Auteur/autrice : CH91
La vallée du désespoir par Gustave Le Rouge

Fiche de La vallée du désespoir
Titre : La vallée du désespoir
Auteur : Gustave Le Rouge
Date de parution : 1927
Editeur : BeQ
Première page de La vallée du désespoir
« Il y avait un mois que Martial Norbert avait quitté Mexico, en compagnie d’un vieux métis indien, Chanito, qu’on lui avait recommandé pour sa probité et pour la parfaite connaissance qu’il avait des parties encore inexplorées de la Cordillère des Andes. Martial, d’ailleurs, n’avait eu qu’à se féliciter de son choix et il appréciait de plus en plus les qualités d’un pareil guide, depuis qu’ils avaient pénétré dans les régions désertiques de la Sonora, la terre sans eau, sans arbres et sans maître, qu’on a énergiquement appelée No man’s land, la terre hostile à l’homme.
Après une rude matinée de marche à travers une plaine de sable, où les deux mules pesamment chargées enfonçaient parfois jusqu’au poitrail, ils avaient fini par atteindre un ravin abrité, où, sur les bords d’un petit ruisseau, poussaient quelques saules, quelques euphorbes et de maigres palmiers.
Martial, accablé de fatigue, anéanti par une chaleur suffocante, était tombé dans un profond sommeil. »
Extrait de : G. Le Rouge. « La vallée du désespoir. »
La reine des éléphants par Gustave Le Rouge

Fiche de La reine des éléphants
Titre : La reine des éléphants
Auteur : Gustave Le Rouge
Date de parution : 1906
Editeur : BeQ
Première page de La reine des éléphants
« Ce soir-là, comme presque tous les soirs, le colonel sir John Printermont, commandant au nom de Sa Majesté britannique les troupes en garnison à Bénarès, se promenait en compagnie de sa fille, miss Emmy, dans la large avenue bordée de palais qui longe le Gange, le fleuve sacré des Hindous, dont les eaux bleues viennent battre le pied des escaliers de marbre.
Tout entiers au ravissement de l’heure exquise, qui, dans ces climats, précède le coucher du soleil, le père et la fille se taisaient.
Devant eux, un éléphant richement caparaçonné de soie brodée d’argent, écartait lentement de sa trompe la paresseuse cohue des indigènes au teint de cuivre rouge, aux yeux étincelants et comme enfiévrés.
Bakaloo, tel était son nom, n’était pas un éléphant ordinaire.
Capturé tout jeune quelque vingt ans auparavant dans les forêts du nord de la presqu’île par le colonel, alors simple lieutenant, celui-ci avait eu le caprice d’entreprendre lui-même l’éducation du pachyderme. »
Extrait de : G. Le Rouge. « La reine des éléphants. »
La mandragore magique par Gustave Le Rouge

Fiche de La mandragore magique
Titre : La mandragore magique
Auteur : Gustave Le Rouge
Date de parution : 1912
Editeur : Poche-Club
Première page de La mandragore magique
« La mandragore, (Atopa Mandragora), est une solanée, proche parente de la belladone et, comme elle, très vénéneuse. Les fleurs de la mandragore sont blanchâtres, légèrement teintées de pourpre, sur des hampes plus courtes que les feuilles et naissant immédiatement de la racine. Le fruit ressemble à une très petite pomme ; c’est une baie charnue, molle, jaunâtre lorsqu’elle est mûre et d’une odeur fétide, de même que la plante tout entière.
La racine épaisse, velue et fréquemment bifurquée a souvent fait comparer la mandragore à un torse humain.
Théophraste appelle cette plante Αυθρωπομορφου (à forme humaine), et Columelle la surnomme semi-homo (demi-homme).
Les anciens faisaient entrer la mandragore dans la composition des philtres, et dès la plus lointaine antiquité, elle a joué un rôle capital dans les opérations magiques.
Une tradition rabbinique veut que la mandragore ait poussé dans le Paradis terrestre, à l’ombre même de l’arbre du Bien et du Mal. Le père Joseph Lopiteau paraît se ranger à cette opinion quand il dit que les éléphants rencontrent la mandragore sur la route du Paradis terrestre. »
Extrait de : G. Le Rouge. « La mandragore magique. »
Princesse Brambilla par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann

