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L’évangile du serpent par Pierre Bordage

Fiche de L’évangile du serpent
Titre : L’évangile du serpent (Tome 1 sur 3 – Les prophéties)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2001
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de L’évangile du serpent
« Mathias n’en avait plus pour longtemps à vivre, un pressentiment qui n’était pas seulement lié aux risques de son métier : la mort rôdait dans les ténèbres, si noires qu’elles étouffaient les halos des lampadaires et semblaient préluder à l’extinction de toute vie sur Terre. Fils et amant de la nuit, nourri à son sein d’encre, Mathias percevait ses souffles comme des chuchotements, il ressentait dans sa chair ses chagrins, ses joies, ses colères, et jamais il n’avait respiré une telle tristesse, une telle détresse, dans les entrailles moites de sa mère et maîtresse. Elle portait en son ventre un bouleversement violent qui n’emporterait pas seulement ses enfants perdus, mais l’ensemble des hommes et leurs rêves insensés.
Les paroles de Fin d’immonde, le dernier hit de Taj Ma Rage, moururent sur les lèvres de Mathias :
Terre des hommes, terre des gnomes,
Ton seul futur : néant, liquidation,
Pas de donnant mal an, pas de rédemption.
L’eau nous attend, destination le fond,
Déluge, déluge, déluge,
Les savants et les prophètes le clament,
Baby, tu m’enflammes,
Feu sur la calotte, feu dans les culottes, ouais,
Les glaces fondent, je t’inonde, bébé,
Fin d’immonde, ouais… »
Extrait de : P. Bordage. « L’évangile du serpent – Les prophéties. »
Le pacte par Pierre Bordage

Fiche de Le pacte
Titre : Le pacte – préambule (Tome 0 sur 3 – Les guerriers du silence)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2012
Editeur : L’Atalante
Première page de Le pacte
« Ce… Cette créature insiste, Votre Sainteté. »
Le muffi Barrofill le Vingt-quatrième réprima son agacement d’une expiration à peine perceptible.
Le contrôle des émotions.
Depuis qu’il avait accédé aux plus hautes fonctions de l’Église du Kreuz, le souverain pontife se sentait épié en permanence, non seulement par le collège des dignitaires et les innombrables serviteurs – dont quatre-vingt-dix pour cent œuvraient pour ses rivaux –, mais également par les omniprésents représentants de la noblesse syracusaine. Arghetti Ang, le seigneur de Syracusa, qui l’avait soutenu tout au long de sa tortueuse accession au trône pontifical, se montrait désormais distant, irrité, lors de leurs entrevues hebdomadaires. Leur pacte n’était pas fondé sur les affinités ni même sur la convergence de vues, mais sur le chantage et l’équilibre des forces, chacun connaissant les faiblesses intimes de l’autre, et Barrofill se demandait si Arghetti Ang n’avait pas trouvé le moyen de le neutraliser et, donc, projeté de l’éliminer comme lui-même avait évincé un à un tous ses rivaux dans la course au titre suprême. »
Extrait de : P. Bordage. « Le pacte – Les guerriers du silence. »
La citadelle Hyponéros par Pierre Bordage

Fiche de La citadelle Hyponéros
Titre : La citadelle Hyponéros (Tome 3 sur 3 – Les guerriers du silence)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 1995
Editeur : J’ai lu
Première page de La citadelle Hyponéros
« Pendant quatre-vingt-dix ans, j’ai présumé qu’il suffisait d’observer le monde pour mériter le titre d’homme et donc pendant quatre-vingt-dix ans je suis resté coupé du monde. Je pensais qu’il suffisait d’isoler et de comprendre les mécanismes qui régissent l’univers et je me suis emprisonné dans les méandres de la raison. J’ai vécu pendant plus de soixante années standard sur un astre mort du cœur de Via Lactea. Je me croyais à l’avant-garde de l’humanité, je n’étais qu’à sa traîne. Je pensais qu’il me suffisait d’assister à l’avènement du vide pour justifier mon existence. L’incréé se déployait sous mes yeux, dévorait les étoiles par millions et je me contentais de m’en désoler. J’avais enterré Nahum Arratan, mon compagnon d’aventure, et je dois avouer que sa mort m’avait procuré un grand soulagement car j’en étais arrivé à éprouver un terrible sentiment de haine à son égard. Nous avions vécu pendant plus de trente années dans une redoutable promiscuité et je refusais de me contempler dans le miroir qu’il me tendait. »
Extrait de : P. Bordage. « La citadelle Hyponeros – Les guerriers du silence. »
Terra Mater par Pierre Bordage

