Auteur/autrice : CH91

 

Le rêveur des terres agglutinées par Roland C. Wagner

Fiche de Le rêveur des terres agglutinées

Titre : Le rêveur des terres agglutinées (Tome 1 sur 2 – Images rémanentes)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1990
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le rêveur des terres agglutinées

« — Tu me donnes du feu ? demanda le chien jaune en posant une patte amicale sur la cuisse blanche de Suzy.
La jeune femme considéra de son regard changeant le court brûle-gueule coincé entre les crocs acérés, puis fouilla dans son sac et en tira un briquet jetable, avec lequel elle embrasa le tabac tassé dans le fourneau noirci par l’usage.
— Merci, dit le chien en recrachant un épais nuage de fumée. Ça faisait un sacré bout de temps que je ne m’étais pas fumé une bonne pipe de gris !
Maggie cessa un instant de démêler sa crinière rousse pour émettre un ricanement qui se voulait méprisant. L’animal lui lança un regard noir et posa sur les genoux de Suzy sa grosse tête carrée de corniaud, qu’une main fine ne tarda pas à venir caresser. »

Extrait de : R.C Wagner. « Le rêveur des terres agglutinées – Images rémanentes. »

Les derniers jours de mai par Roland C. Wagner

Fiche de Les derniers jours de mai

Titre : Les derniers jours de mai (Tome 3 sur 3 – Futur Proche)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 2014
Editeur : Les moutons électriques

Première page de Les derniers jours de mai

« Alors sont arrivés les derniers jours de mai…

Et tout le reste, tout ce qui avait pu se passer auparavant, toutes ces années d’angoisse et de désespoir, toutes ces choses qui m’attendaient, tapies dans l’ombre visqueuse de la nuit rouge – tout le reste s’est effacé derrière moi, englouti par la bouche béante de l’oubli.

Les derniers jours de mai ! !

C’était comme une frontière que je m’apprêtais à franchir. Je me suis levé de mon cercueil de verre gradué et j’ai sauté dans le premier train, sans me préoccuper de sa destination. Il s’est trouvé qu’il allait à Paris, mais cela n’avait aucune importance à mes yeux. Je ne songeais qu’à fuir. Fuir cette existence misérable, cette drogue pulvérulente qui avait creusé des cernes violacés sous mes yeux sans éclat et constellé mes avant-bras d’essaims de croûtes brunâtres.

Le long convoi vert-de-gris s’est ébranlé, quittant avec une lenteur théâtrale la gare centrale d’Amsterdam – ce port qui, tout comme Aigues-Mortes, se retrouve aujourd’hui enfermé à l’intérieur des terres. »

Extrait de : R.C Wagner. « Les derniers jours de mai – Futur Proche. »

Le paysage déchiré par Roland C. Wagner

Fiche de Le paysage déchiré

Titre : Le paysage déchiré (Tome 2 sur 3 – Futur Proche)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le paysage déchiré

« Il reprit conscience.

Il gisait dans un lit aux montants de fer. Un lit blanc d’hôpital qui semblait perdu au milieu d’une chambre sans porte ni fenêtre que baignait la lumière bleutée d’une veilleuse.

Il regarda autour de lui avec des yeux d’enfant. Des sangles de plastimétal froid maintenaient ses membres. Un liquide sans couleur suintait goutte à goutte dans son réseau sanguin par l’intermédiaire d’un drain planté dans la veine palpitante qui saillait au creux de son coude. La table de nuit supportait plusieurs flacons opaques dépourvus d’étiquette et un pistoinjecteur. Une lézarde presque invisible sillonnait le plafond à la verticale de son regard. Une minuscule tache de sang maculait la blancheur du drap.

Il enregistra ces détails sans émotion ; nulle image ne naquit de cette vision. Son cerveau était vide, aussi vide que cette pièce anonyme.

