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Eléonora par Edgar Allan Poe

Fiche de Eléonora
Titre : Eléonora
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1841
Traduction : C. Baudelaire
Editeur : Bibebook
Première page de Eléonora
« Je suis issu d’une race qu’ont illustrée une imagination vigoureuse et des passions ardentes. Les hommes m’ont appelé fou ; mais la science ne nous a pas encore appris si la folie est ou n’est pas le sublime de l’intelligence, si presque tout ce qui est la gloire, si tout ce qui est la profondeur, ne vient pas d’une maladie de la pensée, d’un mode de l’esprit exalté aux dépens de l’intellect général. Ceux qui rêvent éveillés ont connaissance de mille choses qui échappent à ceux qui ne rêvent qu’endormis. Dans leurs brumeuses visions, ils attrapent des échappées de l’éternité et frissonnent, en se réveillant, de voir qu’ils ont été un instant sur le bord du grand secret. Ils saisissent par lambeaux quelque chose de la connaissance du Bien, et plus encore de la science du Mal. Sans gouvernail et sans boussole, ils pénètrent dans le vaste océan de la lumière ineffable, et comme pour imiter les aventuriers du géographe nubien, aggressi sunt Mare Tenebrarum, quid in eo esset exploraturi. »
Extrait de : Edgar Allan Poe. « Éléonora. »
Le joueur d’échecs de Maelzel par Edgar Allan Poe

Fiche de Le joueur d’échecs de Maelzel
Titre : Le joueur d’échecs de Maelzel
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1836
Traduction : C. Baudelaire
Editeur : Bibebook
Première page de Le joueur d’échecs de Maelzel
« Aucune exhibition du même genre n’a jamais peut-être autant excité l’attention publique que Le Joueur d’échecs de Maelzel. Partout où il s’est fait voir, il a été, pour toutes les personnes qui pensent, l’objet d’une intense curiosité. Toutefois, la question du modus operandi n’est pas encore résolue. Rien n’a été écrit sur ce sujet qui puisse être considéré comme décisif. En effet, nous rencontrons partout des hommes doués du génie de la mécanique, doués d’une perspicacité générale fort grande et d’un rare discernement, qui n’hésitent pas à déclarer que l’automate en question est une pure machine, dont les mouvements n’ont aucun rapport avec l’action humaine, et qui est conséquemment, sans aucune comparaison, la plus étonnante de toutes les inventions humaines. Et cette conclusion, disons-le, serait irréfutable, si la supposition qui la précède était juste et plausible. Si nous adoptions leur hypothèse, il serait vraiment absurde de comparer au Joueur d’échecs tout autre individu analogue, soit des temps anciens, soit des temps modernes. »
Extrait de : Edgar Allan Poe. « Le joueur d’échecs de Maelzel. »
Double assassinat dans la rue Morgue par Edgar Allan Poe

Fiche de Double assassinat dans la rue Morgue
Titre : Double assassinat dans la rue Morgue
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1841
Traduction : C. Baudelaire
Editeur : Feedbooks
Première page de Double assassinat dans la rue Morgue
« Les facultés de l’esprit qu’on définit par le terme analytiques sont en elles-mêmes fort peu susceptibles d’analyse. Nous ne les apprécions que par leurs résultats. Ce que nous en savons, entre autre choses, c’est qu’elles sont pour celui qui les possède à un degré extraordinaire une source de jouissances des plus vives. De même que l’homme fort se réjouit dans son aptitude physique, se complaît dans les exercices qui provoquent les muscles à l’action, de même l’analyse prend sa gloire dans cette activité spirituelle dont la fonction est de débrouiller. Il tire du plaisir même des plus triviales occasions qui mettent ses talents en jeu. Il raffole des énigmes, des rébus, des hiéroglyphes ; il déploie dans chacune des solutions une puissance de perspicacité qui, dans l’opinion vulgaire, prend un caractère surnaturel. »
Extrait de : Edgar Allan Poe. « Double Assassinat dans la rue Morgue. »
Derniers contes par Edgar Allan Poe
Fiche de Derniers contes
Titre : Derniers contes
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1887
Traduction : F. Rabbe
Editeur : Bnf
Sommaire de Derniers contes
- Le duc de l’omelette
- Le mille et deuxième conte de Schéhérazade
- Mellonta tauta
- Comment s’écrit un article à La blackwood
- La filouterie considérée comme science exacte
- L’homme d’affaires
- L’ensevelissement prématuré
- Bon-bon
- La cryptographie
- Du principe poétique
- Quelques secrets de la prison du magazine
Première page de Le duc de l’omelette
« Keats est mort d’une critique. Qui donc mourut de l’Andromaque(1) ? Âmes pusillanimes ! De l’Omelette mourut d’un ortolan. L’histoire en est brève(2). Assiste-moi, Esprit d’Apicius !
Une cage d’or apporta le petit vagabond ailé, indolent, languissant, énamouré, du lointain Pérou, sa demeure, à la Chaussée d’Antin. De la part de sa royale maîtresse la Bellissima, six Pairs de l’Empire apportèrent au duc de l’Omelette l’heureux oiseau.
Ce soir-là, le duc va souper seul. Dans le secret de son cabinet, il repose languissamment sur cette ottomane pour laquelle il a sacrifié sa loyauté en enchérissant sur son roi, – la fameuse ottomane de Cadet.
Il ensevelit sa tête dans le coussin. L’horloge sonne ! Incapable de réprimer ses sentiments, Sa Grâce avale une olive. »
Extrait de : Edgar Allan Poe. « Derniers contes. »
Conversation d’Eiros avec Charmion par Edgar Allan Poe

