Auteur/autrice : CH91

 

La grotte Gorgone par Lemony Snicket

Fiche de La grotte Gorgone

Titre : La grotte Gorgone (Tome 11 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2004
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan

Première page de La grotte Gorgone

« Après avoir longuement observé les rivières et les océans, après avoir étudié les averses, les crachins et les giboulées, après avoir médité sur les flaques, les gouttières et les lavabos, les scientifiques de notre planète ont élaboré une théorie qu’ils ont baptisée « cycle de l’eau ».

En gros, le cycle de l’eau repose sur trois phénomènes : a) évaporation ; b) précipitations ; c) ruissellement. Et ces trois phénomènes sont d’un ennui mortel – ennuyeux comme la pluie.

Clairement, rien n’est plus barbifiant que de lire des choses barbifiantes, mais que vaut-il mieux : bâiller ou
sangloter ? Piquer du nez sur la page ou verser toutes les larmes de son corps, autre cycle de l’eau, au risque de détremper l’oreiller, les draps, la précieuse collection de boomerangs et tout le reste ?

À l’image du cycle de l’eau, l’histoire des orphelins Baudelaire repose, en gros, sur trois phénomènes. Mais pourquoi lire ce récit navrant ? Si j’étais vous, je m’attellerais plutôt au cycle de l’eau.

Le plus ancien des phénomènes Baudelaire avait pour prénom Violette. À quinze ans, ou peu s’en fallait, Violette était, ou peu s’en fallait, le plus brillant génie inventif que la terre eût porté. »

Extrait de : L. Snicket. « La Grotte Gorgone – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »

La pente glissante par Lemony Snicket

Fiche de La pente glissante

Titre : La pente glissante (Tome 10 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2003
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan

Première page de La pente glissante

« L’un de mes excellents confrères a jadis écrit un poème, « Le chemin délaissé », inspiré d’une balade solitaire le long d’un sentier de sous-bois sur lequel ne passait pas un chat.

Ce chemin-là, aux dires du poète, était remarquablement tranquille, quoique un peu désert aussi. Rien de très rassurant, au fond. Là où pas un chat ne passe, si vous avez des ennuis, qui donc entendra vos cris ? Et le fait est qu’aujourd’hui notre homme n’est plus de ce monde.

Tel le poète défunt, le récit que voici s’engage sur un chemin peu passant, et cela plutôt deux fois qu’une : d’abord, l’action démarre au cœur des monts Mainmorte, destination guère courue des touristes, pour s’achever dans les tourbillons de la Frappée, rivière que bien peu de voyageurs ont jamais approchée ; mais surtout, il s’écarte fort des récits dont raffolent la plupart des lecteurs. Loin de raconter les espiègleries de gentils personnages et d’animaux charmants, il n’annonce que tourments, horreurs et tremblements. Les personnages qui ont la malchance d’y figurer sont vingt fois trop stressés pour se montrer gentils, et ne parlons pas des animaux ! »

Extrait de : L. Snicket. « La Pente glissante – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »

La fête féroce par Lemony Snicket

Fiche de La fête féroce

Titre : La fête féroce (Tome 9 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2002
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan

Première page de La fête féroce

« Ma journée de travail achevée – mon stylo recapuchonné, mon cahier camouflé, mon canoë coulé, invisible –, j’aime à passer la soirée avec les rares amis qui me restent, ceux qui sont encore de ce monde.

Parfois nous discutons littérature. Parfois nous discutons de ces gens qui aimeraient bien nous éliminer, et de nos maigres chances de leur échapper. Parfois encore nous discutons calamités, et presque toujours la conversation dévie sur cette question : quelle est la pire situation ?

Pour certains, c’est le mauvais quart d’heure ; calamiteux à coup sûr, surtout si c’est aussi le dernier. Pour d’autres, c’est la gueule du loup, surtout s’il a mauvaise haleine. D’autres encore disent : le bord du gouffre, et il est vrai que je préfère le bord de mer.

Mais pour moi, le pire, c’est le fond du gouffre. Parce que, pour toucher ce fond-là, il faut avoir connu le bord, si bien qu’on a triple dose d’horreur : un, l’horrible appréhension de tomber dans le vide ; deux, l’horrible sensation de tomber dans le vide ; trois, l’horrible certitude d’être tombé dans le vide, sans parler du fait qu’on est au fond d’un trou et que rien ne garantit qu’on pourra en ressortir. »

Extrait de : L. Snicket. « La fête féroce – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »

100 chefs d’oeuvre méconnus de la science fiction et fantasy francophones par Christophe & Claude

Fiche de 100 chefs d’oeuvre méconnus de la science fiction et fantasy francophones

Titre : 100 chefs d’oeuvre méconnus de la science fiction et fantasy francophones
Auteur : Christophe & Claude
Date de parution : 2026
Editeur : Mais-Encore.fr

Première page de 100 chefs d’oeuvre méconnus de la science fiction et fantasy francophones