Cette situation était nouvelle pour lui ; toutes les situations l’étaient. Sa mémoire ne recelait que le strict nécessaire : un langage articulé nommé français et les concepts illustrés par les vocables de celui-ci. »

Extrait de : R.C Wagner. « Le paysage déchiré – Futur Proche. »

Le serpent d’angoisse par Roland C. Wagner

Fiche de Le serpent d’angoisse

Titre : Le serpent d’angoisse (Tome 1 sur 3 – Futur Proche)
Auteur : Roland C. Wagner
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Le serpent d’angoisse

« Le soir tombait sur Salmirande, teintant de sang et d’or coupoles et minarets. A l’horizon, le soleil disparaissait derrière les courbes douces de lointaines collines. L’azur du jour cédait la place au mauve du crépuscule ; bientôt apparaîtraient les premières étoiles, agencées en constellations bien différentes de celles visibles de la Terre.
Guthar allait et venait, les mains derrière le dos, ne cessant de consulter la clepsydre – bien qu’il n’en eût pas besoin pour s’informer du retard des combattants. Sans doute Mareuil Dunbar avait-il quelque peine à revêtir son armure, à moins que la compagnie des deux odalisques fournies par Guthar ne lui eût ôté la conscience du temps.
Une demi-douzaine de silhouettes apparurent au sommet de la colline voisine, à l’instant précis où l’ultime fragment du soleil sanglant s’engloutissait au fond d’une vallée herbeuse. Guthar soupira. Il était temps ! Encore dix minutes et ce serait la nuit sans lune. Le combat ne pouvait en aucun cas avoir lieu à la clarté des étoiles. »

Extrait de : R.C Wagner. « Le serpent d’angoisse – Futur Proche. »

Richard Canal

Présentation de Richard Canal :

Né le 16 août 1953 à Tarascon (Bouches-du-Rhône), Richard Canal est un romancier et nouvelliste français, principalement reconnu pour son œuvre dans le domaine de la science-fiction, bien qu’il ait également exploré le roman noir et le thriller politique. Il est l’une des figures majeures de la science-fiction française des années 1980 et 1990, notamment grâce à son approche singulière du mouvement cyberpunk.

Un parcours entre informatique et continent africain

Scientifique de formation, Richard Canal a mené de front sa carrière d’écrivain et celle d’universitaire. Docteur en informatique, il a été maître de conférences et a enseigné cette discipline pendant une quinzaine d’années à l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar, au Sénégal. Il a ensuite poursuivi sa carrière d’enseignant-chercheur en France, à l’université Toulouse-III-Paul-Sabatier.

Son long séjour en Afrique de l’Ouest a constitué un bouleversement personnel et esthétique qui a profondément influencé son œuvre littéraire.

Une science-fiction singulière : le « cyberpunk africain »

Richard Canal entre sur la scène de la science-fiction française au milieu des années 1980, publiant d’abord des nouvelles dans diverses revues et anthologies. Son premier roman, La Malédiction de l’éphémère, paraît en 1986.

Il se distingue rapidement par une fusion très originale : l’hybridation des thématiques technologiques du cyberpunk (réseaux informatiques, intelligences artificielles, implants virtuels) avec les mythes, les paysages et la culture de l’Afrique noire. Cette approche culmine dans ce qui est souvent qualifié de « trilogie africaine », comprenant :

  • Aube noire (1989) ;
  • Swap-swap (1990) ;
  • Ombres blanches (1993).

À travers ces textes, il dépeint des futurs sombres et foisonnants où la haute technologie cohabite avec la magie traditionnelle et l’animisme, offrant une alternative rafraîchissante aux décors urbains nord-américains ou japonais habituellement associés au genre.

Reconnaissance et évolution vers le roman policier

Le talent de Richard Canal a été couronné par plusieurs distinctions prestigieuses dans le domaine des littératures de l’imaginaire :

  • Le grand prix de l’Imaginaire (catégorie Nouvelle) en 1988 pour Animale ;
  • Le prix Julia-Verlanger en 1994 pour son roman Les Voix de l’ombre.

Outre son cycle africain, il est l’auteur d’œuvres de science-fiction remarquées comme La Légende de l’amas d’Amasis (1993) ou encore Cyberillusions (1998).

Au tournant des années 2000, l’auteur délaisse peu à peu la science-fiction pure pour s’orienter vers la littérature générale, le thriller et le roman noir. Des ouvrages comme Bicyclette noire (2006) ou La Route de Mandalay (2007) s’éloignent de l’anticipation pour explorer d’autres atmosphères et d’autres continents (comme l’Asie du Sud-Est), tout en conservant la plume poétique et l’intérêt pour l’altérité qui caractérisent l’ensemble de sa bibliographie.

