Régis Messac

Présentation de Régis Messac :
Né le 2 août 1893 sous les cieux cléments de Champagnac, en Charente-Inférieure, Régis Messac demeure aujourd’hui l’une des figures les plus fascinantes et les plus injustement méconnues de nos lettres françaises. Penseur insoumis, érudit visionnaire et pacifiste de la première heure, ce fils d’instituteur s’est imposé, bien avant que le terme anglo-saxon de « science-fiction » ne traverse nos frontières, comme l’un des maîtres incontestés du roman d’anticipation et de la dystopie.
Un esprit frondeur aux portes de l’imaginaire
Avant de bâtir ses mondes cauchemardesques, Régis Messac consacre la première partie de son existence à l’enseignement et à la recherche universitaire. Profondément meurtri dans sa chair et dans son âme par la Grande Guerre, il nourrit un pessimisme lucide à l’égard de la nature humaine. Éprouvant un vif intérêt pour les littératures dites « marginales », il soutient en 1929 une thèse de doctorat absolument fondatrice : Le « Detective Novel » et l’influence de la pensée scientifique. Par cet ouvrage magistral, il est le tout premier lettré de notre pays à porter le roman policier et la littérature scientifique sur les nobles bancs de l’Université.
Exerçant sa plume dans de multiples revues, il signe, dès l’orée des années 1930, les premiers véritables essais critiques consacrés à la littérature d’imagination scientifique, ouvrant la voie à l’exégèse d’un genre encore balbutiant dans l’Hexagone.
Les chefs-d’œuvre d’une science-fiction acide
Gagné par un cynisme raffiné face à la montée des périls qui assombrissent alors l’Europe, Régis Messac déploie son génie romanesque dans une série de contre-utopies d’une force allégorique sidérante. L’année 1935 marque la publication de son chef-d’œuvre, Quinzinzinzili. Dans cette fable post-apocalyptique d’une grande noirceur, un cataclysme effroyable a anéanti presque toute vie à la surface du globe. Une poignée d’enfants survivants, réfugiés dans une caverne sous la tutelle d’un adulte désabusé, fondent une société nouvelle, primitive et cruelle, en vénérant une divinité factice nommée Quinzinzinzili.
Loin d’en rester à ce coup d’éclat, l’écrivain fait paraître en 1937 La Cité des asphyxiés, une fresque prodigieuse où le protagoniste se voit projeté dans un monde souterrain, des millénaires dans l’avenir. Il y découvre une société déshumanisée où l’air lui-même est rationné et contrôlé par de tyranniques maîtres, offrant ainsi au lecteur une charge virulente contre le capitalisme industriel et l’aliénation des masses. Mentionnons également le roman Valcrétin (paru de manière posthume), prolongeant ce cycle messacien où le progrès technologique ne mène, inéluctablement, qu’à la dégradation morale de notre espèce.
Le martyre d’un humaniste
Si l’homme de lettres concevait les sociétés de demain, le citoyen, lui, ne recula point devant les tragédies de son temps. Fervent défenseur de la paix mais ennemi juré de la barbarie, Régis Messac s’engage résolument dans la Résistance sous l’Occupation. Arrêté par la Gestapo le 10 mai 1943, il est déporté en Allemagne sous le funeste décret Nacht und Nebel. Il disparaît en 1945 dans l’enfer des camps de concentration — vraisemblablement entre Gross-Rosen et Dora —, laissant derrière lui une œuvre visionnaire, d’une acuité saisissante.
Par la puissance d’évocation de ses romans d’anticipation et l’élégance désenchantée de son style, Régis Messac a prouvé que la science-fiction n’était point un simple divertissement chimérique, mais bien un miroir tendu vers les abîmes de l’humanité, nous conjurant de conjurer nos propres démons.
Livres de Régis Messac :
La cité des asphyxiés
Quinzinzinzili
Valcrétin
Pour en savoir plus sur Régis Messac :
La page Wikipédia sur R. Messac
La page Noosfere sur R. Messac
La page isfdb de R. Messac