Catégorie : Livres

 

Le dit d’Aka par Ursula Le Guin

Fiche de Le dit d’Aka

Titre : Le dit d’Aka (Tome 4 sur 7 – Cycle de l’Ekumen)
Auteur : Ursula Le Guin
Date de parution : 2000
Traduction : P.-P. Durastanti
Editeur : Le livre de poche

Première page de Le dit d’Aka

« De jour, quand Sutty retournait sur Terre, c’était toujours au village. De nuit, c’était dans l’Enclave.
Le jaune du cuivre, le jaune du curcuma et du riz au safran, l’orange du souci, la teinte orangée de la poussière en suspension au-dessus des champs à la tombée du jour, le rouge du henné, le rouge de la passiflore, le rouge du sang séché, le rouge de la boue : telles étaient les nuances de la lumière du soleil durant la journée. Un parfum d’ase fétide. Le gazouillis de la voix de Tata qui cancanait avec la mère de Moti sur la véranda. La main brune immobile d’oncle Hurree posée sur une page blanche. L’œil de Ganesh, petit, porcin, gentil. Une allumette qu’on gratte, l’épaisse volute grise de la fumée d’encens, âcre, piquante, dissipée. Odeurs, visions fugitives, échos qui tramaient ou miroitaient dans sa tête tandis qu’elle parcourait les rues, mangeait, se reposait des vagues de sensations infligées par les quasis auxquels elle devait commuciper, de jour, sous l’autre soleil. »

Extrait de : U. Le Guin. « Cycle de l’Ekumen – Le Dit d’Aka. »

Le nom du monde est forêt par Ursula Le Guin

Fiche de Le nom du monde est forêt

Titre : Le nom du monde est forêt (Tome 2 sur 7 – Cycle de l’Ekumen)
Auteur : Ursula Le Guin
Date de parution : 1972
Traduction : H.-L. Planchat
Editeur : Pocket

Première page de Le nom du monde est forêt

« LORSQUE Davidson émergea du sommeil, deux événements de la veille étaient présents dans son esprit, et il les considéra un moment dans les ténèbres. L’un réjouissant : la nouvelle cargaison de femmes venait d’arriver. Croyez-le ou non. Elles étaient ici, dans Centralville, à vingt-sept années-lumière de la terre par NAFAL[1], et à quatre heures du Camp Smith par puce ; la deuxième fournée de femelles de reproduction pour la Colonie de la Nouvelle Tahiti, bien saines et bien propres, deux cent douze têtes de bétail humain de premier choix. Ou du moins, de qualité supérieure. L’autre événement était déprimant : le rapport de l’île du Dépotoir concernant la perte des récoltes, l’érosion massive, un vrai lessivage. La rangée des deux cent douze petites silhouettes baisables, plantureuses et mamelues, s’évanouit dans l’esprit de Davidson, laissant place à la vision d’une pluie torrentielle se déversant sur la terre labourée pour la battre en une boue  »

Extrait de : U. Le Guin. « Cycle de l’Ekumen – Le nom du monde est Forêt. »

Les dépossédés par Ursula Le Guin

Fiche de Les dépossédés

Titre : Les dépossédés (Tome 3 sur 7 – Cycle de l’Ekumen)
Auteur : Ursula Le Guin
Date de parution : 1974
Traduction : H.-L. Planchat
Editeur : Le livre de poche

Première page de Les dépossédés

« Il y avait un mur. Il ne semblait pas important. Il était formé de pierres non taillées cimentées sans soin. Un adulte pouvait regarder par-dessus, et même un enfant pouvait l’escalader. Là où il croisait la route, il n’y avait pas de porte, il s’estompait en une simple figure géométrique, une ligne, une idée de frontière. Mais cette idée était réelle. Elle était importante. Durant sept générations il n’y avait rien eu de plus important au monde que ce mur.
Comme tous les murs, il était ambigu, avec ses deux côtés. Ce qui se trouvait à l’intérieur et ce qui était à l’extérieur dépendait du côté du mur d’où l’on regardait.
Vu d’un côté, le mur entourait un champ stérile de soixante acres appelé le Port d’Anarres. Sur ce champ se trouvaient quelques grues flottantes, une aire de lancement et d’atterrissage, trois entrepôts, un garage pour camions et un dortoir. »

Extrait de : U. Le Guin. « Cycle de l’Ekumen – Les dépossédés. »

La main gauche de la nuit par Ursula Le Guin

Fiche de La main gauche de la nuit

Titre : La main gauche de la nuit (Tome 1 sur 7 – Cycle de l’Ekumen)
Auteur : Ursula Le Guin
Date de parution : 1969
Traduction : J. Bailhache
Editeur : Le livre de poche

