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Terremer de 1 à 3 par U. Le Guin
Fiche de Terremer de 1 à 3
Titre : Le sorcier de Terremer (Tome 1 sur 6 – Cycle de Terremer)
Titre : Les tombeaux d’Atuan (Tome 2 sur 6 – Cycle de Terremer)
Titre : L’ultime rivage (Tome 3 sur 6 – Cycle de Terremer)
Auteur : U. Le Guin
Date de parution : 1977
Traduction : P. R. Hupp, M. L. Landa
Editeur :
Sommaire de Terremer de 1 à 3
- Le sorcier de Terremer
- Les tombeaux d’Atuan
- L’ultime rivage
Première page de Le sorcier de Terremer
« DES GUERRIERS DANS LA BRUME
L’ÎLE de Gont, une montagne dont le sommet surplombe de plus de quinze cents mètres les flots tumultueux de la mer du Nordest, est une contrée renommée par ses magiciens. Maints Gontois en effet ont quitté les bourgs de ses hautes vallées et les ports de ses sombres baies resserrées pour servir les Seigneurs de l’Archipel en leurs villes, comme mages ou sorciers ; ou bien, en quête d’aventure, s’en sont allés d’île en île produire leur magie d’un bout à l’autre de Terremer.
Certains disent que, parmi eux, le plus grand, et sans nul doute le plus intrépide voyageur, était un homme du nom d’Épervier, qui en son époque était devenu à la fois maître des dragons et Archimage. La Geste de Ged et plus d’un autre chant content sa vie ; mais l’histoire que voici remonte aux jours où il ignorait la gloire avant que les chants fussent créés.
Il naquit dans un village nommé Dix-Aulnes, perdu dans les hauteurs à la pointe du Val du Nord, »
Extrait de : U. Le Guin. « Cycle de Terremer – Le Sorcier de Terremer. »
Première page de Les tombeaux d’Atuan
« RENTRE, Tenar ! Rentre à la maison ! »
Dans la vallée profonde, entre chien et loup, les pommiers étaient à la veille de fleurir ; çà et là, parmi les rameaux ombrés, une fleur précoce était éclose, blanche et rose, comme une pâle étoile. Dans les allées du verger, dans l’herbe épaisse, vierge et humide, la fillette courait, pour la joie de courir ; entendant l’appel, elle ne revint pas immédiatement, mais décrivit un long cercle avant de s’en retourner vers la maison. Sa mère, qui attendait sur le seuil de la cabane, avec en fond, derrière elle, la lueur du feu, observait la minuscule silhouette qui courait et dansait, comme un duvet de chardon emporté par le vent, sur l’herbe vêtue d’ombre en dessous des arbres.
À l’angle de la cabane, occupé à racler une houe engluée de terre, le père dit : « Pourquoi laisses-tu ton coeur s’attacher à cette enfant ? Ils vont venir la prendre le mois prochain. Pour de bon. Autant l’enterrer, et que ce soit fini. À quoi bon t’attacher à »
Extrait de : U. Le Guin. « Cycle de Terremer – Les tombeaux d’Atuan. »
Première page de L’ultime rivage
« LE SORBIER
DANS la Cour de la Fontaine, le soleil de mars brillait à travers les jeunes feuilles de frêne et d’orme, et l’eau jaillissait et retombait dans l’ombre et la lumière limpide. Autour de ce patio s’élevaient quatre hauts murs de pierre. Derrière, des chambres et des cours, des passages et des couloirs, des tours, et enfin les massives murailles extérieures de la Grande Maison de Roke, capables de résister à n’importe quelle attaque guerrière, à un tremblement de terre, ou à la mer elle-même, car elles n’étaient point bâties seulement de pierre, mais de magie invincible. Car Roke est l’Ile des Sages, où l’on enseigne l’art de la magie ; et la Grande Maison est l’école et le centre de la sorcellerie ; le centre de la Maison est cette petite cour tout à l’intérieur des murs, où joue la fontaine et se dresse l’arbre, dans la pluie, le soleil ou la clarté des étoiles.