Fiche de Terra Mater
Titre : Terra Mater (Tome 2 sur 3 – Les guerriers du silence)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 1994
Editeur : J’ai lu
Première page de Terra Mater
« L’incréé pensait avoir accompli le plus difficile : ses féaux, disséminés dans l’univers, amputent l’humanité de sa mémoire, de son pouvoir. Le gardien immortel des annales inddiques s’est envolé vers un autre monde après quinze mille ans d’une vigilance jamais prise en défaut.
Tout est prêt pour son avènement, mais voici que se présente un homme sur le sentier de la nef de lumière. Un homme qui a retrouvé la porte secrète et qui, s’il persiste dans son entreprise, pourrait fort bien ramener les siens à leur source, à leur souveraineté. Cela fait des milliers et des milliers d’années que l’incréé combat l’hégémonie humaine, qu’il détourne la parole des prophètes et des visionnaires, qu’il sème la mort et la désolation, qu’il sépare, qu’il divise, qu’il fragmente… Depuis le commencement, depuis que les premières étincelles ont jeté leurs insupportables lueurs, depuis que la chaleur convulsive a enfanté les ondes, puis les formes, depuis que les créateurs ont décidé d’expérimenter leur œuvre, l’incréé a sans cesse reculé, vaincu par le chœur des ondes vibrantes, par la densité de la matière, par l’expansion infinie de l’univers. »
Extrait de : P. Bordage. « Terra Mater – Les guerriers du silence. »
Les guerriers du silence par Pierre Bordage
Fiche de Les guerriers du silence
Titre : Les guerriers du silence (Tome 1 sur 3 – Les guerriers du silence)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 1993
Editeur : J’ai lu
Première page de Les guerriers du silence
« Nul ne sait comment les Scaythes d’Hyponéros parvinrent à prendre une telle importance dans la vie de la planète Bella Syracusa, la Reine des arts.
Comment ils s’infiltrèrent dans l’entourage de la famille Ang, dynastie régnant sans discontinuer depuis quinze siècles standard.
Comment ils s’emparèrent progressivement des postes clés de l’administration ?
Comment ils finirent par se rendre indispensables en créant les fonctions de détecteurs et de protecteurs de
pensées ?
Comment, redoutés pour leurs extraordinaires facultés mentales, ils firent peu à peu régner la terreur ?
Qui étaient-ils ?
Nul ne connaissait Hyponéros ni même n’avait jamais entendu parler de ce monde lointain, si lointain qu’il n’a peut-être existé que dans les imaginations. Pourtant, il advint que l’un de ses rejetons, du nom de Pamynx, fut élevé à la dignité suprême de grand connétable, distinction réservée jusqu’alors aux seuls fils des grandes familles syracusaines.
Cet événement eut lieu sous le règne du seigneur Arghetti Ang.
A l’époque, ils furent bien peu à s’en offusquer. Qu’étaient-ils donc devenus, les fiers Syracusains des temps de conquête ? Des troncs creux, des ombres ou encore les jouets de l’illusion ? Malheur à celui par qui le scandale arrive. »
Extrait de : P. Bordage. « Les guerriers du silence. »
Le dernier jugement par Pierre Bordage

Fiche de Le dernier jugement
Titre : Le dernier jugement (Tome 6 sur 6 – Les derniers hommes)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2000
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Le dernier jugement
« Kadija n’avait pas besoin de recourir à la symbiose avec Benjamin pour s’apercevoir que les temps approchaient du rassemblement des douze tribus de l’Eskato. Il lui suffisait de contempler la métamorphose de la terre, qui, après avoir pansé les blessures infligées par les hommes, revêtait ses nouvelles parures pour accueillir les Saints. La colère du ciel avait détruit la Grande Prostituée, la bête écarlate, les rois, les marchands et les faux prophètes des nations humaines, et Satan, le dragon, l’antique serpent, précipité dans l’étang de soufre et de feu, avait désormais perdu sa capacité à nuire.
Les Justes inscrits dans le livre de vie allaient bientôt investir cette terre nouvelle délivrée de la malédiction originelle, toucher les fruits de leur clairvoyance, de leur persévérance, de leurs mérites. Ils ne connaîtraient pas la maladie, ni la guerre, ni toutes ces souillures qui avaient jalonné l’histoire de leurs prédécesseurs. Les hommes n’avaient pas su saisir leur chance, ils étaient condamnés à disparaître, comme les dinosaures avant eux, comme toutes les espèces animales ou végétales incapables de s’adapter aux changements. Ainsi le voulait la véritable logique de l’évolution, du rééquilibrage, de l’ordre, ainsi le proclamait le Verbe de l’Eskato. »
Extrait de : P. Bordage. « Le dernier jugement – Les derniers hommes. »
Les douze tribus par Pierre Bordage
Fiche de Les douze tribus
Titre : Les douze tribus (Tome 5 sur 6 – Les derniers hommes)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2000
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Les douze tribus
« Assise dans la neige, Kadija devait se résigner à l’évidence : sa sœur n’était plus.
Benjamin avait perdu sa trace un demi-siècle TT (temps terrestre) plus tôt, soit vingt années TT après son départ. Elle était restée en fréquence tribale au début, puis ses communications s’étaient brouillées, comme perturbées par l’atmosphère de la terre, et, après un dernier échange où elle avait tenté d’exprimer cette notion inconnue qu’était la souffrance, elle s’était définitivement tue.
La mort, pourtant, n’était pas inscrite dans le futur des Saints.
Kadija recevrait bientôt son nom d’Éternelle, mais elle s’était habituée à celui que lui avaient donné Ismahil et ses amis. Elle commençait de même à s’accoutumer à la souffrance – un concept absent de sa mémoire mentale et organique – qui la cernait à la façon d’une prédatrice omniprésente et tenace. »
Extrait de : P. Bordage. « Les douze Tribus – Les derniers hommes. »
Les chemins du secret par Pierre Bordage
Fiche de Les chemins du secret
Titre : Les chemins du secret (Tome 4 sur 6 – Les derniers hommes)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2000
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Les chemins du secret
« Solman court un grand danger, vénérée mère, je le sens… »
Gwenuver noua d’un geste las la ceinture de sa robe de chambre avant de lever un regard à la fois embarrassé et irrité sur la visiteuse. Elle partageait avec Irwan une maison située dans le cœur tortueux des ruelles de la petite ville fortifiée, une demeure bien trop vaste pour deux personnes, mais les deux membres du conseil avaient cédé à la tentation mesquine de s’attribuer la meilleure part dans la répartition des logements. Et la chaleur matinale diffusée par les deux gros poêles placés aux extrémités de l’immense pièce proclamait qu’ils n’étaient pas soumis comme les autres aux restrictions du bois de chauffage.
Gwenuver feignait d’avoir été réveillée en sursaut par l’intrusion de la visiteuse, mais elle n’avait pas dormi de la nuit.
Pourquoi serait-il en danger ? dit-elle après avoir réprimé un bâillement. Les ordres donnés aux assesseurs ne concernent que les deux Albains. »
Extrait de : P. Bordage. « Les chemins du secret – Les derniers hommes. »
Les légions de l’Apocalypse par Pierre Bordage

Fiche de Les légions de l’Apocalypse
Titre : Les légions de l’Apocalypse (Tome 3 sur 6 – Les derniers hommes)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2000
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Les légions de l’Apocalypse
« Les Aquariotes progressaient avec une lenteur désespérante sur les chemins tortueux et verglacés. Ils avaient quitté les bords de la Méditerranée et emprunté la piste en piteux état qui traversait les Cévennes et le Massif central pour déboucher sur les plaines du centre et de l’Île-de-France, leur prochaine étape.
L’attaque meurtrière du relais de Galice, le passage de la nuée de sauterellesGM et la mort de quatre de leurs pères et mères, le tout en moins de deux jours, avaient marqué les esprits et les corps. Le crachin qui tombait sans discontinuer, un tiers neige, un tiers glace et un tiers pluie, s’associait à la désolation des reliefs pelés et gris pour les emmurer dans un deuil auquel, jusqu’alors, ils n’avaient eu le temps de se consacrer. Les balles et les roquettes des Slangs avaient fauché plus de trois mille Aquariotes, décimé des
familles entières, laissé des orphelins, des parents sans enfants, des femmes sans mari, des hommes sans épouse, des grands-parents sans descendance, et le soir, le long des braseros disséminés sur la piste tortueuse, montaient des prières et des cris de colère qui s’amplifiaient dans les gouffres. »
Extrait de : P. Bordage. « Les légions de l’Apocalypse – Les derniers hommes. »
Le cinquième ange par Pierre Bordage
Fiche de Le cinquième ange
Titre : Le cinquième ange (Tome 2 sur 6 – Les derniers hommes)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2000
Editeur : Au diable Vauvert
Première page de Le cinquième ange
« Solman voyait devant lui des hommes et des femmes criminels, misérables, d’abominables vieillards qui n’avaient pas hésité à livrer de l’eau empoisonnée au peuple des Slangs à la fois pour assouvir une vengeance et affirmer leur pouvoir. Il discernait, avec une acuité douloureuse, le degré de responsabilité de chacun, de père Irwan et de mère Gwenuver, coupables d’avoir pris cette terrible décision ; d’Orgwan, de Lohiq et de Katwrinn, coupables de s’être laissé convaincre sans résistance ; de Joïnner, enfin, coupable de s’être résignée à une passivité servile et minante. Ils se tenaient dans la lumière aveuglante des projecteurs à gaz avec une raideur qui signait leur forfait. Ils continuaient de jouer la comédie de la diffamation, de l’honneur bafoué, convaincus que sa complaisance les laverait de tout soupçon. Il ne chercha pas à savoir s’ils avaient soudoyé les trois Neerdands pour l’éliminer, s’ils avaient ordonné à Rilvo d’assassiner Raïma, il avait assez à faire avec l’immense détresse qui le gagnait et obscurcissait sa clairvoyance.
Sa fichue clairvoyance. »
Extrait de : P. Bordage. « Le cinquième ange – Les derniers hommes. »