre en friche d’une cinquantaine d’hectares. Le chalet était entouré d’un bouquet de grands et vieux érables laissés là au moment du défrichage. La lumière y filtrait en faisceaux, comme sur les images de l’école du dimanche, il y avait longtemps de cela, quand des chevaliers à la recherche du Graal, heaumes relevés et yeux limpides, regardaient vers le ciel. C’est probablement pour ces arbres que mes parents avaient acheté la terre, car s’ils ne l’avaient pas fait, quelqu’un d’autre l’aurait achetée et aurait vendu les arbres. C’était le genre de chose dont mes parents avaient pris l’habitude. »
Extrait de : M. Atwood. « L’œuf de Barbe-Bleue. »
L’odyssée de Pénélope par Margaret Atwood

Fiche de L’odyssée de Pénélope
Titre : L’odyssée de Pénélope
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 2005
Traduction : L. Saint-Martin, P. Gagné
Editeur : Robert Laffont
Première page de L’odyssée de Pénélope
« Dans la vie, tout est question de point de vue : c’est souvent celui qui raconte l’histoire qui emporte le morceau car, en l’absence de récit contradictoire, on est bien obligé de le croire sur parole.
Et c’est ainsi que, depuis vingt-neuf siècles, un homme se taille la part du lion dans l’une des plus grandes épopées qui soient : l’Odyssée. Non qu’Ulysse, puisqu’il s’agit de lui, soit toujours le narrateur. Mais quand il l’est, égrenant par le menu la liste de ses exploits à ses hôtes ébahis, quel festival d’autocélébration ! Sa victoire sur l’horrible Polyphème, le cyclope mangeur d’hommes ? C’est grâce à sa ruse, à son génie, à sa vaillance ! La délivrance de ses compagnons changés en porcs par l’ensorceleuse Circé ? »
Extrait de : M. Atwood. « L’Odyssée de Pénélope. »
J’ai faim de toi par Margaret Atwood

Fiche de J’ai faim de toi
Titre : J’ai faim de toi
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 2018
Traduction : P. Dusoulier
Editeur : Robert Laffont
Première page de J’ai faim de toi
« Stan ouvre le grand casier vert et y range les vêtements qu’il a portés : les shorts, les tee-shirts, les jeans, les tenues d’été. Il ne va pas les remettre avant un moment : quand il reviendra ici, la saison chaude sera probablement terminée, et il passera aux pulls en polaire. Il aura moins à s’occuper de la pelouse, ce qui est un plus. La pelouse sera quand même en piteux état… Il y a des gens qui n’ont pas le sens des pelouses. Ils les laissent se transformer en paillassons et se dessécher, et alors les fourmis jaunes s’y mettent, et ça demande un sacré boulot pour rattraper tout ça. S’il était ici tout le temps, il pourrait maintenir la pelouse en parfait état. Mais les choses étant ce qu’elles sont, il est constamment en mode réparation.Ses vêtements ont tous été lavés et soigneusement pliés. Sa femme, Charmaine, a fait la lessive en dernier, avant de prendre son scooter pour se rendre au quartier des femmes de Positron. »
Extrait de : M. Atwood. « J’ai faim de toi. »
Graine de sorcière par Margaret Atwood

Fiche de Graine de sorcière
Titre : Graine de sorcière
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 2016
Traduction : M. Albaret-Maatsch
Editeur : Robert Laffont
Première page de Graine de sorcière
« Felix se brosse les dents. Puis il se brosse les autres, les fausses, et les remet en place. Il a beau appliquer une bonne couche de crème adhésive, elles tiennent mal ; peut-être que sa bouche rétrécit. Il sourit : sourire illusoire. Simulacre, duperie, mais qui le remarquera ?
Avant, il aurait appelé son dentiste pour prendre rendez-vous, et il aurait eu droit à une luxueuse chaise en similicuir, à un visage attentif exhalant le bain de bouche mentholé, à des mains expertes maniant des instruments étincelants. Ah, je vois le problème. Ne vous inquiétez pas, on va vous arranger ça. Pareil que quand on va faire réviser sa bagnole. Peut-être même qu’il aurait eu le privilège d’avoir de la musique dans ses écouteurs et un cachet pour l’assommer à moitié. »
Extrait de : M. Atwood. « Graine de sorcière. »
Captive par Margaret Atwood

Fiche de Captive
Titre : Captive
Auteur : Margaret Atwood
Date de parution : 1996
Traduction : M. Albaret-Maatsch
Editeur : Robert Laffont
Première page de Captive
« Entre les gravillons poussent des pivoines. Elles surgissent à travers le tapis de cailloux gris, tandis que leurs boutons, pareils à des yeux d’escargot, sondent l’air, se gonflent, puis s’ouvrent en d’énormes fleurs rouge sombre, brillantes et lustrées comme du satin. Ensuite, elles se défont brutalement et tombent par terre.
Durant cet instant unique où elles vont se défaire, elles ressemblent aux pivoines du jardin de devant de M. Kinnear, le premier jour, sauf que celles-là étaient blanches. Nancy était en train de les cueillir. Elle portait une robe claire semée de boutons de rose roses avec une jupe à triples volants et une capote de paille qui lui cachait la figure. Elle tenait un panier à fond plat où elle mettait les fleurs ; elle se penchait en inclinant le buste, comme une dame, en restant bien raide. Quand elle nous entendit et qu’elle se tourna pour voir ce qu’il se passait, elle porta la main à sa gorge comme si elle était surprise. »
Extrait de : M. Atwood. « Captive. »