Quand on pense à la science-fiction, les noms qui viennent spontanément à l’esprit sont presque toujours anglo-saxons : Asimov, Wells, Le Guin, Herbert. C’est pourtant en France que paraît, dès 1887 avec Les Xipéhuz de Rosny aîné, l’un des tout premiers récits mettant en scène une forme de vie radicalement étrangère à l’humain. C’est un Français, Rosny aîné encore, qui invente en 1925 le mot « astronaute ». C’est un ingénieur nommé Jacques Spitz qui écrit, dès 1938, un roman sur une invasion d’insectes intelligents, ou un poète nommé Théo Varlet qui se fait plagier par l’homme même qui invente le terme « science-fiction ». La France et le Québec ont produit, depuis plus d’un siècle, un continent entier d’imaginaire scientifique et merveilleux — et ce continent reste, aujourd’hui encore, largement inexploré par le grand public.

Ce livret rassemble cent œuvres réelles et vérifiées, couvrant plus d’un siècle de création : des pionniers de la fin du XIXe siècle (Rosny aîné, Maurice Renard, Jules Verne dans ses romans les moins connus) à l’âge d’or des collections populaires des années 1950-1960 (Stefan Wul, Francis Carsac, Gérard Klein), en passant par la nouvelle vague contestataire des années 1970 (Michel Jeury, Philippe Curval, André Ruellan) et les voix contemporaines de la science-fiction et de la fantasy québécoises (Élisabeth Vonarburg, Esther Rochon, Joël Champetier). On y croise aussi bien des noms canoniques dans un registre qu’on ne leur connaît pas (Mérimée, Gautier, Maupassant du côté du fantastique) que des figures presque effacées de l’histoire littéraire, mortes en déportation ou dans l’anonymat des collections populaires, et dont l’œuvre n’a survécu que grâce à l’obstination de quelques éditeurs spécialisés.

L’elfe et les égorgeurs par Jean-Philippe Jaworski

Fiche de L’elfe et les égorgeurs

Titre : L’elfe et les égorgeurs
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Date de parution : 2017
Editeur : Les moutons électriques

Première page de L’elfe et les égorgeurs

« Il est sorti du silence stupéfié de la forêt.
C’est à peine s’il a pris le temps de faire une pause à la lisière, encore tout imprégné des ombres du sous-bois. Ses yeux ont embrassé le pays dévasté. A-t-il manifesté de l’émotion ? Une simple hésitation ? Difficile de déchiffrer l’expression de cette figure exquise, plus lisse qu’une icône.
Devant lui, des chemins déserts échouaient dans un bourg, couronné de son château rechigné. À travers le ciel plombé, des craillements de freux croassaient un requiem railleur. Le voyageur a levé son beau profil vers cette cacophonie, y cherchant peut-être une harmonie secrète. Il n’y a entendu que la polyphonie criarde d’une charognerie. Haussant une épaule, il a rajusté la sangle de l’étui contenant son luth et il a repris sa marche. Il a descendu le coteau en direction du fief.
Très vite, les stigmates de la guerre se sont multipliés. Nul bétail dans les prés ; les lopins en lanière n’avaient pas reçu les semailles de printemps. Des bûcherons ivres avaient porté la hache dans les vergers et arraché les ceps de vigne. Dans les ornières, les empreintes des animaux avaient été brouillées par un piétinement de solerets et de godillots. »

Extrait de : J.P Jaworski. « L’elfe et les egorgeurs. »

Les fauteurs d’ordre par Jean-Philippe Jaworski

Fiche de Les fauteurs d’ordre

Titre : Les fauteurs d’ordre
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Date de parution : 2024
Editeur : Denoël

Première page de Les fauteurs d’ordre

« Le conseiller Hiero Praetor rectifia une mèche et rajusta son col. De trois quarts profil, il vérifia sa mise dans le miroir en pied. Un pourpoint strict, des hauts-de-chausse sobres, des bottes impeccablement cirées, avec le grand collier de sa fonction qui miroitait sur son plastron noir : irréprochable. Il appuya l’index sur le pommeau de son épée civile, imitant la pose des portraits qui ornaient les antichambres du palais de la Régente. Vraiment parfait.
Il n’accordait qu’une oreille distraite aux cris et aux protestations qui résonnaient dans la succession des salons et des chambres de l’hôtel de Marle. De toute façon, les éclats de voix étaient couverts par du vacarme : les coups de masse portés contre l’armoire forte, dans le cabinet de travail de l’échevin. Ramassant son feutre qu’il avait jeté sur la coiffeuse de Mme de Marle, Praetor l’épousseta distraitement en considérant les bijoux qu’il s’apprêtait à confisquer. Son regard revint à la psyché, mais cette fois c’était le miroir, avec son cadre doré, qui retint son attention. L’objet aurait été du plus bel effet dans le boudoir de son épouse. Il aurait été si facile de se l’adjuger… Il suffisait de l’omettre sur l’inventaire. Mais le conseiller Praetor chassa vite cette idée ; trop voyant, c’eût été imprudent. »

