Auteur/autrice : CH91

 

Les seigneurs de Bohen par Estelle Faye

Fiche de Les seigneurs de Bohen

Titre : Les seigneurs de Bohen (tome 1 sur 2 – Bohen)
Auteur : Estelle Faye
Date de parution : 2017
Editeur : Editions Critic

Première page de Les seigneurs de Bohen

« J’ai vu changer la face du monde. Je n’ai que très peu influencé le cours des évènements, mais, au fond, peut-être n’était-ce pas mon rôle. J’étais agent des Empereurs, des derniers Empereurs de Bohen.

Certains soirs, alors que le vent couche les longues herbes de la steppe et que le froid ankylose mes mains ridées, de ces soirs porteurs d’orage où le Vieux Stepovoï, sur son cheval maigre, les cheveux fous, réveille les esprits des anciens nomades, les souvenirs de ma longue vie me reviennent en mémoire, les images défilent sur la toile mouvante de la steppe, l’herbe gris-vert aux reflets d’argent. Malgré moi, je plisse les paupières, je scrute le crépuscule ; malgré moi, je guette un rayon vert à l’horizon. Un miroitement lointain du Palais d’Ambre Vert, de la citadelle des Empereurs. Même si le Palais n’existe plus.

J’ai passé tant de crépuscules, quand j’étais enfant, à attendre cet éclat vert. À rêver de partir, de quitter la steppe pour découvrir le vaste monde. Et le monde, alors, c’était l’Empire. »

Extrait de : E. Faye. « Les Seigneurs de Bohen. »

Les chevaliers du Tintamarre par Raphaël Bardas

Fiche de Les chevaliers du Tintamarre

Titre : Les chevaliers du Tintamarre
Auteur : Raphaël Bardas
Date de parution : 2020
Editeur : Mnémos

Première page de Les chevaliers du Tintamarre

« C’est là que nous avons grandi. La cité de la terre et de l’océan, ronde et gonflée comme un gâteau de grand-mère et creuse en son centre comme quand on y fourre un doigt.

Elle n’a pas toujours été à nous, Morguepierre, aux hommes, je veux dire. Avant, il y a très longtemps, quand le gros type sur la Lune n’était qu’un gosse, et avant encore qu’il ne lui pousse des dents, Morguepierre était sous l’eau et elle appartenait aux morganes. Mon oncle Benjamin m’a raconté qu’un jour le géant sélénite l’a empoignée dans son énorme main et l’a arrachée des fonds marins pour la tirer vers lui, à la surface. À ce qu’on dit, c’est parce qu’il s’ennuyait qu’il a fait ça ; parce qu’il en avait marre de ne rien voir de ce qu’il se passait dans cette fichue cité enfouie sous les eaux. Et comme ça le faisait marrer, il a aussi suspendu autour de cette nouvelle cité quelques récifs qui flottent encore dans les airs. Enfin, certains se sont quand même cassé la gueule, c’est ceux-là qu’on appelle les faubourgs crachés.

C’est là que les hommes se sont installés en premier, et quand certains se sont trouvé des plumes pour s’envoler vers ceux qui planaient là-haut, ben on les leur a pas disputés et on a décidé qu’ils avaient bien le droit de s’appeler seigneurs. Enfin, je dis « nous », mais moi j’étais pas là, pas encore, et ni Silas ni la Morue n’y étaient non plus. C’était jadis, comme disent les vieux sous leurs moustaches de sel croquant.

Les morganes ? Elles, depuis les profondeurs, on dit qu’elles préparent leur vengeance. C’est pour ça je crois que les marins ne les aiment pas tellement. Moi, ce que j’en pense, c’est que cette histoire a surtout bien aidé tonton à me faire manger ma soupe. »

Extrait de : R. Bardas. « Les Chevaliers du Tintamarre. »

Le voyage des âmes cabossées par Raphaël Bardas

Fiche de Le voyage des âmes cabossées

Titre : Le voyage des âmes cabossées
Auteur : Raphaël Bardas
Date de parution : 2021
Editeur : Mnémos

Première page de Le voyage des âmes cabossées

« Morguepierre n’était pas seulement notre terrain de jeu. Elle n’était pas que ce volcan éteint, cet amas de roches froides battues par la pluie et les vents marins, où s’accrochaient malgré tout ces maisons de pierre grise. Elle était bien plus que le jouet du géant de la Lune ou le siphon à bouffe de l’Ogre Gargante. Morguepierre était cet endroit dont les entrailles profondes, les veines précieuses, étaient constituées de ce métal hallucinant, que d’aucuns nommèrent à juste titre « hallucinium », et qui avait tant d’intrigantes propriétés. Au plus profond de ses tripes, notre ville était ainsi, unique, épatante, prompte à faire taire les impossibilités.