Fiche de Princesse Brambilla
Titre : Princesse Brambilla
Auteur : Ernst Theodor Amadeus Hoffmann
Date de parution : 1820
Traduction :
Editeur :
Première page de Princesse Brambilla
« C’était le soir, le crépuscule tombait et dans les couvents sonnait l’angélus. Alors la jolie et charmante enfant appelée Giacinta Soardi mit de côté le riche costume de femme, en lourd satin rouge, à la garniture duquel elle avait travaillé avec application, et elle regarda d’un air mécontent, par la haute fenêtre, dans la rue étroite et triste où il n’y avait personne.
Cependant, la vieille Béatrice ramassait soigneusement les travestis bariolés, de toute espèce, qui étaient épars sur des tables et des chaises, dans la petite chambre, et elle les suspendait l’un après l’autre. Puis, les deux bras campés sur les hanches, elle se plaça devant l’armoire ouverte et dit joyeusement :
– Vraiment, Giacinta, cette fois-ci nous avons bien travaillé. Il me semble avoir ici devant les yeux la moitié de notre joyeux monde du Corso carnavalesque. »
Extrait de : E.T.A Hoffmann. « Princesse Brambilla. »
Nouvelles musicales par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann

Fiche de Nouvelles musicales
Titre : Nouvelles musicales
Auteur : Ernst Theodor Amadeus Hoffmann
Date de parution : 1929
Traduction : A. Hella, O. Bournac
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Sommaire de Nouvelles musicales :
- Le chevalier Gluck
- Don Juan
- La « fermata »
- Le conseiller Krespel
- Les automates
Première page de Le chevalier Gluck
« L’arrière-saison, à Berlin, compte habituellement quelques beaux jours encore. Le soleil sort gracieusement des nuages, et vite l’humidité s’évapore dans l’air tiède qui souffle par les rues. Alors on voit une longue file bariolée de promeneurs : élégants, bourgeois avec leur femme et leurs charmants petits enfants en habits des dimanches, ecclésiastiques, Juives, référendaires, filles de joie, professeurs, modistes, danseurs, officiers, etc., s’avancer Sous les Tilleuls dans la direction du Tiergarten. Bientôt toutes les places sont occupées chez Klaus et Weber ; le café noir fume, les élégants allument leurs cigares, on parle, on discute sur la guerre et la paix, sur les souliers de Mme Bethmann(1) (les derniers étaient-ils gris ou verts ?), sur le commerce arrêté et la fausse monnaie, jusqu’à ce que tout ce bruit se fonde dans un air de Fanchon, où une harpe discordante, quelques violons non accordés, une flûte phtisique et un basson asthmatique se torturent tout en torturant les auditeurs. »
Extrait de : E.T.A Hoffmann. « Nouvelles musicales. »
Les elixirs du diable – Histoire du capucin Médard par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann

Fiche de Les elixirs du diable – Histoire du capucin Médard
Titre : Les elixirs du diable – Histoire du capucin Médard
Auteur : Ernst Theodor Amadeus Hoffmann
Date de parution : 1816
Traduction :
Editeur : Bibebook
Première page de Les elixirs du diable – Histoire du capucin Médard
« Jamais ma mère ne m’a dit quelle position occupait mon père dans le monde mais, si j’évoque tout ce qu’elle me racontait de lui dans ma plus tendre enfance, je suis enclin à croire que c’était un homme de beaucoup d’expérience et doué de connaissances profondes. De même, par ces récits et par quelques remarques de ma mère sur sa vie antérieure – remarques que je n’ai comprises que plus tard –, je sais que mes parents, après avoir mené une vie agréable, grâce à leur grande richesse, tombèrent dans la plus affreuse et la plus accablante misère.
Poussé par Satan, mon père commit, un jour, un sacrilège. Plus tard, lorsque vint l’éclairer la grâce divine, il voulut expier ce péché mortel par un pèlerinage au Saint-Tilleul dans la froide et lointaine Prusse. Pendant ce voyage pénible, ma mère sentit, pour la première fois depuis plusieurs années de mariage, qu’elle ne resterait pas inféconde, comme mon père l’avait craint. Aussi, malgré sa détresse, l’auteur de mes jours s’en réjouit-il vivement, parce qu’il voyait là l’accomplissement d’une vision, au cours de laquelle saint Bernard lui avait assuré que la naissance d’un fils lui apporterait la consolation et le pardon de son péché. »
Extrait de : E.T.A Hoffmann. « Les Élixirs du diable- Histoire du capucin Médard. »
Contes fantastiques tome 6 par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann

Fiche de Contes fantastiques tome 6
Titre : Contes fantastiques tome 6
Auteur : Ernst Theodor Amadeus Hoffmann
Date de parution : 1829
Traduction : H. Egmont
Editeur : Bibebook
Sommaire de Contes fantastiques tome 6 :
- Le coeur de pierre
- Le vieux comédien
- Deux originaux
- La vision
- Les aventures de la nuit de Saint-Sylvestre
- La maison déserte
- Les dernières aventures du chien Berganza
Première page Le coeur de pierre
« Tout voyageur qui, à une heure favorable de la journée, passe à la distance d’une demi-heure de chemin de la petite ville de G… du côté du midi, est frappé de l’aspect imposant d’un château qui s’élève à droite de la grand-route, avec ses murs peints et crénelés d’une manière bizarre, pareil à un géant qui vous regarde à travers le sombre feuillage des halliers. Ces halliers environnent un vaste parc qui s’étend au loin dans la vallée. – Si le hasard te conduit jamais là, bien-aimé lecteur, ne crains pas le léger retard apporté à ton voyage, ni le modeste pourboire qu’il te faudra peut-être donner au jardinier ; mais descends bravement de voiture, et fais-toi introduire dans le parc et dans la maison, sous prétexte d’avoir intimement connu le défunt propriétaire du château, le conseiller à la cour de G… Reutlinger.
Tu peux d’ailleurs en agir ainsi sans scrupule, pourvu qu’il te plaise de lire jusqu’à la fin tout ce que je suis disposé à te raconter ; car j’espère qu’après cela le conseiller Reutlinger sera tellement présent à tes yeux avec toutes ses bizarres façons d’agir, que tu croiras l’avoir connu familièrement toi-même. »
Extrait de : E.T.A Hoffmann. « Contes fantastiques VI. »
Contes fantastiques tome 5 par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann

Fiche de Contes fantastiques tome 5
Titre : Contes fantastiques tome 5
Auteur : Ernst Theodor Amadeus Hoffmann
Date de parution : 1829
Traduction : E. de la Bédollière
Editeur : Bibebook
Sommaire de Contes fantastiques tome 5 :
- Le pot d’or
Première page de Le pot d’or
« Au jour de l’Ascension, à deux heures après midi, un jeune homme à Dresde passait en courant la porte Noire, et vint donner juste contre une corbeille remplie de pommes et de gâteaux qu’une vieille femme laide offrait à bas prix, de sorte que tout ce qui était heureusement échappé à la meurtrissure de la secousse, fut lancé au dehors du panier à la grande joie des polissons de la rue qui se partagèrent le butin que le hâtif jeune homme leur avait distribué. Au cri de détresse que jeta la vieille, les commères laissèrent là leurs gâteaux et leur table à eau-de-vie, entourèrent le jeune étudiant et l’assaillirent de leurs injures avec leur impétuosité populaire, de telle façon que muet de honte et de dépit, il présenta une petite bourse très médiocrement remplie d’argent, que la vieille saisit avidement et mit vitement dans sa poche. Alors le cercle s’entrouvrit, mais tandis que le jeune homme en sortit comme un trait la vieille cria après lui :
— Oui, va, cours, fils de Satan ! bientôt tu tomberas dans le cristal, dans le cristal ! »
Extrait de : E.T.A Hoffmann. « Contes fantastiques V. »
Contes fantastiques tome 4 par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann

Fiche de Contes fantastiques tome 4
Titre : Contes fantastiques tome 4
Auteur : Ernst Theodor Amadeus Hoffmann
Date de parution : 1829
Traduction : E. de la Bédollière
Editeur : Bibebook
Sommaire de Contes fantastiques tome 4 :
- La femme vampire
- Le diable à Berlin
- Casse-Noisette et le roi des souris
- L’élève du grand Tartini
- L’hôte mystérieux
- Le voeu
- Le sanctus
Première page de La femme vampire
« Le comte Hippolyte était revenu de ses longs voyages pour prendre possession du riche héritage de son père, qui était mort depuis peu. Le château de sa famille était situé dans une contrée des plus pittoresques, et les revenus du patrimoine permettaient d’entreprendre les plus dispendieux embellissements.
Tout ce qui avait en ce genre frappé le comte par la magnificence et le goût dans les pays qu’il avait visités, et surtout en Angleterre, il résolut de le reproduire et d’en jouir encore. Des artisans et des ouvriers se rendirent à son appel, et l’on commença aussitôt la reconstruction du château, et le plan d’un parc du style le plus grandiose, où se trouvaient même enclavés, comme dépendances, l’église, la paroisse et le cimetière.
Le comte, qui possédait les connaissances nécessaires, dirigea lui-même tous les travaux, et s’adonna entièrement à cette occupation. Un an s’était écoulé de cette manière, sans qu’il lui fût venu l’idée d’aller, suivant le conseil d’un vieil oncle, briller dans les cercles de la résidence aux yeux des demoiselles, afin d’épouser la meilleure, la plus belle et la plus noble de toutes. »
Extrait de : E.T.A Hoffmann. « Contes fantastiques IV. »
Contes fantastiques tome 3 par Ernst Theodor Amadeus Hoffmann

Fiche de Contes fantastiques tome 3
Titre : Contes fantastiques tome 3
Auteur : Ernst Theodor Amadeus Hoffmann
Date de parution : 1829
Traduction : Loève-Veimars
Editeur : Bibebook
Sommaire de Contes fantastiques tome 3 :
- Le spectre fiancé
- Zacharias Werner
- L’église des jésuites
- Le cahier de l’élève des jésuites
- Mademoiselle de Scudéry
- Maître Martin, le tonnelier et ses apprentis
Première page de Le spectre fiancé
« Le vent grondait dans les airs, annonçant l’approche de l’hiver, et chassant devant lui de sombres nuages, dont les flancs noirs étaient chargés de pluie et de grêle. – Nous serons seuls ce soir, dit, au moment où la pendule sonnait sept heures, la femme du colonel Grenville à sa fille Angélique. Le mauvais temps retiendra nos amis.
En ce moment, le jeune major Maurice de Rheinberg entra dans le salon. Il était suivi d’un jeune avocat dont l’humeur spirituelle et inépuisable animait le petit cercle qui se rassemblait, tous les vendredis, dans la maison du colonel, et il se forma ainsi une petite réunion qui, selon la remarque d’Angélique, pouvait fort bien se passer d’être plus grande. Il faisait froid dans le salon ; madame de Grenville fit allumer du feu dans la cheminée et apporter la machine à faire du thé.
— Pour vous autres hommes, dit-elle, qu’un héroïsme vraiment chevaleresque a amenés auprès de nous, à travers vents et tempêtes, je soupçonne que votre goût viril ne saurait s’accommoder de notre boisson fade et féminine ; aussi mademoiselle Marguerite va-t-elle vous préparer un bon mélange du Nord, qui a le pouvoir de chasser les brouillards glacés. »
Extrait de : E.T.A Hoffmann. « Contes fantastiques III. »