Étiquette : livre
Le silence par Édouard Rod
Fiche de Le silence
Titre : Le silence
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1894
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Le silence
« C’était après un de ces dîners qui réunissent périodiquement des hommes de professions diverses, anciens camarades d’étude que la vie a séparés, entre lesquels subsiste pourtant le lien des souvenirs de jeunesse et qui se revoient avec plaisir. On prenait le café, en fumant. La conversation, après avoir effleuré plusieurs sujets, s’était, pour un instant, fixée sur un fait-divers assez curieux : un homme du monde, nommé, je crois, M. de Préfontaine, s’était fait, un soir, ramener chez lui avec un coup de couteau dans le ventre : après trois jours d’agonie, il avait expiré sans avoir dit un seul mot, quoiqu’il eût toute sa connaissance et qu’un habile juge d’instruction se fût efforcé de le faire parler. D’abord, chacun jugea une obstination si énergique selon son tempérament. Quelques-uns l’admiraient ; d’autres la trouvaient par trop héroïque :
– Pour moi, fit un romancier célèbre, à sa place j’aurais tout dit. »
Extrait de : E. Rod. « Le silence. »
Le sens de la vie par Édouard Rod
Fiche de Le sens de la vie
Titre : Le sens de la vie
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1889
Editeur : BnF
Première page de Le sens de la vie
« Nous sommes las de l’Italie, des villes, des monuments historiques, des musées, des tombeaux et des églises, las des merveilles qu’on trouve marquées d’astérisques dans les guides, las d’être accaparés par les cicérone et sans cesse distraits de nous-mêmes par tout ce qu’il faut admirer. La fatigante chose que le génie de l’homme ! Il s’est consumé en efforts pour décorer ces cloîtres, pour peupler ces chapelles, pour garnir ces galeries où l’on a conservé le résidu de trois civilisations ; et après deux mois passés autour de ces chefs-d’œuvre, on trouve en somme que les plus sublimes d’entre eux ne valent pas la plus humble idée qui germe dans notre propre cerveau, le plus léger sentiment qui fait palpiter une minute notre propre cœur. Oui, ces statues, ces fresques, ces tableaux, tout figés qu’ils sont dans leur immortalité, sont morts bien réellement. Admirables tant qu’on voudra, inimitables, uniques : ils fatiguent pourtant, on les fuit, il y a mieux a faire qu’à lès contempler. »
Extrait de : E. Rod. « Le Sens de la vie. »
La course à la mort par Édouard Rod
Fiche de La course à la mort
Titre : La course à la mort
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1886
Editeur : BnF
Première page de La course à la mort
« … Je relis de temps en temps les notes que j’aime à prendre sur moi-même, et je conviens volontiers que, si je n’étais pas directement en cause, je trouverais peu d’intérêt au développement de ma vie. Les faits manquent beaucoup : il ne m’est jamais rien arrivé ; ou, quand il m’arrivait quelque chose, je m’en apercevais à peine : les événements se changeaient tout de suite en sensations qu’une analyse immédiate et inconsciente s’empressait de décomposer. — J’ai perdu des êtres qui m’étaient chers et je les ai pleurés, mais mes larmes ne jaillissaient pas de ma douleur comme d’une source vive : ou bien j’hésitais à les répandre et les refoulais, par je ne sais quelle pudeur qui m’interdisait l’affliction même devant moi seul ; ou ma volonté contribuait à mon désespoir, et je me jouais à moi-même une espèce de comédie. J’ai aimé, — si l’on peut donner le nom d’amour à un sentiment né de la solitude et du désir, qui se produit, se développe, se satisfait sans remplir le cœur, qui laisse l’imagination libre, qui ne s’étend ni jusqu’à l’oubli radieux des joies complètes ni jusqu’à l’égoïste absorption des vraies douleurs. »
Extrait de : E. Rod. « La Course à la mort. »
La chute de miss Topsy par Édouard Rod

Fiche de La chute de miss Topsy
Titre : La chute de miss Topsy
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1882
Editeur : BeQ
Première page de La chute de miss Topsy
