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Alise par Jules Lermina

Fiche de Alise
Titre : Alise
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1893
Editeur : BnF
Première page de Alise
« Au moment précis où sonnaient cinq heures, un matin du mois d’avril 1825, un petit vieillard, d’apparence falote, enveloppé d’une redingote puce à collet, coiffé d’un chapeau à larges bords d’où s’échappait une maigre queue roussâtre, sortit de la rue de Valois, leva le nez en l’air pour prendre le vent, puis, à pas courts, mais hâtifs, en homme qui a besogne faite, s’engagea dans le dédale de rues qui, à cette époque, faisait de la place du Carrousel un véritable labyrinthe, puis sur le pont Royal, sans même jeter un regard sur le magnifique panorama de la Seine, estompée, sous le soleil matinal, d’un brouillard blanchâtre, et, ayant franchi le fleuve, tourna à gauche sur le quai Voltaire.
Comme il approchait de la rue de Beaune, il ralentit sa marche, se glissa le long du mur et avança la tête, regardant la rue dans toute sa longueur avant d’y pénétrer, affaire d’habitude ou d’instinct.
Tout était parfaitement calme. Avant-garde du faubourg Saint-Germain, les rues qui touchaient au quai n’étaient guère plus animées le jour que la nuit. »
Extrait de : J. Lermina. « Alise. »
A tes pieds ! par Jules Lermina
Fiche de A tes pieds !
Titre : A tes pieds !
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1889
Editeur : BnF
Première page de A tes pieds !
« Je crois, en vérité, que j’ai trouvé justement ce que je cherchais. En ce désespoir profond où tout mon être s’est abîmé — comme ces roches qui s’effondrent sous la tempête et disparaissent dans un gouffre — je me suis senti dédaigneux du suicide, éprouvant au contraire une âpre appétence du chagrin long, introublé. J’ai voulu que, sur mon front, tombât, dans la solitude, la perpétuelle goutte d’eau du souvenir. Enfin j’ai désiré m’abstraire de toute impression extérieure pour me livrer, sans trouble, à la poignante étreinte des regrets.
J’avais déjà, en mes longues courses à travers la campagne, remarqué cette propriété abandonnée, toute close do murs au-dessus desquels bruissait une immense broussaille, cherchant à s’évader par le faite des pierres. Je ne sais comment l’idée m’était venue de comparer cela à une vaste tombe où serait enfoui le corps d’un géant. La maison petite avait, en sa façade naguère blanche, des sillons noirâtres qui ressemblaient à des larmes de suie. Oui, en réalité, cette maison semblait avoir pleuré. »
Extrait de : J. Lermina. « À tes pieds !. »
A brûler par Jules Lermina
Fiche de A brûler
Titre : A brûler
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1889
Editeur : BnF
Première page de A brûler
« Sur le point d’entreprendre l’œuvre la plus audacieuse que jamais homme ait tentée, décidé à aller jusqu’au seuil de la Mort sans être certain de n’être pas contraint de le franchir, je veux m’étudier moi-même, revivre toute ma vie passée, considérer comme au microscope les infiniment petits qui m’ont conduit jusqu’à la limite de l’infiniment grand, en un mot, me confesser.
Mais à cette confession je ne me résous que dans la solitude d’une méditation égoïste : seul je m’interroge, seul je me répondrai.
Si, par l’écriture, je donne corps à cette enquête intime, si ma plume matérialise cet interrogatoire et en dresse ce procès-verbal, il est bien entendu que je veux user ainsi d’une sorte de moyen mnémotechnique, pour moi-même, et non pour que ces lignes tombent sous les yeux d’autrui.
Si de l’épreuve que je vais affronter, je sors vivant,
je relirai ces feuilles et j’y ajouterai, en quelques traits, la solution du Problème, j’écrirai la formule du Secret. Puis je me consulterai. Détruirai-je le manuscrit, ou au contraire, le livrerai-je avec la Loi Suprême qu’il contiendra, à la curiosité des hommes ? Je ne le sais. »
Extrait de : J. Lermina. « À brûler. »
Les assises rouges par Jules Lermina
Fiche de Les assises rouges
Titre : Les assises rouges (Tome 2 sur 3 – Les loups de Paris)
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1876
Editeur : BnF
Première page de Les assises rouges
« – Le loch de M. le marquis ?… Nom de nom ! En v’là un tas de feignants !
– Voilà ! voilà !… Pas la peine de crier, tu vas le réveiller, c’t homme !
– Parbleu ! il est tout réveillé, puisqu’il demande à boire…
– Et la nuit, comment ça s’est-il passé ?
– Un vrai sucre… il a l’âme chevillée dans le corps…
– Tant mieux ! c’est un bon zigue !
Ce dialogue, émaillé de mots bizarres, était échangé entre deux personnages dont l’un, à demi caché par une porte entrouverte, ne laissait passer que la tête, tandis que l’autre, debout sur la pointe des pieds, présentait une tasse dont il remuait soigneusement le contenu, au moyen d’une cuiller d’argent.
Le premier – celui qui avait réclamé le loch de façon si énergique – avait retiré sa tête, et, refermant doucement la porte, était revenu, étouffant son pas, vers un lit soigneusement enveloppé de rideaux épais.
