Étiquette : livre
Le bibliomane par Charles Nodier

Fiche de Le bibliomane
Titre : Le bibliomane
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1834
Editeur : BnF
Première page de Le bibliomane
« Vous avez tous connu ce bon Théodore, sur la tombe duquel je viens jeter des fleurs, en priant le ciel que la terre lui soit légère.Ces deux lambeaux de phrase, qui sont aussi de votre connaissance, vous annoncent hissez que je me propose de lui consacrer quelques pages de notice nécrologique ou d’oraison funèbre.Il y a vingt ans que Théodore s’était retiré du monde pour travailler ou pour ne rien faire. Lequel des deux, c’était un grand secret. Il songeait, et on ne savait à quoi il songeait. Il passait sa vie au milieu des livres, et ne s’occupait que de livres, ce qui avait donné lieu à quelques-uns de penser qu’il composait un livre qui rendraient tous les livres inutiles, mais ils se trompaient évidemment. Théodore avait tiré trop bon parti de ses études pour ignorer que ce livre est fait il y a trois cents ans. C’est le treizième chapitre du livre premier de Rabelais. »
Extrait de : C. Nodier. « Le Bibliomane. »
La Seine et ses bords par Charles Nodier
Fiche de La Seine et ses bords
Titre : La Seine et ses bords
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1836
Editeur : BnF
Première page de La Seine et ses bords
« L’HISTOIRE de la SEINE est, beaucoup plus qu’on ne l’imaginerait au premier abord, l’histoire de la France elle-même. Il en est des fleuves comme des nations. Inconnus à leur origine, rien ne révèle, dans la source obscure d’où ils s’échappent, la portée de l’espace qu’ils vont parcourir, et les différentes vicissitudes de leurs cours. Faibles à leurs commencements, ils coulent cependant au gré de la pente qui les entraîne, approfondissant peu a peu leur lit, reculant peu à peu leurs rivages, portant avec eux des désastres ou des bienfaits, la fertilité ou la terreur, jusqu’à ce que, parvenus au plus haut degré d’étendue, de richesse et de splendeur qu’il leur soit permis d’atteindre, et poussés à son terme par leur propre violence, ils se précipitent et disparaissent pour toujours dans l’abîme des mers. Ainsi apparaissent et s’accroissent et finissent les empires. L’histoire de l’homme est tracée partout dans le tableau magique de la nature. »
Extrait de : C. Nodier. « La Seine et ses bords. »
La neuvaine de la chandeleur par Charles Nodier
Fiche de La neuvaine de la chandeleur
Titre : La neuvaine de la chandeleur
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1840
Editeur : BnF
Première page de La neuvaine de la chandeleur
« La vie intime de la province a un charme dont on ne conçoit aucune idée à Paris, et qui se fait surtout sentir dans les premières années de la vie. On peut aimer le séjour de Paris dans l’âge de l’activité, des passions, du besoin des émotions et des succès ; mais c’est en province qu’il faut être enfant, qu’il faut être adolescent, qu’il faut goûter les sentiments d’une âme qui commence à se révéler et à se connaître. Ce n’est pas à Paris qu’on éprouvera jamais ces émotions incompréhensibles que réveillent au fond du cœur le son d’une certaine cloche, l’aspect d’un arbre, d’un buisson, le jeu d’un rayon du soleil sur la ferblanterie d’un petit toit solitaire. Ces doux mystères du souvenir n’appartiennent qu’au village. J’entendais l’autre jour une femme de beaucoup d’esprit se plaindre amèrement de n’avoir point de patrie : « Hélas ! ajouta-t-elle en soupirant, je suis née sur la paroisse Saint-Roch. »Dieu me garde de faire un reproche à Paris de cette légère imperfection. C’est moins un vice qu’un malheur. »
Extrait de : C. Nodier. « La Neuvaine de la Chandeleur. »
La fée aux miettes par Charles Nodier