Fiche de Conversation d’Eiros avec Charmion
Titre : Conversation d’Eiros avec Charmion
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1839
Traduction : C. Baudelaire
Editeur : Bibebook
Première page de Conversation d’Eiros avec Charmion
« Je t’apporterai le feu.
Euripide. – Andromaque.
EIROS. – Pourquoi m’appelles-tu Eiros ?
CHARMION. – Ainsi t’appelleras-tu désormais. Tu dois oublier aussi mon nom terrestre et me nommer Charmion.
EIROS. – Ce n’est vraiment pas un rêve !
CHARMION. – De rêves, il n’y en a plus pour nous ; – mais renvoyons à tantôt ces mystères. Je me réjouis de voir que tu as l’air de posséder toute ta vie et ta raison. La taie de l’ombre a déjà disparu de tes yeux. Prends courage, et ne crains rien. Les jours à donner à la stupeur sont passés pour toi ; et demain je veux moi-même t’introduire dans les joies parfaites et les merveilles de ta nouvelle existence.
EIROS. – Vraiment, – je n’éprouve aucune stupeur, – aucune. L’étrange vertige et la terrible nuit m’ont quittée, et je n’entends plus ce bruit insensé, précipité, horrible, pareil à la voix des grandes eaux. Cependant mes sens sont effarés, Charmion, par la pénétrante perception du nouveau. »
Extrait de : Edgar Allan Poe. « Conversation d’Eiros avec Charmion. »
Colloque entre Monos et Una par Edgar Allan Poe

Fiche de Colloque entre Monos et Una
Titre : Colloque entre Monos et Una
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1841
Traduction : C. Baudelaire
Editeur : Bibebook
Première page de Colloque entre Monos et Una
« Choses futures.
Sophocle – Antigone.
UNA. – Ressuscité ?
MONOS. – Oui, très belle et très adorée Una, ressuscité. Tel était le mot sur le sens mystique duquel j’avais si longtemps médité, repoussant les explications de la prêtraille jusqu’à tant que la mort elle-même vînt résoudre l’énigme pour moi.
UNA. – La Mort !
MONOS. – Comme tu fais étrangement écho à mes paroles, douce Una ! J’observe aussi une vacillation dans ta démarche, – une joyeuse inquiétude dans tes yeux. Tu es troublée, oppressée par la majestueuse nouveauté de la Vie Éternelle. Oui, c’était de la Mort que je parlais. Et comme ce mot résonne singulièrement ici, ce mot qui jadis portait l’angoisse dans tous les coeurs, – jetait une tache sur tous les plaisirs !
UNA. – Ah ! la Mort, le spectre qui s’asseyait à tous les festins ! Que de fois, Monos, nous nous sommes perdus en méditations sur sa nature ! Comme il se dressait, mystérieux contrôleur, devant le bonheur humain, lui disant : Jusque-là, et pas plus loin ! »
Extrait de : Edgar Allan Poe. « Colloque entre Monos et Una. »
Bérénice par Edgar Allan Poe

Fiche de Bérénice
Titre : Bérénice
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1835
Traduction : C. Baudelaire
Editeur : Bibebook
Première page de Bérénice
« Le malheur est divers. La misère sur terre est multiforme. Dominant le vaste horizon comme l’arc-en-ciel, ses couleurs sont aussi variées, – aussi distinctes, et toutefois aussi intimement fondues. Dominant le vaste horizon comme l’arc-en-ciel ! Comment d’un exemple de beauté ai-je pu tirer un type de laideur ? du signe d’alliance et de paix une similitude de la douleur ? Mais comme, en éthique, le mal est la conséquence du bien, de même, dans la réalité, c’est de la joie qu’est né le chagrin ; soit que le souvenir du bonheur passé fasse l’angoisse d’aujourd’hui, soit que les agonies qui sont tirent leur origine des extases qui peuvent avoir été.
J’ai à raconter une histoire dont l’essence est pleine d’horreur. Je la supprimerais volontiers, si elle n’était pas une chronique de sensations plutôt que de faits. »
Extrait de : Edgar Allan Poe. « Bérénice. »
Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall par Edgar Allan Poe

