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L’invasion ou le fou Yégof par Erckmann-Chatrian

Fiche de L’invasion ou le fou Yégof
Titre : L’invasion ou le fou Yégof
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1862
Editeur : Bibebook
Première page de L’invasion ou le fou Yégof
« Si vous tenez à connaître l’histoire de la grande invasion de 1814, telle que me l’a racontée le vieux chasseur Frantz du Hengst, il faut vous transporter au village des Charmes, dans les Vosges. Une trentaine de maisonnettes couvertes de bardeaux et de joubarbe vert sombre se suivent à la file le long de la Sarre, vous en apercevez les pignons tapissés de lierre et de chèvrefeuilles flétris, – car l’hiver approche, – les ruchers fermés avec des bouchons de paille, les petits jardins, les palissades, les bouts de haie qui les séparent les unes des autres.
À gauche, sur une haute montagne, s’élèvent les ruines de l’antique château de Falkenstein, détruit, il y a deux cents ans, par les Suédois. Ce n’est plus qu’un amas de décombres hérissés de ronces ; un vieux chemin de schlitte1, aux échelons vermoulus, y monte à travers les sapins. À droite, sur la côte, on aperçoit la ferme du Bois-de-Chênes : une large construction avec granges, écuries, et hangars, la toiture plate chargée de grosses pierres, pour résister aux vents du nord. Quelques vaches se promènent dans les bruyères, quelques chèvres dans les rochers. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « L’Invasion ou le Fou Yégof. »
L’ami Fritz par Erckmann-Chatrian

Fiche de L’ami Fritz
Titre : L’ami Fritz
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1865
Editeur : BNF
Première page de L’ami Fritz
« Lorsque Zacharias Kobus, juge de paix à Hunebourg, mourut en 1832, son fils Fritz Kobus, se voyant à la tête d’une belle maison sur la place des Acacias, d’une bonne ferme dans la vallée de Meisenthâl, et de pas mal d’écus placés sur solides hypothèques, essuya ses larmes, et se dit avec l’Ecclésiaste :
Vanité des vanités, tout est vanité ! Quel avantage a l’homme des travaux qu’il fait sur la terre ? Une génération passe et l’autre vient ; le soleil se lève et se couche aujourd’hui comme hier ; le vent souffle au nord, puis il souffle au midi ; les fleuves vont à la mer, et la mer n’en est pas remplie ; toutes choses travaillent plus que l’homme ne saurait dire ; l’œil n’est jamais rassasié de voir, ni l’oreille d’entendre ; on oublie les choses passées, on oubliera celles qui viennent : – le mieux est de ne rien faire… pour n’avoir rien à se reprocher !
C’est ainsi que raisonna Fritz Kobus en ce jour. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « L’Ami Fritz. »
Hugues le Loup par Erckmann-Chatrian

Fiche de Hugues le Loup
Titre : Hugues le Loup
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1859
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Hugues le Loup
« Vers les fêtes de Noël de l’année 18…, un matin que je dormais profondément à l’hôtel du Cygne, à Fribourg, le vieux Gédéon Sperver entra dans ma chambre en s’écriant :
« Fritz, réjouis-toi !… je t’emmène au château de Nideck, à dix lieues d’ici. Tu connais Nideck ?… la plus belle résidence seigneuriale du pays : un antique monument de la gloire de nos pères ! »
Notez bien que je n’avais pas vu Sperver, mon respectable père nourricier, depuis seize ans ; qu’il avait laissé pousser toute sa barbe, qu’un immense bonnet de peau de renard lui couvrait la nuque, et qu’il me tenait sa lanterne sous le nez.
« D’abord, m’écriai-je, procédons méthodiquement : qui êtes-vous ?
— Qui je suis !… Comment, tu ne reconnais pas Gédéon Sperver, le braconnier du Schwartz-Wald ?… »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Hugues-le-Loup. »
Histoire d’un sous-maître par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un sous-maître
Titre : Histoire d’un sous-maître
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1881
Editeur : BNF
Sommaire de Histoire d’un sous-maître :
- Histoire d’un sous-maître
- Les papiers de madame Jeannette
- Les orateurs de mon village
- Le bon vieux temps
- La sentinelle perdue 1796
Première page de Histoire d’un sous-maître
« En 1816, me dit le vieil herboriste Renaud, je travaillais comme surnuméraire chez M. Benoît, huissier à Saint-Nicolas-du-Port, en Lorraine. Mon père était piéton de la poste aux lettres ; il avait cinq enfants, – deux garçons et trois filles, – et gagnait 400 francs par an. Tu peux penser si nous mangions tous les jours à notre appétit.
Je venais d’entrer dans ma dix-septième année, et je me désolais de vivre encore à la charge de mes parents, lorsque fut publiée la fameuse ordonnance du roi Louis XVIII, portant qu’il serait formé dans chaque canton un comité gratuit et de charité, afin de surveiller et d’encourager l’instruction primaire.
