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Goodbye, Columbus par Philip Roth

Fiche de Goodbye, Columbus

Titre : Goodbye, Columbus
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1962
Traduction : C. Zins
Editeur : Gallimard

Sommaire de Goodbye, Columbus :

  • Goodbye, Columbus
  • La conversion des juifs
  • Défenseur de la foi
  • Epstein
  • L’habit ne fait pas le moine
  • Eli le fanatique

Première page de Goodbye, Columbus

« La première fois que je vis Brenda, elle me demanda de tenir ses lunettes. Puis elle avança jusqu’à l’extrémité du plongeoir et jeta un regard brumeux dans la piscine ; celle-ci aurait pu être à sec que la myope Brenda ne s’en serait pas aperçue. Elle fit un magnifique plongeon ; quelques instants plus tard, elle regagnait le bord, la tête aux cheveux auburn coupés très court, tendue, très droite, comme une rose au bout d’une longue tige. Elle glissa jusqu’au bord, puis remonta près de moi : « Merci », dit-elle, les yeux humides – bien que l’eau de la piscine n’y fût pour rien. Elle tendit une main pour récupérer ses lunettes, mais elle ne les mit sur son nez qu’une fois le dos tourné. Je la regardai s’éloigner. Ses mains apparurent soudain derrière son dos. Elle attrapa le fond de son maillot de bain entre le pouce et l’index et en recouvrit les parties de son corps qui eussent normalement dû être cachées. Mon sang ne fit qu’un tour. »

Extrait de : P. Roth. « Goodbye, Colombus. »

Exit le fantôme par Philip Roth

Fiche de Exit le fantôme

Titre : Exit le fantôme (tome 4 sur 4 – Trilogie américaine)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2007
Traduction : M-C Pasquier
Editeur : Gallimard

Première page de Exit le fantôme

« Je n’étais pas retourné à New York depuis onze ans. À part un bref séjour à Boston afin d’y subir l’ablation de la prostate pour cause de cancer, j’étais, au cours de ces onze années, à peine sorti de mon coin perdu dans les hauteurs des Berkshires et qui plus est, depuis le 11-Septembre, il y a trois ans, j’avais rarement lu un journal ou écouté les nouvelles. Sans ressentir la moindre impression de manque — rien d’autre, au début, qu’une sorte de sécheresse intérieure — j’avais cessé d’habiter non seulement le vaste
monde mais le moment présent. J’avais depuis longtemps tué en moi toute velléité d’y jouer un rôle actif, ou seulement de témoin.

Mais voilà que, mettant cap au sud, j’avais fait les deux cents kilomètres en voiture jusqu’à Manhattan pour aller voir à l’hôpital du Mont-Sinaï un urologue spécialiste d’une méthode destinée à venir en aide aux milliers d’hommes que l’opération de la prostate avait, comme moi, rendus incontinents. »

Extrait de : P. Roth. « Exit le fantôme – Trilogie américaine. »

La tache par Philip Roth

Fiche de La tache

Titre : La tache (tome 3 sur 4 – Trilogie américaine)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2000
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard

Première page de La tache

« À l’été 1998, mon voisin, Coleman Silk, retraité depuis deux ans, après une carrière à l’université d’Athena où il avait enseigné les lettres classiques pendant une vingtaine d’années puis occupé le poste de doyen les seize années suivantes, m’a confié qu’à l’âge de soixante et onze ans il vivait une liaison avec une femme de ménage de l’université qui n’en avait que trente-quatre. Deux fois par semaine, elle faisait aussi le ménage à notre poste rurale, baraque de planches grises qu’on aurait bien vu abriter une famille de fermiers de l’Oklahoma contre les vents du Dust Bowl dans les années trente, et qui, en face de la station-service, à l’écart de tout, solitaire, fait flotter son drapeau américain à la jonction des deux routes délimitant le centre de cette petite ville à flanc de montagne. »

Extrait de : P. Roth. « La Tache – Trilogie américaine. »

J’ai épousé un communiste par Philip Roth

Fiche de J’ai épousé un communiste

Titre : J’ai épousé un communiste (tome 2 sur 4 – Trilogie américaine)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1998
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard

Première page de J’ai épousé un communiste

« Ira Ringold avait un frère aîné, Murray, qui fut mon premier professeur d’anglais au lycée, et ce fut par lui que je me liai d’amitié avec Ira. En 1946, Murray rentrait tout juste de l’armée, où il avait servi dans la 17e division aéroportée à la bataille des Ardennes ; en mars 1945, il avait fait le fameux saut par-dessus le Rhin qui marquait le commencement de la fin de la guerre en Europe. C’était à l’époque un type chauve, bourru, insolent, pas aussi grand qu’Ira mais charpenté et athlétique, dont nous sentions la présence au-dessus de nos têtes, dans un état d’éveil permanent. Ses manières, son attitude corporelle étaient d’un naturel parfait, il avait le verbe riche et presque menaçant à force d’intellect. Avec sa passion d’expliquer, de clarifier, de faire comprendre, il décortiquait le moindre sujet pour en faire ressortir les principaux éléments tout aussi méticuleusement qu’il nous proposait l’analyse logique des phrases au tableau. Son talent spécifique résidait dans sa faculté de théâtraliser la recherche, de déployer les sortilèges du conteur alors même qu’il se contentait d’analyser et de passer au crible, à haute voix, ce que nous lisions et écrivions. »

