Ward Moore

Présentation de Ward Moore :
Joseph Ward Moore est né en 1903 dans le New Jersey et nous a quittés en 1978. Si l’homme s’est essayé à divers genres, c’est indubitablement dans le domaine de la littérature d’anticipation et de la science-fiction que son génie a su s’épanouir avec la plus éclatante des originalités. Loin des vulgaires récits de fusées et de pistolets à rayons qui encombrent parfois les publications populaires, Ward Moore s’est imposé comme un authentique orfèvre de la fiction conjecturale, maniant l’ironie et le paradoxe temporel avec une dextérité peu commune.
Son grand œuvre demeure, sans l’ombre d’une contestation possible, le magistral « Autant en emporte le temps » (Bring the Jubilee), publié en 1953. Bien avant que Philip K. Dick ne vienne bouleverser nos certitudes avec « Le Maître du Haut Château », Ward Moore y fixait les lettres de noblesse de l’uchronie moderne. Il y déploie une vertigineuse hypothèse historique : et si les troupes confédérées du général Lee avaient remporté la décisive bataille de Gettysburg, gagnant ainsi la guerre de Sécession ? L’auteur brosse la fresque d’un vingtième siècle alternatif, miséreux et étriqué pour le Nord vaincu, aboutissant à une réflexion mélancolique et brillante sur la trame du temps et la fatalité de l’Histoire.
Mais il serait fâcheux de réduire l’imaginaire de Ward Moore à ce seul chef-d’œuvre. Dès 1947, avec « Tout reverdira » (Greener Than You Think), il livrait une satire féroce aux accents apocalyptiques. L’invention d’un engrais miraculeux y provoque la prolifération incontrôlable d’une herbe mutante, laquelle finit par engloutir inexorablement la civilisation humaine. Sous des dehors burlesques, Ward Moore y distille une angoisse proprement écologique, bien avant l’heure, moquant avec une verve réjouissante l’hubris technologique de la société capitaliste américaine.
L’on se doit également d’évoquer l’hilarant « Joyleg », coécrit au début des années soixante avec son confrère Avram Davidson. Dans cette fable cocasse, nos auteurs mettent en scène un vétéran de la guerre d’Indépendance américaine, miraculeusement maintenu en vie jusqu’à notre époque grâce à des bains réguliers dans un whisky de sa fabrication. C’est là encore une preuve de cette imagination foisonnante qui ne rechigne jamais devant l’absurde pour mieux interroger la nature humaine.
Ward Moore fut donc de ces écrivains rares, de ces artisans méticuleux qui ont su élever les littératures de l’imaginaire au rang de grand art spéculatif.
Livres de Ward Moore :
Autant en emporte le temps
Encore un peu de verdure
Sous le caducée
Pour en savoir plus sur Ward Moore :
La page Wikipédia sur W. Moore
La page Noosfere sur W. Moore
La page isfdb de W. Moore