Auteur/autrice : CH91

 

Le jour des voies par Albert Higon

Fiche de Le jour des voies

Titre : Le jour des voies
Auteur : Albert Higon
Date de parution : 1977
Editeur : J’ai lu

Première page de Le jour des voies

« Deux policiers fédéraux avaient ceinturé l’homme brun et gras dans le couloir du jet. Les policiers étaient en uniforme gris ; l’homme vêtu d’une tunique blanche et d’un short kaki. L’officier fedpo s’avança avec une attitude théâtrale et prononça une phrase dont Bruno Aden, depuis son box, n’entendit que la fin :

— … désormais hors la loi !

Quel était donc ce parti, ce mouvement, ce groupe mis hors la loi par les Fédéraux ?

L’individu que les flics venaient d’arrêter dans le courrier d’Africa I brandissait encore d’un air de défi, et malgré les menottes magnétiques, un journal mal imprimé sur deux minces feuilles de papier gris : Le Temps des Voies. Bruno sourit. Les adventistes de Fargan Oulds lui semblaient les gens les plus inoffensifs du monde. Mais des faits nouveaux avaient pu intervenir. Une idée absurde lui traversa l’esprit : ces faits nouveaux n’étaient-ils pas sans rapport avec sa propre mission ? Oh, tu deviens mégalomane, visiteur-inspecteur Bruno Aden. Mégalomane et paranoïaque ! »

Extrait de : A. Higon. « Le jour des Voies. »

La chute des anges par Frank Herbert

Fiche de La chute des anges

Titre : La chute des anges
Auteur : Frank Herbert
Date de parution : 2013
Traduction : F. Le Roy
Editeur : Robert Laffont

Première page de La chute des anges

« Ce fut dans ce moment fugace qui précède le réveil qu’un cauchemar envahit l’esprit de Jeb Logan. Il y sema un sentiment de vacuité qui, alors qu’il sortait pour de bon du sommeil, se mua en prémonition.

Et cela donna le ton à sa journée.

La matinée commença lentement. Les nuages noirs, annonciateurs de la saison des pluies équatoriennes, retardaient l’aube. La lumière du jour émergea paresseusement des ténèbres, telle une femme qui s’éveille au côté de son amant. Puis la brise du matin chassa les nuages vers l’est en direction de la jungle.

Mais il ne pleuvait toujours pas et une brume poussiéreuse enveloppait les hauts plateaux secs, conférant au ciel une teinte de cendres tamisées.

Le soleil faisait scintiller les brillants de mica sur le coteau oriental de la vallée qui abritait la ville andine où Logan résidait. Elle s’était vu baptiser Milagro à la suite d’un miracle local, une histoire devenue légendaire à force d’être répétée : sortant d’un profond sommeil, un jeune garçon frappé de paludisme s’était traîné jusqu’à la rue de terre battue, et, pointant du doigt le ciel, s’était écrié en espagnol : « Regardez les anges ! Regardez les anges !  »

Extrait de : F. Herbert. « La Chute des anges.  »

Nouvelles 1952-1979 par Frank Herbert

Fiche de Nouvelles 1952-1979

Titre : Nouvelles 1952-1979
Auteur : Frank Herbert
Date de parution : 2021
Traduction : V Basset, P Billon, JM Boissier, PP Durastanti, C Fargeot, D Haas, J&M Lederer, J Meistermann, FM Watkins
Editeur : Bélial