L’arbre le plus proche de la fontaine, un sorbier de belle taille, avait par ses racines bosselé, et cra- »
Extrait de : U. Le Guin. « Cycle de Terremer – L’ultime rivage. »
L’anniversaire du monde par U. Le Guin
Fiche de L’anniversaire du monde
Titre : L’anniversaire du monde (Tome 7 sur 7 – Cycle de l’Ekumen)
Auteur : U. Le Guin
Date de parution : 2002
Traduction : P. Dusoulier
Editeur : Robert Laffont
Sommaire de L’anniversaire du monde
- Puberté en Karhaïde
- La question de Seggri
- Un amour qu’on n’a pas choisi
- Coutumes montagnardes
- Solitude
- Musique ancienne et les femmes esclaves
- L’anniversaire du monde
- Paradis perdu
Première page de Puberté en Karhaïde
« Par Sov Thade Tage em Ereb, de Rer, en Karhaïde, sur Géthen
J’habite la plus vieille ville du monde. Bien avant qu’il n’y ait des rois en Karhaïde, Rer était une cité, le lieu de rassemblement et de commerce pour tout le Nord-Est, les Plaines et le Pays de Kerm. Il y a quinze mille ans, la Citadelle de Rer était un centre de culture, un refuge, un tribunal. C’est ici que la Karhaïde est devenue une nation, à l’époque de la dynastie royale Geger qui régna mille ans. Au cours de la millième année, Sedern Geger, le non-roi, jeta la couronne dans le fleuve Arre du haut des tours du palais, proclamant la fin de la domination. C’est alors que commença la période qu’on appelle la Floraison de Rer, le Siècle de l’Été. Cette époque prit fin quand le Foyer de Harge accéda au pouvoir et transporta sa capitale au-delà des montagnes, à Erhenrang. L’Ancien Palais est désert depuis des siècles. Mais il se dresse toujours. Rien ne s’écroule à Rer. L’Arre inonde les tunnels urbains chaque année au moment du Dégel, les blizzards hivernaux peuvent accumuler dix mètres de neige, mais la cité perdure[…] »
Extrait de : U. Le Guin. « Cycle de l’Ekumen – L’anniversaire du monde. »
Quatre chemins de pardon par U. Le Guin
Fiche de Quatre chemins de pardon
Titre : Quatre chemins de pardon (Tome 6 sur 7 – Cycle de l’Ekumen)
Auteur : U. Le Guin
Date de parution : 1995
Traduction : M. Surgers
Editeur : L’Atalante
Sommaire de Quatre chemins de pardon
- Trahisons
- Jour de pardon
- Un homme du peuple
- Libération d’une femme
Première page de Trahisons
« DE GUERRE, la planète O n’en a pas connu depuis cinq mille ans, et il n’y en a jamais eu sur Gethen. » Elle interrompit sa lecture, à la fois pour reposer ses yeux et parce qu’elle voulait s’habituer à lire lentement au lieu de gober les paquets de mots comme Tikuli gobait sa nourriture. « Il n’y en a jamais eu » : ces mots brillaient en elle, noyés dans une incrédulité sombre, immense, douce. Que serait un monde sans guerre ? Il serait vrai. La paix, c’était la vérité, une vie pour travailler, apprendre, élever des enfants qui travaillent et apprennent. La guerre dévorait le travail, la sagesse, les enfants, niait la vérité. Mais mon peuple, se dit-elle, ne sait que nier. Nés dans l’ombre noire du pouvoir dévoyé, nous faisons de la paix une lumière trop lointaine, un but inaccessible. Nous ne savons que combattre. Toute paix que l’un de nous crée ne sert qu’à nier la guerre qui continue, ombre de l’ombre, mensonge échafaudé. »
Extrait de : U. Le Guin. « Cycle de l’Ekumen – Quatre chemins de pardon. »
Le dit d’Aka par U. Le Guin
Fiche de Le dit d’Aka
Titre : Le dit d’Aka (Tome 4 sur 7 – Cycle de l’Ekumen)
Auteur : U. Le Guin
Date de parution : 2000
Traduction : P.-P. Durastanti
Editeur : Le livre de poche
Première page de Le dit d’Aka
« De jour, quand Sutty retournait sur Terre, c’était toujours au village. De nuit, c’était dans l’Enclave.