Aussi fais-je partie de ceux qui croyaient surtout qu’elle était un véritable aimant à emmerdes.

On racontait par exemple qu’un jour le Navire des Âmes cabossées s’était échoué à Morguepierre. Il n’était pas censé faire ça, ce rafiot. Il ne devait pas s’éloigner du large et des batailles navales dont il repêchait les corps pour peupler ensuite les enfers. Pourtant, certains l’avaient vu, avec sa figure de proue immonde. Cette vieille femme sinistre à la poitrine effondrée, et dont le visage détruit par la douleur pendait de tous côtés, était la Mère Boîtard. Dans nos légendes, elle était celle qui enfantait dans l’au-delà les âmes des soldats morts au combat. Lorsqu’un galeux tombait sous les coups, de l’autre côté, la Mère Boîtard accouchait de son corps difforme, de cette âme cabossée qui errerait dans les limbes océanes jusqu’à la fin des temps.

On disait aussi que le Navire avait craché ses guerriers ivres, estropiés, qui s’étaient engagés dans une quête absurde, tuant d’un baiser sur le front, ou d’un coup d’épée, quiconque se mettait sur leur chemin. »

Extrait de : R. Bardas. « Le Voyage des âmes cabossées. »

Des certitudes par Magali Villeneuve

Fiche de Des certitudes

Titre : Des certitudes (tome 2 sur 2 – La dernière Terre)
Auteur : Magali Villeneuve
Date de parution : 2013
Editeur : L’homme sans nom

Première page de Des certitudes

« Il m’arrive de te détester. Du reste, il est plus aisé de maudire. Je vivais en paix jusqu’à ce jour si lointain où je t’ai regardé t’éloigner pour la première fois. Par quel insécable lien as-tu emprisonné mon bras alors ? Dans quelle fissure de faiblesse profondément désavouée as-tu dissimulé une part de toi ? Je vivais en paix, je vivais ignorant. Je ne connaissais rien de ces brisants où je fus précipité par le cour de ta vie. Vois. Je t’inculpe encore… Mais à quoi bon m’en excuser maintenant, qui y prêterait oreille… Celle qui dort, là, derrière la porte voisine de la mienne ? Nous somme déjà si impuissant à nous atteindre sans nous écorcher l’un l’autre. Elle, enveloppe vide, moi, inapte à créer des passerelles entre les feux de mon esprit, les vides de mon cœur, et mon cœur à jamais glacé. N’ai-je donc rien appris, aurais-je déjà oublié, ou m’obstinerais-je à m’agripper aux restes de l’homme que j’étais quand bien même il serait coupable du moindre de mes maux ?
Mais si tu la voyais…
Il me semble que tu n’as jamais rien commis dont il n’ait pas découlé au moins une part de bon, ni effleuré la vie de quiconque sans y faire descendre un rai de lumière. Un tel pouvoir se doit d’être inné et n’échoit pas au hasard. La preuve, je ne le possède pas. »

Extrait de : M. Villeneuve. « La Dernière Terre – Des certitudes. »

L’enfant merehdian par Magali Villeneuve

Fiche de L’enfant merehdian

Titre : L’enfant merehdian (tome 1 sur 2 – La dernière Terre)
Auteur : Magali Villeneuve
Date de parution : 2012
Editeur : L’homme sans nom

Première page de L’enfant merehdian

« C’est un jour attendu depuis si longtemps. Mille éternités à craindre qu’il ne vienne jamais. De ces jours, quand, où que les regards se posent, le bonheur qu’ils rencontrent est sans limites. Un jour tel que l’horizon n’est plus assez vaste, ni les cœurs assez grands. L’air limpide n’est plus que musiques et échos d’allégresse.
Je ne connais pas tout cela, cette fête, cette légèreté d’âme. Je vois ces visages : chacun me renvoie un sourire qui me glace le cœur. Je le sens, d’ailleurs, sous ma main, au fond de ma poitrine, il me fait déjà bien souffrir.
Insidieuse malédiction, amenée sur moi par son plus angélique messager !
Chantons-nous pour cela ? Dansons-nous pour cela, buvons-nous à cela ? Quel irrationnel ordre des choses offre si généreuse rétribution pour l’iniquité de nos actes ?
Je regarde ma main gantée de noir, d’un noir aussi profond que celui des nuages que je sens s’amonceler dans les cieux de mes lendemains. Mon âme se lamente quand elle devrait célébrer et rire. Car, après tout, me voilà de retour. Ne l’avais-je si ardemment désiré ? Revenir de là-bas, nul ne pourrait le nier, est acte de bravoure… On me regarde comme un prodige, un miraculé. Mais ils ignorent que je n’ai eu d’autre combustible que mes rages, ni de plus hauts motifs que mes instincts les plus sombres. L’espoir de voir l’avènement d’un jour comme celui-ci n’a guère compté. Telle est la vérité.
Je regarde ma main gantée de noir et m’abîme dans ses profondeurs. »