Fiche de Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall
Titre : Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1835
Traduction : C. Baudelaire
Editeur : Bibebook
Première page de Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall
« D’après les nouvelles les plus récentes de Rotterdam, il paraît que cette ville est dans un singulier état d’effervescence philosophique. En réalité, il s’y est produit des phénomènes d’un genre si complètement inattendu, si entièrement nouveau, si absolument en contradiction avec toutes les opinions reçues que je ne doute pas qu’avant peu toute l’Europe ne soit sens dessus dessous, toute la physique en fermentation, et que la raison et l’astronomie ne se prennent aux cheveux.
Il paraît que le… du mois de… (je ne me rappelle pas positivement la date), une foule immense était rassemblée, dans un but qui n’est pas spécifié, sur la grande place de la Bourse de la confortable ville de Rotterdam. La journée était singulièrement chaude pour la saison, il y avait à peine un souffle d’air, et la foule n’était pas trop fâchée de se trouver de temps à autre aspergée d’une ondée amicale de quelques minutes, qui s’épanchait des vastes masses de nuages blancs abondamment éparpillés à travers la voûte bleue du firmament. »
Extrait de : Edgar Allan Poe. « Aventure sans pareille d’un certain Hans Pfaall. »
Histoires grotesques et sérieuses par Edgar Allan Poe
Fiche de Histoires grotesques et sérieuses
Titre : Histoires grotesques et sérieuses
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1865
Traduction : C. Baudelaire
Editeur : Bnf
Sommaire de Histoires grotesques et sérieuses
- Le mystère de Marie Roget
- Le joueur d’échecs de Maelzel
- Eléonora
- Un événement à Jérusalem
- L’ange du bizarre
- Le système du docteur Goudron et du professeur Plume
- Le domaine d’Harnheim
- Le cottage Landor
- Philosophie de l’ameublement
- La genèse d’un poème
- Le corbeau
- Méthode de composition
Première page de Le mystère de Marie Roget
« Il y a peu de personnes, même parmi les penseurs les plus calmes, qui n’aient été quelquefois envahies par une vague mais saisissante demi-croyance au surnaturel, en face de certaines coïncidences d’un caractère en apparence si merveilleux que l’esprit se sentait incapable de les admettre comme pures coïncidences. De pareils sentiments (car les demi-croyances dont je parle n’ont jamais la parfaite énergie de la pensée), de pareils sentiments ne peuvent être que difficilement comprimés, à moins qu’on n’en réfère à la science de la chance, ou, selon l’appellation technique, au calcul des probabilités. Or ce calcul est, dans son essence, purement mathématique ; et nous avons ainsi l’anomalie de la science la plus rigoureusement exacte appliquée à l’ombre et à la spiritualité de ce qu’il y a de plus impalpable dans le monde de la spéculation.
Les détails extraordinaires que je suis invité à publier forment, comme on le verra, quant à la succession des époques, la première branche d’une série de coïncidences à peine imaginables, dont tous les lecteurs retrouveront la branche secondaire ou finale dans l’assassinat récent de Mary Cecilia Rogers, à New York. »
Extrait de : Edgar Allan Poe. « Histoires Grotesques et Sérieuses. »
Les aventures d’Arthur Gordon Pym par Edgar Allan Poe

Fiche de Les aventures d’Arthur Gordon Pym
Titre : Les aventures d’Arthur Gordon Pym
Auteur : Edgar Allan Poe
Date de parution : 1837
Traduction : C. Baudelaire
Editeur : BNF
Première page de Les aventures d’Arthur Gordon Pym
« Aventuriers précoces.
Mon nom est Arthur Gordon Pym. Mon père était un respectable commerçant dans les fournitures de la marine, à Nantucket, où je suis né. Mon aïeul maternel était attorney, avec une belle clientèle. Il avait de la chance en toutes choses, et il fit plusieurs spéculations très heureuses sur les fonds de l’Edgarton New Bank, lors de sa création. Par ces moyens et par d’autres, il réussit à se faire une fortune assez passable. Il avait plus d’affection pour moi, je crois, que pour toute autre personne au monde, et j’avais lieu d’espérer la plus grosse part de cette fortune à sa mort. Il m’envoya, à l’âge de six ans, à l’école du vieux M. Ricketts, brave gentleman qui n’avait qu’un bras, et de manières assez excentriques ; il est bien connu de presque toutes les personnes qui ont visité New Bedford. Je restai à son école jusqu’à l’âge de seize ans, et je la quittai alors pour l’académie de M. E. Ronald, sur la montagne. »
Extrait de : Edgar Allan Poe. « Les Aventures d’Arthur Gordon Pym. »