Première page de La main gauche de la nuit

« PLEINS FEUX SUR ERHENRANG

Document tiré des archives de Hain. Transcription du message ansible 01-01101-934-2-Géthen. Rapport adressé au Stabile d’Olloul par Genly Aï, Premier Mobile sur Géthen-Nivôse, cycle hainien 93, année ékuménique 1490-97.
Je donnerai à mon rapport la forme d’un récit romancé. C’est que l’on m’a appris lorsque j’étais petit, sur ma planète natale, que la Vérité est affaire d’imagination. Un fait irréfutable peut être accepté ou refusé suivant le style dans lequel il est présenté – tel cet étrange joyau organique de nos mers dont l’éclat s’avive ou se ternit selon la personnalité de la femme qui le porte : ne peut-il même tomber en poussière ? Les faits ne sont pas plus solides, cohé- »

Extrait de : U. Le Guin. « Cycle de l’Ekumen – La Main gauche de la nuit. »

Pouvoirs par Ursula Le Guin

Fiche de Pouvoirs

Titre : Pouvoirs (Tome 3 sur 3 – Chroniques des rivages de l’ouest)
Auteur : Ursula Le Guin
Date de parution : 2007
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante

Première page de Pouvoirs

« — N’en parle à personne, me dit Callo.
— Et si ça se produit ? Comme pour la neige ?
— C’est précisément pour cela qu’il ne faut en parler à personne.
Ma sœur glissa un bras autour de mes épaules et nous fit balancer de gauche à droite sur notre banc d’école. La chaleur de son corps, son étreinte, cette douce oscillation m’apaisèrent. Je me joignis à son mouvement, la bousculai un peu. Mais je n’arrivais pas à oublier ma vision, ce terrible tourbillon. Je m’exclamai :
— Il faut que je les prévienne ! C’était une invasion ! Ils pourraient ordonner aux soldats de se tenir prêts !
— Ils te demanderaient : quand ?
J’en fus tout désarçonné.
— Qu’ils se tiennent prêts, c’est tout.
— Et si ça ne se réalisait pas avant longtemps ? Ils t’en voudraient d’avoir déclenché une fausse alerte. À l’inverse, si une armée envahissait effectivement la ville, ils seraient curieux de savoir ce qui t’avait mis au courant.
— Je leur dirais que je m’en étais souvenu ! »

Extrait de : U. Le Guin. « Chroniques des rivages de l’ouest – Pouvoirs. »

Voix par Ursula Le Guin

Fiche de Voix

Titre : Voix (Tome 2 sur 3 – Chroniques des rivages de l’ouest)
Auteur : Ursula Le Guin
Date de parution : 2006
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante

Première page de Voix

« Mon premier vrai souvenir est d’écrire la formule donnant accès à la salle secrète.
Je suis si petite qu’il me faut lever le bras très haut pour tracer les signes où il se doit sur le mur du couloir. La surface est enduite d’un épais plâtre gris qui se craquelle et s’effrite çà et là, laissant affleurer la pierre sous-jacente. Il fait presque noir dans ce passage silencieux à l’odeur de terre et de temps. Mais je n’ai pas peur. Là, je n’ai jamais peur. Je tends le bras et j’écris avec le doigt ainsi que je l’ai appris, au bon endroit, en l’air, sans toucher le revêtement. Une ouverture se ménage dans la paroi. J’entre.
La lumière est douce et claire à l’intérieur. Elle émane de nombreuses lucarnes de verre épais percées dans le haut plafond. Des rayonnages garnis de livres se dressent de part et d’autre de cette salle tout en longueur. Elle est à moi et je l’ai toujours su. Ista, Sosta et Gudit l’ignorent. Ils ne se doutent même pas de son existence. Ils ne s’approchent jamais de ce secteur si reculé, au fond de la maison. Je suis obligée de passer à chaque[…] »

Extrait de : U. Le Guin. « Chroniques des rivages de l’ouest – Voix. »

Dons par Ursula Le Guin

Fiche de Dons

Titre : Dons (Tome 1 sur 3 – Chroniques des rivages de l’ouest)
Auteur : Ursula Le Guin
Date de parution : 2004
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante

Première page de Dons

« Il avait dû se perdre pour arriver chez nous et je crains que les cuillers d’argent qu’il nous vola n’aient pas suffi à le sauver une fois qu’il eut gagné les hauts domaines. Pourtant, l’égaré, le fugitif, finit par devenir notre guide.
C’est Gry qui l’avait appelé le fugitif, et ce dès son arrivée. Elle était sûre qu’il avait commis un crime terrible, un meurtre ou une trahison, et qu’il tentait d’échapper à la vengeance. Quelle autre raison aurait conduit un habitant des Basses-Terres parmi nous ?
— L’ignorance, avançai-je. Il ne sait rien de nous. Nous ne lui faisons pas peur.
— À l’entendre, on l’aurait averti, en bas, de ne pas monter chez les sorciers.
— Mais il ne sait rien des dons. Ce ne sont que des mots, pour lui. Des légendes, des mensonges…
Nous avions sûrement tous les deux raison. À l’évidence, Emmon fuyait, ne fût-ce que pour échapper à une réputation méritée de voleur, ou alors par lassitude. Aussi agité, intrépide, curieux et inconséquent qu’un chiot, il ne  »