Extrait de : M. Villeneuve. « La Dernière Terre – L’enfant merehdian. »

Le sacrificateur par Gilbert Picard

Fiche de Le sacrificateur

Titre : Le sacrificateur
Auteur : Gilbert Picard
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le sacrificateur

« Arrivé à Charolles, la capitale européenne de la viande, le poids lourd équipé pour le transport du bétail prit la route de Paray-le-Monial.

À la sortie de la ville, il traversa au ralenti une petite place dont les pavés inégalement usés dataient de la Révolution. Le chauffeur vint se garer devant les abattoirs Boulard et Fils dont les portes métalliques étaient grandes ouvertes.

Fernand Grury coupa le contact et passa la main sous son béret basque qu’il portait avec une pointe sur le devant, pour se gratter le cuir chevelu. Chaque fois qu’il conduisait ses bêtes au bourreau, il avait des démangeaisons dans la tête, comme si elle abritait plusieurs colonies de poux.

Sous la bâche du camion, les porcs, arrivés au bout de leur chemin, respiraient l’odeur du sang. Sentant leur mort prochaine, avant d’être découpés en côtelettes et en jambons, ils grognaient, usant leur groin contre les ridelles et tapaient du sabot peut-être en signe d’une vaine défense. »

Extrait de : G. Picard. « Le sacrificateur. »

Le négus rouge par Gilbert Picard

Fiche de Le négus rouge

Titre : Le négus rouge
Auteur : Gilbert Picard
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le négus rouge

« La gare ressemble aux vénérables bâtiments construits au début du siècle par les Chemins de Fer français. Des briques rouges et un toit pointu. Sur la façade ocrée, au-dessus de la porte, l’horloge ronde est toujours en avance de deux minutes pour inciter les voyageurs à presser le pas. Sur le côté, le buffet, avec une entrée donnant sur la place et une sortie permettant l’accès direct aux quais.

On pourrait se croire à Saint-Pourçain-sur-Sioule ou à Étang-sur-Arroux ! Mais là s’arrêtent les comparaisons entre les paisibles gares des bourgades françaises et celle… d’Addis-Abeba.

De l’époque des chemins de fer franco-éthiopiens, il ne reste qu’une bâtisse et des contrats qui jaunissent dans les rayons des archives nationales. »

Extrait de : G. Picard. « Le Négus Rouge. »

Le miroir du passé par Gilbert Picard

Fiche de Le miroir du passé

Titre : Le miroir du passé
Auteur : Gilbert Picard
Date de parution : 1985
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le miroir du passé

« Il se tenait devant le bar. En équilibre. Comme un funambule sur sa plate-forme entre ciel et terre. Avec un léger oscillement du corps. Presque imperceptible, mais régulier. Dans cette attitude familière, il gardait résolument les mains au fond des poches de son vieux veston avachi et dont le col s’ourlait d’une ligne noire au niveau de la nuque. Des mains noueuses, aux ongles rongés jusqu’à la lunule et sans cesse agitées par un tremblement nerveux et ininterrompu.
Le visage couperosé, les lèvres violacées et les yeux injectés de sang, Raoul Duroc, un habitué de la maison, apostropha le patron qui, à cette heure matinale, préparait des cafés à la chaîne pour les forains venus planter leur banc dans la rue voisine.
La petite ville bourgeoise de Rambouillet était en effervescence. Les camions du marché et ceux de la salle des ventes toute proche créaient de beaux embouteillages dans les rues. »

Extrait de : G. Picard. « Le miroir du passé. »

Estelle Faye

Présentation de Estelle Faye :

Née au mois de mai de l’année 1978, Estelle Faye, cette talentueuse romancière a d’abord emprunté des chemins de traverse avant de se consacrer pleinement à l’art délicat de la plume. En effet, avant de bâtir des univers sur le papier, elle a étudié l’art dramatique et le cinéma, brûlant les planches en tant que comédienne et dirigeant même des comédiens derrière la caméra en qualité de réalisatrice. De cette formation théâtrale et cinématographique, elle a conservé un sens aigu de la mise en scène, du rythme et de la psychologie des personnages, qualités qui irriguent abondamment sa prose.

