Catégorie : Livres

 

Jour de feu par R. Barjavel

Fiche de Jour de feu

Titre : Jour de feu
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1957
Editeur : Denoël

Première page de Jour de feu

« Une fourmi me mordait la peau du ventre au-dessus du nombril. Qu’est-ce que j’étais pour elle ? Sahara ? Bifteck ? Elle essayait de m’entamer. Un petit casse-croûte avant d’alerter la tribu. Un papillon vermillon palpitait au-dessus de ma barbe et de mes sourcils. J’ouvris un œil noir, il s’enfuit. Il espérait peut-être une pervenche. Le soleil me cuisait la poitrine. L’air frais glissait au ras de l’herbe courte. Il me caressa le flanc gauche, m’apporta le parfum d’une touffe d’œillets maigres, sauvages.
L’herbe était si épaisse que mes mains reposaient sur elle sans la plier. Il me fallait enfoncer l’index en le vrillant, dans l’épaisseur verte, pour trouver la terre. Je touchais alors, du bout du doigt, sa chair humide et tiède, qui vivait.
Les abeilles se gorgeaient de thym. De gros bourdons bleus maladroits bousculaient les fleurs d’or. Sur chaque fleur, sous chaque feuille, une bête allait à ses affaires. Toutes les bêtes du rez-de-chaussée,  »

Extrait de : R. Barjavel. « Jour De Feu. »

Commando spatial par R. Barjavel

Fiche de Commando spatial

Titre : Commando spatial
Auteur : R. Barjavel et P. Lamblin
Date de parution : 1967
Editeur : Orion

Première page de Commando spatial

« Où l’on fait connaissance du commandant Cliff McLane et de son équipe

Nous sommes en l’an 2593.

Le monde a bien changé ! Sur la Terre, les États nationaux sont devenus une notion entièrement périmée. Les guerres n’opposent plus les pays du globe, et, depuis plusieurs siècles, si la paix règne enfin, d’autres menaces surgissent du fond de l’Espace.

Associant leurs recherches, mettant en commun leurs inventions, les savants ont fait progresser la science d’une façon fantastique. La Terre devenue trop étroite, les hommes se sont échappés de leur séjour traditionnel.

Désormais l’Humanité unie occupe toutes les planètes du Système Solaire, s’élance vers les étoiles lointaines et habite le fond des océans, aussi bien que les terres. »

Extrait de : R. Barjavel. « Commando spatial. »

Colomb de la lune par R. Barjavel

Fiche de Colomb de la lune

Titre : Colomb de la lune
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1959
Editeur : Gallimard

Première page de Colomb de la lune

« La police fit sortir les journalistes et établit un cordon autour de la villa. Blanche et bleue avec ses tuiles roses au sommet de la colline verte, elle avait l’air d’une maquette pour lotissement de luxe. Deux cent cinquante policiers en uniforme ceinturèrent la colline et un véhicule à sirène et phares rouges s’installa en travers de l’allée.
La femme de Colomb se trouva enfin seule avec sa mère dans le salon aux meubles bousculés. Ils avaient réussi à renverser la table basse en dalle de verre noir, aux pieds de fer forgé noirs, dorés sur la tranche et dans les contours. Les poissons figés qui étalaient dans l’épaisseur de la dalle des nageoires de voile rose parmi des algues jaunes, se trouvaient maintenant à la verticale, et un des pieds forgés avait troué la moquette couleur tabac de Virginie.
– Ces journalistes ! dit la mère de la femme de Colomb. »

Extrait de : R. Barjavel. « Colomb de la lune. »

Béni soit l’atome par R. Barjavel

Fiche de Béni soit l’atome

Titre : Béni soit l’atome
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1998
Editeur : Librio

Sommaire de Béni soit l’atome

  • Les enfants de l’ombre
  • Les mains d’Anicette
  • Péniche
  • La fée et le soldat
  • L’homme fort
  • Béni soit l’atome

