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Waterloo par Erckmann-Chatrian

Fiche de Waterloo

Titre : Waterloo
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1865
Editeur : BNF

Première page de Waterloo

« Je n’ai jamais rien vu d’aussi joyeux que le retour de Louis XVIII en 1814. C’était au printemps, quand les haies, les jardins et les vergers refleurissent. On avait eu tant de misères depuis des années, on avait craint tant de fois d’être pris par la conscription et de ne plus revenir, on était si las de toutes ces batailles, de toute cette gloire, de tous ces canons enlevés, de tous ces Te Deum, qu’on ne pensait plus qu’à vivre en paix, à jouir du repos, à tâcher d’acquérir un peu d’aisance et
d’élever honnêtement sa famille par le travail et la bonne conduite.
Oui, tout le monde était content, excepté les vieux soldats et les maîtres d’armes. Je me rappelle que, le 3 mai, quand l’ordre arriva de monter le drapeau blanc sur l’église, toute la ville en tremblait, à cause des soldats de la garnison, et qu’il fallut donner six louis à Nicolas Passauf, le couvreur, pour accomplir cette action courageuse. On le voyait de toutes les rues avec son drapeau de soie blanche, la fleur de lis au bout, et de toutes les fenêtres des deux casernes les canonniers de marine tiraient sur lui. Passauf planta le drapeau tout de même, et descendit ensuite se cacher dans la grange des Trois-Maisons, pendant que les marins le cherchaient en ville pour le massacrer. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Waterloo. »

Un chef de chantier à l’isthme de Suez par Erckmann-Chatrian

Fiche de Un chef de chantier à l’isthme de Suez

Titre : Un chef de chantier à l’isthme de Suez
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution :
Editeur : Bibebook

Première page de Un chef de chantier à l’isthme de Suez

« Lorsque j’étais employé au canal de Suez, en 1865 et les années suivantes, me dit mon ami Goguel, j’avais l’habitude de me lever une ou deux heures avant le travail, pour respirer la fraîcheur du matin et voir si tout était en ordre dans nos environs.

Le campement du Sérapéum, – où se trouvaient nos chantiers, – situé sur l’emplacement de l’antique temple de Sérapis ruiné depuis deux mille ans, se composait alors de cinq maisonnettes recouvertes de béton, de la cantine, grande baraque en briques, d’une vingtaine d’autres baraques plus petites, pour loger les ouvriers, et du village arabe, formé d’un monceau de huttes sur le bord de l’embranchement qui nous amenait l’eau potable du canal d’eau douce, éloigné d’environ deux kilomètres.

Quant aux ruines de Sérapis, c’étaient quelques briques qu’on déterrait de loin en loin ; un vieux pot cassé, un tesson de cruche ou d’autres choses du même genre, que les amateurs admiraient comme des reliques, et qui ne valaient pas une pipe de tabac. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Un chef de chantier à l’isthme de Suez – Une campagne en Kabylie. »

Madame Thérèse ou les volontaires de 92 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Madame Thérèse ou les volontaires de 92

Titre : Madame Thérèse ou les volontaires de 92
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution :
Editeur : Bibebook

Première page de Madame Thérèse ou les volontaires de 92

« Nous vivions dans une paix profonde au village d’Anstatt, au milieu des Vosges allemandes, mon oncle le Dr Jacob Wagner, sa vieille servante Lisbeth et moi. Depuis la mort de sa sœur Christine, l’oncle Jacob m’avait recueilli chez lui.

J’approchais de mes dix ans ; j’étais blond, rose et frais comme un chérubin. J’avais un bonnet de coton, une petite veste de velours brun, provenant d’une ancienne culotte de mon oncle, des pantalons de toile grise et des sabots garnis au-dessus d’un flocon de laine. On m’appelait le petit Fritzel au village, et chaque soir, en rentrant de ses courses, l’oncle Jacob me faisait asseoir sur ses genoux pour m’apprendre à lire en français dans l’Histoire naturelle de M. de Buffon. »

Extrait de : Erckmann-Chartrian. « Madame Thérèse ou Les Volontaires de 92 – Pourquoi Hunebourg ne fut pas rendu. »

Les deux frères par Erckmann-Chatrian

Fiche de Les deux frères

Titre : Les deux frères
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1871
Editeur : Bibebook

