Auteur/autrice : CH91
L’élixir d’oubli par Pierre Pevel

Fiche de L’élixir d’oubli
Titre : L’élixir d’oubli (tome 2 sur 3 – Le Paris des merveilles)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2004
Editeur : Bragelonne
Première page de L’élixir d’oubli
« Devant Méliane, Reine des Fées, était un sarcophage en bois blanc. Les flancs gravés d’élégantes arabesques et les arêtes rehaussées d’argent damassé, il reposait sur une table de pierre, au centre d’une pièce hexagonale et haute que baignait, entrée par de longilignes fenêtres en ogive, la lueur caressante et paisible d’un petit astre rond, immobile dans le ciel nocturne. Une lune ? Non pas. Un soleil. Mais un soleil unique à l’OutreMonde, un pâle disque bleuté qui ne se lève ni ne se couche jamais, et que l’on peine à distinguer lorsque brille, de l’aube au crépuscule, son aîné triomphant. Le grand soleil jaune était couché depuis de longues heures déjà. Il se lèverait bientôt.
Vêtue de soie grise et de brocart vert, ses épais cheveux noirs réunis en une lourde natte dont la mèche lui frôlait les reins, Méliane avait la distinction hautaine et la beauté froide, à la fois envoûtante et intimidante, que les fées ont en partage. Elle ne portait cette nuit-là d’autres bijoux qu’un diadème finement ciselé et une chevalière. À qui pouvait encore l’ignorer, le diadème disait qu’elle avait hérité du trône d’Ambremer. »
Extrait de : P. Pevel. « Le Paris des merveilles – L’Élixir d’oubli. »
Les enchantements d’Ambremer par Pierre Pevel

Fiche de Les enchantements d’Ambremer
Titre : Les enchantements d’Ambremer (tome 1 sur 3 – Le Paris des merveilles)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2003
Editeur : Bragelonne
Première page de Les enchantements d’Ambremer
« Entraîné par toute la puissance de son énorme locomotive à vapeur, l’express reliant Saint-Pétersbourg à Varsovie traversait la nuit étoilée tel un monstre aveugle que rien ne semblait pouvoir retenir. C’était une masse sombre qui déferlait dans la campagne polonaise avec des bruits de forge mécanique et, de loin en loin, un coup de sifflet strident à l’approche des gares villageoises qu’elle franchissait sans ralentir, emplissait d’un vacarme furieux et abandonnait aussitôt à un silence bouleversé où flottaient, fugitives, des nuées de scories incandescentes.
Il était presque minuit et, par contraste, tout paraissait étrangement calme dans le compartiment couchette de première classe qu’occupait la baronne de Saint-Gil. Ici, un léger roulis berçait plus qu’il n’incommodait, tandis que les sons peinaient à passer les boiseries laquées, les capitons de cuir et le velours des rideaux. Sur une tablette, une petite cuillère en argent cliquetait entre la soucoupe et la tasse d’un service à thé. »
Extrait de : P. Pevel. « Le Paris des merveilles – Les Enchantements d’Ambremer. »
La louve de cendre par Pierre Pevel

Fiche de La louve de cendre
Titre : La louve de cendre (tome 4 sur 4 – Les lames du cardinal)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2016
Editeur : Bragelonne
Première page de La louve de cendre
« Agnès de Vaudreuil se tenait sur une haute terrasse de l’abbaye du « Mont-des-Châtelaines », ainsi que l’on nommait le Mont-Saint-Michel depuis que les Sœurs de Saint-Georges y avaient établi leur plus forte et plus célèbre citadelle. Appuyée à la balustrade, elle observait le crépuscule qui coulait des rouges et des ors éblouissants sur une mer étale. Le blanc de sa robe et de son voile était celui des Châtelaines, cependant que ses bottes de monte, sa lourde ceinture et sa rapière étaient celles de Louves. Sur son cœur était brodé un dragon héraldique écarlate.
Le regard traversé d’ombres troubles, elle attendait et songeait, songeait à un autre incendie que celui du crépuscule – et qui avait manqué de ravager Paris. Elle revoyait un dragon rappelé du fond des âges pour détruire la capitale, des dracs enragés pillant et tuant dans les rues, des flammes dévorantes qui montaient des toitures et d’autres qui tombaient d’un ciel nocturne rougeoyant. Il lui semblait entendre encore le glas de Notre-Dame dans le lointain, grave et lent, au rythme des vagues sur la grève. Elle pensait enfin aux héros tombés et aux compagnons perdus, à ceux qu’elle avait aimés et qui plus jamais ne seraient. »
Extrait de : P. Pevel. « Lames du Cardinal – La Louve de Cendre. »
Le dragon des arcanes par Pierre Pevel

