Auteur/autrice : CH91

 

L’orchidée rouge de Madame Shan par Alain Billy

Fiche de L’orchidée rouge de Madame Shan

Titre : L’orchidée rouge de Madame Shan
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir

Première page de L’orchidée rouge de Madame Shan

« Toulon, juin 1986.

Un léger bruit fit sursauter le vieux Spingle. Il s’arracha à la contemplation de la rade, dont il apercevait une partie par la fenêtre de sa bibliothèque, et tordit le cou pour regarder la pendule de bronze posée sur la cheminée.

— Les vicelards ! crachota-t-il, la bouche mauvaise. À peine rentrés du boulot, ils remettent ça. Ils n’attendent même pas la nuit pour s’envoyer en l’air.

D’un index à l’ongle cerné de noir, il enfonça l’une des touches de l’accoudoir de son fauteuil d’infirme. Le moteur électrique émit un faible ronronnement, le siège démarra en marche arrière et accomplit une courbe pour contourner la table surchargée de revues chiffonnées.

— Tout de même, continua-t-il en branlant du chef, ils ont la santé, ces mômes !

Le fauteuil s’élança sur le plan incliné qui permettait d’accéder à la mezzanine construite au fond de la pièce. Parvenu sur le plancher de bois, le vieux Spingle arrêta son engin, décrocha un petit tableau qui cachait un œilleton fiché dans la cloison. Après avoir collé son œil gauche à la lunette, il brancha un minuscule haut-parleur. »

Extrait de : A. Billy. « L’orchidée rouge de madame Shan. »

Parasol 27 par Alain Billy

Fiche de Parasol 27

Titre : Parasol 27 (Tome 2 sur 2 – Le bateleur)
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1994
Editeur : Fleuve noir

Première page de Parasol 27

« Hortengul Alam Delapan évita avec un soin maniaque une pierre de la grosseur d’un œuf que ses jardiniers, pourtant méticuleux, avaient oubliée sur le chemin. Après avoir grogné, il se dirigea vers le gros arbre qui parachevait l’éminence artificielle à l’extrémité du jardin suspendu au-dessus des rizières.

Quand « l’ivresse de la Création Poétique » l’étreignait, le Président-Gouverneur errait seul sur ses terres et gagnait l’ombre du somptueux banian au pied duquel avait été érigé l’abri d’où l’on surplombait l’impressionnante vallée de Rantépao, au cœur du pays Toraja : une serre de verre et de métal, couverte de fleurs rouges et blanches.

Les cheveux vert pomme d’Hortengul dressaient leurs pointes lumineuses au-dessus du col relevé de son ample vêture. Cette couleur signifiait qu’il ne voulait parler à personne d’autre qu’à lui-même, car il avait, à ce moment, « l’âme végétale ».  »

Extrait de : A. Billy. « Parasol 27 – Le bateleur.  »

Le peintre des orages par Alain Billy

Fiche de Le peintre des orages

Titre : Le peintre des orages (Tome 1 sur 2 – Le bateleur)
Auteur : Alain Bully
Date de parution : 1993
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le peintre des orages

« Avec sa chevelure blond-blanc, des yeux lavande striés comme ceux des poupées en celluloïd, une carcasse de footballeur américain, Le Bateleur allait passer aussi inaperçu en Indonésie qu’une orange dans un plat de lentilles. Mais la mission était la mission ; personne ne songeait à discuter les ordres du « Vieux ».
Quand il posa le pied sur la terre de Java, il se demanda si l’avion qui l’avait amené jusque-là ne s’était pas posé au fond d’un aquarium, tant l’air était saturé d’humidité, aussi songea-t-il d’abord à respirer normalement, entreprise qui nécessitait un effort particulier. Cet handicap surmonté, il s’installa à l’hôtel Santika, à Bandung, puis se rendit tranquillement sur les lieux du rendez-vous, un Centre culturel français dont on fêtait l’inauguration.
Le Bateleur se glissa dans la foule qui se pressait devant le bâtiment rénové, jaugea du regard le beau monde et le modeste mélangés, mais fut vite captivé par les danseuses soudanaises qui animaient d’éloquente manière leurs fesses rebondies. »

Extrait de : A. Billy. « Le peintre des orages – Le bateleur. »

Philippe Randa

Présentation de Philippe Randa :

De son vrai nom Philippe-André Duquesne, Philippe Randa est né le 23 décembre 1960 à Montargis (Loiret). Il est un écrivain, éditeur et chroniqueur politique français, connu à la fois pour ses débuts dans la littérature de genre et pour son engagement militant à l’extrême droite.