« André Frémy n’était point né pour l’existence monotone d’employé dans un ministère : le travail en coupes réglées répugnait à sa nonchalance un peu maladive ; les minuties administratives exaspéraient son imagination vagabonde : la seule vue de son chef de bureau, gras, lourd, correct et solennel, lui faisait courir dans le dos un petit frisson d’agacement. Il travaillait sans ardeur ; les jours où l’ouvrage manquait, il tordait sa plume entre ses doigts, ou tambourinait sur son pupitre, ou lisait, quoiqu’il n’eût pas grand goût pour la lecture : tandis que son camarade, le poète Pellard, un gros garçon joufflu, rasé, châtain et jovial, alignait péniblement des alexandrins, en cherchant des rimes riches dans son Quitard. De longs moments passaient ainsi ; puis, tout à coup, la voix de Pellard éclatait, déclamant avec un accent terriblement méridional un sonnet ou une ballade de forme si compliquée et si cherchée qu’il était difficile d’en suivre le sens. »
Extrait de : E. Rod. « La chute de miss Topsy. »
L’innocente par Édouard Rod

Fiche de L’innocente
Titre : L’innocente
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1897
Editeur : BeQ
Première page de L’innocente
« Il y a des amitiés de jeunesse sur lesquelles le temps passe sans les détruire : il les ralentit, il les attiédit, il les diminue ; il ne les tue pas. On peut rester des mois sans se revoir, sans échanger une lettre, sans rien savoir l’un de l’autre ; pourtant on se retrouve tel que si l’on s’était quitté la veille. Chacun a vécu sa vie, dont l’autre ignore les péripéties : et, dès la première poignée de main qu’on échange, c’est comme si l’on avait, côte à côte, traversé les mêmes épreuves, vaincu les mêmes obstacles, accompli les mêmes efforts. Précieuses et rares sont ces amitiés, que, seule, la mort dénoue, et qui ne se remplacent pas.
Telle est celle qui m’unit encore à Philippe Nattier. Elle date de notre quatorzième année : du lycée de B***, où le hasard nous fit entrer le même jour et nous plaça à côté l’un de l’autre. J’étais embarrassé par un thème latin, qui me semblait extrêmement difficile : étant plus « fort », il me vint en aide ; après quoi, nous passâmes deux ans sans nous quitter. »
Extrait de : E. Rod. « L’innocente. »
L’autopsie du Docteur Z par Édouard Rod
Fiche de L’autopsie du Docteur Z
Titre : L’autopsie du Docteur Z
Auteur : Édouard Rod
Date de parution : 1884
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Sommaire de L’autopsie du Docteur Z
- L’autopsie du Docteur Z par Édouard Rod
- La grande découverte du savant Isobard par Albert Roulier
Première page de L’autopsie du Docteur Z
« On se rappelle peut-être encore, dans le monde scientifique, le bruit que firent, il y a une trentaine d’années, les découvertes du docteur Z, qui d’ailleurs eurent le sort de beaucoup de découvertes et furent universellement niées. Au moment où il se décida enfin à publier le résultat de ses patientes recherches, le docteur Z habitait Bordeaux, et jouissait d’une renommée de bon praticien. La brochure dont il fit les frais : Observations sur quelques phénomènes de l’existence cérébrale, souleva un « tollé » général, et lui enleva peu à peu toute sa clientèle. Il faut dire aussi que cette brochure – un in-octavo d’environ cent-vingt pages, – bouleversait toutes les notions reçues, menaçant à la fois, par ses conséquences indirectes, la science, la morale et la religion. »
Extrait de : E. Rod. « L’autopsie du docteur Z. »
Trilby par Charles Nodier

Fiche de Trilby
Titre : Trilby ou le Lutin d’Argail
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1822
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Trilby
« Il n’y a personne parmi vous, mes chers amis, qui n’ait entendu parler des drows de Thulé et des elfs ou lutins familiers de l’Écosse, et qui ne sache qu’il y a peu de maisons rustiques dans ces contrées qui ne comptent un follet parmi leurs hôtes. C’est d’ailleurs un démon plus malicieux que méchant et plus espiègle que malicieux, quelquefois bizarre et mutin, souvent doux et serviable, qui a toutes les bonnes qualités et tous les défauts d’un enfant mal élevé. Il fréquente rarement la demeure des grands et les fermes opulentes qui réunissent un grand nombre de serviteurs ; une destination plus modeste lie sa vie mystérieuse à la cabane du pâtre ou du bûcheron. Là, mille fois plus joyeux que les brillants parasites de la fortune, il se joue à contrarier les vieilles femmes qui médisent de lui dans leurs veillées, ou à troubler de rêves incompréhensibles, mais gracieux, le sommeil des jeunes filles. »
