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Machine de guerre par Paolo Bacigalupi

Fiche de Machine de guerre

Titre : Machine de guerre (tome 3 sur 3 – Les cités englouties)
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2017
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Machine de guerre

« Le drone volait en cercles loin au-dessus des ravages de la guerre.

Il n’était pas là une semaine plus tôt. Une semaine plus tôt, les Cités englouties ne valaient pas la peine qu’on les mentionne, encore moins qu’on envoie un drone les surveiller.

Les Cités englouties : littoral rendu marécageux par la montée des eaux et les haines politiques, lieu de décombres et d’incessants échanges de feu. Autrefois fière capitale, les gens qui alors circulaient dans ses couloirs de marbre dominaient une bonne partie du monde. Aujourd’hui, l’endroit avait à peine sa place sur les cartes, et encore moins au cœur des réunions des personnes civilisées. Les histoires qu’elles avaient contrôlées, les territoires qu’elles avaient gouvernés, tout avait été perdu à mesure que ses habitants sombraient dans la guerre civile – avant d’être oubliés.

Pourtant, un drone de surveillance de classe Rapace les survolait à présent.

Maintenu à distance par des courants humides et chauds, il observait les jungles impénétrables et les côtes érodées. Il tournait en ronds, les ailes déployées pour profiter des vents tièdes de l’océan Atlantique. Ses caméras passaient sur les marais emmêlés de kudzu et les étangs émeraude infestés de moustiques. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « Machine de guerre – Les cités englouties. »

Zombie ball par Paolo Bacigalupi

Fiche de Zombie ball

Titre : Zombie ball
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2013
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Zombie ball

« Perdre craint.

Ne laissez personne vous dire que ça forme le caractère ou ce genre de conneries, ça craint. Ça craint quand quelqu’un te bat. Ça craint d’avoir bossé aussi dur pour rien. Ça craint de ne pas pouvoir frapper la balle comme on le voudrait, de ne pas la relancer comme on l’espère – il y a des milliers de choses qui craignent quand on perd.

Mais ça craint encore plus quand tu es coincé sur le banc de touche par 38° poisseux d’humidité, quand la température ressentie est de 48°, que tu dégoulines de transpiration et que ton équipe perd – pas parce que tu crains au baseball, mais parce que ton entraîneur, M. Cocoran, craint au baseball.

M. Cocoran refuse de t’écouter quand tu lui dis qu’il se trompe dans l’ordre des batteurs. Il aime les frappes violentes et il adore les joueurs qui abattent les balles, visent le grillage et tout ça, et il ne comprend pas l’utilité pour le coureur d’atteindre la base. Il connaît que dalle au baseball.

Mais, vous savez ce qui craint encore plus dans le fait de perdre ?

Savoir qu’on est celui qui va se faire engueuler. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « Zombie ball. »

Water knife par Paolo Bacigalupi

Fiche de Water knife

Titre : Water knife
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2015
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Water knife

« La sueur raconte des histoires.

La sueur d’une femme pliée en deux dans un champ d’oignons, travaillant quatorze heures sous le soleil brûlant n’est pas celle d’un homme qui s’approche d’un barrage routier au Mexique en priant la Santa Muerte que les federales ne soient pas à la solde des ennemis qu’il fuit. La sueur d’un garçon de dix ans fixant le canon d’un SIG SAUER est différente de celle d’une femme luttant pour traverser le désert, priant la Vierge qu’une cache d’eau se trouve exactement là où sa carte de coyote le lui indique. La sueur est l’histoire d’un corps, compressée en joyaux, perlant sur le front, tachant les chemises de sel. Elle dit dans les moindres détails comment une personne s’est retrouvée au bon endroit au mauvais moment, elle dit même si elle va survivre un jour de plus.

Pour Angel Velasquez, perché très au-dessus du puits artésien central de Cypress 1 à observer Charles Braxton qui avançait pesamment le long de Cascade Trail, la sueur sur le front de l’avocat racontait que certains n’étaient pas aussi importants qu’ils aimaient à le penser. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « Water Knife. »

La fille flûte par Paolo Bacigalupi

Fiche de La fille flûte

Titre : La fille flûte et autres fragments de futurs brisés
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2008
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Sommaire de La fille flûte :

  • La fille-flûte
  • Peuple de sable et de poussière
  • Du dharma plein les poches
  • Le Pasho
  • L’homme des calories
  • Le chasseur de tamaris
  • Groupe d’intervention
  • Le yellow card
  • Plus doux encore
  • La pompe six

Première page de La fille-flûte

« La fille-flûte restait blottie dans la pénombre, serrant le dernier cadeau de Stephen entre ses petites mains pâles. Mme Belari devait la chercher et les domestiques renifler tous les recoins du château comme autant de chiens redevenus sauvages, regardant sous les lits, dans les placards, derrière les casiers à bouteilles, tous leurs sens à l’affût d’une trace d’elle. Belari ne découvrait jamais les cachettes de la fille-flûte. C’étaient toujours les domestiques qui la trouvaient. Belari se contentait d’arpenter les couloirs laissant les serviteurs œuvrer. Ils croyaient connaître toutes ses cachettes.