Il est le fils du romancier René Duquesne, célèbre sous le pseudonyme de Peter Randa (un auteur extrêmement prolifique des éditions Fleuve Noir). Si Philippe Randa a d’abord marché dans les traces littéraires de son père, il s’est par la suite forgé un parcours éditorial et politique qui lui est propre.

Les débuts littéraires : l’héritage du roman de genre

Au début des années 1980, après le décès de son père, Philippe Randa se lance lui aussi dans l’écriture de romans populaires. Il intègre les éditions Fleuve Noir où il publie une vingtaine de romans dans la célèbre collection « Anticipation ». Parmi ses titres de science-fiction notables, on trouve :

  • Les Écologistes de combat (1982) ;
  • Folle Meffa (1982) ;
  • La Planète noire de Lothar (1982) ;
  • Le Réveil des dieux (1983).

Outre la science-fiction, il écrit des romans policiers (collection « Spécial Police » au Fleuve Noir). Sous divers pseudonymes, il explore également d’autres genres populaires aux Presses de la Cité, publiant des romans d’espionnage (sous le nom de Paul Vence) et des romans érotiques (sous le nom d’Urbain Sarrel).

Dès la fin des années 1980, il commence à instiller ses convictions politiques dans ses œuvres de fiction, comme l’illustre son roman Poitiers demain (1987), une dystopie d’extrême droite mettant en scène la libération d’une France occupée.

L’éditeur et l’engagement à l’extrême droite

Au cours des années 1990, Philippe Randa délaisse la fiction populaire pour se consacrer pleinement à la politique, à l’histoire et à l’édition.

Militant dans sa jeunesse au sein du GUD (Groupe union défense) puis au Front national (où il figure sur une liste lors d’élections municipales), il choisit de poursuivre son action politique par le biais de l’édition. Il crée ou dirige plusieurs structures éditoriales qui deviennent des références dans les milieux nationalistes et de l’extrême droite radicale :

  • L’Æncre (librairie parisienne et maison d’édition fondée en 1996) ;
  • Dualpha (créée en 1997) ;
  • Déterna.

Ces maisons d’édition se spécialisent dans la publication et la réédition de textes historiques, d’essais politiques, et de mémoires d’auteurs classés à l’extrême droite ou liés à l’histoire de la collaboration et de l’Algérie française.

Chroniqueur et essayiste

Ancien auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), Philippe Randa est également l’auteur de très nombreux essais, dictionnaires et documents historiques.

Personnalité très active dans la sphère médiatique de la droite radicale, il dirige le site EuroLibertés et a régulièrement animé ou participé à des émissions sur des médias alternatifs comme TVLibertés (notamment les émissions « Bistrot Liberté » ou « Synthèse »).

Aujourd’hui, il reste principalement connu non plus comme le romancier de science-fiction de ses débuts, mais comme l’un des éditeurs et idéologues les plus actifs de l’extrême droite française contemporaine.

Livres de Philippe Randa :

Apocalypse Yankee :

Lex Buri :

Pirates de l’espace :

Aléas à travers le temps (1983)
Baroud pour le genre humain (1987)
Baroud sur Bolkar (1982)
Clash à Zagora (1983)
Folle Meffa (1982)
L’expérience du grand cataclysme (1981)
La planète noire de Lothar (1982)
Le mal d’Ibrator (1988)
Le palais du Roi Phédon (1981)
Le réveil des dieux (1981)
Les écologistes de combat (1982)
Mission sur Terre (1981)
Périls sur Mu (1988)

Pour en savoir plus sur Philippe Randa :

La page Wikipédia sur P. Randa
La page Noosfere sur P. Randa
La page isfdb de P. Randa

Alain Billy

Présentation de Alain Billy :

Alain Billy (1947-) occupe une place singulière dans l’histoire de la littérature de genre en France. S’il est reconnu par la critique pour la finesse de ses nouvelles, il est surtout, pour des générations de lecteurs, l’un des auteurs emblématiques des collections « Angoisse » et « Anticipation » des éditions Fleuve Noir.