Livres de Richard Canal :

Animamae :

Aube noire (1994)
Deloria (2006)
Equinoxes (2020)
Gandhara (2018)
L’équilibre du mal (2019)
La guerre en ce jardin (1991)
La malédiction de l’éphémère (1996)
Le cimetière des papillons (1995)
Les paradis piégés (1997)
Ombres blanches (1993)
Swap-Swap (1990)
Upside down (2020)

Pour en savoir plus sur Richard Canal :

La page Wikipédia sur R. Canal
La page Noosfere sur R. Canal
La page isfdb de R. Canal

Phalènes par Philippe Guy

Fiche de Phalènes

Titre : Phalènes
Auteur : Philippe Guy
Date de parution : 1966
Editeur : Fleuve noir

Première page de Phalènes

« La flèche perça le cou du chauffeur alors qu’il se penchait pour saisir les rênes de l’attelage. Il s’écroula en avant, bouche bée sur un cri silencieux, ses mains cherchant maladroitement à endiguer le flot de sang qui jaillissait de sa blessure.

Les chevaux piétinaient sur place, renâclaient bruyamment, affolés par l’odeur de la mort.

Deux miliciens prirent position dans le chariot bâché. Huit autres franchirent le porche et s’égaillèrent de chaque côté des murs d’enceinte. Quelques-uns s’abritèrent derrière les colonnades recouvertes de céramiques bleues du promenoir, tandis que les derniers se ruaient dans les escaliers menant au pavillon principal.

Ils tombèrent nez à nez avec deux des estafiers rattachés à la demeure. Les hommes du seigneur Jiwani n’étaient pas des foudres de guerre. Le premier n’avait pas encore porté la main à son arme que deux sabres le lardaient comme un goret. Le second fit demi-tour en s’égosillant mais fut rattrapé par un coutelas et son cri s’éteignit brutalement. Trop tard, pourtant. »

Extrait de : P. Guy. « Phalènes. »

Dernière tempête par Philippe Guy

Fiche de Dernière tempête

Titre : Dernière tempête
Auteur : Philippe Guy
Date de parution : 1989
Editeur : Fleuve noir

Première page de Dernière tempête

« Un grand trait de feu zèbre les nuages ventrus. La colère des cieux s’accentue encore. La détonation éclate une poignée de secondes après, aussi assourdissante qu’une cascade de rochers se heurtant à flanc de montagne. Elle résonne longuement, traînée par la bourrasque entre les creux et les collines ondulantes de la mer hérissée.

La pluie cingle l’océan en rafales furieuses, tantôt droite, tantôt oblique, percutant la surface avec une violence inouïe. Minuscule au milieu des pans de murs qui dégringolent en avalanches liquides, le voilier décolle, s’immobilise un instant à mi-ciel, puis retombe avec fracas, son flanc tribord pressé contre l’eau noire houleuse. Une silhouette se déplace dans l’embarcation, attache prestement l’un des focs, repart à la poupe et s’agrippe au gouvernail, courbée sous la tourmente.

Le vent secoue les gréements, les étais, comme s’il leur vouait une haine particulière. Des paquets d’eau se déversent avec rage dans le bateau puis rejaillissent à l’extérieur, laissant derrière eux quelques litres de mer et un dépôt d’écume mousseuse. Le grain dure depuis une paire d’heures, déjà, mais ne semble pas vouloir faiblir. L’homme est fatigué. La lutte l’épuise, et les éléments le dominent. Ses gestes se font plus lents. Ses cheveux blonds ruissellent, collent à son front, couvrant ses yeux et l’empêchant de voir clairement. »

Extrait de : P. Guy. « Dernière tempête. »

Cocons par Philippe Guy

Fiche de Cocons

Titre : Cocons
Auteur : Philippe Guy
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir

Première page de Cocons

« Je poussais négligemment mon chariot, empli de gheren plus qu’à ras bord. Les Astris, satisfaits, nous fichaient la paix. Bonne journée pour leurs primes. Un filon énorme découvert dans la galerie quatre et une nouvelle jonction. Avec la six, cette fois. J’étais éreinté, suant, et couvert de terre. On avait bossé dur pour ces sagouins. À la mesure du fouet.