Première page de Les enfants de l’ombre

« En ce temps-là, une douce rivière coulait des monts d’Auvergne vers les plaines du Bourbonnais. Elle commençait en torrent maigrelet, prenait de la taille et de l’aisance jusqu’à ressembler à un fleuve moyen de région tempérée. On la nommait l’Allier. Les gens instruits, qui possédaient leur certificat d’études encadré au-dessus de la tête de leur lit, lui attribuaient le genre masculin, mais les simples ne se trompaient pas, et parlaient d’elle comme d’une fille. L’été, quand elle reflétait le ciel bleu pâle, elle avait l’air d’une bergère couchée parmi les fleurs et les herbes. Elle aimait les adolescents vierges,  imprudents, qui ont les membres graciles et le ventre à peine fleuri. Chaque année elle en ravissait quelques- uns, elle les gardait longtemps dans son lit. Elle ne les rendait qu’après avoir tout tiré d’eux, elle les déposait doucement sur une berge de sable, nus, les yeux ouverts, les mains abandonnées, la bouche close.
A l’automne, elle poussait un ventre de matrone et gémissait ses douleurs. Les riverains dont elle écrasait les prés en se retournant juraient sur elle : « La garce ! Al’est encor’grosse ! » Ils la connaissaient bien. »

Extrait de : R. Barjavel. « Béni soit l’Atome. »

Le voyageur imprudent par R. Barjavel

Fiche de Le voyageur imprudent

Titre : Le voyageur imprudent (Tome 2 sur 2 – Ravage)
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1944
Editeur : Gallimard

Première page de Le voyageur imprudent

« L’APPRENTISSAGE

Il faisait un froid de guerre. Au petit matin, le sergent Mosté découvrit un soldat, demi-nu, tordu en travers des feuillées. Le gel qui montait de la neige l’avait empoigné à mort. Ses cuisses sonnaient au doigt comme des planches. Quatre hommes l’emportèrent. Celui qui le prit par la tête lui cassa les oreilles.
Les chasseurs pyrénéens du 27e bataillon occupaient depuis deux mois le village de Vanesse, au bord de la plaine de betteraves. Ils devaient le quitter ce jour-là, pour une destination inconnue. Le caporal d’échelon Pierre Saint-Menoux, enfoui dans la paille de l’écurie, dormit peu, tourmenté par le souci de son septième déménagement. Il était responsable des dix-sept conducteurs de la compagnie de mitrailleuses, de leurs chevaux et de leurs voitures. Dans le civil, il enseignait les mathématiques au lycée Philippe-Auguste. »

Extrait de : R. Barjavel. « Ravage – Le voyageur imprudent. »

Ravage par R. Barjavel

Fiche de Ravage

Titre : Ravage (Tome 1 sur 2 – Ravage)
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1943
Editeur : Gallimard

Première page de Ravage

« LES TEMPS NOUVEAUX

« Vos gratte-ciel ? Ils sont bien petits ! »
(Déclaration de Le Corbusier aux journalistes new-yorkais)

François Deschamps soupira d’aise et déplia ses longues jambes sous la table.
Pour franchir les deux cents kilomètres qui le séparaient de Marseille, il avait traîné plus d’une heure sur une voie secondaire et supporté l’ardeur du soleil dans le wagon tout acier d’un antique convoi rampant. Il goûtait maintenant la fraîcheur de la buvette de la gare Saint-Charles. Le long des murs, derrière des parois transparentes, coulaient des rideaux d’eau sombre et glacée. Des vibreurs corpusculaires entretenaient dans la salle des parfums alternés de la menthe et du citron. Aux fenêtres, des nappes d’ondes filtrantes retenaient une partie de la lumière du jour. Dans la pénombre, les consommateurs parlaient peu, parlaient bas,  »

Extrait de : R. Barjavel. « Ravage – Ravage. »

Une rose au paradis par R. Barjavel

Fiche d’Une rose au paradis

Titre : Une rose au paradis (Tome 2 sur 2 – Monsieur Gé)
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1981
Editeur : Pocket

Première page d’Une rose au paradis

« Quelle journée, mon Dieu, quelle journée !…
Mais peut-on nommer cela une journée ? Quand il n’y a plus ni aube ni crépuscule, ni midi au milieu du ciel ?…
Il faut bien donner un nom aux tranches du temps qui passe… On ne peut tout de même pas s’exclamer : « Quelle tranche, mon Dieu, quelle tranche !… »
Mme Jonas s’assit au bord de la fontaine de pierre, après avoir un peu relevé, à deux mains, sa robe. Mais peut-on appeler ça une robe ? C’est une sorte de sac, tout droit, sans manches, avec deux trous pour les bras et un pour la tête. C’est vaste et ample, ça ne pèse rien, ça cache tout, et ça permet de mettre ce qu’on veut dessous, ou rien du tout.
Ça ne pose pas de problème, c’est juste ce qu’il faut pour la chaleur qu’il fait. Non, non il ne fait pas vraiment trop chaud. Mais il ne fait jamais froid. Parfois ça manque…
Robe ou sac, journée ou tranche, recevoir à son réveil une pareille nouvelle, il y a de quoi avoir l’esprit perturbé, et les habitudes bouleversées, si étroi- »