Extrait de : J.P Jaworski. « Les fauteurs d’ordre. »

Les miscellanées par Jean-Philippe Jaworski

Fiche de Les miscellanées

Titre : Les miscellanées
Auteur : Jean-Philippe Jaworski
Date de parution : 2019
Editeur : Les moutons électriques

Sommaire de Les miscellanées

  • Préquelle
  • Celles qui marchent dans l’ombre
  • Kenningar
  • Ils périront sur les plaines de Mimante
  • Le petit coucher de Stanislas
  • Evasion diégétique
  • Julien Gracq
  • Le seigneur des Anneaux
  • Entretien avec Daria Heinbuch
  • Entretien avec Fabienne Matuszynski Campos

Panique à la clinique par Lemony Snicket

Fiche de Panique à la clinique

Titre : Panique à la clinique (Tome 8 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2001
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan

Première page de Panique à la clinique

« Il peut y avoir deux raisons pour qu’une phrase s’achève par le mot « stop » écrit en lettres capitales, STOP.

La première est que cette phrase figure dans un télégramme, autrement dit un message codé transmis par câble électrique. Dans un télégramme, pas de point final, chaque phrase se termine par STOP.

La deuxième est que son auteur souhaite mettre le lecteur en garde : les lignes qui suivent sont insoutenables, prière de ne pas lire un mot de plus, STOP.

Ce livre-ci, par exemple, relate un pan de la vie des orphelins Baudelaire si sombre et si calamiteux que, si vous aviez pour deux sous de bon sens, vous l’auriez déjà jeté du haut d’une falaise. Mais je vois bien qu’il n’en est rien, vous êtes encore en train de lire – alors, pitié, je vous en conjure, STOP.

En fait, il est une troisième raison pour qu’une phrase s’achève par STOP. Et c’est tout simplement lorsqu’elle se présente ainsi : « Notre héros fit halte ; devant lui se dressait un panneau STOP. »

Les orphelins Baudelaire firent halte. Devant eux ne se dressait aucun panneau STOP. Devant eux ne se dressait pas le moindre panneau routier. »

Extrait de : L. Snicket. « Panique à la clinique – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »

L’arbre aux corbeaux par Lemony Snicket

Fiche de L’arbre aux corbeaux

Titre : L’arbre aux corbeaux (Tome 7 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2001
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan

Première page de L’arbre aux corbeaux

« On vous l’a sûrement déjà dit, il faut apprendre à bien choisir ses lectures. Mal les choisir peut nuire gravement à la santé.

Un exemple. Vous vous baladez en montagne et, tout en marchant, vous lisez les œuvres complètes d’Hérodote au lieu de lire :

ATTENTION, RAVIN.

Vous n’irez pas au bout de cette lecture. Vous n’avez pas fait le bon choix.

Autre exemple. Vous préparez de la pâte à crêpes, mais, au lieu d’un bon manuel de cuisine, vous ouvrez Le Plâtre en dix leçons. Vos crêpes risquent d’être un peu lourdes. Vous n’avez pas fait le bon choix.

Dernier exemple. Le livre que vous avez en main est écrit d’une plume des plus noires, et vous seriez bien inspiré de l’échanger contre un autre. Pourquoi pas Le Petit Lutin rose, qui raconte l’histoire d’un farfadet au pays des fées ? Si, malgré cette mise en garde, vous vous entêtez à lire ce qui suit, vous allez cauchemarder toute la nuit et demain vous vous éveillerez avec des yeux de calmar bouilli. »

Extrait de : L. Snicket. « L’arbre aux corbeaux – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »

Ascenseur pour la peur par Lemony Snicket

Fiche de Ascenseur pour la peur

Titre : Ascenseur pour la peur (Tome 6 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2001
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan

Première page de Ascenseur pour la peur

« Quelle est la différence, au juste, entre inquiet et anxieux ? Si cette grave question vous angoisse, le livre que vous avez en main est l’un des deux ouvrages au monde pouvant vous apporter la réponse.

L’autre est évidemment le dictionnaire.

À votre place, je lirais plutôt le dictionnaire.

Tout comme ce livre-ci, le dictionnaire vous apprendra qu’être inquiet, c’est éprouver de la crainte mêlée d’incertitude ; être anxieux revient à peu près au même, mais en plus fort encore, avec un net sentiment de danger. Inquiet, vous pouvez l’être, par exemple, au moment de servir à vos amis votre célèbre crème caramel, parce que vous vous demandez soudain si c’était une bonne idée d’y ajouter, pour changer un peu, quelques escargots à l’ail. Mais si c’est un alligator entier que vous servez, et si, en vérifiant la cuisson, vous le trouvez encore frétillant, vous serez plutôt anxieux – l’incertitude étant de savoir qui va dîner, pour finir. »

Extrait de : L. Snicket. « Ascenseur pour la peur – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »