Étiquette : Les derniers hommes

 

Le dernier jugement par Pierre Bordage

Fiche de Le dernier jugement

Titre : Le dernier jugement (Tome 6 sur 6 – Les derniers hommes)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2000
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Le dernier jugement

« Kadija n’avait pas besoin de recourir à la symbiose avec Benjamin pour s’apercevoir que les temps approchaient du rassemblement des douze tribus de l’Eskato. Il lui suffisait de contempler la métamorphose de la terre, qui, après avoir pansé les blessures infligées par les hommes, revêtait ses nouvelles parures pour accueillir les Saints. La colère du ciel avait détruit la Grande Prostituée, la bête écarlate, les rois, les marchands et les faux prophètes des nations humaines, et Satan, le dragon, l’antique serpent, précipité dans l’étang de soufre et de feu, avait désormais perdu sa capacité à nuire.

Les Justes inscrits dans le livre de vie allaient bientôt investir cette terre nouvelle délivrée de la malédiction originelle, toucher les fruits de leur clairvoyance, de leur persévérance, de leurs mérites. Ils ne connaîtraient pas la maladie, ni la guerre, ni toutes ces souillures qui avaient jalonné l’histoire de leurs prédécesseurs. Les hommes n’avaient pas su saisir leur chance, ils étaient condamnés à disparaître, comme les dinosaures avant eux, comme toutes les espèces animales ou végétales incapables de s’adapter aux changements. Ainsi le voulait la véritable logique de l’évolution, du rééquilibrage, de l’ordre, ainsi le proclamait le Verbe de l’Eskato. »

Extrait de : P. Bordage. « Le dernier jugement – Les derniers hommes. »

Les douze tribus par Pierre Bordage

Fiche de Les douze tribus

Titre : Les douze tribus (Tome 5 sur 6 – Les derniers hommes)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2000
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Les douze tribus

« Assise dans la neige, Kadija devait se résigner à l’évidence : sa sœur n’était plus.

Benjamin avait perdu sa trace un demi-siècle TT (temps terrestre) plus tôt, soit vingt années TT après son départ. Elle était restée en fréquence tribale au début, puis ses communications s’étaient brouillées, comme perturbées par l’atmosphère de la terre, et, après un dernier échange où elle avait tenté d’exprimer cette notion inconnue qu’était la souffrance, elle s’était définitivement tue.

La mort, pourtant, n’était pas inscrite dans le futur des Saints.

Kadija recevrait bientôt son nom d’Éternelle, mais elle s’était habituée à celui que lui avaient donné Ismahil et ses amis. Elle commençait de même à s’accoutumer à la souffrance – un concept absent de sa mémoire mentale et organique – qui la cernait à la façon d’une prédatrice omniprésente et tenace. »

Extrait de : P. Bordage. « Les douze Tribus – Les derniers hommes. »

Les chemins du secret par Pierre Bordage

Fiche de Les chemins du secret

Titre : Les chemins du secret (Tome 4 sur 6 – Les derniers hommes)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2000
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Les chemins du secret

« Solman court un grand danger, vénérée mère, je le sens… »

Gwenuver noua d’un geste las la ceinture de sa robe de chambre avant de lever un regard à la fois embarrassé et irrité sur la visiteuse. Elle partageait avec Irwan une maison située dans le cœur tortueux des ruelles de la petite ville fortifiée, une demeure bien trop vaste pour deux personnes, mais les deux membres du conseil avaient cédé à la tentation mesquine de s’attribuer la meilleure part dans la répartition des logements. Et la chaleur matinale diffusée par les deux gros poêles placés aux extrémités de l’immense pièce proclamait qu’ils n’étaient pas soumis comme les autres aux restrictions du bois de chauffage.

Gwenuver feignait d’avoir été réveillée en sursaut par l’intrusion de la visiteuse, mais elle n’avait pas dormi de la nuit.

Pourquoi serait-il en danger ? dit-elle après avoir réprimé un bâillement. Les ordres donnés aux assesseurs ne concernent que les deux Albains. »

Extrait de : P. Bordage. « Les chemins du secret – Les derniers hommes. »

Les légions de l’Apocalypse par Pierre Bordage

Fiche de Les légions de l’Apocalypse

Titre : Les légions de l’Apocalypse (Tome 3 sur 6 – Les derniers hommes)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2000
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Les légions de l’Apocalypse

« Les Aquariotes progressaient avec une lenteur désespérante sur les chemins tortueux et verglacés. Ils avaient quitté les bords de la Méditerranée et emprunté la piste en piteux état qui traversait les Cévennes et le Massif central pour déboucher sur les plaines du centre et de l’Île-de-France, leur prochaine étape.

L’attaque meurtrière du relais de Galice, le passage de la nuée de sauterellesGM et la mort de quatre de leurs pères et mères, le tout en moins de deux jours, avaient marqué les esprits et les corps. Le crachin qui tombait sans discontinuer, un tiers neige, un tiers glace et un tiers pluie, s’associait à la désolation des reliefs pelés et gris pour les emmurer dans un deuil auquel, jusqu’alors, ils n’avaient eu le temps de se consacrer. Les balles et les roquettes des Slangs avaient fauché plus de trois mille Aquariotes, décimé des
familles entières, laissé des orphelins, des parents sans enfants, des femmes sans mari, des hommes sans épouse, des grands-parents sans descendance, et le soir, le long des braseros disséminés sur la piste tortueuse, montaient des prières et des cris de colère qui s’amplifiaient dans les gouffres. »

Extrait de : P. Bordage. « Les légions de l’Apocalypse – Les derniers hommes. »

Le cinquième ange par Pierre Bordage

Fiche de Le cinquième ange

Titre : Le cinquième ange (Tome 2 sur 6 – Les derniers hommes)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2000
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Le cinquième ange

« Solman voyait devant lui des hommes et des femmes criminels, misérables, d’abominables vieillards qui n’avaient pas hésité à livrer de l’eau empoisonnée au peuple des Slangs à la fois pour assouvir une vengeance et affirmer leur pouvoir. Il discernait, avec une acuité douloureuse, le degré de responsabilité de chacun, de père Irwan et de mère Gwenuver, coupables d’avoir pris cette terrible décision ; d’Orgwan, de Lohiq et de Katwrinn, coupables de s’être laissé convaincre sans résistance ; de Joïnner, enfin, coupable de s’être résignée à une passivité servile et minante. Ils se tenaient dans la lumière aveuglante des projecteurs à gaz avec une raideur qui signait leur forfait. Ils continuaient de jouer la comédie de la diffamation, de l’honneur bafoué, convaincus que sa complaisance les laverait de tout soupçon. Il ne chercha pas à savoir s’ils avaient soudoyé les trois Neerdands pour l’éliminer, s’ils avaient ordonné à Rilvo d’assassiner Raïma, il avait assez à faire avec l’immense détresse qui le gagnait et obscurcissait sa clairvoyance.

Sa fichue clairvoyance. »

Extrait de : P. Bordage. « Le cinquième ange – Les derniers hommes. »

Le peuple de l’eau par Pierre Bordage

Fiche de Le peuple de l’eau

Titre : Le peuple de l’eau (Tome 1 sur 6 – Les derniers hommes)
Auteur : Pierre Bordage
Date de parution : 2000
Editeur : Au diable Vauvert

Première page de Le peuple de l’eau

« Helaïnn l’ancienne retroussa sa robe, s’agenouilla au bord de la cuve, trempa l’index dans l’eau pendant quelques instants puis, avec d’infinies précautions, l’approcha de ses lèvres rainurées. Comme tous les sourciers, elle ne pouvait se fier qu’à son goût pour détecter la présence éventuelle d’ultra-cyanure.

Solman le boiteux, qui se tenait en arrière avec les apprentis, la vit effleurer de la pointe de la langue la pulpe de son doigt. Le poison foudroyant des anguilles aurait pu la tuer en une poignée de secondes. Enfouie une cinquantaine de mètres sous terre, l’eau répandait une tenace odeur de chlore – plutôt bon signe… – et de rouille. D’imperceptibles secousses telluriques hérissaient sa surface noire balayée par les faisceaux des torches.

Les quinze membres de la troupe s’étaient glissés l’un après l’autre dans un anneau de béton étroit, raide, fissuré, puis, bloqués par un éboulement trente mètres plus bas, ils avaient dégagé le passage à l’aide de pioches, de pelles, et remonté les gravats, la terre et les pierres dans les sacs en toile. »

Extrait de : P. Bordage. « Le peuple de l’eau – Les derniers hommes. »