Le syndrome du scaphandrier par Serge Brussolo
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Fiche de Le syndrome du scaphandrierTitre : Le syndrome du scaphandrier Première page de Le syndrome du scaphandrier« … La voiture longue, noire, huileuse, collée le long du trottoir. Quelque chose comme une énorme sangsue caoutchouteuse et mouillée agrippée au bas de l’immeuble, pompant le sang de la façade, se gorgeant doucement du fluide vital irriguant le marbre rose du bâtiment… La maison allait-elle dépérir, se ratatiner ? David eut un geste pour s’assurer que le métal des portières ne s’amollissait pas. Il se réfréna à la dernière seconde. Ne pas permettre au fantasme de se développer à partir d’une impression éphémère, c’était la règle de base. Si l’on passait outre, l’image en profitait aussitôt pour s’enraciner, proliférant avec une incroyable rapidité, telles ces plantes des pays chauds qui repoussent à peine coupées, tiges dégoulinantes de sève, amputées et pourtant déjà renaissantes… … et pourtant la voiture, longue, noire, huileuse, avait quelque chose d’un squale aux aguets. Les phares comme des yeux inquiétants de fixité, les chromes du pare-chocs comme des dents énormes, capables de broyer n’importe quelle proie. David sentait la texture du véhicule changer autour de lui au fur et à mesure que l’image gagnait en matérialité. L’habitacle empestait le poisson, le cuir des sièges se couvrait peu à peu d’écailles. Il y avait une odeur de varech dans l’air, de l’écume moussait dans les caniveaux… » Extrait de : S. Brussolo. « Le syndrome du scaphandrier. » |