Les débuts : le maître de l’étrange et de l’angoisse

C’est au début des années 1970 qu’Alain Billy impose sa plume. Il devient l’un des auteurs phares de la célèbre collection « Angoisse » (la collection au loup-garou), où il déploie un imaginaire marqué par une atmosphère lourde et un sens aigu du mystère.

  • En 1974, il publie Les Fruits sataniques, un récit qui explore les zones d’ombre de la psyché et du surnaturel.
  • Il enchaîne avec des titres marquants comme L’Orchidée rouge de madame Shan (1975) et Le Souffle de lune (1975). Ces ouvrages se distinguent par un style plus travaillé et une sensibilité plus onirique que la production standard du genre à l’époque.

L’ère de l’anticipation et le cycle du Bateleur

Au tournant des années 1980, il bascule vers la collection « Anticipation », où il explore une science-fiction plus spéculative et aventureuse, souvent teintée de merveilleux.

  • Le Rideau de glace (1981) et Parasol 27 (1982) témoignent de sa capacité à créer des mondes aux concepts originaux.
  • C’est à cette période qu’il lance l’un de ses projets les plus ambitieux, le cycle du Bateleur, dont le premier tome, Le Peintre des orages (1984), installe un univers riche en couleurs et en métaphores.
  • Avec Maaga-la-Scythe (1985), il explore les codes de la planet opera avec une héroïne forte, confirmant son goût pour les récits de voyage et d’exotisme lointain.

La consécration littéraire

Parallèlement à ses romans de collection, Alain Billy mène une carrière de nouvelliste exigeant. Ce travail sur la forme courte culmine en 1987 lorsqu’il reçoit le Grand Prix de l’Imaginaire pour Le Temps du passage. Ce prix vient récompenser un auteur qui a su concilier l’efficacité de la littérature populaire et l’exigence stylistique.

Un style

Le style d’Alain Billy se reconnaît à sa capacité à mêler le réalisme et l’insolite. Ses romans ne sont jamais de simples récits d’action ; ils sont imprégnés d’une mélancolie et d’une recherche esthétique qui lui ont permis de survivre à la disparition des collections de poche historiques.

Livres de Alain Billy :

Le bateleur :

L’orchidée rouge de madame Shan (1988)
Le rideau de glace (1987)
Le souffle de lune (1989)
Les fruits sataniques (1993)
Maaga-la-Scythe (1988)

Pour en savoir plus sur Alain Billy :

La page Wikipédia sur A. Billy
La page Noosfere sur A. Billy
La page isfdb de A. Billy

1-A par Thomas M. Disch

Fiche de 1-A

Titre : 1-A (nouvelle)
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1972
Traduction : D. Demerle
Editeur : Galaxie / Opta

Sommaire de 1-A

  • Les visages du chaos par Andrew J. Offutt
  • 1-A par Thomas M. Disch

Première page de 1-A

«  Ça », dit Mr. Green d’un ton qui se voulait sans réplique, « c’était une vraie guerre. » Mr. Green, qui avait porté les armes avec le grade de sergent lors de la Seconde Guerre mondiale, replaça le râteau derrière la porte de son garage.

— « Question d’être réelle, celle-là n’est pas mal non plus », releva Bruce Berwyn, sans grande conviction.

Le nez de Mr. Green émit un son empreint de scepticisme mais qui n’était peut-être dû qu’à son effort pour soulever la vaste corbeille de feuilles mortes.