Fiche de La fée aux miettes
Titre : La fée aux miettes
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1832
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de La fée aux miettes
« Non ! sur l’honneur ! m’écriai-je en lançant à vingt pas le malencontreux volume…
C’était cependant un Tite-Live d’Elzévir relié par Padeloup.
Non ! je n’userai plus mon intelligence et ma mémoire à ces détestables sornettes !… Non, continuai-je en appuyant solidement mes pantoufles contre mes chenets, comme pour prendre acte de ma volonté, il ne sera pas dit qu’un homme de sens ait vieilli sur les sottes gazettes de ce padouan crédule, bavard et menteur, tant que les domaines de l’imagination et du sentiment lui étaient encore ouverts !…
Ô fantaisie ! continuai-je avec élan… Mère des fables riantes, des génies et des fées !… enchanteresse aux brillants mensonges, toi qui te balances d’un pied léger sur les créneaux des vieilles tours, et qui t’égares au clair de la lune avec ton cortège d’illusions dans les domaines immenses de l’inconnu ; toi qui laisses tomber en passant tant de délicieuses rêveries sur les veillées du village, et qui entoures d’apparitions charmantes la couche virginale des jeunes filles !… – »
Extrait de : C. Nodier. « La Fée aux Miettes. »
Jean-François les-bas-bleus par Charles Nodier

Fiche de Jean-François les-bas-bleus
Titre : Jean-François les-bas-bleus et autres contes
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1832
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Sommaire de Jean-François les-bas-bleus
- Jean-François les-bas-bleus
- Baptiste Montauban
- Paul ou la ressemblance
- Lidivine
- La combe de l’homme mort
- Les fiancés, nouvelle vénitienne
Première page de Jean-François les-bas-bleus
« Le fantastique est un peu passé de mode, et il n’y a pas de mal. L’imagination abuse trop facilement des ressources faciles ; et puis ne fait pas du bon fantastique qui veut. La première condition essentielle pour écrire une bonne histoire fantastique, ce serait d’y croire fermement, et personne ne croit à ce qu’il invente. Il arrive aussi bientôt qu’une combinaison d’effets trop arrangés, un jeu trop recherché de la pensée, un trait maladroitement spirituel, viennent trahir le sceptique dans le récit du conteur, et l’illusion s’évanouit. C’est le joueur de gobelets qui a laissé rouler ses muscades, ou le machiniste qui a laissé voir ses ficelles. Tout disparaît à la fois, comme derrière le rideau prosaïque et désenchanteur des ombres chinoises. Vous avez vu ce que vous ayez vu. Le nécromancien, dépouillé de sa barbe et de son bonnet pointu, se recommande à vos visites, si vous êtes content, et il ne vous y reprendra guère pour peu que vous soyez de mon goût, car il n’y a rien de plus sot qu’une illusion finie. Envoyez-lui vos connaissances. Voilà tout ce que vous lui devez. »
Extrait de : C. Nodier. « Jean-François-les-bas-bleus et autres Contes. »
Jean Sbogar par Charles Nodier

Fiche de Jean Sbogar
Titre : Jean Sbogar
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1818
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Jean Sbogar
« Un peu plus loin que le port de Trieste, en s’avançant sur les grèves de la mer, du côté de la baie verdoyante de Pirano, on trouve un petit ermitage, depuis longtemps abandonné, qui était autrefois sous l’invocation de saint André, et qui en a conservé le nom. Le rivage, qui va toujours en se rétrécissant vers cet endroit, où il semble se terminer entre le pied de la montagne et les flots de l’Adriatique, semble gagner en beauté à mesure qu’il perd en étendue ; un bosquet presque impénétrable de figuiers et de vignes sauvages, dont les fraîches vapeurs du golfe entretiennent le feuillage dans un état perpétuel de verdure et de jeunesse, entoure de toutes parts cette maison de recueillement et de mystère. Quand le crépuscule vient de s’éteindre, et que la face de la mer, légèrement ridée par le souffle serein de la nuit, commence à balancer l’image tremblante des étoiles, il est impossible d’exprimer tout ce qu’il y a d’enchantement dans le silence et le repos de cette solitude. »
Extrait de : C. Nodier. « Jean Sbogar. »
Infernalia par Charles Nodier
Fiche de Infernalia
Titre : Infernalia
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1822
Editeur : BnF
Première page de Infernalia
« La nonne sanglante
Un revenant fréquentait le château de Lindemberg, de manière à le rendre inhabitable. Apaisé ensuite par un saint homme, il se réduisit à n’occuper qu’une chambre, qui était constamment fermée. Mais tous les cinq ans, le cinq de mai, à une heure précise du matin, le fantôme sortait de son asile.
C’était une religieuse couverte d’un voile, et vêtue d’une robe souillée de sang. Elle tenait d’une main un poignard, et de l’autre une lampe allumée, descendait ainsi le grand escalier, traversait les cours, sortait par la grande porte, qu’on avait soin de laisser ouverte, et disparaissait.
Le retour de cette mystérieuse époque était près d’arriver, lorsque l’amoureux Raymond reçut l’ordre de renoncer à la main de la jeune Agnès, qu’il aimait éperdument.
Il lui demanda un rendez-vous, l’obtint, et lui proposa un enlèvement Agnès connaissait trop la pureté du cœur de son amant, pour hésiter à le suivre : « C’est dans cinq jours, lui dit-elle, que la non ne sanglante doit faire sa promenade. Les portes lui seront ouvertes, et personne n’osera se trouver sur son passage. Je saurai me procurer des vêtements convenables, et sortir sans être reconnue : soyez prêt à quelque distance… » Quelqu’un entra alors et les força de se séparer. »
Extrait de : C. Nodier. « Infernalia. »
Hurlubleu et autres contes du dériseur sensé par Charles Nodier