Sommaire de Nouvelles 1952-1979

  • Vous cherchez quelque chose ?
  • Opération Musikron
  • Chiens perdus
  • La planète des rats porteurs
  • La course du rat
  • Forces d’occupation
  • Le rien-du-tout
  • Cessez-le-feu
  • Tracer son sillon
  • La drôle de maison sur la colline
  • La voie de la sagesse
  • Chaînon manquant
  • Opération Meule-de-foin
  • Les prêtres du psi
  • L’oeuf et les cendres
  • B.E.U.A.R.K.
  • Chant nuptial
  • Essayez de vous souvenir
  • Champ mental
  • La délicatesse du saboteur
  • Le syndrome de la Marie-Céleste
  • Les esclaves du vert
  • Le comité du tout
  • L’effet MG
  • Les primitifs
  • Etranger au paradis
  • Selon les règles
  • La bombe mentale
  • Semence
  • Meurtre vital
  • Passage pour piano
  • Martingale
  • Rencontre dans un coin perdu
  • Mort d’une ville
  • Allons à la fête
  • Chants d’une flûte sensible
  • Les grenouilles et le savant
  • Les cochons à plumes
  • Le Ferosslk fortuit

Le sabre de l’Islam par Dominique Hennemont

Fiche de Le sabre de l’Islam

Titre : Le sabre de l’Islam
Auteur : Dominique Hennemont
Date de parution : 1952
Editeur : André Martel

Première page de Le sabre de l’Islam

« Deux falaises, au-dessus d’une mer morte, encadraient l’immense lune. Le premier méhari qui parut sur la crête en prit une majesté fantastique. 
C’était une bête de rêve, un dromadaire blanc à pompons et à franges et il hésitait là-haut, avançant sur la vallée des Tombeaux un col qui ployait et une tête dédaigneuse de dévote. 
Des grelots tintèrent. Un choc de tambourin se répercuta sur la plaine. 
Au pied des dunes, deux hommes se regardèrent. La triple Palmyre leur prêtait son théâtre de colonnades et de voies triomphales. 
Ils étaient à leur place : Marchand, un vieux briscard, le capitaine des méharistes — et Axel de Horn, un légionnaire. L’élégance précise de celui-ci et sa taille — 1 m. 80 — s’accordaient avec un profil d’Aiglon aux yeux clairs et morts. Il venait de conduire à tombeau ouvert la vieille Ford du gouverneur du vilayet. Heureusement, ils arrivaient à temps.  »

Extrait de : D. Hennemont. « Le Sabre de l’Islam.  »

Puce mission évasion ! par Johan Heliot

Fiche de Puce mission évasion !

Titre : Puce mission évasion !
Auteur : Johan Heliot
Date de parution : 2023
Editeur : Poulpe Fictions

Première page de Puce mission évasion !

« Le craquement de la foudre réveille Bastien en sursaut. La chambre s’illumine malgré les rideaux tirés. Un éclair gigantesque fend le ciel en deux. Et puis, c’est le déluge.

Le garçon se frotte les yeux. Il quitte le lit et s’approche de la fenêtre à pas traînants. Un roulement de tonnerre fait vibrer les carreaux sous sa paume. L’orage s’abat sur la ville avec une violence inouïe. Le vent pousse des sifflements furieux. Des trombes d’eau frappent les toits des maisons et des immeubles dans un fracas assourdissant. Les étoiles et la lune ne sont plus visibles, cachées par d’énormes nuages d’une noirceur absolue.

D’un coup, les lumières des réverbères s’éteignent, plongeant la rue et le jardin dans l’obscurité. Bastien tâtonne jusqu’à l’interrupteur et l’actionne en vain.

Plus d’électricité non plus dans la maison.

Bon, pas de panique… Il possède une lampe-torche, rangée quelque part. Mais où l’a-t-il fourrée ?

Ah oui, ça lui revient !

À quatre pattes dans son lit, Bastien tend le bras pour soulever le couvercle de son vieux coffre à jouets et se met à fouiller parmi les voitures, les avions, les vaisseaux spatiaux et les robots amassés depuis des années.

Une fois sa lampe trouvée, il promène le rayon de lumière jaune sur les posters affichés aux murs, les livres et les figurines de super-héros encombrant les étagères.

