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Variations énigmatiques par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Variations énigmatiques
Titre : Variations énigmatiques
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 1996
Editeur : Albin Michel
Première page de Variations énigmatiques
« Le bureau d’Abel Znorko, prix Nobel de littérature. Il vit seul, retiré à Rösvannöy, une île située sur la mer de Norvège. Son bureau, baroque, fantasque, tout en livres et en bois, s’ouvre sur une terrasse qui laisse apercevoir les flots lointains.
Les heures viennent s’inscrire dans le ciel que brouillent de temps en temps nuages et nuées d’oiseaux sauvages. Cet après-midi est précisément celui où, après un jour boréal qui a duré six mois, doit advenir la nuit d’hiver qui assombrira les six prochains mois. Au milieu de l’entrevue, le crépuscule commencera à colorer l’horizon de ses embrasements violets.
Au lever de rideau, la pièce est vide. On entend les Variations énigmatiques d’Elgar sortir d’un appareil à musique.
Puis, au-dehors, retentissent deux coups de feu très distincts. Un bruit de pas rapides. Une course.
Erik Larsen entre en courant par la baie, essoufflé, et surtout effrayé. C’est un homme entre trente et quarante ans qui a gardé quelque chose de très vif et très doux lié à la jeunesse. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Variations énigmatiques. »
Ulysse from Bagdad par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Ulysse from Bagdad
Titre : Ulysse from Bagdad
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2008
Editeur : Albin Michel
Première page de Ulysse from Bagdad
« Je m’appelle Saad Saad, ce qui signifie en arabe Espoir Espoir et en anglais Triste Triste ; au fil des semaines, parfois d’une heure à la suivante, voire dans l’explosion d’une seconde, ma vérité glisse de l’arabe à l’anglais ; selon que je me sens optimiste ou misérable, je deviens Saad l’Espoir ou Saad le Triste.
À la loterie de la naissance, on tire de bons, de mauvais numéros. Quand on atterrit en Amérique, en Europe, au Japon, on se pose et c’est fini : on naît une fois pour toutes, nul besoin de recommencer. Tandis que lorsqu’on voit le jour en Afrique ou au Moyen-Orient…
Souvent je rêve d’avoir été avant d’être, je rêve que j’assiste aux minutes précédant ma conception : alors je corrige, je guide la roue qui brassait les cellules, les molécules, les gènes, je la dévie afin d’en modifier le résultat. Pas pour me rendre différent. Non. Juste éclore ailleurs. Autre ville, pays distinct. Même ventre certes, les entrailles de cette mère que j’adore, mais ventre qui me dépose sur un sol où je peux croître, et pas au fond d’un trou dont je dois, vingt ans plus tard, m’extirper. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Ulysse from Bagdad. »
Théâtre d’E.-E. Schmitt par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Théâtre d’E.-E. Schmitt
Titre : Théâtre d’E.-E. Schmitt (volume 1)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 1999
Editeur : Albin Michel
Sommaire de Théâtre d’E.-E. Schmitt :
- La nuit de Valognes
- Le visiteur
- Le bâillon
- L’école du diable
Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent… par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent…
Titre : Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent…
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2010
Editeur : Albin Michel
Première page de Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent…
« Entre Beethoven et moi, ce fut une histoire brève mais forte.
Il apparut dans ma vie lorsque j’avais quinze ans puis la quitta quand j’atteignais les vingt. Pendant cette période, il s’installa, poussa les meubles, cala ses disques à côté de mon électrophone, empila ses partitions sur le piano droit, enseigna à mes doigts ses pages les plus passionnées, m’arracha des larmes avec ses symphonies et devint le maître de mes émotions, m’en insufflant de nouvelles, bouleversantes. Afin de marquer son territoire dans ma chambre d’adolescent, il introduisit, par l’entremise d’une tante qui revenait d’Allemagne, son buste en résine peinte, sculpture tourmentée qu’il me conseilla de placer sur ma table de nuit, sous le portrait de Mozart épinglé au mur. Ce fut la seule fois où je lui résistai ; par je ne sais quelle prudence – sans doute la crainte de ne pas m’endormir auprès de ce front où saillaient les tumultes du génie –, je laissai trôner son effigie dans l’ombre de la bibliothèque paternelle, à plusieurs murs de distance. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Quand Je Pense Que Beethoven Est Mort Alors Que Tant De Crétins Vivent. »
Odette Toulemonde par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Odette Toulemonde
Titre : Odette Toulemonde et autres histoires
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2006
Editeur : Albin Michel
Sommaire de Odette Toulemonde :
- Wanda Winnipeg
- C’est un beau jour de pluie
- L’intruse
- Le faux
- Tout pour être heureuse
- La princesse aux pieds nus
- Odette Toulemonde
- Le plus beau livre du monde
Première page de Wanda Winnipeg
« En cuir, l’intérieur de la Royce. En cuir, le chauffeur et ses gants. En cuir, les valises et les sacs bourrant la malle. En cuir, la sandale tressée qui annonce une jambe fine au bord de la portière. En cuir, le tailleur jupe écarlate de Wanda Winnipeg.
Les chasseurs s’inclinent.
Wanda Winnipeg franchit le seuil sans regarder personne ni vérifier que ses affaires suivent. Comment en serait-il autrement ?
Derrière le comptoir de l’hôtel, les employés frémissent. Faute de pouvoir capter son attention derrière ses lunettes fumées, ils débordent de formules accueillantes.
— Bienvenue, madame Winnipeg, c’est un grand honneur pour nous que vous descendiez au Royal Émeraude. Nous ferons tout pour rendre votre séjour le plus agréable possible.