Fiche de Hurlubleu et autres contes du dériseur sensé
Titre : Hurlubleu et autres contes du dériseur sensé
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1836
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Sommaire de Hurlubleu et autres contes du dériseur sensé
- Hurlubleu
- Léviathan le long
- Zerothoctro-Schah proto-mystagogue de Bactriane
- Voyage pitoresque et industriel de Kaout’t’chouk dans le Paraguay-roux et la Palingénésie australe
Première page de Hurlubleu
« Grand Manifafa d’Hurlubière ou la Perfectibilité
– Que le diable vous emporte ! s’écria le Manifafa.
– Le grand loustic de votre sacré collège des mataquins en est-il ? dit Berniquet.
– Non, Berniquet, reprit Hurlubleu. Je parlais à cette canaille de rois et d’empereurs qui m’assassinent tous les soirs de leurs salamalecs, et qui usent à force de la caresser de vils baisers la semelle de mes augustes pantoufles. Je t’aime, Berniquet ; je t’aime, grand loustic du sacré collège des mataquins, parce que tu n’as pas le sens commun, et que tu ne manques point d’esprit sans qu’il y paraisse. Il faut même que j’aie fait une haute estime de ton mérite pour t’avoir conféré à la première vue une des plus éminentes dignités de mon empire, car je me souviens que tu tombas chez moi comme une bombe. »
Extrait de : C. Nodier. « Hurlubleu et autres contes du dériseur sensé. »
Histoire du Roi de Bohême et de ses sept chateaux par Charles Nodier
Fiche de Histoire du Roi de Bohême et de ses sept chateaux
Titre : Histoire du Roi de Bohême et de ses sept chateaux
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1830
Editeur : BnF
Première page de Histoire du Roi de Bohême et de ses sept chateaux
« Que ferois-je au reste d’un cheval ? je n’en donnerois pas la coquille univalve — je ne sais si c’est un cône ou un fuseau, une olive ou un sabot, une hélice ou un buccin — je crois que c’est une porcelaine — non, — je ne donnerois pas un fragment de cette petite monnoie du sauvage que la mer roule sur tes plages, pauvre et heureux insulaire, pour le cheval d’Alexandre qui avoit la tête du bœuf, et pour celui de César qui avoit le pied du bélier.
Ne puis-je voyager sans cheval dans tous les espaces que Dieu a ouverts à l’imagination de l’homme ? N’ai-je pas à mon service la voiture commode et obéissante dont il me fit présent, pour toute part de mon céleste héritage, et que j’ai préférée quelquefois aux chars de Pharaon ? »
Extrait de : C. Nodier. « Histoire du roi de Bohême et de ses sept chateaux. »
Histoire du chien de Brisquet par Charles Nodier
Fiche de Histoire du chien de Brisquet
Titre : Histoire du chien de Brisquet
Auteur : Charles Nodier
Date de parution : 1853
Editeur : BnF
Première page de Histoire du chien de Brisquet
« En notre forêt de Lions, vers le hameau de la Goupillière, tout près d’un grand
puits-fontaine qui appartient à la chapelle Saint-Mathurin, il y avait un bonhomme,
bûcheron de son état, qui s’appelait Brisquet, ou autrement le fendeur à la bonne
hache, et qui vivait pauvrement du produit de ses fagots, avec sa femme qui
s’appelait Brisquette. Le bon Dieu leur avait donné deux jolis petits enfants, un
garçon de sept ans qui était brun, et qui s’appelait Biscotin, et une blondine de
six ans, qui s’appelait Biscotine. Outre cela, ils avaient un chien bâtard à poil
frisé, noir par tout le corps, si ce n’est au museau qu’il avait couleur de feu ; et
c’était bien le meilleur chien du pays, pour son attachement à ses maîtres. »
Extrait de : C. Nodier. « Histoire du chien de Brisquet. »