Les ordonnances, les arrêtés, les circulaires sur l’instruction du peuple n’ont jamais manqué depuis cinquante ans, mais l’argent. On a toujours trouvé de l’argent pour les rois, pour les empereurs, les princes, les évêques, les ministres, les généraux et les soldats ; mais, pour éclairer le peuple et récompenser les instituteurs, les caisses ont toujours été vides. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un sous-maître. »
Histoire d’un paysan tome 4 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un paysan tome 4
Titre : Histoire d’un paysan tome 4
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook
Première page de Histoire d’un paysan tome 4
« Je vous ai raconté notre campagne de Vendée, ce que les Vendéens eux-mêmes appellent la grande guerre. Nous avions exterminé la mauvaise race sur les deux rives de la Loire, mais les trois quarts d’entre nous avaient laissé leurs os en route. Tout ce qu’on a vu depuis n’est rien auprès d’un acharnement pareil.
Le restant des Vendéens, après l’affaire de Savenay, s’était sauvé dans les marais le long de la côte, où le dernier de leurs chefs, le fameux Charette, tenait encore. Cette espèce de finaud ne voulait pas livrer de batailles rangées ; il pillait, autour de ses marais, les fermes et les villages, emmenant bœufs, vaches, foin, paille, tout ce qu’il pouvait happer ; les malheureux paysans, réduits à n’avoir ni feu, ni lieu, finissaient toujours par le rejoindre, et la guerre civile continuait.
La 18e demi-brigade et les autres troupes cantonnées aux environ de Nantes, d’Ancenis et d’Angers, fournissaient de forts détachements, pour tâcher d’entourer et de prendre ce chef de bandes ; mais à l’approche de nos colonnes il se retirait précipitamment, et d’aller le suivre à travers les saules, les joncs, les aunes et autres plantations touffues, où les Vendéens nous attendaient en embuscade, on pense bien que nous n’étions pas si bêtes : ils nous auraient tous détruits en détail. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un paysan IV. »
Histoire d’un paysan tome 3 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un paysan tome 3
Titre : Histoire d’un paysan tome 3
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook
Première page de Histoire d’un paysan tome 3
« Nous voilà maintenant loin du pays ; je ne vous parlerai plus de la petite forge du Bois-de-Chênes, de l’auberge des Trois-Pigeons et de la baraque du vieux père Bastien ; les marches, les contre-marches, les rencontres, les attaques et les batailles vont commencer.
Les volontaires nationaux du district de Sarrebourg restèrent cantonnés à Rülzheim jusqu’à la fin de juillet ; c’est là que ceux de la haute montagne, venus avec leurs faux et leurs bâtons, reçurent des fusils, des gibernes et des cartouches. Il en arrivait encore tous les jours par bandes ; on leur apprenait l’exercice ; et, dans ce coin de l’Alsace, entre Wissembourg et Landau, vous n’entendiez que le tambour des fantassins qu’on habituait à marcher au pas, et la trompette des cavaliers qu’on faisait galoper en rond.
Derrière nous s’étendait une grande ligne de redoutes, entre le camp de Kellermann et celui de Biron ; elle pouvait bien avoir quatre à cinq lieues de long, et suivait le cours de la Lauter, c’est ce qu’on a nommé depuis « les lignes de Wissembourg. »
Le service du train n’existait pas encore ; comme il fallait mettre les paysans en réquisition avec leurs chevaux et leurs charrettes, pour nous amener des vivres, souvent la distribution manquait. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un paysan III. »
Histoire d’un paysan tome 2 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un paysan tome 2
Titre : Histoire d’un paysan tome 2
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook
Première page de Histoire d’un paysan tome 2
« Je vous ai raconté les misères du peuple avant 1789 : la masse d’impôts qu’on nous faisait supporter ; le compte rendu de Necker, où l’on apprit qu’il existait un gros déficit tous les ans ; la déclaration du parlement de Paris, que les états généraux avaient seuls le droit de voter les impôts ; les tours de Calonne et de Brienne pour avoir de l’argent ; les deux réunions de notables, qui refusèrent d’imposer leurs propres biens ; et finalement, quand il fallut payer ou faire banqueroute, la convocation des états généraux à Versailles, après cent soixante-quinze ans d’interruption.
Je vous ai dit que nos députés avaient l’ordre écrit d’abolir les barrières intérieures, qui gênaient le commerce ; les maîtrises et jurandes, qui gênaient l’industrie, les dîmes et droits féodaux, qui gênaient l’agriculture ; la vénalité des charges et offices, contraire à la justice ; les tortures et autres barbaries, contraires à l’humanité ; et les vœux des moines, contraires aux familles, aux bonnes mœurs et au bon sens.
