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L’apparition par Lucie Delarue-Mardrus

Fiche de L’apparition
Titre : L’apparition
Auteur : Lucie Delarue-Mardrus
Date de parution : 1921
Editeur : J. Ferenczi Editeur
Première page de L’apparition
« Laurent Carmin entr’ouvrit la porte de la salle à manger et vit sa mère en discussion avec un de ses fermiers.
Maître Casimir voulait des réparations locatives. Mᵐᵉ Carmin répondait qu’il n’y avait pas urgence. Laurent referma la porte.
De telles démarches se renouvelaient, au château, de la part des herbagers; mais ils repartaient presque toujours sans obtenir satisfaction, car Mᵐᵉ Carmin était Normande comme eux, et bien plus forte qu’eux.
On l’admire pour cela dans le pays, et aussi pour ses biens, qui sont nombreux, espacés les uns des autres, des grands et des petits, fermes et manoirs, pressoirs, herbages et bois-taillis.
—A qui cela appartient-il?
Réponse presque toujours la même:
—Est à Mâme Carmin.
Il y a de ces marquises de Carabas en Normandie, car les traditions de l’ancien temps n’y ont guère souffert du renversement des rois. »
Extrait de : L. Delarue-Mardrus. « L’apparition. »
Conte de Noël par Lucie Delarue-Mardrus

Fiche de Conte de Noël
Titre : Conte de Noël
Auteur : Lucie Delarue-Mardrus
Date de parution : 1929
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Conte de Noël
« Isabelle berçait son petit garçon, gentiment, sur ses genoux, au coin du feu, trois bûches dans l’étroite cheminée. La lampe basse éclairait leur réveillon. Une neige assez épaisse, tombée le matin, mettant sa couche de silence autour de la petite maison isolée dans son jardin minuscule.
Pauvre villa de banlieue, image même de la médiocrité, que tu sembles belle, ce soir, à celle qui va te quitter pour entrer dans la misère !
Isabelle, jeune fille de luxe, mariée par amour, a, depuis cinq ans, descendu rapidement l’échelle haute de son bonheur.
L’homme pauvre qu’elle a, contre le gré de ses parents, choisi pour son charme et sa belle figure : un monsieur louche. Elle ne s’en est aperçue que tard. L’enfant était né, les parents morts. Orpheline et mère presque en même temps, la jeune femme, entre ce chagrin-ci et cette joie-là, a, cette même année, vu commencer l’extinction d’un mirage. »
Extrait de : L. Delarue-Mardrus. « Conte de Noël. »
Amanit par Lucie Delarue-Mardrus

Fiche de Amanit
Titre : Amanit
Auteur : Lucie Delarue-Mardrus
Date de parution : 1929
Editeur : Bibliothèque numérique romande
Première page de Amanit
« Charles-Étienne, le fils unique de Jean Masserand, venait d’annoncer aux uns et aux autres ses fiançailles avec Geneviève Le Rieux. Cela n’étonnait pas, car les deux jeunes gens s’aimaient depuis l’enfance. Le brouhaha de la soirée grandissait parmi le mobilier démodé de cet appartement où l’académicien vivait depuis vingt ans, où sa femme était morte, où son fils avait grandi, studieux adolescent sachant à peine qu’il était beau. Les invités, dans trois pièces trop petites et surchauffées par les salamandres, commentaient ces fiançailles.
La porte s’ouvrit pour une grande jeune femme. Elle ne posa sur personne ses yeux en amande. D’émail noir et blanc, ils avaient un regard qui ne pouvait pas ne pas donner le frisson. On ne voyait d’abord qu’eux, énigme indéchiffrable. Dans un teint d’une pâleur olivâtre, des traits bien balancés, un nez court, une bouche épaisse et pourpre, le tout sans aucun fard, s’entouraient de boucles naturelles trop longues pour la mode, cheveux à reflets bleus près des tempes. »
Extrait de : L. Delarue-Mardrus. « Amanit. »
Lucie Delarue-Mardrus

Présentation de Lucie Delarue-Mardrus :
Lucie Delarue-Mardrus est née le 3 novembre 1874 à Honfleur et rappelée à Dieu le 26 avril 1945.
Figure incontournable de la Belle Époque, poétesse, romancière et sculptrice, elle s’est d’abord rendue célèbre tant par son talent poétique que par son mariage tapageur avec le docteur Joseph-Charles Mardrus, l’illustre traducteur des « Mille et Une Nuits ». Mais si les gazettes littéraires retiennent souvent d’elle ses écrits régionalistes ou ses amours sulfureuses, il convient de souligner sa contribution remarquable, quoique trop souvent ignorée, à la littérature de l’imaginaire et du fantastique.
En effet, Lucie Delarue-Mardrus s’est révélée être une authentique orfèvre du conte étrange et visionnaire. Entre 1906 et 1914, elle livra aux colonnes du quotidien Le Journal des centaines de contes de presse, parmi lesquels de véritables joyaux de l’onirisme et du surnaturel. Ces récits fantastiques ont été fort heureusement rassemblés bien plus tard dans d’imposants recueils tels que « L’Invitation à la mort et autres contes chimériques » ou encore « Le Fantôme dans la rose et autres contes visionnaires ».
Dans ces œuvres délicieusement fantasmagoriques, la romancière renoue avec la pure essence du merveilleux et de l’insolite. Loin de s’enfermer dans le strict naturalisme en vogue chez bon nombre de ses confrères de l’époque, elle laisse son imagination s’envoler vers des rivages ténébreux, poétiques et souvent macabres. Qu’elle dépeigne des spectres mélancoliques, des pactes funestes ou des enchantements mortifères, elle manie les ressorts du conte cruel et fantastique avec une dextérité qui la place dans la noble lignée d’un Villiers de L’Isle-Adam ou d’un Edgar Allan Poe.
Il sied également de mentionner la modernité troublante de son roman de 1930, « L’Ange et les Pervers ». Bien qu’il s’agisse davantage d’une fable sur l’identité que d’une œuvre de pure science-fiction, la figure de son protagoniste intersexe évoluant aux frontières du genre témoigne d’un goût prononcé pour l’altération du réel et la spéculation intime.
Ainsi, l’imaginaire chimérique fut, pour Lucie Delarue-Mardrus, bien plus qu’un simple divertissement littéraire ; il constitua le subtil prolongement de son âme rebelle et poétique, refusant les entraves d’un monde trop prosaïque.
Livres de Lucie Delarue-Mardrus :
Amanit (1929)
Conte de Noël (1929)
L’apparition (1921)
Pour en savoir plus sur Lucie Delarue-Mardrus :
La page Wikipédia sur L. Delarue-Mardrus
La page Noosfere sur L. Delarue-Mardrus
La page isfdb de L. Delarue-Mardrus