La fille-flûte changea de position. Sa posture inconfortable fatiguait son squelette fragile. Elle s’étira autant que l’espace exigu le lui permettait, puis se replia sur elle-même, aussi compacte que possible, s’imaginant lapin, comme ceux que Belari gardait en cage dans la cuisine : petits et doux avec leurs yeux tendres et humides, ils pouvaient rester immobiles pendant des heures. La fille-flûte se força à la patience et ignora les protestations douloureuses de son corps recroquevillé. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « La fille flute. »

La fille automate par Paolo Bacigalupi

Fiche de La fille automate

Titre : La fille automate
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2009
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de La fille automate

« – Non. Pas de mangoustan. (Anderson Lake se penche, l’index en avant.) Je veux celui-ci. Kaw pollamai nee khap. Celui à la peau rouge avec les poils verts.

La paysanne sourit, dévoilant des dents noircies par le bétel et désigne une pyramide de fruits entassés à côté d’elle.

– Un nee chai mai kha ?

– C’est ça. Ceux-ci. Khap. (Anderson hoche la tête et se force à sourire.) Comment les appelle-t-on ?

– Ngaw.

Elle prononce le nom lentement, par égard pour ses oreilles étrangères, et lui tend un échantillon.

Anderson prend le fruit en fronçant les sourcils.

– C’est nouveau ?

– Kha.

Elle opine.

Anderson fait tourner le fruit dans sa main, l’étudie. Cela ressemble plus à une anémone de mer au ton criard, ou à un poisson-globe étrangement velu, qu’à un fruit. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « La Fille Automate. »

La fabrique de doute par Paolo Bacigalupi

Fiche de La fabrique de doute

Titre : La fabrique de doute
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2014
Traduction : P. Marcel
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de La fabrique de doute

« Il l’observait depuis longtemps. La façon qu’elle avait de se mouvoir à travers les eaux dormantes de sa vie. Les amis et la famille qui l’entouraient. Comme on observerait un lumineux poisson tropical dans un aquarium, enclos de toutes parts, protégé à l’intérieur de ses confins. Inconscient des parois de verre.

Il pouvait l’observer assise dans un café, absorbée par sa liseuse, buvant ce même latte écrémé qu’elle commandait toujours. Il connaissait sa rue et connaissait son domicile. Il connaissait son emploi du temps à l’école. Mathématiques, chimie ou anglais avancés. 3,9 sur 4 de moyenne générale, parce qu’un connard de prof avait fusillé son score parfait pour un point de détail sur la présentation de son compte rendu de travaux pratiques.

Une fille intelligente.

Une fille pointue.

Et pourtant, totalement inconsciente.

Ce n’était pas sa faute. Tous les poissons de son aquarium étaient comme elle. Évoluant tous dans des eaux parfaitement contrôlées, à quelques millimètres à peine d’un autre monde qui leur était entièrement hostile. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « La Fabrique de Doute. »

L’alchimiste de Khaim par Paolo Bacigalupi

Fiche de L’alchimiste de Khaim

Titre : L’alchimiste de Khaim
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2011
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de L’alchimiste de Khaim

« Il est difficile de vendre son dernier lit à un voisin. Encore plus lorsque sa fille unique s’accroche comme un singe-araignée à sa structure et hurle comme si on lui coupait les bras chaque fois qu’on tente de l’en dégager.

Les quatre hommes d’Alacan étaient déjà arrivés, affamés et heureux de se faire un peu de cuivre en jouant de leurs muscles, et Lizca Sharma était présente, la jupe scintillante de diamants, pour superviser l’enlèvement du lit à baldaquin et s’assurer qu’il ne soit pas endommagé pendant le transfert. Le lit était vraiment massif. Ridicule pour une petite fille. Les petits membres de Jiala n’avaient aucun besoin de s’étaler sur une telle largeur. Mais la structure était gravée d’images des palais flottants de Jhandpara. D’antiques dragons de nuages s’enroulaient autour de ses montants jusqu’au ciel de lit où leurs griffes de bois accrochaient des filets roulés et, grâce à une attache en cuivre, s’ouvraient pour laisser tomber la moustiquaire pendant la saison chaude. Un lit magnifique. Un lit extravagant. Imprégné de la vitalité et de la gloire perdue de Jhandpara. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « L’Alchimiste de Khaim. »

Les cités englouties par Paolo Bacigalupi

Fiche de Les cités englouties

Titre : Les cités englouties (tome 2 sur 3 – Les cités englouties)
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2012
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Les cités englouties

« Les chaînes tintaient dans la pénombre des cellules de rétention.

La puanteur de l’urine, les miasmes de la sueur et de la peur se mélangeaient avec les relents douceâtres de la paille pourrissante. De l’eau gouttait le long des parois en marbre, les noircissant de mousses et d’algues.

L’humidité et la chaleur. L’odeur de la mer, lointaine, un parfum cruel rappelant aux prisonniers qu’ils ne goûteraient plus jamais à la liberté. Parfois, un détenu, chrétien hauturier ou dévot du Saint de la rouille, élevait la voix, priait, mais la plupart des captifs attendaient en silence, préservaient leur énergie.

