Étiquette : auteur-Schmitt
Madame Pylinska et le secret de Chopin par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Madame Pylinska et le secret de Chopin
Titre : Madame Pylinska et le secret de Chopin (tome 8 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2018
Editeur : Albin Michel
Première page de Madame Pylinska et le secret de Chopin
« Dans la maison de mon enfance vivait un intrus. À l’extérieur, tout le monde croyait que la famille Schmitt comptait quatre membres – deux parents, deux rejetons –, alors que cinq personnes habitaient notre domicile. L’intrus occupait le salon en permanence ; il y dormait, il y veillait, râleur, immobile, importun.
Accaparés par leurs tâches, les adultes l’ignoraient, sauf parfois ma mère qui, agacée, intervenait afin qu’il restât propre. Ma sœur seule entretenait une relation avec le fâcheux en le réveillant chaque jour vers midi, ce à quoi il réagissait bruyamment. Moi, je le haïssais ; ses grondements, son air lugubre, sa carrure austère, son aspect renfermé me rebutaient ; le soir, au fond de mon lit, je priais souvent pour son départ. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Madame Pylinska et le secret de Chopin – Le cycle de l’invisible. »
Félix et la source invisible par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Félix et la source invisible
Titre : Félix et la source invisible (tome 7 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2019
Editeur : Albin Michel
Première page de Félix et la source invisible
« – Tu ne remarques pas que ta mère est morte ?
Mon oncle désignait Maman devant l’évier, grande, droite, trop pâle, qui finissait d’essuyer la vaisselle en déposant une assiette au sommet de la pile.
– Morte ? murmurai-je.
– Morte !
De sa voix caverneuse, l’oncle avait répété le mot si violemment que celui-ci, plus lourd qu’un corbeau, emplit la cuisine, heurta les meubles, rebondit sur les murs, cogna le plafond puis s’enfuit par la fenêtre pour s’attaquer aux voisins ; guttural, strident, éraillé, le son se fragmenta en échos dans la cour.
Sous le vacillement de l’ampoule, le silence se rétablit.
Le croassement n’avait pas touché Maman, laquelle, absorbée, entreprenait maintenant de compter ses soucoupes. »
Extrait de : E. Schmitt. « Félix et la source invisible – Le cycle de l’invisible. »
Les deux messieurs de Bruxelles par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Les deux messieurs de Bruxelles
Titre : Les deux messieurs de Bruxelles (tome 6 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2012
Editeur : Albin Michel
Première page de Les deux messieurs de Bruxelles
« Le jour où un trentenaire en costume bleu sonna à son palier en lui demandant si elle était bien la Geneviève Grenier, née Piastre, qui avait épousé Édouard Grenier cinquante-cinq ans plus tôt, le 13 avril après-midi, à la cathédrale Sainte-Gudule, elle faillit claquer la porte en ripostant qu’elle ne participait à aucun jeu télévisé. Or, soucieuse de ne blesser personne, à son habitude elle retint les pensées qui lui traversaient la tête et murmura simplement :
— Oui.
Enchanté par la réponse, le costume bleu se présenta comme maître Demeulemeester, notaire, et lui apprit qu’elle était l’unique ayant droit de monsieur Jean Daemens. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Les deux messieurs de Bruxelles – Le cycle de l’invisible. »
Le sumo qui ne pouvait pas grossir par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Le sumo qui ne pouvait pas grossir
Titre : Le sumo qui ne pouvait pas grossir (tome 5 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2009
Editeur : Albin Michel
Première page de Le sumo qui ne pouvait pas grossir
« Alors que j’étais maigre, long, plat, Shomintsu s’exclamait en passant devant moi :
— Je vois un gros en toi.
Exaspérant ! De face, j’avais l’air d’une peau de hareng séchée sur du bois d’allumette ; de profil… on ne pouvait pas me voir de profil, je n’avais été conçu qu’en deux dimensions, pas en trois ; tel un dessin, je manquais de relief.
— Je vois un gros en toi.
Les premiers jours, je n’avais pas répliqué parce que je me méfie de moi : il m’arrive souvent de penser que les gens m’agressent en paroles, en grimaces, en gestes, puis de découvrir mon erreur, j’ai interprété, déformé, voire rêvé. Paranoïa, je crois, on appelle ce genre d’illusion à répétition, oui, je fais de la paranoïa, en plus de l’allergie.
— Jun, calme-toi, tu te massacres, me sermonnai-je. Ce vieux bancal n’a pas pu dire ça. »
Extrait de : E.E Schmitt. « Le Sumo qui ne pouvait pas grossir – Le cycle de l’invisible. »
L’enfant de Noé par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de L’enfant de Noé
Titre : L’enfant de Noé (tome 4 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2004
Editeur : Albin Michel
Première page de L’enfant de Noé
« Lorsque j’avais dix ans, je faisais partie d’un groupe d’enfants que, tous les dimanches, on mettait aux enchères.
On ne nous vendait pas : on nous demandait de défiler sur une estrade afin que nous trouvions preneur. Dans le public pouvaient se trouver aussi bien nos vrais parents enfin revenus de la guerre que des couples désireux de nous adopter.
Tous les dimanches, je montais sur les planches en espérant être reconnu, sinon choisi.
Tous les dimanches, sous le préau de la Villa Jaune, j’avais dix pas pour me faire voir, dix pas pour obtenir une famille, dix pas pour cesser d’être orphelin. Les premières enjambées ne me coûtaient guère tant l’impatience me propulsait sur le podium, mais je faiblissais à mi-parcours, et mes mollets arrachaient péniblement le dernier mètre. Au bout, comme au bord d’un plongeoir, m’attendait le vide. Un silence plus profond qu’un gouffre. »
Extrait de : E.E Schmitt. « L’enfant de Noé – Le cycle de l’invisible. »
Oscar et la dame Rose par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Oscar et la dame Rose
Titre : Oscar et la dame Rose (tome 3 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2002
Editeur : Albin Michel
Première page de Oscar et la dame Rose
« Je m’appelle Oscar, j’ai dix ans, j’ai foutu le feu au chat, au chien, à la maison (je crois même que j’ai grillé les poissons rouges) et c’est la première lettre que je t’envoie parce que jusqu’ici, à cause de mes études, j’avais pas le temps.