« Tiens ! je vais vous donner un coup de main », proposa Bruce. Ce dernier avait vingt ans et exerçait, avec son père, la profession de déménageur de pianos. Deux ans auparavant, il jouait comme arrière dans l’équipe de rugby de son collège, et il avait montré une telle aptitude à ce rôle que, si l’envie lui avait pris d’entrer à l’Université, il aurait pu choisir entre trois établissements, dont un en Nouvelle-Angleterre. »

Extrait de : T.M Disch. « 1-A. »

Zothique (Mnémos) par Clark Ashton Smith

Fiche de Zothique

Titre : Zothique : les mondes perdus
Auteur : Clark Ashton Smith
Date de parution : 2017
Traduction : J. Bétan
Editeur : Mnémos

Sommaire de Zothique

  • Zothique (poème en français)
  • Zothique (poème en anglais)
  • L’empire des nécromants
  • L’île des tortionnaires
  • Le dieu nécrophage
  • Le sombre Eidolon
  • Le voyage du roi Euvoran
  • Le tisseur dans la tombe
  • Le fruit de la tombe
  • Les charmes d’Ulua
  • Xeetha
  • Le dernier hiéroglyphe
  • Les nécromants de Naat
  • L’abbé noir de Puthuum
  • La mort d’Ilalotha
  • Le jardin d’Adompha
  • Le maître des crabes
  • Morthylla
  • Des morts tu suburas l’adultère
  • Fragments & Synopsis

Première page de L’empire des nécromants

« La légende de Mmatmuor et Sodosma n’apparaîtra qu’avec les cycles derniers de la Terre, quand les récits joyeux des premiers temps seront tombés dans l’oubli. Avant qu’elle ne soit relatée, de nombreuses époques se seront succédé, le niveau des mers aura baissé, de nouveaux continents seront nés. Peut-être alors permettra-t-elle de soulager un peu la sombre lassitude d’une race moribonde, n’ayant plus d’autre espoir qu’embrasser le néant. Je raconte cette histoire telle que la raconteront les hommes de Zothique, le dernier continent, sous un soleil faible et des cieux amers où les étoiles luiront, sans attendre le soir, d’un formidable éclat.

I

Mmatmuor et Sodosma, nécromants venus de l’île sombre de Naat, se rendirent à Tinarath, par-delà les mers étrécies, afin de pratiquer leur art funeste. Mais ils ne prospérèrent point, car la mort était chose sacrée pour le peuple de cette grise contrée : il tenait en abomination la résurrection des défunts, et le néant du tombeau n’y était pas profané à la légère. »

Extrait de : C.A Smith. « Zothique: Les mondes perdus. »

Sur les ailes du chant par Thomas M. Disch

Fiche de Sur les ailes du chant

Titre : Sur les ailes du chant
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1978
Traduction : J. Bonnefoy
Editeur : Gallimard

Première page de Sur les ailes du chant

« Daniel Weinreb avait cinq ans lorsque sa mère disparut. Bien qu’il ait choisi, à l’instar de son père, de considérer l’événement comme un affront personnel, il se prit bientôt à préférer l’existence sans elle. C’était une fille du genre pleurnicheur, encline aux longs discours décousus, à des accès de haine rentrée vis-à-vis de son père – et qui parfois retombaient également sur lui. Mariée à l’âge de seize ans, elle s’était évanouie à vingt et un, avec ses deux valises, la chaîne stéréo, et l’argenterie pour huit personnes – cadeau de mariage de sa belle-mère, Adah Weinreb.

Une fois terminées les formalités de la rupture – amorcées depuis un bon moment déjà –, le père de Daniel, Abraham Weinreb, un chirurgien-dentiste, déménagea à quinze cents kilomètres de là pour aller vivre avec lui dans l’Iowa, à Amesville : la ville avait besoin d’un praticien, le précédent étant mort. Ils habitaient un appartement au-dessus du cabinet. Daniel y avait sa propre chambre – et non plus un lit pliant. Il y avait des arrière-cours et des rues pour jouer, des arbres où grimper, et des monceaux de neige à longueur d’hiver. »

Extrait de : T.M Disch. « Sur les ailes du chant. »

Zothique (Le Masque fantastique) par Clark Ashton Smith

Fiche de Zothique

Titre : Zothique
Auteur : Clark Ashton Smith
Date de parution : 1970
Traduction : F. Lévie
Editeur : Le Masque fantastique

