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Munich par Robert Harris

Fiche de Munich

Titre : Munich
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2018
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon

Première page de Munich

« Le mardi 27 septembre 1938, peu avant treize heures, M. Hugh Legat, des services diplomatiques de Sa Majesté, fut conduit à sa table près de l’une des hautes fenêtres du restaurant du Ritz de Londres, commanda une demi-bouteille de Dom Pérignon 1921 qu’il ne pouvait pas se permettre, replia son exemplaire du Times à la page dix-sept et se remit à lire pour la troisième fois le discours qu’avait prononcé la veille au soir Adolf Hitler au Sportpalast de Berlin.

LE DISCOURS DE HERR HITLER

DERNIER AVERTISSEMENT À PRAGUE

LA PAIX OU LA GUERRE ?

Legat jetait de temps en temps un regard en direction de l’entrée, à l’autre bout de la salle. Peut-être était-ce son imagination, mais il avait l’impression que les convives, et même les serveurs qui allaient et venaient sur la moquette entre les sièges tapissés de vieux rose, manquaient étonnamment d’entrain. »

Extrait de : R. Harris. « Munich. »

Des hommes de guerre par Robert Harris

Fiche de Des hommes de guerre

Titre : Des hommes de guerre
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2024
Traduction : A-S Homassel
Editeur : Belfond

Première page de Des hommes de guerre

« Au début du mois de juillet 1914, un jeudi, en fin de matinée, une jeune femme brune, la chevelure encore humide, quitta la rive de la Serpentine, dans Hyde Park, et marcha à longues enjambées jusqu’à Marylebone en passant par Oxford Street. Elle tenait d’une main sa capeline de lin écru et de l’autre une serviette éponge bleu marine contenant un maillot de bain trempé et une paire de bas en soie.

Bien qu’elle n’ait de toute évidence pas une minute à perdre, elle se refusait à courir. D’une part, il y avait foule sur les trottoirs et la température était déjà trop élevée. De plus, elle n’avait jamais aimé donner le sentiment du moindre effort. Ce qui ne l’empêchait pas d’avancer d’un pas vif, la tête haute, le corps long et fin, avec une telle détermination que la plupart des passants s’écartaient spontanément sur son passage.

Un peu après midi, elle s’engagea enfin dans l’élégante rue georgienne où ses parents demeuraient lorsqu’ils étaient à Londres. Le facteur, qui venait d’apporter le courrier de midi, se tenait sur le perron, devant la belle façade symétrique en stuc blanc, et fouillait dans sa sacoche. »

Extrait de : R. Harris. « Des hommes de guerre. »

Les régicides par Robert Harris

Fiche de Les régicides

Titre : Les régicides
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2022
Traduction : A-S Homassel
Editeur : Belfond

Première page de Les régicides

« Si vous aviez, par un jour de l’été 1660, franchi les quatre miles qui séparaient Boston de Cambridge, dans le Massachusetts, vous seriez sans doute passé devant la maison des Gookin : c’était la toute première après avoir traversé le fleuve Charles. Elle se dressait à quelques pas de la route, dans les marais, à l’extrémité sud de la petite colonie, non loin du ruisseau et à mi-chemin entre le fleuve et l’université de Harvard. Fière demeure en bois d’un étage, disposant d’une parcelle clôturée et d’un grenier sous son toit pointu, duquel l’on avait une vue dégagée sur le Charles. Cette année-là, les colons faisaient construire leur premier pont sur ce fleuve et d’imposants trains de rondins étaient transportés dans la vase jusqu’à l’embarcadère où accostait le bac. Dans la chaleur somnolente de ce milieu d’été, l’on entendait, jusque chez les Gookin, le fracas des marteaux et des scies, les cris des charpentiers.

En cette journée du mardi 27 juillet 1660, la porte de la maison des Gookin avait été laissée grande ouverte et une pancarte fixée au chambranle ; y était inscrit en lettres enfantines le mot Bienvenue. Un étudiant de passage avait annoncé l’accostage, entre Boston et Charlestown, d’un navire en provenance de Londres, la Prudent Mary. Le maître des lieux, Daniel Gookin, était sans doute au nombre des passagers, de retour auprès des siens après une absence de deux ans. »

Extrait de : R. Harris. « Les Régicides. »

V2 par Robert Harris

Fiche de V2

Titre : V2
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2020
Traduction : A-S Homassel
Editeur : Belfond

Première page de V2

« Par un samedi matin de la fin novembre 1944, trois missiles balistiques de quinze mètres de long sommeillaient dans leur berceau de métal au cœur d’un hangar ferroviaire de Scheveningen, station balnéaire de la côte néerlandaise. Reliés à leurs instruments de contrôle, surveillés par des techniciens revêtus de l’informe combinaison d’épais coton gris de l’armée allemande, ils ressemblaient aux patients choyés d’une clinique privée.

Le sixième hiver de la guerre était d’une incontestable sévérité. Faisant fi des semelles les plus épaisses, le froid semblait naître du sol en béton puis se répandre dans les chairs des humains pour les pénétrer jusqu’à l’os. Un des opérateurs s’écarta de son établi et tapa des pieds, dans une vaine tentative pour les dégourdir. C’était le seul qui ne soit pas en combinaison. Sa mise trahissait le civil : costume bleu marine à la coupe d’avant-guerre, rangée de stylos dans la poche de poitrine, vieille cravate écossaise. Un témoin extérieur l’aurait pris pour un prof de maths, ou un jeune chargé de cours d’une faculté scientifique. Puis il aurait remarqué la ligne de cambouis autour de ses ongles rongés et se serait ravisé : Non, bien sûr, c’est un ingénieur. »

Extrait de : R. Harris. « V2. »

Pompéi par Robert Harris

Fiche de Pompéi

Titre : Pompéi
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2003
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : France Loisirs

Première page de Pompéi

« Ils quittèrent l’aqueduc deux heures avant l’aube, gravissant au clair de lune les monts qui dominaient le port : six hommes en file indienne, l’ingénieur ouvrant la marche. Il avait lui-même tiré ses hommes du lit − ils avaient tous les membres raides, le visage maussade et les yeux troubles − et il les entendait à présent se plaindre de lui derrière son dos, leurs voix portant davantage qu’ils ne se l’imaginaient dans l’air doux et tranquille.

— Tout ça pour rien, marmonna quelqu’un.

— Les gosses ne devraient pas quitter leurs livres, renchérit un autre.

Il allongea le pas.

Ils peuvent toujours parler, pensa-t-il.

Il sentait déjà monter la chaleur du matin, promettant une nouvelle journée sans pluie. Il était plus jeune que la plupart de ses ouvriers, et plus petit qu’aucun d’entre eux : silhouette compacte et musclée aux cheveux bruns coupés en brosse. »

Extrait de : R. Harris. « Pompéi. »

L’indice de la peur par Robert Harris

Fiche de L’indice de la peur

Titre : L’indice de la peur
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2011
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Plon

Première page de L’indice de la peur

« Le docteur Alexander Hoffmann était installé au coin du feu, dans son bureau de Genève. Un cigare à demi consumé éteint dans le cendrier près de lui, une lampe d’architecte abaissée juste au-dessus de son épaule, il feuilletait une première édition de L’Expression des émotions chez l’homme et les animaux de Charles Darwin. La comtoise de l’entrée sonnait minuit, mais Hoffmann ne l’entendait pas. Il ne remarquait pas non plus que le feu était presque éteint. Toute sa formidable capacité d’attention était concentrée sur le livre.

Il savait que l’ouvrage avait été publié en 1872, à Londres, chez John Murray & Cie, et qu’il avait été imprimé à sept mille exemplaires en deux tirages. Il savait aussi que le second tirage contenait une faute d’impression – « htat » – page 208. Comme l’exemplaire qu’il tenait entre les mains ne présentait pas cette coquille, il en déduisait qu’il devait s’agir d’un premier tirage et qu’il avait donc beaucoup plus de valeur. Il le retourna pour en examiner le dos. C’était bien la reliure originale en toile verte et lettres dorées, à peine usée en haut et en bas. »

Extrait de : R. Harris. « L’indice de la peur. »

Le second sommeil par Robert Harris

Fiche de Le second sommeil

Titre : Le second sommeil
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2021
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Belfond

Première page de Le second sommeil

« Tard dans l’après-midi du mardi 9 avril de l’an 1468 de Notre Seigneur Ressuscité, un voyageur solitaire traversait à cheval la lande sauvage de cette région très ancienne du sud-ouest de l’Angleterre connue depuis les Saxons sous le nom de Wessex. Si ce jeune homme affichait une expression soucieuse, accordons-lui qu’il avait une bonne raison pour cela. Il n’avait pas croisé âme qui vive depuis plus d’une heure, la nuit allait tomber, et, s’il était surpris dehors après le couvre-feu, il risquait une nuit en prison.
Dans le bourg d’Axford, il avait demandé son chemin à une bande de rustres qui buvaient devant une auberge, sous l’enseigne peinte figurant un cygne. Ils avaient échangé quelques rires en entendant son accent étrange, parodié son voussoiement et ses délicatesses de langage et lui avaient assuré que, pour arriver à destination, il lui suffirait de suivre le soleil couchant. Mais il commençait à soupçonner qu’il avait fait l’objet d’une de ces farces locales. En effet, à peine avait-il dépassé les hauts murs de la prison, où les corps pourrissants de trois condamnés pendaient aux fourches patibulaires, franchi la rivière et gagné la rase campagne, que de gros nuages s’étaient précipités à l’ouest, occultant le soleil couchant. Il y avait longtemps que la haute flèche de l’église d’Axford avait disparu sous l’horizon. Devant lui, la route sinuait et s’enfonçait entre les crêtes inhabitées couvertes de bois sombres et les étendues de bruyères sauvages barbouillées de traînées d’ajoncs jaunes, puis s’évanouissait dans l’obscurité. »

Extrait de : R. Harris. « Le Second Sommeil. »

L’homme de l’ombre par Robert Harris

Fiche de L’homme de l’ombre

Titre : L’homme de l’ombre
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 2007
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Pocket

Première page de L’homme de l’ombre

« À l’instant où j’ai appris que McAra était mort, j’aurais dû prendre le large. Je le sais maintenant. J’aurais dû dire « Désolé, Rick, ce n’est pas pour moi. Je ne le sens pas », finir mon verre et partir. Mais il savait si bien raconter les histoires, Rick – j’ai souvent pensé qu’il aurait dû être l’écrivain et moi l’agent –, qu’une fois qu’il a commencé à parler, il n’était plus question pour moi de ne pas écouter, et, le temps qu’il termine, j’étais ferré.

Voici l’histoire, telle que me l’a présentée Rick ce jour-là, pendant le déjeuner :

Deux dimanches plus tôt, McAra avait embarqué sur le dernier ferry pour Martha’s Vineyard à Woods Hole, dans le Massachusetts. J’ai calculé que ce devait être le 12 janvier. Le ferry avait bien failli ne pas partir. Le vent soufflait en tempête depuis le milieu de l’après-midi et les dernières traversées avaient été annulées. Cependant, vers vingt et une heures, les rafales s’étaient un peu calmées, et, à vingt et une heures quarante-cinq, le capitaine décida que le bateau pouvait appareiller sans danger. Le ferry était bondé : McAra eut de la chance de trouver une place pour sa voiture. Il se gara tout en bas puis monta prendre l’air. »

Extrait de : R. Harris. « L’homme de l’ombre. »

Fatherland par Robert Harris

Fiche de Fatherland

Titre : Fatherland
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 1992
Traduction : H. Galle
Editeur : Pocket

Première page de Fatherland

« Un nuage lourd avait pesé toute la nuit dans le ciel de Berlin ; il s’attardait à présent sur ce qui pouvait passer pour le point du jour. Dans la banlieue ouest de la ville, tels des rubans de brume, des rafales de pluie chassaient à la surface de la Havel.
Le ciel et l’eau se confondaient sur l’étendue blême du lac, brisée seulement par la ligne plus sombre de la berge opposée. Là-bas, rien ne bougeait. Pas une lumière.
L’inspecteur Xavier March, de la Kripo, la Kriminalpolizei de Berlin, émergea de sa Volkswagen et laissa la pluie fouetter son visage. Il était connaisseur. Cette sorte de grain en particulier. Il en possédait le goût, l’odeur. La pluie de la Baltique, celle du Nord, froide et chargée de sel, aux senteurs de mer. Un court moment, il se retrouva vingt ans en arrière, sur le kiosque du U-Boot, glissant furtivement hors de Wilhelmshaven, tous feux éteints, dans l’obscurité.
Il jeta un coup d’œil à sa montre. À peine plus de sept heures. »

Extrait de : R. Harris. « Fatherland. »

Enigma par Robert Harris

Fiche de Enigma

Titre : Enigma
Auteur : Robert Harris
Date de parution : 1995
Traduction : N. Zimmermann
Editeur : Pocket

Première page de Enigma

« Cambridge au quatrième hiver de la guerre : une ville fantôme.

Un vent sibérien incessant dont rien n’avait émoussé le mordant sur des milliers de kilomètres soufflait de la mer du Nord et balayait les Fens. Il faisait battre les panneaux indicateurs des abris antiaériens de Trinity New Court et s’acharnait sur les fenêtres condamnées de King’s College Chapel. Il s’engouffrait dans les cours et les cages d’escaliers, confinant les quelques professeurs et étudiants dans leurs chambres. Dès le milieu de l’après-midi, les étroites rues pavées étaient toutes désertées. À la tombée de la nuit, sans aucune lumière visible, l’université retrouvait des ténèbres qu’elle n’avait pas connues depuis le Moyen Âge. Une procession de moines traversant à petits pas Magdalene Bridge pour se rendre à Vêpres n’aurait guère semblé déplacée.

La guerre avait anéanti des siècles d’histoire. »

Extrait de : R. Harris. « Enigma. »