Extrait de : C. Nodier. « Trilby ou le Lutin d’Argail. »
Trésor-des-fèves et Fleur-des-pois par Charles Nodier
Fiche de Trésor-des-fèves et Fleur-des-pois
Titre : Trésor-des-fèves et Fleur-des-pois
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1894
Editeur : BnF
Première page de Trésor-des-fèves et Fleur-des-pois
« IL y avait une fois un pauvre homme et une pauvre femme qui étaient bien vieux, et qui n’avaient jamais eu d’enfants : c’était un grand chagrin pour eux, parce qu’ils prévoyaient que dans quelques années ils ne pourraient plus cultiver leurs fèves et les aller vendre au marché. Un jour qu’ils sarclaient leur champ de fèves (c’était tout ce qu’ils possédaient avec une petite chaumière ; je voudrais bien en avoir autant) ; un jour, dis-je, qu’ils sarclaient pour ôter les mauvaises herbes, la vieille découvrit dans un coin, sous les touffes les plus drues, un petit paquet fort bien troussé qui contenait un superbe garçon de huit à dix mois, comme il paraissait à son air, mais qui avait bien deux ans pour la raison, car il était déjà sevré. Tant il y a qu’il ne fit point de façon pour accepter les fèves bouillies qu’il porta aussitôt à sa bouche d’une manière fort délicate. »
Extrait de : C. Nodier. « Trésor-des-Fèves et Fleur-des-Pois. »
Thérèse Aubert – Adèle par Charles Nodier

Fiche de Thérèse Aubert – Adèle
Titre : Thérèse Aubert – Adèle
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1819
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Thérèse Aubert – Adèle
« Je m’appelle Adolphe de S…, je suis né à Strasbourg, le 19 janvier 1777, d’une famille noble dont j’étais le dernier rejeton. J’ai perdu mon père dans l’émigration. Ma mère a péri dans une maison de détention pour les suspects ; je n’ai ni frères, ni sœurs, ni parents de mon nom. J’ai dix-sept ans et demi depuis quelques jours, et rien n’annonce que cette courte existence puisse se prolonger. J’en dirai même la raison plus tard, quoique ma position n’intéresse plus personne. Aussi, ce n’est pas pour le monde que j’écris ces lignes inutiles ; c’est pour moi, pour moi seul ; c’est pour occuper, pour perdre de tristes et désespérants loisirs qui seront heureusement bien courts. C’est pour ouvrir une voie plus facile aux sentiments qui m’oppressent, pour soulager mon cœur si le souvenir est un soulagement, ou pour achever de le briser. »
Extrait de : C. Nodier. « Thérèse Aubert – Adèle. »
Souvenirs de jeunesse par Charles Nodier
Fiche de Souvenirs de jeunesse
Titre : Souvenirs de jeunesse
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1862
Editeur : BnF
Sommaire de Souvenirs de jeunesse
- Souvenirs de jeunesse
- Mademoiselle de Marsan
- La neuvaine de la chandeleur
Première page de Souvenirs de jeunesse
« Le plus doux privilége que la nature ait accordé à l’homme qui vieillit, c’est celui de se ressaisir avec une extrême facilité des impressions de l’enfance. A cet âge de repos, le cours de la vie ressemble à celui d’un ruisseau que sa pente rapproche, à travers mille détours, des environs de sa source, et qui, libre enfin de tous les obstacles qui ont embarrassé son voyage inutile, vainqueur des rochers qui l’ont brisé à son passage, pur de l’écume des torrents qui a troublé ses eaux, se déroule et s’aplanit tout à coup pour répéter une fois encore, avant de disparoître, les premiers ombrages qui se soient mirés à ses bords. A le voir ainsi, calme et transparent, réfléchir à sa surface immobile les mêmes arbres et les mêmes rivages, on se demanderoit volontiers de quel côté il commence et de quel côté il finit. Il faut qu’un rameau de saule, dont l’orage de la veille lui a confié les débris, flotte un moment sous vos yeux, pour vous faire reconnoître l’endroit vers
lequel son penchant l’entraîne. Demain le fleuve qui l’attend à quelques pas l’aura emporté avec lui, et ce sera pour jamais. »
Extrait de : C. Nodier. « Souvenirs de jeunesse. »