Première page de Les deux frères

« A quelques lieues au-dessus de la Maladrie, en remontant la Sarre, vous trouvez, dans une gorge paisible des Vosges, le petit village des Chaumes. Une centaine de maisonnettes hautes, basses, couvertes de bardeaux ou de vieilles tuiles grises, bordent la rivière. De loin en loin un petit pont la traverse, avec ses deux perches où les enfants se penchent pour regarder le fourmillement des ablettes au soleil, autour d’un vermisseau, le mouvement des grandes herbes appelées queues de chat, et le passage des canards qui remontent le courant, en allongeant derrière eux leurs larges pattes jaunes. Ils sont là durant des heures, les cheveux ébouriffés, le pantalon et la veste déchirés, le petit sac d’école à sa ficelle sur la hanche, car le village a son école, mais jamais ils ne se pressent d’y aller. Puis c’est une femme qui passe en jupon, les pieds nus, le cuveau de sapin sur la tête, rempli de linge : Marie-Jeanne ou Catherinette vont au lavoir. Après cela des bœufs et des chèvres défilent ; le vieux Minique, sa pioche sur l’épaule et la tête penchée, va détourner l’eau sur son pré ; M. le curé, la soutane relevée et son tricorne à la main, se dépêche d’aller dire la messe ; ainsi de suite !

Tout cela se voit de loin, dans la grande prairie verdoyante, au milieu des palissades et des haies vives des jardinets, où pend la lessive des ménages. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Les deux frères. »

Les années de collège de Maître Nablot par Erckmann-Chatrian

Fiche de Les années de collège de Maître Nablot

Titre : Les années de collège de Maître Nablot
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1874
Editeur : Bibebook

Première page de Les années de collège de Maître Nablot

« En 1834, dit maître Nablot, sous le règne de Louis-Philippe, vivaient à Richepierre, en Alsace, sur la pente des Vosges, un honnête notaire, M. Didier Nablot, sa femme, Catherine, et leurs enfants : Jean-Paul, Jean-Jacques, Jean-Philippe, Marie-Reine et Marie-Louise.

Moi, Jean-Paul, j’étais l’aîné de la famille, et je devais, en cette qualité, succéder un jour à l’étude de notre père.

Ce bon temps de la jeunesse me revient dans toute sa fraîcheur : je vois notre vieille maison à l’entrée du village ; sa cour, entourée de hangars, de granges, d’écuries ; son fumier, où se promenaient les poules ; sa large toiture plate, où tourbillonnaient les pigeons, et nous autres enfants, le nez en l’air, jetant de hauts cris, pour chasser les moineaux qui venaient piller le grain dans le colombier. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Les années de collège de maître Nablot. »

Le trésor du vieux seigneur par Erckmann-Chatrian

Fiche de Le trésor du vieux seigneur

Titre : Le trésor du vieux seigneur
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1862
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Le trésor du vieux seigneur

« Une nuit du mois de septembre 1828, le digne et respectable libraire Furbach, de la rue Neuhauser, à Munich, s’éveilla tout étonné d’entendre marcher dans la mansarde au-dessus de sa chambre : on allait, on venait, on se lamentait ; une des lucarnes en tabatière de la mansarde s’ouvrit, et de longs soupirs s’exhalèrent dans le silence.
En ce moment, la chapelle des jésuites sonnait une heure, et sous la chambre de M. Furbach, les chevaux piétinaient dans leur écurie.
La mansarde était occupée par le cocher Nicklausse, un grand gaillard du Pitcherland, sec, nerveux, fort habile à conduire les chevaux, ayant même fait quelques études au séminaire de Marienthal ; mais d’un esprit simple et superstitieux, à ce point qu’il portait une petite croix de bronze sous sa chemise et la baisait matin et soir, quoiqu’il eût passé trente ans. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Le Trésor du vieux Seigneur. »

Le brigadier Frédéric par Erckmann-Chatrian

Fiche de Le brigadier Frédéric

Titre : Le brigadier Frédéric
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1886
Editeur : BNF

Première page de Le brigadier Frédéric

« Quand j’étais brigadier forestier à la Steinbach, me dit le père Frédéric, et que j’avais l’inspection du plus beau triage de tout l’arrondissement de Saverne, une jolie maisonnette sous bois, le jardin et le verger derrière, pleins de pommiers, de poiriers et de pruniers où pendaient les fruits en automne ; avec cela quatre bons arpents de prairie le long de la rivière ; que la grand’mère Anne, malgré ses quatre-vingts ans, filait encore derrière le poêle et pouvait rendre des services à la maison ; que ma femme et ma fille surveillaient le ménage, l’étable et la culture de notre bien ; et que les semaines, les mois et les années se passaient dans la tranquillité comme un seul jour… Si dans ce temps-là quelqu’un était venu me dire : — « Tenez, brigadier Frédéric, voyez cette grande vallée d’Alsace jusqu’aux rives du Rhin : ces centaines de villages entourés de récoltes en tous genres, tabac, houblon, garance, chanvre, lin, blé, orge, avoine, où passe le vent comme sur la mer ; ces hautes cheminées de fabriques qui fument dans les airs ; ces moulins et ces scieries ; ces coteaux chargés de vignes ; ces grands bois de hêtres et de sapins, les plus beaux de France pour les constructions de marine ; ces vieux châteaux en ruines depuis des siècles à la cîme des montagnes ; ces forteresses de Neuf-Brisach, de Schlestadt, de Phalsbourg, de Bitche, qui défendent les défilés des Vosges…. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Le Brigadier Frédéric. »

Le bourgmestre en bouteille par Erckmann-Chatrian

Fiche de Le bourgmestre en bouteille

Titre : Le bourgmestre en bouteille
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1856
Editeur : Bibliothèque numérique romande

Première page de Le bourgmestre en bouteille

« J’ai toujours professé une haute estime et même une sorte de vénération pour le noble vin du Rhin ; il pétille comme le champagne, il réchauffe comme le bourgogne, il lénifie le gosier comme le bordeaux, il embrase l’imagination comme les liqueurs d’Espagne, il nous rend tendres comme le lacryma-christi ; enfin, par-dessus tout, il fait rêver, il déroule à nos yeux le vaste champ de la fantaisie.
En 1846, vers la fin de l’automne, je m’étais décidé à faire un pèlerinage au Johannisberg. Monté sur une pauvre haridelle aux flancs creux, j’avais disposé deux cruches de fer-blanc dans ses vastes cavités intercostales, et je voyageais à petites journées. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Le Bourgmestre en Bouteille. »

Le blocus par Erckmann-Chatrian

Fiche de Le blocus

Titre : Le blocus
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook

Première page de Le blocus

« Puisque tu veux connaître le blocus de Phalsbourg en 1814, me dit le père Moïse, de la rue des Juifs, je vais tout te raconter en détail.

Je demeurais alors dans la petite maison qui fait le coin à droite de la halle ; j’avais mon commerce de fer à la livre, en bas sous la voûte, et je restais au-dessus avec ma femme Sorlé[1] et mon petit Sâfel, l’enfant de ma vieillesse.

Mes deux autres garçons, Itzig et Frômel, étaient déjà partis pour l’Amérique, et ma fille Zeffen était mariée avec Baruch, le marchand de cuir, à Saverne.

Outre mon commerce de fer, je trafiquais aussi de vieux souliers, du vieux linge, et de tous ces vieux habits que les conscrits vendent en arrivant à leur dépôt, lorsqu’ils reçoivent des effets militaires. Les marchands ambulants me rachetaient les vieilles chemises pour en faire du papier, et le reste, je le vendais aux paysans. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Le Blocus. »

La guerre par Erckmann-Chatrian

Fiche de La guerre

Titre : La guerre
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1866
Editeur : Bibebook

Première page de La guerre

« La grande place d’Alexandrie. A gauche, la boutique du fripier Zampieri, encombrée de manteaux, de chaussures, de vêtements. A droite, un café. Au fond, la cathédrale Saint-Laurent. Les fenêtres, les balcons autour de la place regorgent de monde. La foule encombre les marches et les porches de la cathédrale, où se chante le Te Deum. L’orgue, par instants, se fait entendre au-dessus des voix innombrables. Les banderoles, les drapeaux, les bannières aux couleurs de la Russie, flottent partout. Un régiment de cosaques traverse la place ; le fripier Zampieri et sa fille Marietta déploient des vêtements à l’étalage. »

Extrait de : Erckmann-Chatrian. « La Guerre. »