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Deloria par Richard Canal

Fiche de Deloria
Titre : Deloria, la légende des Frahmabores
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 2006
Editeur : Mnémos
Première page de Deloria
« Les nuages galopaient furieusement au-dessus de la citadelle d’Almandrana tandis que le cortège bouclait pour la quatrième fois le circuit symbolique du Beylann.
À sa tête, un vieux Fu se déhanchait avec application. La canne d’acier nickelé d’importation terrienne sur laquelle il s’appuyait laissait des traces profondes dans la terre jaune. Sous l’effet de la bise marine qui sifflait dans le réseau de venelles, ses hardes safran battaient comme des ailes de canari. Une expression d’intense concentration tendait les faisceaux de scarification rituels tracés sur son visage, accentuant l’impression de malaise que produisait dans le silence le battement régulier de ses lèvres blanches et cornées.
Quatre Dras nouvellement sortis du Gymnase suivaient le patriarche, portant sur leurs épaules deux perches entre lesquelles se balançait une civière de cuir tressé. Le cadavre de Bareyss-Fu-Geyn dansait sur la trame de lanières au rythme lourd de la marche et sa tête, à la crête passablement écornée, dodelinait, les yeux démesurés balayant les prairies du ciel. »
Extrait de : R. Canal. « Deloria : la légende des Frahmabores. »
Aube noire par Richard Canal

Fiche de Aube noire
Titre : Aube noire de Babylone à Zion
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 1994
Editeur : J’ai lu
Première page de Aube noire
« Debout au fond de la piscine, Slim Fat Peabody chaloupait en regardant poindre le jour. L’orange sur le carrelage bleu Pacifique lui allumait des notes dans la tête et il ressemblait, ainsi crucifié par les projecteurs, à un cachalot roulant au rythme d’un océan égaré. Les mégots giclaient sous ses orteils, trop imbibés pour qu’il espérât en récupérer le tabac ; celui-ci, une fois séché, émettait une fumée particulière qui irritait les bronches, et si le géant se préoccupait de quelque chose dans cette vallée des larmes, c’était bien de la qualité de son tabac.
On trouvait n’importe quoi dans les piscines. Des cheveux surtout, des poignées de cheveux bruns, blonds, cendrés, châtains, frisés, raides, jamais crépus. Le balai les amalgamait en perruque, si fournie que Slim avait l’impression de pousser une tête au bout du manche. Des cheveux et de la terre aussi. Continent, archipel ou atoll, l’argile maculait les carreaux. Lui laissait-on le temps de sécher, elle uniformisait la boule de cheveux, la teignait de roux poudreux qui essaimait au moindre vent. Un calvaire ! »
Extrait de : R. Canal. « Aube Noire. »
Les voix grises du monde gris par Richard Canal

Fiche de Les voix grises du monde gris
Titre : Les voix grises du monde gris (Tome 3 sur 3 – Animamea)
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les voix grises du monde gris
« La campagne de Ponte Minora n’avait rien à envier à celle de la Terre. Même richesse de verts et de bruns, même faune à la fois timide et sauvage, même pureté des cieux. Les baies rotatives de la villa parcouraient le paysage avec une nonchalance nostalgique et le passage du temps se traduisait par un cycle de métamorphoses ombre/lumière, lumière/ombre dont Rudy se lassait rarement. Cette passivité contemplative lui permettait d’occulter les brèches que les souvenirs persistaient à ouvrir dans son présent. Intérieurement, il bouillait.
Oh, il y avait bien comme un bonheur suspendu au-dessus des landes gorgées d’eau, comme une extase fugitive dans le bond du daim et la course heurtée du lièvre, comme un soupir d’aise dans la rumeur lointaine de l’océan. Mais il s’agissait d’impressions statiques qui déposaient un relent de regret au bord de l’esprit. »
Extrait de : R. Canal. « Animamea – Les voix grises du monde gris. »
La légende étoilée par Richard Canal

Fiche de La légende étoilée
Titre : La légende étoilée (Tome 2 sur 3 – Animamea)
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de La légende étoilée
« Un vol de canards griffa le crépuscule au-dessus d’Harlein Park. La chaleur de l’arrière-saison chassait les oiseaux vers les points d’eau. Vingt et une heures. Une sirène s’apaisa, la ville soupira : elle s’apprêtait à changer de physionomie. Déjà, dans l’aube artificielle de l’avenue Mantessa, les premiers halos fleurissaient.
Fabrice appréciait ce moment instable où chaque passant devenait un saint par la grâce de la technique. De la chambre mansardée de l’hôtel, le spectacle acquérait une dimension supplémentaire. L’œil-de-bœuf ouvert sur la place Van der Nuytten lui dévoilait les évolutions des pantins de lumière au sein de la foule grise. La puissance des néons publicitaires diminuait graduellement, incitant le peuple de poupées à se vêtir d’iridescence. »
Extrait de : R. Canal. « La légende étoilée – Animamea. »
Les ambulances du rêve par Richard Canal