Voilà ce que demandaient tous les cahiers du tiers état. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un paysan II. »
Histoire d’un paysan tome 1 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un paysan tome 1
Titre : Histoire d’un paysan tome 1
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1867
Editeur : Bibebook
Première page de Histoire d’un paysan tome 1
« Michel bastien,
cultivateur au Valtin, à ses amis
Mes chers amis,
Permettez-moi d’abord de vous dire que mon histoire va très bien ; que le libraire, après en avoir vendu beaucoup de volumes, veut la mettre en petits cahiers à deux sous, avec de belles images de mon ami Théophile Schuler, pour en faire jouir tout le monde à bon marché.
Naturellement, cela m’encourage, et je vais continuer d’écrire tout ce que j’ai vu, soit à la guerre, soit au pays, jusque vers le temps où je me suis retiré à la ferme du Valtin.
Beaucoup d’autres, je le sais, ont raconté l’histoire de la Révolution à leur manière. Les uns ont dit que le peuple était bien plus heureux avant 89 ! – Ceux-là étaient des nobles, et je suis sûr que leurs idées ne s’étendront jamais chez nous. – D’autres, de soi-disant Jacobins, ont raconté les massacres, les déportations, le changement des églises en écuries, comme les plus belles choses de la Révolution. Ça n’a pas le sens commun ! Les massacres ont toujours été et seront toujours des choses épouvantables. L’égoïsme des nobles et des évêques a provoqué ces grands malheurs ; ils voulaient rétablir l’ancien régime, au moyen de la guerre civile et de l’invasion étrangère : la Révolution s’est défendue, comme on se défend lorsqu’il faut vaincre ou mourir. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un paysan I. »
Histoire d’un homme du peuple par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un homme du peuple
Titre : Histoire d’un homme du peuple
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1865
Editeur : Feedbooks
Première page de Histoire d’un homme du peuple
« Lorsque mon père, Nicolas Clavel, bûcheron à Saint-Jean-des-Choux, sur la côte de Saverne, mourut au mois de juin 1837, j’avais neuf ans. Notre voisine, la veuve Rochard, me prit chez elle quinze jours ou trois semaines, et personne ne savait ce que j’allais devenir. La mère Rochard ne pouvait pas me garder ; elle disait que nos meubles, notre lit et le reste ne payeraient pas les cierges de l’enterrement, et que mon père aurait bien fait de m’emmener avec lui.
En entendant cela, j’étais effrayé ; je pensais :
« Mon Dieu ! qui est-ce qui voudra me prendre ? »
Durant ces trois semaines, nous cherchions des myrtilles et des fraises au bois, pour les vendre en ville, et je pouvais bien en ramasser cinq ou six chopines par jour ; mais la saison des myrtilles passe vite, la saison des faînes arrive bien plus tard, en automne, et je n’avais pas encore la force de porter des fagots.
Souvent l’idée me venait que j’aurais été bien heureux de mourir. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un homme du peuple (suivi de Les Bohémiens sous la Révolution). »
Histoire d’un conscrit de 1813 par Erckmann-Chatrian

Fiche de Histoire d’un conscrit de 1813
Titre : Histoire d’un conscrit de 1813
Auteur : Emile Erckmann et Alexandre Chatrian
Date de parution : 1864
Editeur : Bibebook
Première page de Histoire d’un conscrit de 1813
« Ceux qui n’ont pas vu la gloire de l’Empereur Napoléon dans les années 1810, 1811 et 1812 ne sauront jamais à quel degré de puissance peut monter un homme.
Quand il traversait la Champagne, la Lorraine ou l’Alsace, les gens, au milieu de la moisson ou des vendanges, abandonnaient tout pour courir à sa rencontre ; il en arrivait de huit et dix lieues ; les femmes, les enfants, les vieillards se précipitaient sur sa route en levant les mains, et criant : Vive l’Empereur ! vive l’Empereur ! On aurait cru que c’était Dieu ; qu’il faisait respirer le monde, et que si par malheur il mourait, tout serait fini. Quelques anciens de la République qui hochaient la tête et se permettaient de dire, entre deux vins, que l’Empereur pouvait tomber, passaient pour des fous. Cela paraissait contre nature, et même on n’y pensait jamais.
Moi, j’étais en apprentissage, depuis 1804, chez le vieil horloger Melchior Goulden, à Phalsbourg. Comme je paraissais faible et que je boitais un peu, ma mère avait voulu me faire apprendre un métier plus doux que ceux de notre village ; car, au Dagsberg, on ne trouve que des bûcherons, des charbonniers et des schlitteurs. M. Goulden m’aimait bien. Nous demeurions au premier étage de la grande maison qui fait le coin en face du Bœuf-Rouge, près de la porte de France. »
Extrait de : Erckmann-Chatrian. « Histoire d’un conscrit de 1813. »