Dehors, l’averse fait toujours rage. La foudre tombe de nouveau, encore plus près de la maison… »

Extrait de : J. Heliot. « Puce, mission évasion. »

La fin par Lemony Snicket

Fiche de La fin

Titre : La fin (Tome 13 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2006
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan

Première page de La fin

« S’il vous est arrivé d’éplucher un oignon, vous avez pu constater que sous la première fine pelure se cache une autre fine pelure, et sous cette autre fine pelure une autre encore, puis une autre, et une autre, et une autre, si bien qu’avant longtemps vous vous retrouvez avec des dizaines, des centaines de pelures sur la table de la cuisine et des torrents de larmes dans les yeux, au point de regretter d’avoir entrepris d’éplucher cet oignon pour commencer, et de vous dire que vous auriez mieux fait de le laisser se momifier en paix sur son étagère, mieux fait de poursuivre sans lui le cours de votre vie, quitte à renoncer à tout jamais aux saveurs complexes, envahissantes et douces-amères de cet étrange et âpre légume.

À sa façon, l’histoire des orphelins Baudelaire est un oignon, et si vous vous obstinez à éplucher jusqu’à la dernière les fines pelures de cette série de désastreux événements, vous vous retrouverez avec cent soixante-dix chapitres navrants sur vos rayonnages et plus de larmes dans les yeux que vous n’auriez cru pouvoir en produire. »

Extrait de : L. Snicket. « La Fin – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »

Le pénultième péril par Lemony Snicket

Fiche de Le pénultième péril

Titre : Le pénultième péril (Tome 12 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2005
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan

Première page de Le pénultième péril

« Aux dires de certains, le monde est un peu comme un étang : la plus infime action du moindre être vivant,
pareille à un caillou jeté à l’eau, y provoque remous et ridules, et ces ondulations se propagent de proche en proche, plus loin, plus loin, toujours plus loin, jusqu’à ce que pour finir le monde entier se retrouve changé par ce geste anodin.

Si tel est le cas, le livre que voici est l’objet idéal à jeter dans l’étang. Des vaguelettes en cercles rideront l’eau tranquille et le monde ne s’en portera que mieux : un écrit déplorable en moins et un noir secret de plus enfoui là où personne ne devrait avoir l’idée d’aller voir. La consternante histoire des orphelins Baudelaire ira dormir, paisible, dans les profondeurs vaseuses, et vous-même ne vous porterez que mieux de ne jamais lire le sombre récit que j’en ai fait, mais de regarder plutôt l’onde se troubler de la fange remontée du tréfonds.

Les orphelins Baudelaire eux-mêmes, assis à l’arrière d’un taxi conduit par une femme dont ils savaient fort peu, auraient sans doute choisi de sauter dans un étang s’ils avaient su ce qui les attendait au bout de ce trajet tortueux, le long des rues de la ville où ils avaient grandi. Dévorant le paysage à travers les vitres teintées, Violette, Klaus et Prunille s’étonnaient de voir leur quartier natal si peu changé depuis le jour où ils l’avaient quitté, après qu’un terrible incendie eut détruit leur logis, les faisant orphelins et troublant leurs jeunes vies de tant de remous et ridules que plus jamais, sans doute, elles ne retrouveraient le calme. »

Extrait de : L. Snicket. « Le Pénultième Péril – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »

La grotte Gorgone par Lemony Snicket

Fiche de La grotte Gorgone

Titre : La grotte Gorgone (Tome 11 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2004
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan

Première page de La grotte Gorgone

« Après avoir longuement observé les rivières et les océans, après avoir étudié les averses, les crachins et les giboulées, après avoir médité sur les flaques, les gouttières et les lavabos, les scientifiques de notre planète ont élaboré une théorie qu’ils ont baptisée « cycle de l’eau ».

En gros, le cycle de l’eau repose sur trois phénomènes : a) évaporation ; b) précipitations ; c) ruissellement. Et ces trois phénomènes sont d’un ennui mortel – ennuyeux comme la pluie.