Un cliquetis de ferraille à l’extérieur leur annonça que quelqu’un approchait. Le bruit de nombreuses bottes.

Quelques prisonniers levèrent les yeux, surpris. Ils n’entendaient aucune foule en liesse, aucun soldat qui appelait au sang. Pourtant, on ouvrait la porte de la prison. Mystère. Ils attendirent, avec l’espoir que ce mystère ne les concerne pas. L’espoir de survivre un jour de plus. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « Les Cités Englouties. »

Ferrailleurs des mers par Paolo Bacigalupi

Fiche de Ferrailleurs des mers

Titre : Ferrailleurs des mers (tome 1 sur 3 – Les cités englouties)
Auteur : Paolo Bacigalupi
Date de parution : 2010
Traduction : S. Doke
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Ferrailleurs des mers

« Nailer rampait dans une conduite de service pour en arracher le câblage électrique, soulevant un nuage de fibres d’amiante et de déjections de souris chaque fois que le câble se détachait. Il progressait en faisant sauter les agrafes d’aluminium qui retenaient le câblage. Les attaches tintaient dans le conduit étroit comme des pièces offertes au Dieu Ferrailleur, et Nailer fouillait le sol pour les ramasser et les enfourner dans le sac en cuir qu’il portait à la ceinture. Quand il tira une nouvelle fois sur le câblage, un bon mètre du précieux cuivre se libéra entre ses doigts dans un nuage de poussière.

La peinture LED décorant le front de Nailer éclairait le passage d’un vert pâle phosphorescent. Le sel de sa propre sueur mêlée de poussière lui piquait les yeux et gouttait sur son masque filtrant. D’une main couverte de cicatrices, il essuya les rigoles salées en faisant bien attention de ne pas effacer la peinture LED. Le marquage lumineux le démangeait et le rendait fou, mais il n’avait aucune envie de devoir retrouver son chemin à l’aveuglette dans le labyrinthe de conduites. Il résista donc à l’envie irrépressible de se gratter et vérifia une nouvelle fois sa position. »

Extrait de : P. Bacigalupi. « Ferrailleurs des mers – Les cités englouties. »

Paolo Bacigalupi

Présentation de Paolo Bacigalupi :

Paolo Bacigalupi est né le 6 août 1972 sous le ciel du Colorado, dans la ville de Colorado Springs, cet homme de lettres américain s’est imposé, dès l’orée de notre XXIe siècle, comme le prophète d’un sous-genre que les exégètes de la science-fiction ont coutume d’appeler la dystopie écologique, ou le roman de la pénurie.

S’il a d’abord fait ses premières armes en livrant des nouvelles d’une grande acuité au sein de revues spécialisées, c’est indubitablement la parution de son premier grand roman, « La Fille automate » (The Windup Girl), en l’an 2009, qui le propulsa au faîte de la gloire littéraire. Cet ouvrage magistral et fort sombre nous dépeint une Thaïlande du futur étouffant sous le joug de conglomérats agroalimentaires, où les ressources énergétiques traditionnelles ont tari, laissant place à une société malthusienne régie par les manipulations génétiques et la force motrice animale (un courant que les critiques anglo-saxons se plaisent parfois à baptiser biopunk). Ce coup d’essai, véritable coup de maître, fut couronné par les prix les plus prestigieux d’outre-Atlantique : les prix Hugo, Nebula, Locus et John W. Campbell Memorial lui furent ainsi conjointement décernés, un exploit rarissime.

Loin de se reposer sur ces lauriers amplement mérités, Paolo Bacigalupi n’a eu de cesse d’explorer les périls environnementaux qui guettent notre infortunée planète Terre. Que ce soit au travers d’ouvrages destinés à la belle jeunesse, tels que le poignant « Ferrailleurs des mers » (Ship Breaker, paru en 2010), où il imagine un littoral dévasté par la montée des océans, ou de récits d’une âpreté redoutable comme « Water Knife » (2015), effroyable anticipation des guerres de l’eau dans un Sud-Ouest américain irrémédiablement desséché, son œuvre fait toujours figure de vibrant avertissement.

Pour les amateurs de notre chère littérature conjecturale, il apparaît à bien des égards comme un héritier spirituel du grand John Brunner – on songe naturellement au retentissant « Tous à Zanzibar » – en ce qu’il utilise l’extrapolation scientifique non point pour nous offrir de futiles évasions stellaires, mais pour tendre un miroir glaçant à nos dérives contemporaines.

S’aventurer dans les pages de Paolo Bacigalupi, c’est accepter d’affronter les tempêtes écologiques de demain avec lucidité.

Livres de Paolo Bacigalupi :

Les cités englouties :

L’alchimiste de Khaim (2011)
La fabrique de doute (2014)
La fille automate (2009)
La fille flûte (2008)
Water knife (2015)
Zombie ball (2013)

Pour en savoir plus sur Paolo Bacigalupi :

La page Wikipédia sur P. Bacigalupi
La page Noosfere sur P. Bacigalupi
La page isfdb de P. Bacigalupi