Le jaune du cuivre, le jaune du curcuma et du riz au safran, l’orange du souci, la teinte orangée de la poussière en suspension au-dessus des champs à la tombée du jour, le rouge du henné, le rouge de la passiflore, le rouge du sang séché, le rouge de la boue : telles étaient les nuances de la lumière du soleil durant la journée. Un parfum d’ase fétide. Le gazouillis de la voix de Tata qui cancanait avec la mère de Moti sur la véranda. La main brune immobile d’oncle Hurree posée sur une page blanche. L’œil de Ganesh, petit, porcin, gentil. Une allumette qu’on gratte, l’épaisse volute grise de la fumée d’encens, âcre, piquante, dissipée. Odeurs, visions fugitives, échos qui tramaient ou miroitaient dans sa tête tandis qu’elle parcourait les rues, mangeait, se reposait des vagues de sensations infligées par les quasis auxquels elle devait commuciper, de jour, sous l’autre soleil. »
Extrait de : U. Le Guin. « Cycle de l’Ekumen – Le Dit d’Aka. »
Le nom du monde est forêt par U. Le Guin
Fiche de Le nom du monde est forêt
Titre : Le nom du monde est forêt (Tome 2 sur 7 – Cycle de l’Ekumen)
Auteur : U. Le Guin
Date de parution : 1972
Traduction : H.-L. Planchat
Editeur : Pocket
Première page de Le nom du monde est forêt
« LORSQUE Davidson émergea du sommeil, deux événements de la veille étaient présents dans son esprit, et il les considéra un moment dans les ténèbres. L’un réjouissant : la nouvelle cargaison de femmes venait d’arriver. Croyez-le ou non. Elles étaient ici, dans Centralville, à vingt-sept années-lumière de la terre par NAFAL[1], et à quatre heures du Camp Smith par puce ; la deuxième fournée de femelles de reproduction pour la Colonie de la Nouvelle Tahiti, bien saines et bien propres, deux cent douze têtes de bétail humain de premier choix. Ou du moins, de qualité supérieure. L’autre événement était déprimant : le rapport de l’île du Dépotoir concernant la perte des récoltes, l’érosion massive, un vrai lessivage. La rangée des deux cent douze petites silhouettes baisables, plantureuses et mamelues, s’évanouit dans l’esprit de Davidson, laissant place à la vision d’une pluie torrentielle se déversant sur la terre labourée pour la battre en une boue »
Extrait de : U. Le Guin. « Cycle de l’Ekumen – Le nom du monde est Forêt. »
Les dépossédés par U. Le Guin
Fiche de Les dépossédés
Titre : Les dépossédés (Tome 3 sur 7 – Cycle de l’Ekumen)
Auteur : U. Le Guin
Date de parution : 1974
Traduction : H.-L. Planchat
Editeur : Le livre de poche
Première page de Les dépossédés
« Il y avait un mur. Il ne semblait pas important. Il était formé de pierres non taillées cimentées sans soin. Un adulte pouvait regarder par-dessus, et même un enfant pouvait l’escalader. Là où il croisait la route, il n’y avait pas de porte, il s’estompait en une simple figure géométrique, une ligne, une idée de frontière. Mais cette idée était réelle. Elle était importante. Durant sept générations il n’y avait rien eu de plus important au monde que ce mur.
Comme tous les murs, il était ambigu, avec ses deux côtés. Ce qui se trouvait à l’intérieur et ce qui était à l’extérieur dépendait du côté du mur d’où l’on regardait.
Vu d’un côté, le mur entourait un champ stérile de soixante acres appelé le Port d’Anarres. Sur ce champ se trouvaient quelques grues flottantes, une aire de lancement et d’atterrissage, trois entrepôts, un garage pour camions et un dortoir. »
Extrait de : U. Le Guin. « Cycle de l’Ekumen – Les dépossédés. »
La main gauche de la nuit par U. Le Guin
Fiche de La main gauche de la nuit
Titre : La main gauche de la nuit (Tome 1 sur 7 – Cycle de l’Ekumen)
Auteur : U. Le Guin
Date de parution : 1969
Traduction : J. Bailhache
Editeur : Le livre de poche
Première page de La main gauche de la nuit
« PLEINS FEUX SUR ERHENRANG
Document tiré des archives de Hain. Transcription du message ansible 01-01101-934-2-Géthen. Rapport adressé au Stabile d’Olloul par Genly Aï, Premier Mobile sur Géthen-Nivôse, cycle hainien 93, année ékuménique 1490-97.
Je donnerai à mon rapport la forme d’un récit romancé. C’est que l’on m’a appris lorsque j’étais petit, sur ma planète natale, que la Vérité est affaire d’imagination. Un fait irréfutable peut être accepté ou refusé suivant le style dans lequel il est présenté – tel cet étrange joyau organique de nos mers dont l’éclat s’avive ou se ternit selon la personnalité de la femme qui le porte : ne peut-il même tomber en poussière ? Les faits ne sont pas plus solides, cohé- »
Extrait de : U. Le Guin. « Cycle de l’Ekumen – La Main gauche de la nuit. »
Pouvoirs par U. Le Guin
Fiche de Pouvoirs
Titre : Pouvoirs (Tome 3 sur 3 – Chroniques des rivages de l’ouest)
Auteur : U. Le Guin
Date de parution : 2007
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante
Première page de Pouvoirs
« — N’en parle à personne, me dit Callo.