Clairement, rien n’est plus barbifiant que de lire des choses barbifiantes, mais que vaut-il mieux : bâiller ou
sangloter ? Piquer du nez sur la page ou verser toutes les larmes de son corps, autre cycle de l’eau, au risque de détremper l’oreiller, les draps, la précieuse collection de boomerangs et tout le reste ?

À l’image du cycle de l’eau, l’histoire des orphelins Baudelaire repose, en gros, sur trois phénomènes. Mais pourquoi lire ce récit navrant ? Si j’étais vous, je m’attellerais plutôt au cycle de l’eau.

Le plus ancien des phénomènes Baudelaire avait pour prénom Violette. À quinze ans, ou peu s’en fallait, Violette était, ou peu s’en fallait, le plus brillant génie inventif que la terre eût porté. »

Extrait de : L. Snicket. « La Grotte Gorgone – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »

La pente glissante par Lemony Snicket

Fiche de La pente glissante

Titre : La pente glissante (Tome 10 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2003
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan

Première page de La pente glissante

« L’un de mes excellents confrères a jadis écrit un poème, « Le chemin délaissé », inspiré d’une balade solitaire le long d’un sentier de sous-bois sur lequel ne passait pas un chat.

Ce chemin-là, aux dires du poète, était remarquablement tranquille, quoique un peu désert aussi. Rien de très rassurant, au fond. Là où pas un chat ne passe, si vous avez des ennuis, qui donc entendra vos cris ? Et le fait est qu’aujourd’hui notre homme n’est plus de ce monde.

Tel le poète défunt, le récit que voici s’engage sur un chemin peu passant, et cela plutôt deux fois qu’une : d’abord, l’action démarre au cœur des monts Mainmorte, destination guère courue des touristes, pour s’achever dans les tourbillons de la Frappée, rivière que bien peu de voyageurs ont jamais approchée ; mais surtout, il s’écarte fort des récits dont raffolent la plupart des lecteurs. Loin de raconter les espiègleries de gentils personnages et d’animaux charmants, il n’annonce que tourments, horreurs et tremblements. Les personnages qui ont la malchance d’y figurer sont vingt fois trop stressés pour se montrer gentils, et ne parlons pas des animaux ! »

Extrait de : L. Snicket. « La Pente glissante – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »

La fête féroce par Lemony Snicket

Fiche de La fête féroce

Titre : La fête féroce (Tome 9 sur 13 – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire)
Auteur : Lemony Snicket
Date de parution : 2002
Traduction : R.M Vassallo
Editeur : Nathan

Première page de La fête féroce

« Ma journée de travail achevée – mon stylo recapuchonné, mon cahier camouflé, mon canoë coulé, invisible –, j’aime à passer la soirée avec les rares amis qui me restent, ceux qui sont encore de ce monde.

Parfois nous discutons littérature. Parfois nous discutons de ces gens qui aimeraient bien nous éliminer, et de nos maigres chances de leur échapper. Parfois encore nous discutons calamités, et presque toujours la conversation dévie sur cette question : quelle est la pire situation ?

Pour certains, c’est le mauvais quart d’heure ; calamiteux à coup sûr, surtout si c’est aussi le dernier. Pour d’autres, c’est la gueule du loup, surtout s’il a mauvaise haleine. D’autres encore disent : le bord du gouffre, et il est vrai que je préfère le bord de mer.

Mais pour moi, le pire, c’est le fond du gouffre. Parce que, pour toucher ce fond-là, il faut avoir connu le bord, si bien qu’on a triple dose d’horreur : un, l’horrible appréhension de tomber dans le vide ; deux, l’horrible sensation de tomber dans le vide ; trois, l’horrible certitude d’être tombé dans le vide, sans parler du fait qu’on est au fond d’un trou et que rien ne garantit qu’on pourra en ressortir. »

Extrait de : L. Snicket. « La fête féroce – Les désastreuses aventures des Orphelins Baudelaire. »