Fiche de Les ambulances du rêve
Titre : Les ambulances du rêve (Tome 1 sur 3 – Animamea)
Auteur : Richard Canal
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir
Première page de Les ambulances du rêve
« Niverniss. Il faisait trop froid pour la neige. La ville-vertige avançait sur la toundra, immense et lourde. Sous son poids, le pergélisol craquait et les entrailles de la glace s’ouvraient sur une profondeur de deux cents mètres. De quoi ramener au jour des cadavres de forêts. Au-dessus des chenilles de titane, la cathédrale de steelglass s’élevait jusqu’au plafond de nuages. Six kilomètres de verre et d’acier posés sur un socle blindé au cœur duquel un cerveau rêvait. Six kilomètres de pics, de coupoles, de clochers de cristal évoluant selon une trajectoire inconnue des hommes.
Tout en haut, l’ultime flèche labourait les nuées. À cette altitude, les vents soufflaient à plus de quatre cents kilomètres/heure. Derrière les cloisons émeraude, trois hommes discutaient, sans remarquer la formidable puissance qui battait la salle de conférences. »
Extrait de : R. Canal. « Les ambulances du rêve – Animamea. »
Richard Canal
Présentation de Richard Canal :
Né le 16 août 1953 à Tarascon (Bouches-du-Rhône), Richard Canal est un romancier et nouvelliste français, principalement reconnu pour son œuvre dans le domaine de la science-fiction, bien qu’il ait également exploré le roman noir et le thriller politique. Il est l’une des figures majeures de la science-fiction française des années 1980 et 1990, notamment grâce à son approche singulière du mouvement cyberpunk.
Un parcours entre informatique et continent africain
Scientifique de formation, Richard Canal a mené de front sa carrière d’écrivain et celle d’universitaire. Docteur en informatique, il a été maître de conférences et a enseigné cette discipline pendant une quinzaine d’années à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, au Sénégal. Il a ensuite poursuivi sa carrière d’enseignant-chercheur en France, à l’université Toulouse-III-Paul-Sabatier.
Son long séjour en Afrique de l’Ouest a constitué un bouleversement personnel et esthétique qui a profondément influencé son œuvre littéraire.
Une science-fiction singulière : le « cyberpunk africain »
Richard Canal entre sur la scène de la science-fiction française au milieu des années 1980, publiant d’abord des nouvelles dans diverses revues et anthologies. Son premier roman, La Malédiction de l’éphémère, paraît en 1986.
Il se distingue rapidement par une fusion très originale : l’hybridation des thématiques technologiques du cyberpunk (réseaux informatiques, intelligences artificielles, implants virtuels) avec les mythes, les paysages et la culture de l’Afrique noire. Cette approche culmine dans ce qui est souvent qualifié de « trilogie africaine », comprenant :
- Aube noire (1989) ;
- Swap-swap (1990) ;
- Ombres blanches (1993).
À travers ces textes, il dépeint des futurs sombres et foisonnants où la haute technologie cohabite avec la magie traditionnelle et l’animisme, offrant une alternative rafraîchissante aux décors urbains nord-américains ou japonais habituellement associés au genre.
Reconnaissance et évolution vers le roman policier
Le talent de Richard Canal a été couronné par plusieurs distinctions prestigieuses dans le domaine des littératures de l’imaginaire :
- Le grand prix de l’Imaginaire (catégorie Nouvelle) en 1988 pour Animale ;
- Le prix Julia-Verlanger en 1994 pour son roman Les Voix de l’ombre.
Outre son cycle africain, il est l’auteur d’œuvres de science-fiction remarquées comme La Légende de l’amas d’Amasis (1993) ou encore Cyberillusions (1998).
Au tournant des années 2000, l’auteur délaisse peu à peu la science-fiction pure pour s’orienter vers la littérature générale, le thriller et le roman noir. Des ouvrages comme Bicyclette noire (2006) ou La Route de Mandalay (2007) s’éloignent de l’anticipation pour explorer d’autres atmosphères et d’autres continents (comme l’Asie du Sud-Est), tout en conservant la plume poétique et l’intérêt pour l’altérité qui caractérisent l’ensemble de sa bibliographie.
Livres de Richard Canal :
Animamae :
- Les ambulances du rêve (1987)
- La légende étoilée (1987)
- Les voix grises du monde gris (1987)
Aube noire (1994)
Deloria (2006)
Equinoxes (2020)
Gandhara (2018)
L’équilibre du mal (2019)
La guerre en ce jardin (1991)
La malédiction de l’éphémère (1996)
Le cimetière des papillons (1995)
Les paradis piégés (1997)
Ombres blanches (1993)
Swap-Swap (1990)
Upside down (2020)
Pour en savoir plus sur Richard Canal :
La page Wikipédia sur R. Canal
La page Noosfere sur R. Canal
La page isfdb de R. Canal