Extrait de : U. Le Guin. « Chroniques des rivages de l’ouest – Dons. »

L’oeil et le doigt par Donald Wandrei

Fiche de L’oeil et le doigt

Titre : L’oeil et le doigt
Auteur : Donald Wandrei
Date de parution : 1977
Traduction : N. Morisset de Leener
Editeur : NEO

Sommaire de L’oeil et le doigt

  • Les vies d’Alfred Kramer
  • Cela germera sur vous
  • La dame grise
  • La bulle de cristal
  • Un fragment de rêve
  • La femme à la fenêtre
  • Les messagers
  • Les poursuivants
  • Le cerveau rouge
  • Le brouillard noir
  • Le monstre venu de nulle part
  • Le miroir peint
  • L’oeil et le doigt

Première page de Les vies d’Alfred Kramer

« Bien que mon train ne dût pas partir avant onze heures du soir, je m’étais embarqué dès dix heures. Tandis que l’on préparait les couchettes, je fis un tour dans les wagons voisins.
En ce début de semaine, peu de passagers avaient pris place dans le train. En fait, revenant vers le compartiment fumeurs où je m’installai, je ne rencontrai qu’un seul autre occupant.
À première vue, il me parut singulièrement repoussant. Sa face grisâtre et figée à l’expression rigide, ses yeux noirs brûlants où aucune pupille n’était visible, ses mains gantées, croisées avec une certaine laideur sur ses genoux, tout contribuait à susciter en moi une antipathie spontanée.
Je ne lui accordai plus ensuite aucune attention – environ le quart d’heure durant lequel je fumai, assis. Plusieurs fois, cependant, j’eus l’impression qu’il me surveillait avec intensité.
Lorsque je me levai dans l’intention de rejoindre mon compartiment, il me sembla qu’il s’adressa à  »

Extrait de : D. Wandrei. « L’oeil et le doigt. »

Cimetière de l’effroi par Donald Wandrei

Fiche de Cimetière de l’effroi

Titre : Cimetière de l’effroi
Auteur : Donald Wandrei
Date de parution : 1948
Traduction : B. Becker
Editeur : Marabout

Première page de Cimetière de l’effroi

« MYSTÈRE À ISLING

La Vadia est une vieille route de pierre qui serpente jusqu’à Isling. Après avoir contourné l’ouest de la ville, elle continue jusqu’au cimetière. Là, elle s’arrête brusquement et se prolonge par un chemin de terre qui longe la haie d’aubépine entourant le cimetière. Elle reprend ensuite son cours sinueux.
La légende veut que la Vadia ait été utilisée par les légions au temps de l’occupation romaine, et qu’elle fut construite bien avant l’arrivée de l’armée impériale, mais les archéologues sont persuadés du contraire, car, affirment-ils, ni les Pictes ni les Gallois qui occupèrent ces collines sauvages, n’eussent été capables d’un tel exploit qui requérait des connaissances techniques sérieuses. »

Extrait de : D. Wandrei. « Cimetière de l’effroi. »

Lucifer et l’enfant par Ethel Mannin

Fiche de Lucifer et l’enfant

Titre : Lucifer et l’enfant
Auteur : Ethel Mannin
Date de parution : 1945
Traduction : J. Light
Editeur : Marabout

Première page de Lucifer et l’enfant

« L’HOMME QUI PORTE DES CORNES

Le 18 mars 1618, Margaret et Philippa Flower furent brûlées vives pour sorcellerie sur le bûcher de Lincoln, Angleterre. L’affaire avait tout d’abord été instruite par des magistrats distingués, ensuite des juges qualifiés dirigèrent le procès, et enfin le Premier Président de la Cour des Plaids Communs, Sir Henry Hobbart, prononça la condamnation. Les deux femmes avaient avoué leur commerce avec des esprits familiers pour l’accomplissement de maléfices et en outre elles reconnaissaient qu’elles avaient eu des visions périodiques de démons. Leur mère, qu’on avait arrêtée en même temps qu’elles, protesta de son innocence. Elle réclama du pain, en s’écriant : « Qu’il m’étouffe si je suis coupable ! ».
Les annales de l’époque rapportent qu’on lui donna du pain et qu’elle tomba raide morte dès qu’elle l’eut porté à sa bouche. Quelle que soit l’explication cherchée, le fait est historique. »

Extrait de : E. Mannin. « Lucifer et l’enfant. »