Extrait de : P. Roth. « J’ai épousé un communiste – Trilogie américaine. »

Pastorale américaine par Philip Roth

Fiche de Pastorale américaine

Titre : Pastorale américaine (tome 1 sur 4 – Trilogie américaine)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 1997
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard

Première page de Pastorale américaine

« Le Suédois. Pendant la guerre, quand j’étais dans les petites classes, c’était un nom magique dans notre quartier de Newark, y compris pour les adultes dont les parents avaient grandi dans le vieux ghetto de Prince Street, et dont l’américanisation n’était pas parachevée au point qu’ils se pâment devant les prouesses d’un athlète de lycée. Magique le nom, magique le visage, véritable anomalie génétique. Parmi les rares Juifs au teint clair, dans notre lycée où les Juifs étaient majoritaires, personne ne possédait de près ni de loin le masque viking impassible et les mâchoires carrées de ce blond aux yeux bleus, né dans notre tribu sous l’identité de Seymour Irving Levov.

Le Suédois s’illustrait au football américain comme arrière, au basket-ball comme pivot, et au base-ball comme première base. Seule l’équipe de basket fut jamais d’un bon niveau : elle remporta deux fois le championnat de la ville du temps que Seymour en était le marqueur vedette. Mais, pourvu qu’il se distinguât, le destin de nos équipes sportives nous importait peu, à nous dont les parents, ayant le plus souvent eu la vie trop dure pour s’offrir des études, vénéraient par-dessus tout la réussite universitaire. »

Extrait de : P. Roth. « Pastorale américaine – Trilogie américaine. »

Némésis par Philip Roth

Fiche de Némésis

Titre : Némésis (tome 4 sur 4 – Némésis)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2010
Traduction : M-C Pasquier
Editeur : Gallimard

Première page de Némésis

« Le premier cas de polio, cet été-là, se déclara début juin, tout de suite après Memorial Day, dans un quartier italien pauvre à l’autre bout de la ville. Dans le quartier juif de Weequahic, au sud-ouest, nous n’avions entendu parler de rien, et nous n’avions pas non plus entendu parler de la douzaine de cas qui s’étaient déclarés ici ou là, sporadiquement, dans presque tous les quartiers de Newark sauf le nôtre. Ce n’est que le 4 juillet, quand il avait déjà été fait état de quarante cas dans la ville, que parut à la une du journal du soir un article intitulé « Le directeur de la Santé met en garde les parents contre la polio », dans lequel on citait le docteur William Kittell, directeur du service de la santé, qui demandait aux parents de surveiller leurs enfants de près et de contacter un médecin si l’un d’eux présentait des symptômes tels que mal de tête, mal de gorge, nausées, torticolis, douleurs articulaires, ou fièvre.  »

Extrait de : P. Roth. « Némésis.  »

Le rabaissement par Philip Roth

Fiche de Le rabaissement

Titre : Le rabaissement (tome 3 sur 4 – Némésis)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2009
Traduction : M-C Pasquier
Editeur : Gallimard

Première page de Le rabaissement

« Il avait perdu sa magie. L’élan n’était plus là. Au théâtre, il n’avait jamais connu l’échec, ce qu’il faisait avait toujours été solide, abouti. Et puis il s’était produit cette chose terrible : il s’était soudain retrouvé incapable de jouer. Monter sur scène était devenu un calvaire. Au lieu d’être certain qu’il allait être extraordinaire, il savait qu’il allait à l’échec. Cela se produisit trois fois de suite et, à la troisième, cela n’intéressait plus personne, personne n’était venu. Il n’arrivait plus à atteindre le public. Son talent était mort.
Bien sûr, si on en a eu, il vous reste toujours quelque chose que personne d’autre ne possède. Je serai toujours différent de tous les autres, se rassurait Axler, parce que je suis qui je suis. J’ai cela en moi, et les gens s’en souviendront toujours. Mais le charisme qui avait été le sien, toute son originalité, ses singularités, ses traits distinctifs, tout ce qui avait fonctionné pour Falstaff, Peer Gynt et Oncle Vania, et qui avait valu à Simon Axler d’être reconnu comme le dernier des meilleurs comédiens américains du répertoire classique, rien de tout cela ne marchait plus, quel que fût le rôle. »

