Catégorie : Livres

 

Le tour du monde en quatre-vingts cadavres par Eric Verteuil

Fiche de Le tour du monde en quatre-vingts cadavres

Titre : Le tour du monde en quatre-vingts cadavres
Auteur : Eric Verteuil
Date de parution : 1990
Editeur : Vaugirard

Première page de Le tour du monde en quatre-vingts cadavres

« Comme chaque jour à la même heure, Phileas Fogg quitta sa demeure de Saville Row pour aller déjeuner au Reform Club.

C’était un homme grand, beau, distingué, ponctuel et minutieux, ne se départant jamais d’un flegme de bon aloi. Il possédait aussi deux autres particularités : il était énigmatique et richissime. Après son repas, il lisait les journaux et prenait bien soin de ne pas faire de bruit en tournant les pages, puis jouait au whist.

En fin de journée, il aimait à se réunir avec trois ou quatre de ses amis dans un petit salon capitonné où ils pouvaient aborder tous les sujets qu’ils voulaient sans risque d’être entendus. Ils discutaient de la politique du gouvernement de Sa Gracieuse Majesté la reine Victoria, de la haute finance, des expéditions lointaines ou même, plus simplement, de la vie quotidienne à Londres en cette année 1872. »

Extrait de : E. Verteuil. « Le tour du monde en 80 cadavres. »

La mémoire rongée par Eric Verteuil

Fiche de La mémoire rongée

Titre : La mémoire rongée
Auteur : Eric Verteuil
Date de parution : 1974
Editeur : Fleuve noir

Première page de La mémoire rongée

« J’ouvre la porte et demande machinalement :

— Il y a quelqu’un ?

Pourtant, je sais que mon mari ne rentre jamais pour déjeuner et que la femme de ménage est partie depuis une heure. Evidemment, il n’y a personne et je pousse un soupir de soulagement ; cela m’aurait ennuyée d’entendre une réponse, car j’ai tant besoin d’être seule, de réfléchir… et surtout de trouver une explication à ce qui m’arrive.

Je traverse le living-room et soulève lentement le voilage d’une fenêtre. La rue de la Faisanderie est calme, mais je ne vois que le trottoir d’en face. J’hésite un instant, tourne la poignée, ouvre un battant ; avec précaution, je me penche. Sept étages plus bas, la chaussée est luisante après la pluie fine qui vient de tomber : une femme marche rapidement en tirant deux enfants, un télégraphiste prend sa bicyclette et s’éloigne. Tout à coup, un taxi s’arrête devant la maison ; ma première réaction est de reculer, mais il faut que je sache si c’est Lui. »

Extrait de : E. Verteuil. « La Mémoire Rongée. »

Horreur à Maldoror par Eric Verteuil

Fiche de Horreur à Maldoror

Titre : Horreur à Maldoror
Auteur : Eric Verteuil
Date de parution : 1987
Editeur : Fleuve noir / Gore

Première page de Horreur à Maldoror

« Chez Germaine Petitdemange tout est rond : tête, yeux, bouche, ventre. Et tout est blanc : cheveux, robe, maquillage.

Tôt, le matin, elle sort de chez elle et se dirige vers les jardins publics, les promenades du bord de mer, les parcs. Elle recherche des vieilles personnes seules, s’approche avec un bon sourire et demande :

«  – Vous permettez que je m’asseye près de vous  ?  »

Avant que l’on ait pu lui répondre, elle remercie, s’assied et commence à parler  ; mais ses interlocuteurs ne résistent pas longtemps au torrent de paroles qui déferle… Ils se lèvent et s’éloignent.

«  – Le coin n’est pas bon  », constate à chaque fois Germaine Petitdemange, déçue.

Elle reprend alors son chemin, espérant rencontrer quelqu’un qui l’écoutera. En effet, elle n’a qu’un plaisir au monde : parler  ! Dans son quartier personne ne fait plus attention à elle, aussi doit-elle s’aventurer toujours plus loin. Depuis quelque temps, elle prend même le train ou l’autobus pour changer de secteur. »

Extrait de : E. Verteuil. « Horreur à Maldoror. »

Au bout… la mort par Eric Verteuil

Fiche de Au bout… la mort

Titre : Au bout… la mort
Auteur : Eric Verteuil
Date de parution : 1973
Editeur : Fleuve noir