Elle reçoit ces marques de haute estime ainsi qu’une menue monnaie due, sans y répondre. Les employés continuent la conversation comme si elle y participait. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Odette Toulemonde. »
Mes évangiles par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Mes évangiles
Titre : Mes évangiles
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2004
Editeur : Albin Michel
Première page de Mes évangiles
« Dans quelques heures, ils vont venir me chercher.
Déjà ils se préparent.
Les soldats nettoient leurs armes. Des messagers s’éparpillent dans les rues noires pour convoquer le tribunal. Le menuisier caresse la croix sur laquelle je vais saigner demain.
Mon Dieu, qu’ils me tuent vite ! Et proprement !
J’aurais pu être ailleurs, ce soir. Dans une maison que je n’ai pas, m’auraient peut-être attendu une femme que je n’ai pas non plus et, derrière la porte, ravies de revoir leur père, des petites têtes bouclées et souriantes. Voici où ce rêve m’a réduit : attendre en ce jardin une mort que je redoute.
Comment tout cela commença-t-il ? Y a-t-il un début au destin ? »
Extrait de : E-E Schmitt. « Mes Évangiles. »
Ma vie avec Mozart par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Ma vie avec Mozart
Titre : Ma vie avec Mozart
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2005
Editeur : Albin Michel
Première page de Ma vie avec Mozart
« C’est lui qui a commencé notre correspondance.
Un jour, pendant l’année de mes quinze ans, il m’a envoyé une musique. Elle a modifié ma vie. Mieux : elle m’a gardé en vie. Sans elle, je serais mort.
Depuis, je lui écris souvent, petits mots griffonnés au coin d’une table pendant l’élaboration d’un livre, ou longues missives rédigées la nuit lorsqu’un ciel dépourvu d’étoiles pèse au-dessus de la ville orangée.
Quand ça lui chante, il me répond, lors d’un concert, dans le hall d’un aéroport, au coin d’une rue, toujours surprenant, toujours fulgurant.
Voici l’essentiel de nos échanges : mes lettres, ses morceaux. Mozart s’exprime en sons, je compose des textes. Plus que maître de musique, il est devenu pour moi un maître de sagesse, m’enseignant des choses si rares, l’émerveillement, la douceur, la sérénité, la joie…
Peut-on parler d’une amitié ? Dans mon cas, il s’agit d’un amour doublé de reconnaissance. »
Extrait de : E-E Schmitt. « ma vie avec Mozart. »
Lorsque j’étais une oeuvre d’art par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Lorsque j’étais une oeuvre d’art
Titre : Lorsque j’étais une oeuvre d’art
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2002
Editeur : Le livre de poche
Première page de Lorsque j’étais une oeuvre d’art
« J’ai toujours raté mes suicides.
J’ai toujours tout raté, pour être exact : ma vie comme mes suicides.
Ce qui est cruel, dans mon cas, c’est que je m’en rends compte. Nous sommes des milliers sur Terre à manquer de force, d’esprit, de beauté ou de chance, or ce qui fait ma malheureuse singularité, c’est que j’en suis conscient. Tous les dons m’auront été épargnés sauf la lucidité.
Rater ma vie, soit… mais rater mes suicides ! J’ai honte de moi. Incapable d’entrer dans la vie et pas fichu d’en sortir, je me suis inutile, je ne me dois rien. Il est temps d’insuffler un peu de volonté à mon destin. La vie, j’en ai hérité ; la mort, je me la donnerai ! »
Extrait de : E-E Schmitt. « Lorsque j’étais une oeuvre d’art. »
Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus
Titre : Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2012
Editeur : Albin Michel
Première page de Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus
« La Chine, c’est un secret plus qu’un pays.
Madame Ming, l’œil pointu, le chignon moiré, le dos raidi sur son tabouret, me lança un jour, à moi, l’Européen de passage :
– Nous naissons frères par la nature et devenons distincts par l’éducation.
Elle avait raison… Même si je la parcourais, la Chine m’échappait. À chacun de mes voyages, son sol s’étendait, son histoire s’évaporait, je perdais mes jalons sans en gagner de nouveaux ; malgré mes progrès en cantonais, en dépit de mes lectures, quoique je multipliasse les contrats commerciaux avec ses habitants, la Chine reculait à mesure que j’avançais, tel l’horizon.
– Au lieu de se plaindre de l’obscurité, mieux vaut allumer la lumière, affirma madame Ming.
Comment ? Quel individu choisir pour fouiller ce sol énigmatique ? Quelle proie harponner ? La Chine contenait autant de sujets que la Méditerranée de poissons.
– La planète porte un milliard de Chinois et cinq milliards d’étrangers, murmura madame Ming en ravaudant une paire de bas. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Les dix enfants que madame Ming n’a jamais eus. »
Le libertin par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Le libertin
Titre : Le libertin
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 1997
Editeur : Albin Michel
Première page de Le libertin
« Anna Dorothea Therbouche, portraitiste prusso-polonaise, est en train de dessiner Denis Diderot, allongé sur le sofa, face à elle, dos au public. Il porte une sorte de toge antique qui lui laisse les épaules et les bras nus.
MME THERBOUCHE. Arrêtez de changer d’expression, je n’arrive pas à vous saisir. Allons ! Il y a une seconde vous étiez pensif, la seconde suivante vous aviez l’air rêveur et voilà maintenant que vous affichez une mine désolée. En dix minutes, vous avez cent physionomies diverses. Autant peindre un torrent !
DIDEROT. Je ne vois qu’une seule solution : assommez-moi.
Mme Therbouche rit puis s’approche. Elle dénude l’épaule de Diderot.
MME THERBOUCHE. J’aime la philosophie.
DIDEROT. Vous devriez lui préférer les philosophes. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Le Libertin. »