— Et si ça se produit ? Comme pour la neige ?
— C’est précisément pour cela qu’il ne faut en parler à personne.
Ma sœur glissa un bras autour de mes épaules et nous fit balancer de gauche à droite sur notre banc d’école. La chaleur de son corps, son étreinte, cette douce oscillation m’apaisèrent. Je me joignis à son mouvement, la bousculai un peu. Mais je n’arrivais pas à oublier ma vision, ce terrible tourbillon. Je m’exclamai :
— Il faut que je les prévienne ! C’était une invasion ! Ils pourraient ordonner aux soldats de se tenir prêts !
— Ils te demanderaient : quand ?
J’en fus tout désarçonné.
— Qu’ils se tiennent prêts, c’est tout.
— Et si ça ne se réalisait pas avant longtemps ? Ils t’en voudraient d’avoir déclenché une fausse alerte. À l’inverse, si une armée envahissait effectivement la ville, ils seraient curieux de savoir ce qui t’avait mis au courant.
— Je leur dirais que je m’en étais souvenu ! »
Extrait de : U. Le Guin. « Chroniques des rivages de l’ouest – Pouvoirs. »
Voix par U. Le Guin
Fiche de Voix
Titre : Voix (Tome 2 sur 3 – Chroniques des rivages de l’ouest)
Auteur : U. Le Guin
Date de parution : 2006
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante
Première page de Voix
« Mon premier vrai souvenir est d’écrire la formule donnant accès à la salle secrète.
Je suis si petite qu’il me faut lever le bras très haut pour tracer les signes où il se doit sur le mur du couloir. La surface est enduite d’un épais plâtre gris qui se craquelle et s’effrite çà et là, laissant affleurer la pierre sous-jacente. Il fait presque noir dans ce passage silencieux à l’odeur de terre et de temps. Mais je n’ai pas peur. Là, je n’ai jamais peur. Je tends le bras et j’écris avec le doigt ainsi que je l’ai appris, au bon endroit, en l’air, sans toucher le revêtement. Une ouverture se ménage dans la paroi. J’entre.
La lumière est douce et claire à l’intérieur. Elle émane de nombreuses lucarnes de verre épais percées dans le haut plafond. Des rayonnages garnis de livres se dressent de part et d’autre de cette salle tout en longueur. Elle est à moi et je l’ai toujours su. Ista, Sosta et Gudit l’ignorent. Ils ne se doutent même pas de son existence. Ils ne s’approchent jamais de ce secteur si reculé, au fond de la maison. Je suis obligée de passer à chaque[…] »
Extrait de : U. Le Guin. « Chroniques des rivages de l’ouest – Voix. »
Dons par U. Le Guin
Fiche de Dons
Titre : Dons (Tome 1 sur 3 – Chroniques des rivages de l’ouest)
Auteur : U. Le Guin
Date de parution : 2004
Traduction : M. Cabon
Editeur : L’Atalante
Première page de Dons
« Il avait dû se perdre pour arriver chez nous et je crains que les cuillers d’argent qu’il nous vola n’aient pas suffi à le sauver une fois qu’il eut gagné les hauts domaines. Pourtant, l’égaré, le fugitif, finit par devenir notre guide.
C’est Gry qui l’avait appelé le fugitif, et ce dès son arrivée. Elle était sûre qu’il avait commis un crime terrible, un meurtre ou une trahison, et qu’il tentait d’échapper à la vengeance. Quelle autre raison aurait conduit un habitant des Basses-Terres parmi nous ?
— L’ignorance, avançai-je. Il ne sait rien de nous. Nous ne lui faisons pas peur.
— À l’entendre, on l’aurait averti, en bas, de ne pas monter chez les sorciers.
— Mais il ne sait rien des dons. Ce ne sont que des mots, pour lui. Des légendes, des mensonges…
Nous avions sûrement tous les deux raison. À l’évidence, Emmon fuyait, ne fût-ce que pour échapper à une réputation méritée de voleur, ou alors par lassitude. Aussi agité, intrépide, curieux et inconséquent qu’un chiot, il ne »
Extrait de : U. Le Guin. « Chroniques des rivages de l’ouest – Dons. »