Première page de Au bout… la mort

« Je viens de refermer la porte de ma chambre, je suis là, tremblante au milieu de la pièce, n’osant ni m’asseoir ni m’allonger. Je voudrais pleurer mais je n’en ai même plus la force. J’essaye de comprendre ce qui m’arrive mais, malheureusement, rien ne peut s’expliquer de façon logique ; tout est confus, incroyable, presque hallucinant.
Machinalement, je vais vérifier une fois de plus si j’ai bien tourné la clé dans la serrure, puis je me dirige vers la porte-fenêtre qui donne sur la terrasse ; elle aussi est bien fermée. Dehors, il tombe une petite pluie fine et une brume légère commence à masquer la forêt. Pourquoi ai-je accepté de me rendre dans ce coin perdu ? Il est vrai que mon mari m’avait dit que l’endroit était ravissant. Comme lui-même n’était jamais venu, qui avait pu le renseigner aussi mal ?…
Dans le courant de la matinée, j’étais arrivée dans cette petite gare vosgienne, j’étais sortie parmi les premiers voyageurs et un homme s’était avancé vers moi :
— C’est vous qui allez à l’Auberge du Houé ? m’avait-il demandé avec un fort accent lorrain. Montez derrière, je prends vos valises. »

Extrait de : E. Verteuil. « Au bout… la mort. »

A la recherche des corps perdus par Eric Verteuil

Fiche de A la recherche des corps perdus

Titre : A la recherche des corps perdus
Auteur : Eric Verteuil
Date de parution : 1988
Editeur : Fleuve noir / Gore

Première page de A la recherche des corps perdus

« Sylvie descendit l’escalier en courant, traversa le hall et ouvrit la porte qui donnait sur le jardin. En sifflotant, son mari bêchait un carré de terre.
 — Julien ! Vite ! J’ai besoin de toi.
 — Ça ne peut pas attendre cinq minutes ?
 — Non !
Elle s’approcha de lui, le prit par le bras et le força à la regarder.
 — Je n’en peux plus ; Muriel ne pense qu’à faire du mal et il n’est pas possible de la faire enfermer, il faut prendre une décision.
 — Non, Sylvie, pas question !
Ils étaient dressés l’un contre l’autre sur la pelouse au milieu de laquelle Julien voulait planter un massif de fleurs.
La propriété isolée était entourée de hauts murs et un rideau d’arbres touffus autour de la maison la protégeait encore mieux des regards indiscrets.
 — Je t’en prie, Julien, pour Muriel c’est indispensable.

La jeune femme avait une allure sportive ; fossettes, regard bleu clair, nez légèrement en trompette lui donnaient une apparence rassurante et sympathique. A trente-cinq ans elle en paraissait dix de moins bien que n’ayant pas recours au maquillage. »

Extrait de : E. Verteuil. « À la recherche des corps perdus. »

La féline par Gary Brandner

Fiche de La féline

Titre : La féline
Auteur : Gary Brandner
Date de parution : 1982
Traduction : M. Lederer
Editeur : J’ai lu

Première page de La féline

« Luna était assise devant sa hutte dans la chaleur de midi. Son regard inquiet était posé sur les hommes du village qui tenaient conseil un peu plus bas. Ils étaient accroupis en cercle au bord d’un champ d’herbes brûlées, un champ qui avait été jadis fertile. Au delà, on distinguait une étendue de
boue séchée, toute craquelée, avec au milieu une petite mare d’eau croupie. C’était tout ce qui restait d’un large point d’eau qu’hommes et bêtes avaient un jour partagé.

À la lisière de la jungle, les arbres autrefois verts et luxuriants étaient devenus, au cours de la sécheresse, des squelettes grotesques et rabougris. Au loin, la neige qui brillait sur les pics des hautes montagnes semblait narguer la soif du village.

Luna détourna les yeux pour regarder jouer son petit garçon. L’enfant avait une pierre dans la main. Il la lança à plusieurs reprises sur la terre aride en poussant de petits cris de joie. Se sentant observé, il leva les yeux vers sa mère et lui sourit. Ses dents étaient blanches et saines, son regard vif et intelligent. Luna lui sourit à son tour, mais son expression était triste.

– Chien, dit l’enfant dans le langage du village, en montrant à Luna la pierre nichée dans sa paume.

– Oui, acquiesça doucement Luna. C’est un gentil chien.

Le gamin reprit son jeu et la femme murmura :

– Amuse-toi tant que tu le peux, mon fils. Amuse-toi et sois heureux aujourd’hui. »

Extrait de : G. Brandner. « La féline. »

Hurlements n°3 par Gary Brandner

Fiche de Hurlements n°3

Titre : Hurlements n°3
Auteur : Gary Brandner
Date de parution : 1985
Traduction : E. Constant
Editeur : Fleuve noir / Gore