Extrait de : P. Roth. « Le rabaissement. »

Indignation par Philip Roth

Fiche de Indignation

Titre : Indignation (tome 2 sur 4 – Némésis)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2008
Traduction : M-C Pasquier
Editeur : Gallimard

Première page de Indignation

« Deux mois et demi environ après que les divisions bien entraînées de la Corée du Nord, armées par les Soviétiques et les communistes chinois, eurent traversé le 38e parallèle et pénétré en Corée du Sud le 25 juin 1950, et qu’eut débuté le calvaire de la guerre de Corée, je devins étudiant à Robert Treat, un petit collège universitaire du centre de Newark, qui portait le nom du fondateur de la ville au XVIIe siècle. J’étais le premier membre de notre famille à faire des études supérieures. Aucun de mes cousins n’avait été au-delà du lycée, et ni mon père ni ses trois frères n’avaient terminé l’école primaire. « Je travaille pour gagner de l’argent », m’avait dit mon père, « depuis l’âge de dix ans. »
C’était un boucher de quartier pour qui j’avais fait les livraisons à bicyclette durant toute ma scolarité, sauf pendant la saison de base-ball et les après-midi où je devais participer aux concours interscolaires en tant que membre de l’équipe des débatteurs. Disons qu’à partir du jour où j’ai quitté la boucherie — j’y avais travaillé pour lui soixante heures par semaine, entre la fin de mes études secondaires, en janvier, et la rentrée universitaire en septembre —, oui, disons qu’à partir du jour où j’ai commencé à suivre mes cours à Robert Treat, mon père a vécu dans la crainte de me voir mourir. »

Extrait de : P. Roth. « Indignation – Némésis. »

Un homme par Philip Roth

Fiche de Un homme

Titre : Un homme (tome 1 sur 4 – Némésis)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2006
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard

Première page de Un homme

« Autour de la tombe, dans le cimetière délabré, il y avait d’anciens collègues de l’agence de publicité new-yorkaise, qui rappelèrent son énergie et son originalité et dirent à sa fille, Nancy, tout le plaisir qu’ils avaient eu à travailler avec lui. Il y avait aussi des gens venus de Starfish Beach, le village de retraités sur la côte du New Jersey, où il s’était installé en 2001 à Thanksgiving, ces gens âgés auxquels, hier encore, il donnait des cours de peinture. Et puis il y avait ses deux fils, Randy et Lonny, quadragénaires nés d’un premier mariage houleux, deux fils « du côté de leur mère » et qui, l’ayant plus souvent entendu traîné dans la boue que porté au pinacle, n’étaient venus que par devoir. Son frère aîné Howie et sa belle-sœur étaient arrivés de Californie la veille, et puis il y avait l’une de ses trois ex-femmes, la deuxième, Phoebe, la mère de Nancy, une grande femme émaciée aux cheveux blancs, dont le bras droit pendait, inerte, à son flanc. »

Extrait de : P. Roth. « Un homme – Némésis. »

La bête qui meurt par Philip Roth

Fiche de La bête qui meurt

Titre : La bête qui meurt (tome 3 sur 3 – David Kepesh)
Auteur : Philip Roth
Date de parution : 2001
Traduction : J. Kamoun
Editeur : Gallimard

Première page de La bête qui meurt

« Je l’ai connue il y a huit ans ; elle suivait mes cours. Je n’enseigne plus à plein temps, et d’ailleurs, à vrai dire, je n’enseigne plus la littérature du tout, puisqu’il y a maintenant plusieurs années que je ne donne qu’un seul cours, un grand séminaire de troisième cycle sur la critique appliquée. J’ai beaucoup de succès auprès des étudiantes, pour deux raisons. D’abord parce que c’est un sujet dont la séduction à la fois intellectuelle et journalistique est irrésistible, ensuite parce qu’elles m’ont entendu faire de la critique littéraire à la radio publique et qu’elles m’ont vu parler de culture sur la Chaîne Treize. Ces quinze dernières années, être critique culturel à la télévision m’a valu une certaine notoriété locale, et c’est la raison du succès de mon cours. Au début, je ne me doutais pas qu’un passage hebdomadaire de dix minutes à la télévision pouvait les impressionner à ce point. Mais de fait, elles ne résistent pas à la célébrité, pour dérisoire que soit la mienne.

Or moi, je suis sensible à la beauté féminine, tu le sais. Chacun ses faiblesses : telle est la mienne… Je vois cette beauté, et elle me rend aveugle à tout le reste. Dès que ces filles viennent à mon premier cours, je sais presque tout de suite laquelle sera pour moi. Mark Twain a écrit une nouvelle où le héros, poursuivi par un taureau, se réfugie dans un arbre. »

Extrait de : P. Roth. « La Bête qui meurt – David Kepesh. »