Je te préviens tout de suite : j’ai horreur d’écrire. Faut vraiment que je sois obligé. Parce qu’écrire c’est guirlande, pompon, risette, ruban, et cetera. Écrire, c’est rien qu’un mensonge qui enjolive. Un truc d’adultes.
La preuve ? Tiens, prends le début de ma lettre : « Je m’appelle Oscar, j’ai dix ans, j’ai foutu le feu au chat, au chien, à la maison (je crois même que j’ai grillé les poissons rouges) et c’est la première lettre que je t’envoie parce que jusqu’ici, à cause de mes études, j’avais pas le temps », j’aurais pu aussi bien mettre : « On m’appelle Crâne d’Œuf, j’ai l’air d’avoir sept ans, je vis à l’hôpital à cause de mon cancer et je ne t’ai jamais adressé la parole parce que je crois même pas que tu existes. »
Seulement si j’écris ça, ça la fout mal, tu vas moins t’intéresser à moi. Or j’ai besoin que tu t’intéresses. »
Extrait de : E.E Schmitt. « Oscar et la dame rose – Le cycle de l’invisible. »
Monsieur Ibrahim et les fleurs du coran par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Monsieur Ibrahim et les fleurs du coran
Titre : Monsieur Ibrahim et les fleurs du coran (tome 2 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2001
Editeur : Albin Michel
Première page de Monsieur Ibrahim et les fleurs du coran
« À onze ans, j’ai cassé mon cochon et je suis allé voir les putes.
Mon cochon, c’était une tirelire en porcelaine vernie, couleur de vomi, avec une fente qui permettait à la pièce d’entrer mais pas de sortir. Mon père l’avait choisie, cette tirelire à sens unique, parce qu’elle correspondait à sa conception de la vie : l’argent est fait pour être gardé, pas dépensé.
Il y avait deux cents francs dans les entrailles du cochon. Quatre mois de travail.
Un matin, avant de partir au lycée, mon père m’avait dit :
— Moïse, je ne comprends pas… Il manque de l’argent… désormais, tu inscriras sur le cahier de la cuisine tout ce que tu dépenses lorsque tu fais les courses. »
Extrait de : E-E Schmitt. « Monsieur Ibrahim et les fleurs du Coran – Le cycle de l’invisible. »
Milarepa par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Milarepa
Titre : Milarepa (tome 1 sur 8 – Le cycle de l’invisible)
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 1997
Editeur : Albin Michel
Première page de Milarepa
« Tout a commencé par un rêve.
De hautes montagnes… une bâtisse posée sur les rochers, une bâtisse rouge, d’un rouge assourdi, un rouge de soleil couchant ; plus bas, des carcasses de chiens qui pourrissaient dans un nuage de mouches… Le vent me pliait. Dans mon rêve, je me tenais sur mes deux pieds mais j’avais l’impression d’être très haut, plus haut que moi-même, au-dessus d’un corps assez fin sec comme une aile de papillon.
C’était mon corps et ce n’était pas le mien.
Dans mon sang circulait une haine intarissable qui me poussait à chercher sur les sentiers un homme que je voulais tuer avec mon bâton ; la haine était si forte, un lait noir bouillonnant, qu’elle finit par déborder et qu’elle me réveilla.
Je me retrouvai avec moi, rien que moi, dans mes draps ordinaires ma chambre de Montmartre, sous un ciel parisien. »
Extrait de : E.E Schmitt. « Milarepa – Le cycle de l’invisible. »
Cycle de l’invisible par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Cycle de l’invisible
Titre : Cycle de l’invisible
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution :
Editeur : Albin Michel
Sommaire de Cycle de l’invisible :
- Milarepa
- Monsieur Ibrahim et les fleurs du coran
- Oscar et la dame Rose
- L’enfant de Noé
- Le sumo qui ne pouvait pas grossir
Concerto à la mémoire d’un ange par Eric-Emmanuel Schmitt

Fiche de Concerto à la mémoire d’un ange
Titre : Concerto à la mémoire d’un ange
Auteur : Eric-Emmanuel Schmitt
Date de parution : 2010
Editeur : Albin Michel
Sommaire de Concerto à la mémoire d’un ange :
- L’empoisonneuse
- Le retour
- Concerto à la mémoire d’un ange
- Un amour à l’Elysée
- Journal d’écriture
Première page de L’empoisonneuse
« — Attention, voici l’empoisonneuse !
Le groupe d’enfants se figea soudain, telle une main qui se referme. Ils coururent se réfugier au fond du lavoir, sous le banc de pierre, un coin frais, ombreux qui permettait de voir sans être vu ; là, histoire de s’effrayer davantage, les gamins suspendirent leur respiration.
Sous le soleil de midi, Marie Maurestier traversa la rue. C’était une grande femme de soixante-dix ans, lente, ridée, propre, raide et souvent agacée. Amidonnée dans un tailleur noir qui la sanglait au niveau de l’abdomen, elle avançait d’un pas parcimonieux, soit parce qu’elle redoutait la chaleur, soit parce que ses articulations enflammées retenaient sa marche crispée. Elle tanguait avec une majesté maladroite qui la rendait impressionnante. »
Extrait de : E.E Schmitt. « Concerto à la mémoire d’un ange. »