– Êtes-vous là, mon ami ? demanda une voix faible. »
Extrait de : J. Lermina. « Les Loups de Paris – Les Assises rouges. »
Le club des morts par Jules Lermina
Fiche de Le club des morts
Titre : Le club des morts (Tome 1 sur 3 – Les loups de Paris)
Auteur : Jules Lermina
Date de parution : 1876
Editeur : BnF
Première page de Le club des morts
« À l’heure où s’ouvre notre récit, c’est-à-dire dans la soirée du 15 janvier 1882, un mouvement inaccoutumé régnait dans la rue Bonnefoi, où s’élèvent les bâtiments du Palais de Justice, à Toulon. Une foule compacte se pressait aux portes du tribunal, contenue par un fort détachement de gendarmes qui, le sabre au poing, repoussaient les curieux trop impatients.
La ville de Toulon et le département du Var étaient sous le coup d’émotions à la fois graves et pénibles qui se traduisaient par une agitation toujours grandissante et dont l’accroissement pouvait fournir matière aux inquiétudes des gouvernants.
Ce qu’attendaient les nombreux habitants groupés autour du Palais de Justice, c’était un arrêt auquel était suspendue la vie d’un homme.
Il s’agissait d’une conspiration, un sait que l’année 1822 fut particulièrement féconde en tentatives de révoltes, dont le but avoué était de renverser les Bourbons, encore mal assis sur leur trône.
On voyait surgir soudainement à l’est, à l’ouest, au nord, au sud, des hommes qui, sans pâlir devant le danger, affirmaient hautement leur foi politique, jusque sur les échafauds dressés à la hâte. C’était Caron, c’étaient les sergents de La Rochelle. »
Extrait de : J. Lermina. « Les Loups de Paris – Le Club des morts. »
Jules Lermina

Présentation de Jules Lermina :
Jules Lermina (1839-1915) est un écrivain, journaliste et anarchiste français, moins connu que ses contemporains comme Jules Verne, mais dont l’œuvre mérite d’être redécouverte, notamment pour ses contributions au genre fantastique.
Vie et engagement
Né à Livry-Gargan en 1839, Lermina commence sa carrière comme journaliste. Son engagement politique est marqué par son anarchisme et son opposition au régime de Napoléon III. Il est notamment impliqué dans la Commune de Paris en 1871, ce qui lui vaut d’être emprisonné. Cet engagement se reflète dans une partie de ses écrits, souvent teintés d’une critique sociale et politique. Il fonde plusieurs journaux et participe activement à la vie littéraire et intellectuelle de son époque.
Œuvres fantastiques et de science-fiction
Si Lermina a écrit de nombreux romans populaires, d’aventures et des drames sociaux, c’est dans le domaine de l’imaginaire qu’il se distingue. Son œuvre fantastique, souvent publiée sous forme de feuilletons, s’inscrit dans la lignée du roman scientifique et d’anticipation, un genre très en vogue à la fin du XIXe siècle.
- Le Secret des quatre-sœurs (1894) : Ce roman est l’une de ses œuvres les plus marquantes. Il raconte l’histoire d’un savant qui découvre le moyen de créer la vie artificielle à partir de quatre jeunes femmes. Cette œuvre, qui explore les thèmes de la science sans conscience et de la création de l’homme par l’homme, est un exemple précoce de la science-fiction d’horreur.
- Le Fils de Monte-Cristo (1881) : Bien que ce roman soit une suite du célèbre roman d’Alexandre Dumas, Lermina y introduit des éléments fantastiques et d’aventure qui lui sont propres. Il prolonge le mythe de Monte-Cristo en y ajoutant des péripéties et des rebondissements qui le rapprochent du roman populaire d’anticipation.
- L’Effroyable Aventure (1899) : Ce roman, plus sombre, explore les thèmes du monstre et de la folie. Lermina y dépeint la décadence d’une famille et les conséquences d’expériences scientifiques macabres.
Les œuvres fantastiques de Lermina se caractérisent par un mélange de science, de mystère, de surnaturel et de critique sociale. Elles abordent des thèmes comme les limites de la science, la folie, les créations monstrueuses et les utopies (ou dystopies) scientifiques, ce qui les rapproche des œuvres de l’époque comme celles de Villiers de l’Isle-Adam ou de Jean de la Hire.
Lermina meurt en 1915, laissant derrière lui une œuvre prolifique et diversifiée. Bien que son nom soit resté dans l’ombre de ses célèbres contemporains, ses romans fantastiques témoignent de l’inventivité et de la richesse de la littérature populaire de la fin du XIXe siècle.
Livres de Jules Lermina :
Les loups de Paris :
- Le club des morts (1876)
- Les assises rouges (1876)
- Le roi du mal (1877)
A brûler (1889)
A tes pieds ! (1889)
Alise (1893)
Histoires incroyables (1885)
L’A.B.C. du libertaire (1906)
L’effrayante aventure (1913)
L’élixir de vie (1890)
L’énigme (1895)
L’étranglée de la porte Saint-Martin (1908)
La criminelle (1881)
La deux fois morte (1895)
La magicienne (1892)
Le fils de Monte-Cristo (parties 1 et 2) (1881)
Le fils de Monte-Cristo (parties 3 et 4) (1881)
Le fils de Monte-Cristo (parties 5 à 8) (1881)
Le fils de Monte-Cristo (parties 8 et 9) (1881)
Les hystériques de Paris (1885)
Les mariages maudits (1880)
Mystère-Ville (1905)
Obsessions (1892)
Reine (1891)
To-ho le tueur d’or (???)
Pour en savoir plus sur Jules Lermina :
La page Wikipédia sur J. Lermina
La page Noosfere sur J. Lermina
La page isfdb de J. Lermina