Extrait de : R. Barjavel. « Monsieur Gé – Une rose au paradis. »

Le diable l’emporte par R. Barjavel

Fiche de Le diable l’emporte

Titre : Le diable l’emporte (Tome 1 sur 2 – Monsieur Gé)
Auteur : R. Barjavel
Date de parution : 1948
Editeur : Denoël

Première page de Le diable l’emporte

« Mme Collignot entra la première. Sa poitrine, puis son nez, franchirent la porte. Derrière elle apparut Irène, sa fille aînée, ronde et dorée. Après ce fut Aline, la plus jeune, maigre, noire, inquiète. M. Collignot entra le dernier.
Mme Collignot s’assit sur la banquette et fit asseoir Aline à côté d’elle. Irène et M. Collignot prirent place de l’autre côté de la table, sur des chaises. La salle à manger était pleine.
Mme Collignot déplia sa serviette, regarda son mari et dit :
— Quelles vacances !
Irène sourit, tourna la tête un peu à gauche, un peu à droite, non point pour voir, car elle était myope, mais pour s’offrir aux regards, gentiment. Elle demanda à sa mère :
— Qu’est-ce que tu dis ?
Mme Collignot haussa les épaules.
Aline dit : »

Extrait de : R. Barjavel. « Monsieur Gé – Le diable l’emporte. »

Les jours du monde par R. Barjavel

Fiche de Les jours du monde

Titre : Les jours du monde (Tome 2 sur 2 – Les dames à la licorne)
Auteur : R. Barjavel et O. de Veer
Date de parution : 1977
Editeur : France Loisirs

Première page de Les jours du monde

« LES ROTATIVES DU Matin s’arrêtèrent. La dernière édition venait de tomber. Elle portait la date du 31 janvier 1 907. En première page, sur trois colonnes, le grand quotidien parisien lançait ce qu’il nommait « un défi prodigieux » :
« Y en a-t-il un ou plusieurs qui accepte d’aller cet été de Pékin à Paris en automobile ? »
Les clicheurs et les rotativistes rentraient chez eux, dans la nuit, à bicyclette, en pardessus et chapeau melon. Le chef clicheur, qui était fragile des oreilles, avait mis un passe-montagne. L’hiver était froid.
Thomas dormait en, haut de la maison ronde de Passy. Il était le fils d’Helen, elle-même fille de Sir John Greene. Il avait seize ans. »

Extrait de : R. Barjavel. « Les dames à la licorne – Les Jours Du Monde. »

Les dames à la licorne par R. Barjavel

Fiche de Les dames à la licorne

Titre : Les dames à la licorne (Tome 1 sur 2 – Les dames à la licorne)
Auteur : R. Barjavel et O. de Veer
Date de parution : 1974
Editeur : Presses de la cité

Première page de Les dames à la licorne

« FOULQUES, premier comte d’Anjou, dit d’abord le Roux, puis le Plante-Genest, rencontra la licorne le deuxième vendredi de juin de l’année 929 et toute l’histoire de la France, de l’Angleteng, de l’Irlande et de Jérusalem en fut changée. Et aussi, à cause de l’Irlande, celle des États-Unis, qui reçurent tant d’Irlandais bannis, jusqu’à la grande revanche de John Kennedy. Et, par ce dernier et la lointaine licorne, l’histoire de la Lune fut changée aussi.
Foulques avait trente et un ans. Il était grand, large, fort et souple. À cette époque, la race des hommes du bout de l’Europe était petite. Dans une assemblée, Foulques dépassait chacun de la tête et du cou. Il avait la tête ronde et les longues boucles du lion, les yeux et les cheveux couleur d’ambre. Il ressemblait au héros Vercingétorix dont le portrait circulait encore au fond des forêts sur des pièces d’or usées par les siècles. Les bûcherons disaient qu’il était le fils de ses fils. Vercingétorix était beau,  »

Extrait de: R. Barjavel. « Les dames à la licorne – Les dames à la licorne. »