Fiche de Le dragon des arcanes
Titre : Le dragon des arcanes (tome 3 sur 4 – Les lames du cardinal)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2010
Editeur : Bragelonne
Première page de Le dragon des arcanes
« La nuit s’est lovée autour du Mont-Saint-Michel.
Élégante et sévère, l’abbaye bâtie à son sommet domine une baie immense qui s’étend, encore humide de la dernière marée et sillonnée de ruisseaux éphémères. Un mince croissant de lune flotte dans un ciel d’encre. Au ras des sables, des dragonnets chassent, virevoltent et traversent des brumes auxquelles leurs ailes arrachent des lambeaux aussitôt dissipés. La rumeur lointaine de la mer hante le silence, régulière, monotone et paisible.
Une cavalière s’arrête à la limite des grèves. Elle est jeune et belle, élancée, a le teint pâle et les yeux verts, les lèvres sombres et pleines. Les lourdes boucles de sa chevelure noire sont réunies en une natte qu’une longue chevauchée a mis à mal. Elle a l’épée au côté, porte des cuissardes et des chausses, une chemise blanche sous un épais corset de cuir rouge. Elle n’est pas une cavalière ordinaire. Elle est baronne, se nomme Agnès de Vaudreuil et appartient à une unité d’élite aux ordres du cardinal de Richelieu – les Lames du Cardinal. Mais son passé recèle d’autres secrets encore, douloureux pour la plupart. »
Extrait de : P. Pevel. « Le Dragon des Arcanes – Les lames du cardinal. »
L’alchimiste des ombres par Pierre Pevel

Fiche de L’alchimiste des ombres
Titre : L’alchimiste des ombres (tome 2 sur 4 – Les lames du cardinal)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2009
Editeur : Bragelonne
Première page de L’alchimiste des ombres
« C’est l’heure fragile d’avant l’aube, celle des derniers calmes et des nouvelles brumes, quand le matin n’est qu’une promesse blafarde à la lisière de la nuit. Aux confins de l’Alsace et de la Lorraine, à l’entour d’un manoir solitaire, un voile de rosée recouvre déjà la campagne. Et cependant que de longs nuages déchirés paressent dans un ciel piqueté d’étoiles pâlissantes, un grand silence règne.
Depuis l’orée d’un bois, un élégant gentilhomme observe le manoir et les quelques lueurs qui le hantent. Ombre parmi les ombres sous les ramures, il se tient bien droit, les jambes légèrement écartées, un pouce passé dans la boucle du ceinturon et une main en conque sur le pommeau de l’épée. Grand, bel homme, jeune encore, il se nomme François Reynault d’Ombreuse.
Aujourd’hui, selon toute vraisemblance, il aura tué un dragon ou un dragon l’aura tué. »
Extrait de : P. Pevel. « L’Alchimiste des Ombres – Les lames du cardinal. »
Les lames du cardinal par Pierre Pevel

Fiche de Les lames du cardinal
Titre : Les lames du cardinal (tome 1 sur 4 – Les lames du cardinal)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2007
Editeur : Bragelonne
Première page de Les lames du cardinal
« Creusée dans le sol au cœur d’un immense pentacle gravé à même les dalles nues et froides, la cuve occupait le centre de la crypte, sous une voûte soutenue par des colonnes massives. Complexes mais harmonieuses, les lignes du pentacle s’entrecroisaient pour dessiner une étoile à douze branches enrichie de runes draconiques que la plupart des sorciers ne savaient ou n’osaient prononcer. Il émanait d’elles une puissance maléfique qui alourdissait l’atmosphère, cependant que de hauts cierges régulièrement disposés brûlaient. Des cierges noirs. Et dont les flammes, rougeoyantes dans l’obscurité, étaient du même incarnat que le sang fumant qui emplissait la cuve.
Une vieille femme s’approcha du pentacle. Ses longs cheveux blonds ternis de gris, elle laissa tomber à ses pieds le voile qui la couvrait et resta nue, offrant la peau blême et les chairs molles de son corps fané à la lueur érubescente des cierges. Puis elle descendit dans la cuve pour s’abandonner langoureusement à la chaleur poisseuse d’un sang qui, jamais, ne tiédirait. Paupières closes, tête rejetée en arrière et bras écartés sur le rebord de pierre, elle goûta un moment de délice et de grand repos. Enfin, après un soupir satisfait, elle se laissa lentement couler dans son bain, jusqu’à disparaître. »
Extrait de : P. Pevel. « Les Lames du Cardinal. »
La basilique d’ombre par Pierre Pevel

Fiche de La basilique d’ombre
Titre : La basilique d’ombre (tome 3 sur 3 – Haut-Royaume – Les Sept cités)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2016
Editeur : Bragelonne
Première page de La basilique d’ombre
« La baronne Deshamia de Servane était déjà levée lorsqu’on frappa à la porte de sa chambre. Elle ne répondit pas aussitôt. Son premier geste, dès le réveil, avait été d’ouvrir en grand une haute fenêtre en ogive donnant sur l’est et elle se trouvait encore là, emmitouflée dans une couverture traînée depuis le lit, à contempler pensivement la levée du jour. À l’approche de la quarantaine, Deshamia n’avait pas perdu beaucoup de ses attraits. Son corps était resté mince et souple, ses longs cheveux noirs tombaient encore en boucles soyeuses jusqu’à ses reins. Son visage montrait bien quelques rides, mais elles lui donnaient plus de charme qu’elles ne lui enlevaient de grâce. Aussi, contrairement aux autres élégantes de la cour, la baronne ne tentait-elle pas de les dissimuler sous des couches de fard. Elle les portait sans honte, avec l’assurance de celle qui sait que rien ne peut vraiment nuire à sa beauté.
Quelqu’un, dans le lit, bougea.
Sans se retourner, la baronne dit :
— Tu dois partir. Tu prendras le petit escalier et tu sortiras par la porte du jardin. »
Extrait de : P. Pevel. « Cycle Haut-Royaume – Les Sept Cités – La Basilique d’Ombre. »
Le serment du Skande par Pierre Pevel

Fiche de Le serment du Skande
Titre : Le serment du Skande (tome 2 sur 3 – Haut-Royaume – Les Sept cités)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2016
Editeur : Bragelonne
Première page de Le serment du Skande
« Elles étaient sept cités aux confins du Haut-Royaume. Sept cités d’une même province mais qui – tant elles différaient – étaient comme autant de capitales pour autant de contrées. On les disait nées durant la Dernière Guerre des Ténèbres, mais peut-être étaient-elles plus anciennes. Leur histoire était tourmentée et leur origine prisonnière de brumes lointaines.
Il y avait l’orgueilleuse et superbe Samarande. Béjofa, aux cent et mille ruelles, aux cent et mille voleurs. Elyrath-la-Pieuse. Siiria et Dalisce, les cités sœurs. Angborn, sentinelle sur la mer des Brumes. Et Daryamar, secrète et abandonnée. Après le sacrifice du Dragon-Roi et la fin des Ténèbres, après le déclin des Dragons Divins et l’avènement des Premiers Royaumes, les Sept Cités vécurent longtemps sous l’autorité de princes-marchands qui se succédaient par l’intrigue et le complot, la dague et le poison. La corruption eut cependant raison de leur règne et les Cités s’émancipèrent, s’affrontèrent, connurent des destins divers. De nouveau réunies après un siècle, elles rejoignirent le Haut-Royaume qui, alors, étendait son empire. Pour autant, elles ne jouirent pas de la paix. »
Extrait de : P. Pevel. « Cycle Haut-Royaume – Les Sept Cités – Le Serment du Skande. »
Le joyau des Valoris par Pierre Pevel

Fiche de Le joyau des Valoris
Titre : Le joyau des Valoris (tome 1 sur 3 – Haut-Royaume – Les Sept cités)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2016
Editeur : Bragelonne
Première page de Le joyau des Valoris
« C’était une nuit claire et tiède. Dans le ciel, les blancs et les ors des constellations de la Grande Nébuleuse étincelaient, mus par une longue et lente ronde.
Les deux hommes avançaient à pas souples et rapides dans des rues obscures. Aussi silencieux que possible, ils étaient parfaitement rompus à l’exercice délicat qui consiste à conjuguer vitesse et discrétion. En d’autres circonstances et en d’autres lieux, on aurait pu les prendre pour des chasseurs en quête d’un gibier furtif. Mais ici, dans ce luxueux quartier de Samarande, ils ne pouvaient être que des voleurs.
Celui qui ouvrait la voie et vérifiait à chaque intersection qu’elle était libre avait une lourde rapière au côté et portait une capuche qui dissimulait son visage. L’autre était un colosse, un guerrier skande immense armé d’une épée à deux mains dans le dos. Ils se connaissaient bien, savaient où ils allaient et comment s’y rendre. Ils n’avaient pas besoin de se parler pour se comprendre – un geste ou une œillade suffisaient, et parfois moins.
Après avoir laissé passer une patrouille du guet et attendu qu’elle s’éloigne, ils empruntèrent une ruelle qui les protégea des regards jusqu’à destination ou presque : une fois au bout de la ruelle, il ne leur restait plus qu’à franchir la rue qui longeait le mur qu’ils visaient. Ce mur cernait une riche propriété d’où sourdait la rumeur – musique, chants et rires – d’une fête troublant la quiétude du quartier. »
Extrait de : P. Pevel. « Cycle Haut-Royaume – Les Sept Cités – Le Joyau des Valoris. »
L’émissaire par Pierre Pevel

Fiche de L’émissaire
Titre : L’émissaire (tome 5 sur 5 – Haut-Royaume)
Auteur : Pierre Pevel
Date de parution : 2021
Editeur : Bragelonne
Première page de L’émissaire
« Darha’Kàn avait répondu à l’appel de ses frères, Os’vhehir et Vor’Ohrta. Dominant les ruines d’un amphithéâtre creusé à flanc de colline, les trois Dragons Infernaux toisaient Serk’Arn, le Dragon de la Destruction, dont le spectre s’inclinait devant eux, en bas des gradins de vieille pierre, tête basse et paupières closes, immobile, les ailes largement écartées et touchant le sol.
— Pourquoi cette assemblée ? demanda Darha’Kàn.
Ses yeux d’obsidienne étaient parcourus de veinures dont s’échappaient – comme d’autant de fissures – des fumées d’Obscure pourpres. Il était plus grand et plus massif que ses frères, mais partageait avec eux les mêmes écailles tranchantes, les mêmes ailes membraneuses et la même crête osseuse sur l’échine. Par droit d’aînesse, il parlait le premier et le dernier, décidait quand les deux autres restaient incertains, imposait parfois sa volonté. Car Darha’Kàn ne dépassait pas seulement ses frères en âge, mais aussi en puissance. Dragon d’Obscure, il dominait le plus profond et le plus redoutable des Royaumes Infernaux.
— Serk’Arn nous demande audience, répondit Vor’Ohrta.
C’était le Dragon d’Oubli et de ses yeux noirs et luisants s’élevaient des rubans laiteux et vaporeux. Son royaume était le second des Enfers. »
Extrait de : P. Pevel. « L’Émissaire – Haut-Royaume. »