Sommaire de Zothique

  • Les nécromanciens de Naat
  • Morthylla
  • Le dieu carnivore
  • La fileuse de momies
  • Le maître des crabes
  • Les charmes d’Ulua
  • Le supérieur noir de Puthuum
  • Le frai de la tombe
  • Le dernier hiéroglyphe
  • Le jardin d’Adompha
  • L’ile des tortionnaires
  • L’idole noire

Première page de Les nécromanciens de Naat

« Yadar, le prince d’une peuplade nomade vivant dans une contrée à demi désertique connue sous le nom de Zyra, suivait d’un royaume à l’autre une piste qui se révélait souvent plus insaisissable que des filandres. Cela faisait treize lunes qu’il recherchait Dalili, sa fiancée, que les marchands d’esclaves de Sha-Karag, avec la rapidité et la ruse des faucons du désert, avaient arrachée à son campement tribal avec neuf autres jeunes femmes, pendant que Yadar et ses hommes chassaient la gazelle noire de Zyra. Le chagrin de Yadar fut terrible, et plus terrible encore son courroux, quand il retrouva le soir les tentes dévastées. Il fit alors le serment de retrouver Dalili, que ce fût sur un marché d’esclaves, dans un bordel ou un harem, morte ou vivante, demain ou quand ils auraient tous les deux les cheveux gris. »

Extrait de : C.A Smith. « Zothique. »

Poussière de lune par Thomas M. Disch

Fiche de Poussière de lune

Titre : Poussière de lune
Auteur : Thomas M. Disch
Date de parution : 1975
Traduction : R. Delouya
Editeur : Denoël

Sommaire de Poussière de lune

  • Les cafards
  • Viens à Vénus mélancolie
  • Linda, Daniel et Spike
  • Inutile la fuite, inexorable la pitié
  • La descente
  • Nada
  • Maintenant c’est l’éternité
  • L’épreuve
  • La chambre vide
  • La cage d’écureuil
  • Le nombre que vous avez atteint
  • 1-A
  • Achetez-vous une nouvelle tête
  • La cité ou rayonne la lumière
  • Poussière de lune, odeur de foin et matérialisme dialectique
  • Thèse sur les formes sociales et les contrôles sociaux aux U.S.A.
  • Casablanca

Première page de Les cafards

« Miss Marcia Kenwell avait une sainte horreur des cafards. C’était une horreur toute différente de celle qu’elle éprouvait pour la couleur puce, par exemple. Miss Marcia Kenwell abominait ces petites bestioles. Elle ne pouvait en voir une sans avoir envie de hurler. Sa répulsion était telle qu’elle ne pouvait même pas se résoudre à les écraser sous ses semelles. Non, elle n’aurait pas pu le supporter. Elle préférait se précipiter sur la bombe insecticide Drapeau Noir et inonder la bête de poison jusqu’à ce qu’elle cesse de bouger ou qu’elle disparaisse dans une des lézardes où elles semblaient toutes avoir élu domicile. C’était horrible, indiciblement horrible, de penser qu’elles nichaient dans les murs, sous le linoléum, attendant que les lumières s’éteignent pour… Non, il valait mieux ne pas y penser.

Elle épluchait le Times toutes les semaines pour trouver un autre appartement. Mais les loyers étaient trop chers (c’était à Manhattan, et le salaire brut de Marcia se montait à peine à soixante-deux dollars cinquante par semaine), ou l’immeuble était visiblement infesté. Elle le devinait toujours à coup sûr : il y aurait des carcasses de cafards éparpillées dans la poussière, sous l’évier, collées au gras derrière la cuisinière, ou en bordure de la plus haute étagère du placard, comme du riz sur les marches de l’église après un mariage. Elle quittait ces pièces dans un accès de dégoût, incapable de réfléchir jusqu’à ce qu’elle se retrouve chez elle, dans une atmosphère alourdie des senteurs saines de Drapeau Noir, de Cafardez-le, et des pâtes toxiques étendues sur des rondelles de pommes de terre dissimulées dans les mille et une fissures connues d’elle seule et des cafards. »

Extrait de : T.M Disch. « Poussière de lune. »