La chance était avec moi depuis le lever, je n’avais pas subi une seule fois la morsure de ces foutues lanières. Encore heureux d’ailleurs, car celles de la veille me cuisaient toujours salement.

Un ordre braillé parvint à mes oreilles bourdonnantes et je parquai docilement le chariot contre la file des autres, tous aussi débordants. Sans me hâter outre mesure, je nettoyai ma pioche, mes bottes, et m’engageai
dans la file d’attente.

La cabine dégorgeait déjà l’équipe de nuit, ceux du niveau 2, aussi blêmes que le laki, yeux bouffis de sommeil, silencieux et propres, marchant d’un pas d’automate. »

Extrait de : P. Guy. « Cocons. »

Chauds, les secrets ! par Robert Sheckley

Fiche de Chauds, les secrets !

Titre : Chauds, les secrets !
Auteur : Robert Sheckley
Date de parution : 1962
Traduction : J. Debruz
Editeur : Gallimard

Première page de Chauds, les secrets !

« À la vue de l’ambulance, il s’arrêta. C’était une antique voiture, imposante et haute sur roues, à la carrosserie vert et gris. Des rideaux discrets garnissaient les vitres latérales. Un chauffeur en livrée se tenait au volant. Elle était montée à moitié sur le trottoir d’un étroit passage qui donnait dans Bolton Lane. Elle avait l’air tout ce qu’il y a de respectable, cette antique Rolls-Royce au moteur ronronnant, bien plus que son chauffeur au visage rougeaud ; un filet de sueur s’échappait de sa casquette bleue et lui dégoulinait le long des joues pour aller se perdre dans le col blanc qui lui serrait le cou. C’était déjà assez remarquable en soi, ce filet de sueur, par une matinée de Londres plutôt frisquette, où le soleil se cachait derrière un matelas de nuages gris chassés par le vent. Carlos résolut d’ouvrir l’œil.

Deux infirmiers en uniforme amenèrent le malade. Il paraissait vraiment très mal en point : le teint plombé, des yeux qui roulaient dans les orbites comme les billes d’un jouet d’enfant. Les infirmiers le soutenaient, un troisième marchait devant lui, tenant à la main un porte-documents. Ils s’approchèrent de l’ambulance en le portant presque. Les jambes du malade semblaient se ployer d’une façon grotesque comme celles d’un ivrogne ou d’un drogué. »

Extrait de : R. Sheckley. « Chauds, les secrets !. »

L’aura maléfique par John T. Sladek

Fiche de L’aura maléfique

Titre : L’aura maléfique
Auteur : John T. Sladek
Date de parution : 1974
Traduction : J.P Gratias
Editeur : Clancier – Guenaud

Première page de L’aura maléfique

«  Ne fais pas ça, Steve ! Ne t’imagine pas que tu peux toucher à la drogue sans t’intoxiquer. J’ai payé assez cher pour le savoir. » Tel est le sage conseil qu’un ancien drogué a récemment donné au chanteur Steve Sonday. Mais, tout sage qu’il soit, ce conseil a néanmoins quelque chose d’inquiétant. Car son auteur, David Lauderdale, était mort depuis plus d’un an lorsqu’il l’a prodigué !
L’événement s’est produit dans l’hôtel particulier de Mme Viola Webb, le célèbre médium, au nord de Kensington. Il y a quelques années, la clientèle de Mme Webb se recrutait parmi toutes les classes aisées de la société. Des juges, des jockeys, des vedettes du football et des pairs du royaume se sont tenu la main dans l’obscurité de son salon, et beaucoup d’entre eux devaient en ressortir réconfortés.
Aujourd’hui, Mme Webb sert de gourou à une communauté spirite, la Société du Mandala Aethérique. Tous les membres de ce groupe – dont Steve Sonday et sa compagne – vivent sous le même toit, et consacrent leur temps à méditer, et à « étudier les mystères de l’Univers ». Lauderdale avait également fait partie de la communauté, jusqu’à sa mort tragique en mars dernier. »

Extrait de : J.T Sladek. « L’aura maléfique. »