Première page de Hurlements n°3

« Du bout de sa botte, Gavin Ramsay coupa le radiateur électrique. Un beau geste civique qu’il faisait là; les 2 109 habitants du comté de La Reina pouvaient être fiers de leur économe shérif.
Ramsay se réinstalla confortablement dans son fauteuil, jambes allongées sur le bureau, et ses yeux se fixèrent sur la morne S31, rue principale de Pinyon, Californie, chef-lieu du comté de La Reina, altitude: 1 082 mètres.
De part et d’autre de la S31, une station-service, une pharmacie, un hôtel, un cinéma, une épicerie et un magasin de vêtements professionnels pour artisans, composaient le cœur de l’agglomération. Seuls la bibliothèque et l’hôpital se trouvaient en dehors, érigés sur les contreforts de la montagne.
La tempête qui avait fait rage ces deux derniers jours ne s’était calmée qu’à l’aube ; elle laissait derrière elle son empreinte humide, détrempée, que deux jours de plein soleil suffiraient à peine à éponger.
Gavin Ramsay en avait marre de la pluie. La chute incessante des trombes d’eau l’avait toujours déprimé. Contrairement à Elise qui devenait lyrique dès que le temps s’obscurcissait. »

Extrait de : G. Brandner. « Hurlements N°3. »

Hurlements n°2 par Gary Brandner

Fiche de Hurlements n°2

Titre : Hurlements n°2
Auteur : Gary Brandner
Date de parution : 1978
Traduction : J. Esch
Editeur : Fleuve noir / Gore

Première page de Hurlements n°2

« Karyn s’agenouilla dans l’herbe humide au pied du rosier. Toujours pas le moindre bouton  ! Elle commençait à désespérer. Bien que David ne lui en ait jamais parlé, elle était persuadée que sa première femme était experte en jardinage. Voilà le problème, lorsqu’on épouse un veuf : impossible d’échapper aux comparaisons avec la compagne regrettée.

Karyn, il est vrai, ne se passionnait guère pour le jardin, mais David et le docteur Goetz pensaient qu’un travail manuel en plein air améliorerait son équilibre moral, et elle ne voulait pas les décevoir.

Elle n’entendit pas approcher les pas feutrés, et ne prit conscience d’une présence qu’en sentant un souffle chaud sur sa nuque. Elle voulut se relever, mais perdit l’équilibre et tomba à la renverse.

C’est alors qu’elle aperçut les yeux jaunes et les babines noires relevées sur de longues canines. Comme elle tentait de reculer, l’animal posa ses lourdes pattes avant sur ses épaules et la plaqua au sol. »

Extrait de : G. Brandner. « Hurlements 2. »

Hurlements par Gary Brandner

Fiche de Hurlements

Titre : Hurlements
Auteur : Gary Brandner
Date de parution : 1978
Traduction : J. Esch
Editeur : Fleuve noir / Gore

Première page de Hurlements

« La chaleur de septembre pesait lourdement sur Los Angeles. Dans le quartier résidentiel de Hermosa Terrace, toutes les fenêtres des maisons étaient closes. Seuls le ronflement des climatiseurs et le ronronnement étouffé d’une tondeuse à gazon venaient briser le silence.

Karyn Beatty se dressa sur la pointe des pieds pour embrasser Roy, son mari. Lady, leur petite chienne colley, approuva en agitant joyeusement la queue. C’était aujourd’hui leur premier anniversaire de mariage. Roy attira fermement Karyn contre lui et glissa sa main chaude et douce sous son fin chemisier tout en l’embrassant dans la nuque. Karyn leva la tête et plongea son regard dans les yeux noisette de Roy.

— Chris va arriver d’un instant à l’autre, souffla-t-elle.

— Nous n’ouvrirons pas.

— Tu ne peux pas faire ça à ton meilleur ami  ! D’autant plus que c’est toi qui l’as invité à venir boire un verre pour notre anniversaire. »

Extrait de : G. Brandner. « Hurlements. »

Carrion par Gary Brandner

Fiche de Carrion

Titre : Carrion
Auteur : Gary Brandner
Date de parution : 1986
Traduction : M. Deutsch
Editeur : J’ai lu

Première page de Carrion

« C’était un lundi du début de février et il ne faisait pas chaud. McAllister Fain tira les épais rideaux cramoisis des fenêtres. Il habitait au premier. Il mit une cassette de musique d’orgue mollassonne, embrasa un bâtonnet d’encens au jasmin, baissa les lumières, alluma des bougies stratégiquement disposées et se plaça au centre de la pièce pour juger de l’effet produit.
Pas trop mal, estima-t-il. Il fit le tour du propriétaire, redressant les gravures métaphysiques qui recouvraient des reproductions d’Utrillo, rectifiant la position des accessoires occultes disséminés çà et là. Dehors, un chien aboyait et quelqu’un enjoignit en espagnol au maître de l’animal de le réduire au silence ou en chair à pâté. L’odeur combinée de l’encens et du jasmin luttait bravement contre les relents épicés du menudo que mijotaient les voisins du dessous. On ne pouvait jamais totalement ignorer la présence du quartier. »

Extrait de : G. Brandner. « Carrion. »