Lorsqu’elle décide de se tourner vers les belles-lettres, c’est pour s’imposer très rapidement comme un auteur incontournable de notre imaginaire hexagonal. Loin de se cantonner à un seul genre, elle explore avec une égale virtuosité les terres du fantastique, de la science-fiction et de la haute fantaisie (cette fameuse « fantasy » chère aux Anglo-Saxons).

Son premier coup d’éclat dans le domaine romanesque fut incontestablement Porcelaine, publié en l’an 2013, une œuvre poétique et cruelle qui s’attira immédiatement les louanges de la critique et du public. Dotée d’une force narrative peu commune, elle s’attaque ensuite à la grande fresque épique avec Les Seigneurs de Bohen (2017), un roman magistral qui lui valut d’être couronnée par le très prestigieux Prix Imaginales. Jamais à court d’inspirations, cette conteuse hors pair n’hésite pas à se propulser dans les étoiles, nous livrant avec Les Nuages de Magellan (2018) une formidable incursion dans la science-fiction d’aventures, confirmant ainsi l’étendue de son registre. Que ce soit dans l’horreur gothique (avec le glaçant Widjigo) ou les récits pour la jeunesse, son verbe se fait toujours précis et envoûtant.

Il est fort réjouissant de constater que l’imaginaire français possède en Estelle Faye un écrivain de cette trempe, capable de rivaliser avec les plus illustres figures de l’outre-Atlantique.

Livres de Estelle Faye :

Bohen :

La voie des oracles :

Les magies de l’Archipel :

Brouillard sur la baie (2021)
Cicatrices (2026)
Hollywood Monsters (2022)
Il était ma légende (2022)
Jardins (2022)
L’arpenteuse de rêves (2021)
L’été de la reine bleue (2024)
L’héritier des fées (2025)
L’île au manoir (2018)
La dernière amazone (2023)
La dernière lame (2012)
La Suriedad (2013)
Le drakkar éternel (2020)
Les guerriers de glace (2018)
Les nuages de Magellan (2018)
Les ombres de Willowthorne (2025)
Porcelaine (2012)
Un éclat de givre (2014)
Un reflet de lune (2021)
Widjigo (2021)

Pour en savoir plus sur Estelle Faye :

La page Wikipédia sur E. Faye
La page Noosfere sur E. Faye
La page isfdb de E. Faye

Raphaël Bardas

Présentation de Raphaël Bardas :

Né en l’an 1950 ? Que nenni, Raphaël Bardas a vu le jour au cours de l’année 1976 ! Avant de s’imposer comme un romancier dont la gouaille fait les délices des amateurs de littérature conjecturale, Raphaël Bardas a embrassé une carrière de professeur documentaliste. Fait piquant pour un homme de cabinet et de bibliothèque, il nourrit une passion des plus ardentes pour les sports de combat, allant jusqu’à diriger son propre club de savate (cette noble boxe française) !

Sur le plan littéraire, ses premières armes ne se firent point dans le roman classique, mais dans cet étonnant loisir collectif que la jeunesse anglo-saxonne a baptisé « jeux de rôle » (et que nous pourrions fort à propos qualifier de jeux de simulation théâtrale). Il y bâtit des univers foisonnants pour diverses publications, s’exerçant ainsi à l’art délicat de la mise en scène du merveilleux.

Cependant, c’est bel et bien en tant qu’écrivain de pleine autorité qu’il nous intéresse au premier chef. Délaissant les simples manuels de jeu pour les vastes étendues du récit picaresque et de la haute fantaisie, Raphaël Bardas publie Les Chevaliers du Tintamarre. Dans ce formidable roman de cape et d’épée mâtiné de sortilèges, il conte les mésaventures rocambolesques d’un trio de bretteurs fanfarons, évoluant dans une cité bouillonnante. L’écrivain y déploie un verbe haut en couleur, un panache indéniable et un sens du rythme haletant qui fleurent bon le feuilleton de la grande époque.

Confirmant ses indéniables prédispositions pour l’épopée merveilleuse, il récidive avec Le Voyage des âmes cabossées, une œuvre tout aussi attachante et foisonnante, prouvant à ceux qui en doutaient encore que la littérature de l’imaginaire française se porte à merveille et sait fort bien s’affranchir du seul modèle outre-atlantique.

Livres de Raphaël Bardas :

Le voyage des âmes cabossées (2021)
Les chevaliers du Tintamarre (2020)
Les fourneaux de Crachemort (2024)

Pour en savoir plus sur Raphaël Bardas :

La page Wikipédia sur R. Bardas
La page Noosfere sur R. Bardas
La page isfdb de R. Bardas